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REVUE CELTIQUE
TOME X
Digitized by the Internet Archive
in 2010 with funding from
University of Ottawa
Iittp://www.archive.org/details/revueceltique10pari
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>^ H. GAIDOZ Ç/^
iQ^ 1870-188S ^y^
^ PUBLIÉE SOUS LA DIRECTION DE
H. D'ARBOIS DE JUBAINVILLE
Membre de l'Institut, Professeur au Collège de France
AVEC LE CONCOURS DE
J. LOTH E. ERNAULT
Professeur à la Faculté Professeur à la Faculté des
des lettres de Rennes lettres de Poitiers
ET DE PLUSIEURS SAVANTS DES ILES BRITANNIQUES ET DU CONTINENT
G. DOTTIN
Secrétaire de la rédaction
Tome X
a; /^/^
PARIS
EMILE BOUILLON, LIBRAIRE-ÉDITEUR
ANCIENNE MAISON F. VIEWEG
67, RUE Richelieu, 67, en face de la bibliothèqi-e nationale
1889
581468.
TABLE DES MATIÈRES
CONTENUES
DAMS LE TOME X
^ARTICLES «E FOND.
Pages.
Anciens noëls bretons, par H. de La Villemarqué i, 288
The Voyage ot Mael Duin, by Whitley Stokes (suite et fin). . . . Ao^
.Supplément à l'épigraphie latine de Saintes, par R. Gagnât, ... 96
Notes on Welsh Consonants. by M. Nettlau (suite). . . . 105, 520
Les chars armés de faux chez les anciens Gaulois, par Th. Reinach. . 122
Gentilices en -ius employés au féminin dans la géographie de la Gaule,
par H. D'Arbois de Jubainville 153,287
On some Irish Translations from médiéval European Literature, by
M. Nettlau 178
La Création du monde, mystère breton, par l'abbé Eug. Bernard
(suite) 192, 4 14
The adventures of Nera, by Kuno Meyer 212
Taranous et Thor (deuxième partie), par J. -F. Cerquand. . . 265, 385
The Fer Diad épisode of the Tain B6 Cuailnge, by M. Nettlau. . , 330
Irish Texts in Dublin and London maniiscripts, by M. Nettlau. . . 456
Le Débat du corps et de l'âme en Irlande, par H. Gaidoz. . . . 463
A puzzle in Irish parsing, by Rev. Edm. Hogan 471
MELANGES.
Note sur le nom de Nancy et sur l'étymologie de divers autres noms
de lieu du département de Meurthe-et-Moselle, par H. D'Arbois de
Jubainville 229
Gobannicnos, par H. D'Arbois de Jubainville 231
VI Table des Matières.
Encore un mot sur les chars de guerre gaulois, par Ch. Cournault. . 233
La religion gallo-romaine chez César, par A. Réville 236
Le dieu irlandais L//g et le thème gaulois L«g«- 238
Notes sur le voyage de Mael Duin, par Alfred Nutt 347
Amlhr, par J. Loth 348
La 2" personne du singulier du présent de l'indicatil actif (gallois ydd^
comique ;'//;, armoricain c: ou «;), par J. Loth 348
Uxisama, Sena, Vindilis, Siata, Arica, par J. Loth 550
Le llcchwa:w gallois et le lia Liimhe irlandais, par J. Loth. ... 354
Sur une faute d'un copiste de Vhistoria de Nennius, par J Loth. . , 357
Dargiiid, dcDvyddon^ cyfarivjddon, par J. Loth 358
Aculia, Aquila, par P. Ristelhuber 359
Gn'yr, goar, par J. Loth 480
Eguetoii, par J Loth 482
Fcc'h,''_Fi zzzClnvcc'h^ c'hri en breton de Pont-l'Abbé, par J. Loth.. 483
BIBLIOGRAPHIE.
Borderie (A. de la), Les trois vies anciennes de saint Tadiial. . . . 2^3
Gelder (H. van), Galatarum res in Graecia et Asia geitae 373
Hennessy (W.-M.), Mesca Ulad 244
Loth (J.), Les Mabinog'on 256, 370
(^t\\\tn 'H. \, Chansons et Danses des Brclons 371
Rhys (John), Lectures on the origin and growth of religion as illtistrated
by Celte Heathendom 484
SXoVts [WWûlc)), The tripartite life of Patrick 248
Z'immer, Keltische Beitrdgc 1 360
CHRONIQUE.
Annales de Bretagne 136, 149
Archéologiques (nouvelles) 136
Archivio glottologico'jtaliano 49^
Arthur {Le Morte d') 260
Ascoli, Glossarium palae-hibernicum 49S
Atkinson, Passions and homitics 3^^
Aventicum '57
Borderie (A. de la), Introduction à l'édition du Cartulaire de Landé-
vennçc ... 149
Brendan (saint), étude sur lui par Schirmer, 142; sa naissance. . . 507
Table des Matières. vu
Bretonnes (légendes) dans la Revue des Traditions populaires. . . . 37^
Brelonues {o\oses) dans k Formulaire de Trêguier 147
Bugge (Sophus), Etude sur l'origine des légendes Scandinaves. . . . 49e
Campbel!, West Highland (aies 376
Cartaillac, Elude sur l'or gaulois 379
Coelho (F. -A.), Étude sur les noms des dieux lusitaniens 505
Corbilon (emplacement de rcm/Jû/'/uni de) j8i
Dafydd ab Gwilym, poète gallois 381
Dareste (R.l, Etude sur le droit irlandais 145
Droit irlandais (cours de), 148; (procédure du jeûne dans le). . . 261
Duchesne (l'abbé), Etude sur la liturgie latine avant Charlemagne.. 378, 496
Duvau (Louis , nommé chargé de cours à Lille 261
Ernault (Emile), nommé professeur à Poitiers, 261 ; Supplément au
glossaire moyen-breton 261
Fitzgerald (David), Mémoire sur Goban saer, etc 262
French, bibliothécaire à Dublin, sa mort 495
Fustel de Coulanges, sa mort, ses écrits principaux 492
Gaélique d'Ecosse (notation du) 377
Gaidoz, Naissance de saint Brendan, Mélusine 507
Gaule (un gouverneur inconnu de la) 576
Gentilices romains d'origine non latine 379
Gilbert (J.-T.), Calendar of ancient records 0} Dublin, etc. . . . 503-504
Gollher (Wolfgang), Etude sur la légende de Tristan et Yseut. . . 149
Gwenolé (mystère de saint), 377; (ms. du musée britannique de la vie
de saint) 577
Hennessy, Les Annales d'Ulster, 142, 503 ; sa mort, 151 ; notice né-
crologique par Standish O'Grady 260
Highland Monthly $05
Hoernes, Etude sur la nécropole de Hallstatt 379
Hogan (E.), professeur d'irlandais à Dublin 504
Holder {Alked}, Alt-ccltischer Sprachschatz 497
Irisli Echo (the) 146, 381
Irlandais moderne (étude de 1') 145, 501, 502
Kay (Ch. de), articles sur l'histoire d'Irlande 382,506
Lacan (reproduction du Livre de) 259
Lejay, Inscriptions antiques de la Cùte-d'Or 507
Loth, Chrestomathie bretonne, 136, 507; traduction des Mahinogion,
151, 262 ; nommé professeur à Rennes, 26 1 ; son mémoire sur l'ori-
gine troyenne des Bretons 506
Mac Carthy, saint Ruben, 139; critique de Tht Tripartite life, 140;
Annales d'Ulster, 259; étude sur le texte de The Tripartite life.. 260, 503
VIII Table des Matières.
Mac Sweeney (J.-J.), rapport présenté à ia Society for the préservation
of the Irish language 262
Mac Sweeney (Patricli), ses succès i^f
Masson (Donald), notes gaéliques ijy
Meyer (Kuno), Uaiducùon à\i Tochmarc Emere i^y
Meyer (Wilhelm), Grammaire des langues romanes 497
Muret (Ej, Origine de la fable de Tristan et Yseut 147
Nettlau (Max), Etudes de grammaire galloise 144
Nutt (Alfred), Sludies on the legend of the holy Grail^ 145 ; étude sur
kMescaUlad 378
Obélisques (les) d'Aristote ^83
Ogamiques (inscriptions) d'Irlande et de Galles 378, 506
O'Grady (St.), Remarks on th: Oxford édition oj the baille oj Ventry,
144; notice nécrologique sur Hennessy, 260; alacbi 263
Quellien, Chansons et danses des Bretons 262
Reinach (Salomoni, Les Gaulois dans l'art antique 249, 381
Schirmer, La légende de saint Brandan 142
S«rg/;ge Concu/jw«, traduit en français 148
Serrure, Grammaire gauloise 263
Société pour la conservation delà langue irlandaise 262, 506
Stabbio (inscription lépontienne de) 3S3
Stèles funéraires en Irlande, 378; dans le pays de Galles 380
Stokes (Whitley), Cûcumne, 159; mss. du Vatican en écriture irlan-
daise, 1 50; gloses irlandaises dans des mss. du Vatican, 260, 378; cri-
tique de T/i^P^^^/'o/îj and the homilies from Lcabhar Breac, 261, 382;
delà Vie tripartite el des Annales d'Ulster 503
Stonehenge (mémoire sur le monument de) 261
Stowe (missel de) 378
Thurneysen, i«/rd, 262 ; sa collaboration au Gnm^n'jj 262
Tristan et Yseut (légende de) J49
Wood-MSithn^ The rude slone monumenls of Ireland 150
Zeuss (visite de Sigfried à) 2^9
Zimmer, note sur les soi-disant aspirées en moyen irlandais. ... 149
ANCIENS NOELS BRETONS
Ces textes sont h reproduction de documents en breton
moyen qu'on déclare anciois dans une édition de 1650 (An
NouELOU ANCIEN ; I vol. in-i6, Quemper-Caurentin, impri-
merie de George Allienne ; Biblioth. Nation. Réserve Y. 6187).
Il n'en reste pas d'autre copie, du moins à ma connaissance;
encore ont-ils été « accommodés et corrigés », de l'aveu de
l'éditeur, Dom Tanguy Guéguen, prêtre, originaire du diocèse
de Léon, en Basse-Bretagne : heureusement ses « accommode-
ments et corrections » n'ont pas été graves, si j'en juge par les
retouches qu'il avait déjà fait subir h. d'autres textes bretons,
en 1622. Il réimprima en effet, cette année-là, chez le même
libraire, à Morlaix, sans défigurer les originaux, deux éditions
gothiques, l'une de la Passion et de la Résurrection, qui a
reparu de nos jours sous un titre nouveau (Le Grand Mys-
tère de Jésus ; Paris, librairie académique Didier, 1865); l'autre
de la Mort de la sainte Vierge et de la Vie de l'Homme (Poèmes
bretons du moyen âge, 1879, même librairie). On ne sait à
quelle époque il naquit. En 1622 il était organiste de la ca-
thédrale de Saint-Pol-de-Léon, et fut nommé curé de Plou-
guerneau, la paroisse la plus considérable du diocèse, peut-être
en récompense de ses services comme musicien et comme collec-
tionneur d'anciennes poésies pieuses (Biogr. bretonne, t. I
p. 852).
La présente transcription, qui parait pour la première fois,
avec une traduction tout à fait littérale, en regard du texte, a
été utilisée récemment par M. Emile Ernault pour son savant
Dictionnaire étymologique du breton moyen, couronné par l'Institut,
le plus complet qui existe (Nantes, Société des Bibliophiles bre-
tons, 1887 ; Paris, Thorin, rue de Médicis, 1888). Son numéro-
Revue Celtique, X i
2 H. de La Villemarqué.
tage des couplets des Noëls a été adopté afin de faciliter les réfé-
rences; les interprétations du jeune maître ont plus d'une fois
servi, ainsi que ses lectures, à son vieil ami ; celui-ci n'a donc
pas besoin de donner de glossaire-index; il renvoie en toute con-
fiance à l'ouvrage du disciple de Zeusset de M. Whitley Stokes.
Reste à remercier M. d'Arbois de Jubainville d'avoir de-
mandé un travail qui permet à l'auteur de dire à la Revue Cel-
I ^
1 Noël ! Noël ! Pour nous rendre visite,
Notre vrai Roi béni est envoyé par Dieu.
A cette fête, offrons tous notre hommage,
Toutes nos joies, toujours, et nos louanges
Au fils de Marie qui vient d'arriver parmi nous.
Pour nous racheter tous tant que nous sommes nés.
2 A cause de notre père Adam nous étions condamnés,
Hélas ! grands et petits, et quiconque était né,
A être dans l'enfer glacé, dans l'angoisse et la douleur.
Sans la venue de la jeune Vierge et du petit Enfant béni.
3 Eve, notre première mère, encourut un grand blâme.
Pour avoir cédé trop promptement aux artifices de Satan,
A l'instigation du Serpent, et pour avoir consenti [créa.
A violer le commandement de Dieu, notre Roi, qui nous
4 Pour un final morceau de pomme nous étions tous con-
A rester à jamais dans l'angoisse et la douleur : [damnés
Ils n'eurent pas d'autre faute ni d'autre péché grave;
Pour une seule offense ils furent châtiés.
I . L'air de ce Noël n'est pas indiqué, contrairement aux autres.
Anciens No'éls bretons. 5
ticjue, ou plutôt à la science même qu'il aime et qu'il servira
jusqu'à la fin :
Extremum hune, Arethusa, mihi concède laborem.
Hersart de la Villemarqué,
Membre de l'Institut.
1 Nouel! Nouel! E quentel don guelet
So diliuzret gant Doue hon guir Roue benniguet^
Ouz an fest man, greomp glan damany,
Joaou meurbet, bepret, ha meuleudy
Ouz Map Mary so entromp ny arryuet,
Huit hon prenaff glan quement maz omp ganet.
2 Dre pen hon tat Adam ez viomp condamnet,
Allas ! bras ha byhan, quement a voue ganet,
Da bout en Ifern yen en anquen ha penet,
Pa na deuzy en Merchic han Mabic beniguet.
3 Eua, hon quentaft' mam, he deffoue un blam bras
Ouz sentiff re buhan da saouzan Sathanas,
Dre atys an Serpant, ha hy a consantas
Terriff gourchemen Doue, hon Roe, nep hon croueas.
4 Dre un tam aual glas ez viomp oU tasset
Da bezaff bizuiquen en ancquen ha penet :
No deffoue muy a nech nac a bech a pechet;
Rac offansiff un guez ez viont carezet.
I . Ces deux vers sont sans doute le refrain, toutes les strophes du Noël
étant des quatrains
|. H. de La Villemar(jué .
5 La seconde Personne divine, du sein de la Trinité,
Est venue prendre chair dans la jeune Vierge bénie :
Il lui fut révélé respectueusement par un Ange
Que le Roi du ciel, corps et âme, serait conçu en elle.
6 Elle conçut donc, et il demeura en elle.
Comme cela lui avait été dit et prédit
Par l'Ange béni envoyé vers elle ;
Et du ciel vint sur la terre notre bien-aimé à Marie.
7 Nous devons croire fermement qu'il naquit
Du corps vierge d'une très douce jeune tille bénie.
Et qu'il vint au monde — croyez, soyez certain —
Pour jeûner dans un désert et pour être martyr.
8 Marie, daus la crainte, l'enfanta avec révérence.
Dans l'étable d'un bœuf et d'un âne, entre ces deux [ani-
[maux]
Fut mis au monde, sans mentir, notre vrai et glorieux Sei-
Ce ne fut pas en chambres ni au milieu des parures, [gneur;
9 Là, ce fut pitié, sur ma vraie foi ! que l'avènement !
Entre des animaux notre Seigneur venir au monde !
Le Roi des saints dans la misère! il n'y avait pas de quoi
[faire des langes;
Hélas ! ni rien du tout pour servir de maillots !
10 Mais aussitôt qu'il naquit, ce Dieu, le Roi des saints.
Une étoile parut dont la grandeur était immense.
Et, à sa lueur, les trois Rois d'Orient
Vinrent lui offrir des présents qu'ils tirèrent de leur trésor.
1 1 Aux Bergers qui, la nuit, reposaient doucement.
Il fut, croyez-le bien, sûrement annoncé
Par les Anges, dans un chant, que cet Enfant était né;
Et eux, doux et humbles, de venir saintement le voir.
A nciens No'éls français . 5
5 An eil Person diuin, a peutrin an Dryndet,
So deuet da compret quic en Merchic beniguet :
Dezy ez voe vuhel dre an Eal reuelet
Enn y ez voue Rouen efF, corff eneff, concevet.
6 Neuse ez concevas liac ez mansa ^ enny,
Euel maz oa coumset ha lauaret dezy
Gant an Eal beniguet diguacet dauety :
An efFez deuz hon car en douar da Mary.
7 Crediff a dleomp glan ez voue heman ganet
A corff guerch un merchic doucesic, beniguet,
Hac ez deuz voar an bet — credet, bezet seder — ■
Da iun en un desers ha da bezaff merzer.
8 Mary, en em dougas, en ganas en hasaou.
En presep un egen hac un asen ho daou
Ez voue ganet, hep faut, peur haut, hon guir Autraou;
Ne voue tam en campraou nac en paramantaou.
9 Eno ez voe truez, dre guir fez ! en dezraou !
Entre'n anevalet bout ganet hon Autraou !
Roue sent en paourentes ! ne doa danvez treziaou ;
Allas! na netra pur da ober mailluraou.
10 Ha quen buhan maz foue ganet Doue, Roue an sent,
Un sterent a savas hac a ioa bras he ment;
Gant an sclerder a voe, an try roue Orient
A deuz da proff offrancc chevancc a advancent.
1 1 Dan Pastoret, en nos, pan voant clos reposer,
Ez voe, credet detry, devry notyfiet
Gant an Aelez voar can ez oan Map man ganet;
Hac y, cuffhac vulicl, dont santel de guclet.
: . IJseï manas.
I H. de La Villemarqué.
12 Les Rois, quand ils arrivèrent, lui demandèrent
Le doux Paradis, sans doute, comme je le dis.
Et le Roi des saints^ sans feinte, le leur accorda tout de
Ainsi certainement les riches doivent l'acheter. [suite :
13 Qui fut bien chagriné? Certes ce fut Hérode,
Quant il apprit que l'Enfant était né,
Par la bouche des trois saints Rois, dans la visite qu'ils
De dépit et d'envie il était enragé; [lui firent:
14 Si bien qu'il ordonna, sans hésiter, qu'on envoyât des hom-
Pour mettre à mort tous les petits enflmts ; [mes armés
Et tous ces Innocents (je ne dis pas de fables)
Furent massacrés, hélas! et eurent la tète coupée ^
15 Nous, tous, en choeur, fesons honneur aux cinq plaies,
Et à la grande Passion, hélas! et aux tourments
Qu'endura le Roi de la terre, sur le mont du Calvaire,
Quand il fut cloué à la croix par ses membres, hélas !
16 Longin aussi, l'aveugle, pécha par sa faute :
Il perça d'une énorme lance le fils de Marie,
Si bien que le sang coula en bas à grosses gouttes ;
Mais il demanda pardon et Dieu lui pardonna.
17 Jésus, fils de Dieu et homme, est sorti, pour notre joie.
Du corps d'une Vierge pure, — ceci est bien connu —
De même, à la fin du monde, il viendra certainement
Juger grands et petits et quiconque aura reçu la vie.
18 Prions tous maintenant ce divin Enûmt, [rie;
Et celle qui est si bien nommée sa chère douce mère, Ma-
I . Les deux couplets qui suivent devaient être précédés de quelques
vers de transition.
Anciens No'cls français. ■;
12 Rouanez, pan deuzont, a mensont digantaff
An Barados, hep mar, clouar, dre'n lavaraff.
Deze he roas Rouen sent, hep fent, an pouent quentaff;
Hac an pinuizien a reng plen he prenaff.
13 Herodes hep quet sy a voe melconiet,
Pan clevas an dra man beza an Map man ganet,
Gant an try Roue santel, pan deuzont de guelet;
Gant dépit hac affvy ez voe frenesyet ;
14 Maz lavaras, hep mar, digas tut a armaou
Da distrugaff" hep sy an hulgaleygaou ;
An oll Inosantet, ne comsaff quet a gaou,
A voe, syouas ! lazet ha trouchet ho pennaou
1 5 011 greomp ny enor, a cor, dan pemp gouly
Ha dan Passion bras, allas ! ha dan casty
En deffoue Roue nouar, e menez Calvary,
Pan voe greyet en croas, allas ! dren isily.
16 Ha Longius, an dal, dre e goal a tallas :
Gant un goaff damany Map Mary a gryas,
Maz deue an goat dan traou dinaou bannechaou bras ;
Hac enff gouUen pardon ha Doue en pardonas.
17 Jesu, Map Doue ha den, so deuet don lauenhat
A corff un Guerches glan, — an dra man so haznat
Juez, da fin an bet, ez deuy net hep cretat
Da barn bras ha bihan quement glan a ganat.
18 Entromp pedomp breman an Map man damany,
Hac e quer mam clouar hanvet hep mar Mary,
8 H. de La Villemarqiié.
Qu'ils nous logent eux-mêmes dans leur maison bénie,
Au sein de la joie et du bonheur, après la fin du monde.
II I
19 Noël! — Chantons, réjouissons-nous saintement !
Plus de peines maintenant, peuple du monde !
Faisons fête au petit Enfant,
Qui dans ce monde est né pour nous.
20 Dans le sein d'une Vierge, notre bonne maîtresse,
A été conçu, comme il devait l'être.
Le sauveur de ce long et large univers,
Pour nous rendre purs et agréables à Dieu.
21 La vierge courtoise et charmante.
Qui était parfaite et sans tache,
Fut choisie, à cause de sa perfection.
Pour être la mère de Dieu, notre vrai Créateur.
22 Quand vers elle vint Gabriel,
La voyant sainte et pleine de charmes,
Il ne faillit point à son message, et humblement.
Sans faire d'éclat, la salua :
23 « Le roi de tout bien, le Créateur de la nature.
Est dans ton chaste corps assurément formé.
Douce Marie; tu es sans aucun doute.
Bénie par-dessus chaque femme. » —
24 Alors fut conçue certainement
En elle une forme qui était surnaturelle,
I . Noël sur l'air de Conditor aime syderum.
Anciens No'cls bretons.
Ma bon lochint y ^ en ho ty benniguet
En joa ba leuenez, goude finuez an bet.
II ^
19 Nouel! Quenomp, joaeusomp glan !
Gant diboan breman, pobl an bet !
Greomp meuleudy dan Map biban
A so en bet man deom ganet.
20 En un Merch guerches, maestres net,
Ez voue concevet competant
Saluer an bet bet ha ledan,
Don ober glan hac auanant.
21 An guerches courtes ha plesant
A yoa excellant hac antier ;
Dre he bout parfet, choaset voe
Da bezaff mam Doue, bon guir Crouer.
22 Pan deuez dauet y Gabriel,
Plesant santel pa he guelas,
Ne fallas pas dan cas, astut.
Hep ober brut, he saludas :
23 « Roue an oU mat, Crouer natur,
So ez corff pur sigur furmet ;
Te so hep mar, clouar Mary,
Plen dreist pep heny beniguet. »
24 Neuse ez croeat a tra sur
Enn y figur dreist natur voc;
1 . Lisez vv.
2. Nouel voar ton: Condilor aime syderum.
10 H. de La Villemarcjué.
Et dans son chaste sein fut engendré
A l'instant celui qui était à la fois fils de l'homme et Dieu.
25 Au bout des neuf mois accomplis,
Il fut mis dans ce monde ;
Ce fut dans une étable à bêtes, croyez-le,
Que Dieu naquit; n'était-ce pas pénible?
26 Le Roi du Paradis coucha
Sur du foin vert, dans l'étable d'un âne,
Et Marie, sa bonne mère,
Entre des bestiaux de même.
27 Avec joie, harmonie et consolation.
Aux saints pasteurs il fut chanté :
« Gloire aux Cieux ! paix sur la terre !
Il est né notre ami aimable ! »
28 Et alors, les bons bergers
Quittèrent promptement leurs troupeaux;
Et ils se hâtèrent de se rendre
Vers le Fils de la bonne Marie.
29 Trois Rois prophètes attirés vers Dieu
Vinrent — hommes dévots, notez bien ceci —
Offrir des présents à Jésus, très désireux [de le voir] ;
Et une étoile les guidait.
30 Hérode, ce tyran de son royaume,
Par une instigation diabolique, aux trois bons Rois
Fit une recommandation, et n'y manqua point,
Sans être timide, par une feinte.
3 I Mais, sans nul doute, un ange béni
Leur dit doucement
De changer de chemin et de retourner chez eux;
Tous les trois il les détrompa.
Anciens No'els bretons. 1 1
Hac en he corf pur ez furmat
Map Den tizmat pep stat ha Doue.
25 Da pen an nao mis fournisset,
Ez voe ganet voar ai^, bet man ;
E craou an milet, credet, voe
Ez ganet Doue ; ha ne voua poan ?
26 Roue 'n Barados a reposas
Voar fouen glas, e craou an asen,
Hac e mam Mary cordial
Entre an chatal evalhen.
27 Gant joa, meuleudy ha dyboan
Dan pastoret glan ez canat :
« Gloar en effaou ! peoch en douar !
Ganet eo hon car he^arat ! »
-&'
28 Ha neuse an buçale mat
A laesas tiz mat ho chatal,
Ha monet pront a gresont y
Bete Map Mary cordial.
29 Try Roue bete Doue proffedet
A deuez — tut deuot, notet se —
Da prot da Jésus, hetus ten ;
Hac an steren ho quelenne.
30 Herodes, pugnes en e stat.
An Try Roue mat dre drouc atys
A quemennas, ne fltllas pouent,
Hep bezaff lent, dre un fentys.
3 I An Eal benniguet, hep quet mar,
Dezc douar a lauaras
Ez chenchent hent, az vent do tv;
Ho trv en ho ditiazias.
12 H. de La Villemarqué.
32 Prions tous Jésus, doucement, humblement,
Bonnes gens, qui sommes à la messe de Noël;
Qu'à notre sortie de ce monde
Nous allions tous vers les saints.
III
33 Chantons Noël au Roi des anges,
Joyeusement, avec amour,
Puisque Jésus est venu, dans sa miséricorde,
Pour nous conduire au bonheur.
34 La nuit de Noël, allègrement,
La vierge glorieuse, l'aimable Marie
Enfanta sans douleur le Roi puissant.
Bon et joyeux, dans une écurie.
35 En un lieu froid, pour porter peine,
Pour commencer à souffrir, il fut mis au monde.
Dans la pauvreté, selon le monde,
Vint le petit Enfant béni.
36 Et au bout de huit jours — sachez-le —
Après qu'il eut été saintement enflinté,
Vint un petit Ange béni,
Désigné pour le nommer Jésus.
37 II serait terrible de conter ou de voir
Combien de peine dans le monde
Souffrit le petit Enfant béni
Pour nous tous qui étions perdus.
1 . Noël dont l'air est populaire.
Anciens No'éls bretons. 1 5
32 Pedomp oU lesu, cuff, vuhel,
Pan omp, tut santel, en pel quent,
Ha goude hoU fet an bet man
Maz ahymp glan dauet ant ^ sent.
III
33 Quenomp Nouel da Roue 'n Aelez
Joaiussamant, dre carantez,
Pan eo deuet lesu dre truez
Huit bon ren da leuenez.
34 Nos Nedelec, beb dieguy,
An Guercbes gloar, begar Mary
A ganas bep bel Roue 'n belly,
Mat ba mao, en un marchaocy.
35 En un lecb ien, da douen penet,
Da dezraou poan, ez voue ganet;
En paurentez, beruez an bet,
Ez deuz an Mabic benniguet.
36 Ha da pen eiz dez — gouezet —
Goude bout glan beman ganet,
Ez deuez an Aelic beniguet,
De henuel lesus diuset.
37 Meur ve ezr euel na sellet
Peguement a poan voar an bet
En deffoue 'n Mabic benniguet
Euyd omp oU pan oamp collet.
ï . Sic, pour an)!.
2. Nouel pe a licny an ton so commun.
14 H. de La Villemarqué.
38 Les bergers se sont mis en route
[Avec ?] trois rois d'Orient
Venant offrir à Dieu, le vrai roi des saints,
L'or, la myrrhe et l'encens qu'ils apportaient.
3 9 Plus tard il montra encore
Son amour et sa grande fidélité envers nous :
Il employa son précieux sang
A nous tirer des peines de Satan.
40 Quand le fils de Dieu qui nous créa était
Sur ses deux genoux dans le Jardin de douleur,
Il y vit surnaturellement
Les peines horribles qu'il souffrit [plus tard].
41 Quand il y songea, il versa du sang
Depuis les deux sourcils jusqu'à la plante des pieds :
Ils étaient arrivés, les peines et les soupirs
Et les ennuis pour notre bon Seigneur !
42 Incontinent, des brigands,
Gens affreux, sans raison,
Vinrent, en face, le prendre
Pour le conduire à une mort très cruelle.
43 Les juifs, sans aucun motif.
Après l'avoir pris, le firent venir
— Croyez-le bien — jusqu'à la maison d'Anne,
Et puis à la maison de Caïft'e.
44 Une couronne d'épine fut enroulée
Sur la tête de l'homme Dieu, et avec quelle douleur !
Et sans égard on battit
Jésus, impitoyablement, et on l'accabla de coups.
Anciens No'éls bretons. 1 5
38 An Pastoret so deuet en hent,
Rouanez try diouz Orient
Da proff" da Doue, guir Roue an sent,
Aour, Mir, esancs a auancent^
39 Neuze yuez ez disquezas
Deomp ny carantez ha feiz bras,
E goat precyus a usas
Don lamet a poan Sathanas.
40 Pan oa Map Doue nep hon croueas
Voar e daouglin en lardryn glas,
Eno peur santel es guelas
An poanyou greffus a usas.
41 Pan ho soungas, ez scuillas goat
An diou abrant bet plant an troat :
Arryuff voa 'n poan, han huanat
Han annyaou dan Autraou mat.
42 En continuant an brigantet.
Tut difflieçon, diresonet,
A deuez en e drem de quemeret^
De quacs dan maro so garo meurbet.
43 An luzeuyon, diraeson bras,
Goude e quempret, en redas,
Crédit splam, bete ty Annas,
Ha goude da ty Caiffas.
44 Vn curun spern a voe cernet
Voar pen Doue den, pebez penet !
Hep enebran ez voe cannet
lesu, dytruez labezet.
1 . Ce couplet ne semble pas appartenir à ce Noël.
2. Lise:^^ quempret.
i6 H. de La Villemarqué.
45 Pilate le condamna durement
Et — croyez-le bien — il ordonna
De le lier fortement à une croix de bois
Avec des clous (deux ou trois) très cruels.
46 Une croix d'une grandeur énorme, — n'en doutez pas -
Fut donnée [à porter] à notre ami, le fils de Marie ;
Et quelque grande qu'elle fût, il la porta,
Ce Roi de la terre, jusqu'au Calvaire.
47 Après qu'il fut étendu sur la croix de bois
Il pria son père béni
De pardonner, sans nul délai,
A quiconque l'avait torturé.
48 Le larron de droite le plaignit,
Il se recommanda au Roi du monde.
Et alors le Dieu qui le créa
De bon cœur lui pardonna.
49 Et après encore, quand il fut temps,
Il donna à sa chère mère émue
Saint Jean, l'homme juste, pour la garder.
Comme son cher fils, sans nulle raillerie.
50 A la quatrième parole méditée.
Il eut une soif accablante,
Désirant, avant toute chose,
De nous sauver tous afin que nous ne fussions pas perdus.
5 1 A la sixième parole méditée.
Il dit, et n'y manqua pas,
Que les prophéties étaient accomplies
Telles qu'elles avaient été prédites dans l'Ecriture sainte.
Anciens Nocis bretons. 17
45 Pilât voe' cadarn en barnas;
Ha, credet plen, a ordrenas
E gryat ten en un pren croas
Gant tachaou daou try, peur dyulas.
46 Croas bras meurbet, na lequel sy,
A roet don car Map Mary;
Nan doa mar bras, he dougas hy
Rouen nouar bete Calvary.
47 Goude e asten en pren croas,
E tat benniguet a pedas
Da pardonaff hep tardaff pas
Da quement unan en poanyas.
48 An laezr dehaou a caffliouas,
Ouz Roue 'n bet en em erbedas,
Ha neuse Doue nep en croueaz
A guyr calaoun en pardonnas.
49 Ha goude arre, pan voe prêt,
Ez roas de quer mam estlammet
Sant lahan, den guyr, de myret,
Euel he quer map, hep goap quet.
50 Dan peuare guer prederet:
En deffoue un bech a sechet,
Oz desiraff, an quentaff prêt,
Hon seluell oll, na vemp collet.
5 1 Dan huechuet guer deliberet :
Ez lauaras, ne fallas quet,
Ez oan profecy achiuet
En Scriptur glan diouganet.
I . Peut-être pour en cadarn.
Revue Celtique, X.
i8 H. de La Villcmar^iié .
52 Et à la septième, quand il mourut,
Il inclina sa tête divine,
Et les planètes prirent le deuil
Et la terre entière trembla.
53 Alors Longin fut poussé
Par une haine très odieuse.
Car, debout, avec une grande lance.
Il perça le cœur du Fils de Marie.
54 Et le sang découla en bas,
Et le long de son côté jaillit
Sur sa face, avant qu'il eût bougé,
Et il recouvra la vue.
55 Quand il vit Dieu, il eut honte;
Et il implora sa pitié;
Et alors Dieu, le vrai Roi des anges,
Lui pardonna toute sa folie.
56 Et nous maintenant, petits et grands.
Prions l'homme Dieu qui nous racheta.
Et la Mère qui le mit dans ce monde,
De prier aussi. Deo gratins !
IV ^
57 Chantons doucement, humblement, Noël au Roi puissant
Et à sa douce mère immaculée, joyeusement, sans perdre
Qui a, il n'y a pas de doute, [de temps,
Enfanté Dieu, notre Roi ;
Cela lui fut annoncé,
Et révélé par l'Ange.
I . Noël sur l'air de Courtoises dames.
I
Anciens Noëls bretons. 19
52 Ha dan seizuet, pan décédas,
E pen diuin a anclynas,
An planedaou a cafFaouas
Han douar certen a grenas.
5 3 Neuse Longius a usas
A un cassouny re difflas,
Rac, ves e saff, gant un goaff bras
Galon Map Mary a gryas.
54 An goat dan traou a dinaouas,
Ahet e costez ^ ez diloftas ;
Voar e bisaig quent ez flaychas,
Hac enff s;uelet a remedas.
55 Pan guelas Doue, en deffoue mez;
Maz mennas hep mar trugarez ;
Ha neuse Doue, guir Roue'n Aelez
En pardonnas oll e follez.
56 Ha ny breman, bihan ha bras,
Pedomp Doue den, nep hon prenas,
Han Mam en bet man an ganas
Yuez supply. Deo gratias.
IV ^
57 Quenomp cuff vuhel Nouel da Roe 'n velly
Ha dinam de mam chuec, choantec, hep dieguy;
He deueus, n'en deux sy,
Ganet Doue hon Roue ny ;
Desy ez voe bryet.
Gant an Eal revelet.
1 . Liseï coff.
2. Nouel voar ton Courtes itroneset.
;o H. de La Villeinar^iic .
58 Jésus le fils de Dieu le Roi des Saints, né dans la pau
A l'anniversaire de cette nuit souffrit la misère, [vreté,
Le froid cruel et la saleté;
Entre des bêtes, aujourd'hui,
Le Roi des anges, sachez-le.
Est né pour nous maintenant.
5 9 En l'attendant dans le monde, nous trouvions le temps dur ;
Et nous fûmes cinq mille ans et plus encore dans l'ennui,
Quand il plut au Dieu des astres
D'envoyer son fils chéri, sans mentir.
Pour devenir le premier martyr,
Et nous retirer de l'enfer.
60 En cette nuit sans chagrin, où Dieu naquit.
Ce fut dans un lieu sans abri, dans une écurie ;
Ce fut à cause de nos péchés, croyez-le bien ;
Songez à tous les ennuis
De Jésus fils de Dieu et homme.
Quand il vint tout nu nous racheter!
61 L'Ange apprit avec grande joie et humblement
Aux bergers assemblés que le Roi de la mer était né;
Et, de la montagne, sachez-le,
Très humblement, pour le voir.
Ils vinrent, n'en faites doute,
Jusqu'à la douce Marie.
[étoile
62 On ne vit en aucun temps, vraiment, une aussi grande
Que celle d'au-dessus du pays où était Dieu, le Roi du
Si bien qu'un chant s'éleva [monde,
Là, au-dessus de sa tète :
Chacun se demandait
Où Dieu était né.
Anciens No'cls bretons. 2 1
58 Jesu Map Doue Roue 'n sent ganet en paourentez,
Da quifin ;in nos man en deftbue bihanes,
Ryou difflas ha lastez ;
Entren loeznet, vêtez,
Rouen Aelez, gouezet,
So deomp breman ganet.
59 Ouz e gourtos en bet ny bon boue caleter;
Hac a voe pemp mil bloas ha choaze ^ annoazdcr,
Pan phgas gant Rouen ster
Cacs e map, hep goap, quer,
Da bezaf- merzer querhafF,
An hm don redymatf,
60 Henoaz hep annoaz quet pan voa net ganet Doue,
En un lech dyabry, en un merchaucy voe;
Dre on pechet, credet, voe;
Songet picn pcz enuoe
Jesu Map Doue ha den,
Deuet en noaz don dazpren !
61 An Eal a reuelas gant joa bras hac asquet
Bezaff ganet Roue 'n mor a cor dan pastoret ;
An menez, gouezet.
Peur vuheU de guelet
Ez int deuez>, na gret y,
Bete douar Mary.
62 Ne guelat nep nmscr, a scier, quen bras steren
Euel a diouz an ploue maz edoa Doue Roue 'n glen,
Maz deuez scaff canauen
Eno, a dyouz e pen :
Pep cren a goulenne
Max oa net ganet Doue.
1 . Liseï choaz e.
2 . Lise:^ bout.
3 . Lisc:^ dcuct.
22 . H. de La Villemarqué.
63 Alors, en un carrefour, sans feinte, avec leurs largesses,
Se trouvèrent là tout de suite les saints Rois,
Cherchant partout la demeure
Où, par l'effet d'une grande pitié, Jésus,
C'est la Vérité, sachez-le,
L'enfant Jésus était né.
64 En passant par le pays ils trouvèrent Hérode,
Qui leur fit mille prévenances.
Et, à leur gré, bien et convenablement,
Les soigna de la belle façon.
Avec une vraie courtoisie.
Quoique malade d'envie.
65 — « Obéissez-moi, revenez ici, par ce chemin-ci, ô Rois,
Quand vous retournerez dans votre pays, et je vous logerai
Si bien qu'ils promirent sur leur foi [pendant tout
De revenir là à la fin; [le jour. «
Et il dit en lui-même : « Je leur tendrai
Des embûches pour les perdre. »
66 Ensuite, quand ils revinrent, ils trouvèrent, dit-on
Un messager du vrai Dieu, un bon ange, et sans délai :
« Venez par ce chemin à la maison, [dit-il]
Car Hérode, c'est notoire,
Est en train de prendre des mesures
Hélas ! pour que vous soyez tués. »
67 Comprenez bien la question, ne dites mot;
Car il est né, le fils de Dieu, notre Roi, notre Créateur,
Dans une pauvre maison.
Sans feu dans sa demeure;
Quelle hôtellerie
Pour le fils de Dieu, notre Roi !
Anciens Noels bretons.
6^ Neuse, en un croashent, hep fent, gant larguentez,
Eno en em caffas glan buhan an Rouanez,
Oz clasq splan an annez
Jesu dre meur tfuez,
Guyrionez, gouezet,
Maz oa'n Map man ganet.
64 En un tremen dre ^ bro ez quefsont Herodes,
Hac o cuffias y a deftVy alyes,
A do grat, mat hac aes,
Ho tretas a tra spes,
Certes dre courtesy,
Hac enfF claff gant auy.
65 — « Sentyt, distroit aman, an hent man, Rouanez,
Pan tremen het doz bro ha moz logo vêtez. »
Maz diougansont fez
Donet dy en dyvez :
« Me gray rez, emezaff,
Ambuig do dystrugaff » .
66 Neuse, pan distrosont e quefsont, a conter,
Cannât Doue ditfoue net, an Eal mat, hep atfer:
« Deuet an hent man dan queer ;
Rac Herot, so noter,
So esper commeret
Syouas ! maz vech hizet. »
67 Ouz an lyt ententyt escuyt, ne sonnyt guer;
Pan eo ganet Map Doue, hon Roue hac hon Crouer
En un ty so dister
Ha hep tan en maner :
Pebez austelery
Da Map Doue hon Roue ny !
1 . Lisci drcn (dre 'n).
24 H. de La Villemarcjué.
68 Le roi des anges, sichez-le, est venu en ce monde
Pour souffrir continuellement la douleur, à dater du jour
C'est par le fait d'Adam [où il est né ;
Que nous avons été condamnés tous
A être retenus dans le feu
A jamais dans la douleur.
69 Marie, la mère de l'homme Dieu, alla certes, je le crois,
Jusqu'à Siniéon, l'homme juste et droit;
Et elle remit entre ses bras
Son petit enflmt béni,
Huit jours, sachez-le,
Après qu'il fut né.
70 En cette rencontre on prophétisa à la douce Marie
Qu'un glaive traverserait profondément son cœur navré,
Et que lui verserait
Tout son sang pur :
Et en effet, à cause de nous,
Il a été attaché à une croix.
71 Ensuite il lui fut expressément recommandé par l'Ange
De fuir vite en Egypte afin d'être en liberté.
Car l'ordre avait été donné
Hélas! qu'on tuât
(Pour chercher à trouver le Roi des saints)
Tous les innocents.
72 De grandes vilenies, de grandes amertumes, et des hor-
Eut à souffrir le Roi des saints, outre la pauvreté: [reurs,
Il n'avait certes, tous les jours,
Rien que peine, misère!
N'était-ce pas pitié de voir
Le fils de Dieu le Père en cet état ?
73 Pendant sept ans dans le froid ennui, dans l'angoisse et la
Ils furent en Egypte, avant d'être délivrés ; [peine,
Anciens No'els bretons. 2)
68 Roue'n Aelez, gouezet, so deuet voar an bet maii
Adal maz voe ganet bepret ouz compret poan ;
Dre Adam voue 'n dra man
Maz oump condamnet glan
Da bout en tan manet
Bizuiquen en penet.
69 Mary, mam Doue ha din den, a }-ez certen, m'en cret,
Davede Symeon, den guiryon raesonet ;
Hac ez roas dezaff net
He mabic beniguet
Dan eiz dez, gouezet
Goude glan bout ganet.
70 Aman dan goar Mary ez voe profecyet
Ez treusse clezev don he calon estonnet,
Hac enff a scuilse net
E goat pur assuret :
Rac pahunour deomp ni
Ez voue crucifiet.
7 1 Neuse splan gant an Eal ez voue cre revelet
Techet cre en Egypt da vezaff acuy tet,
Rac cren gourchemennet
Voa, svouaz ! ez lazset
(Oz chisq caftbut Roe 'n sent)
An oU inoçantet.
72 Vileny hiny bras peur dytflas ha histez
En defioue da consent Roue'n sent ha paourentez :
N'en deffoa lem bemdez
Nemet poan, bihanez !
An doa truez bezatF
Map Doue 'n Tat en stat man ?
73 Seys bloaz en annoazien^ en anquen ha penet
Ev: vyont en Egypt quen bezaft" acuytet ;
I . Liseï annoaz ieii.
26 H. de La Villemarijiié.
Tant qu'il leur fut révélé par l'Ange
D'avoir, sans plus tarder,
A opérer, croyez-le bien.
Leur retour à Bethléem.
74 Après leur départ, ils le perdirent d'abord
Réellement, au milieu de Jérusalem ;
Et, par la foule, à qui ils demandaient
Où était Dieu, Roi du monde,
Ils furent renseignés
De manière à le retrouver.
75 Au milieu d'un auditoire, parmi les Docteurs,
Il disputait fortement et il ne les craignait pas ;
Il était tout rempli de beauté
Et de savoir — sachez-le bien —
A l'âge de douze ans,
Il les rendit confus.
j6 Ramener son fils à sa maison, avec elle et son époux,
Voilà ce que fit alors la sage Marie, assurément.
En lui disant sans hésiter :
« Est-ce que vous ne saviez pas
Que nous étions occupés à vous chercher,
Dans l'angoisse et la douleur ? »
77 Jésus le fils du Dieu Créateur, sans faire aucune différence,
Nous a rachetés tous de la même manière par pure obéis-
Par-dessus tous les hommes une sagesse [sance.
De premier ordre est en lui.
Elevée au-dessus de toute créature :
Il est le Roi des anges, sachez-le.
78 Gens dévots et notables, sans raillerie ni fiction.
Songez à bien célébrer du commencement à la fin,
Anciens No'éls bretons. 27
Gant an Eal revelet
Deze y, hep muy quet,
Voe donet, crede| lem,
Adarre en Bezleem.
74 Faziaff quentaff prêt, goude monet cret lem,
A gresont 3^ reall en creys Hierusalem;
Ha, dr'en foui, oz goulen
Maz e doa Doue, Roue 'n glen,
Maz viont quelennet
De caffout hep dont quet.
75 En creys an auditor, e mesq an Doctoret.
Ez disputeve ^ creff hac enff no douge quet ;
Leun voa plen a quenet
A squiant, ententet;
Da pen he daouzec bloaz.
Ho geureunnaz et zo-.
76 Cacs he map de abry gant y ha he priet
A geureu iMary fur neuse pur, assuret,
Hep mar oz lauaret :
« A chuy na gouzye quet
Ez oamp oz hoz clasq plen.
En anquen ha penet? »
77 lesu Map Doue Crouer a scier hep dyfferancç
Hon prenas e pep guys dre guyr obeyssancç.
Voar an oll tut prudancç
So enn aff quentaff lancç;
Voar pep noeancc lancet ;
Roue 'n Aelez, gouezet.
78 Tut deuot lia notabl, hep comps goap na foblaou,
Ouz an lyt songyt frez a dyuez da dezraou
1 . Liseï dispute eff.
2. Lisci Ho geureu annoazet.
2 8 //. lit La VilL marqué.
Sans manque la fête de notre vrai Seigneur
Qui souffrit patiemment
Des peines et de rudes douleurs
Et la froide mort, le vendredi.
V '
79 Chantons Noël, humblement, en ce jour de Noël,
Et notre maîtresse la Vierge, la douce Reine, [souhait ? —
Qui mit au monde le Dieu, notre Roi — n'était-ce pas à
Dont la gloire est grande en l'esprit de tous les clercs !
80 Prédestinée avant de venir en ce monde, [Vierge]
Et créée par l'opération de l'Esprit saint, telle était [la
Je n'en dirai pas davantage ; la Théologie est faible
Pour donner raison de sa dignité.
'O'
8 1 Grâce à une pomme, [Satan] qui est faux comme une vipère,
Satan le voleur, vint vite
(En commençant par un mensonge et de belles paroles)
A bout de nous chasser du palais de l'Empereur.
82 Depuis cinq mille ans, oui, et davantage,
Le peuple du monde était dans la peine et dans l'effroi;
Il était tenu par Lucifer dans le feu et la puanteur, quand
Grâce à la Passion, notre rançon a été remise. [soudain,
83 II était temps de faire la paix entre Dieu le Père et Adam
Qui avait frustré [de son héritage] le peuple du monde
[par un morceau [de pomme]
Il est venu le jour de la joie tout nouvellement;
Nous sommes parfaitement sauvés et absous de notre faute.
I . Noël dévot et ancien dont l'air est populaire.
Anciens Nocls bretons. 29
Hep fout bon guir Autraou
A gouzaftas hasaou
Poanyaou ha glo^saou quer
Han marv yen, dez guener.
V
79 Quenomp Nouel vuhel da Nedelec;
Ha don Maestres, Guerchez, Rouanez chuec
A ganas Doue hon Roue, ha ne voe chuec ?
Bras eo he gloar e memoar pep cloarec !
80 Predystinet quent donet en bet man
Voe ha crouet dre splet an Speret glan :
Ne consiff muy, Theology so bihan
Da reifî" raeson an person a houmman.
81 Dre un aual, diffeal eual aezr,
Tiz ha buhan ez deuez Satan an laezr
— (Ha da dezraou un gaou, dre comsaou caezr)
Don chasseal a sal an Impahtezr.
82 Pemp mil bhzen certen ha tremenet
Ez voe en poan ha saouzan pobl an bet
En tan ha fler, gant Lucifer, dre ret,
Dr 'en Passion, eo 'n ranccon pardonnet.
83 Prêt voe peochat Doue an Tat ouz Adam
Pa'en doa pryuet pobl an bet dre un tam ;
Dcuet eo an deiz leuenez neuez flam ;
Net omp saluet ha pardonnet honn blam.
I . Noucl deuot hac ancien pe a heny an ton so commun.
jo H. de La Villcmarqué.
84 Quand l'humble Saint Gabriel la vit
Si merveilleusement sage, il la salua avec respect
D'un Ave; alors fut conçu
Dans le sein de la douce Marie, notre Roi, le Messie.
85 En un réceptacle très pur et excellent,
En cette Vierge, naquit pur, aussi lui.
Le Roi des Juifs, qui était Dieu et homme, je le sais.
Réjouissons-nous donc selon l'Écriture.
86 II est né le Dieu, notre Roi, qui nous créa ;
Parmi les témoins qui le prophétisèrent
Etaient Isaïe, Elie, Jérémie,
Tous les prophètes : heureux ceux qui les ont crus !
87 Que désormais chacun se livre à la joie !
Jésus est venu, le voilà; dans sa grande pitié
Il ne nous a pas oubliés, puisqu'il nous a tirés de la mi-
II est notre ami, sa miséricorde est sans pareille, [sère;
88 Quoique venu d'en haut, il était humble, le Dieu des Anges,
Sorti du corps de Marie et ne montrant plus sa puissance.
Le Saint Esprit n'imposa aucune douleur [à sa mère]
Quand elle l'enfanta, quand elle le nourrit de son lait.
89 Une masse de misères de toute sorte a été, parmi nous,
Accumulée à cause du péché où nous étions,
Ah! certes, Jésus de tout côté est au-dessus de nous;
Il est devenu notre hôte, sans éclat, au-dessous de nous !
90 O gens du peuple, unissons-nous tous,
De tout péché soyons purs, et prions
Cette Vierge que nous chantons tous ;
Malheur à nous si nous lui manquions jamais!
Anciens Nocls bretons.
84 Sant Gabriel vuhel pan he guelas
Fur dre burzut, astut he saludas
Dre un Ave; neuse ez concevas
En goar Mary bon Roue ny* Messias.
85 En un supot peur deuot ha noter,
En Guerches man ez deuez glan pep manyer
Roue 'n luzeuyen voa den ^ me en goar;
Rac se greomp fest heruez test an Istoar.
86 Ganet eo Doue bon Roue nep bon croueas ;
En testeny nep a proffecyas
Voe Isay, Hely, Hieremias,
An Profedet; çuen bo bet ho credas !
■5 &'
87 Hyuizyquen gret pep den leuenez !
Deuet eo lesu, chetu ; dre meur truez
No n'ancouffas pa on lamas a lastez ;
Eff eo bon car, dispar e trugarez.
88 A lecb vuhel, izel voe Dou 'en Aelez
A corf Mary, hep muy autronyez ;
An Speret glan ne laqua nep annoez
Hy de guenel de derchel voar he laez.
89 Vn bern mernent a pep hent so entromp
Multipliet dr' en pechet maz edoamp.
Certes lesu a pep tu so aiouz omp ;
Ma bon ostys dicouantys a is tomp.
90 Commun, un voan pep unan a banomp,
A pep pechet bezomp net, ha pedomp
An Guerches man pe da glan ez canomp ;
Nep guez dezy goa ny mar fazyomp !
I . Lise:(^ voa Doue ha den.
\2 H. de La Villemarqaé.
91 Chère mère de Jésus, votre siège, à vous, est là-haut !
Et les mortels sont bien bas et dans la langueur !
Vierge des saints, garde notre carrière sous ta protection ;
Que nous allions bientôt à la joie des Apôtres.
VI ^
92 Noël! Noël! Noël!
Lans^uissants ici-bas
Dieu, là haut, nous a vus;
Peuples, de bonnes nouvelles
Nous ont été annoncées;
Dieu le Père l'a promis.
93 Adam, notre premier père,
A été tiré d'ennui
Et il est allé à la joie
Où sont les anges pour toujours;
A présent est né
Le fils chéri de Dieu, Roi du monde.
Heureux qui l'a cru !
Une fille vierge, pure
Des péchés de ce monde,
A enfanté ce Fils.
94 Dans cette fille glorieuse
Sont venues, certes, pour nous défendre,
Sont descendues des cieux
Ici-bas trois lumières :
Oui, certes, la Trinité,
Comme le jour à travers le verre,
I . Noël sur l'air Beau Noël à Jésus.
Anciens No'ils bretons. ^5
91 Quer man lesu, ho seyg hu so vuhel,
Hac an bedis en languys so isel !
Guerches an Sent, mir lion lient ez quentel
Maz a liimp prest da fest an Abestel.
VI ^
92 Nouel! Nouel! Nouel!
E languis a isel
Doue vuhel hon guelas ;
Tudaou, quehezlaou mat
Deompny proficiat !
Doue an Tat en gratas.
93 Hon quentafftat, Adam
A estlam so lamet
Hac eat da leuenez
Ma edi 'n Aelez pepret;
Breman ez eo ganet
Quer map Doue, Roue an bet;
Guen e bet en credas !
Un merch so guerch, ha glan
A pechet an bet man
An Map man a ganas.
94 En merch man damany
Deuet detrv^ don diffen,
Disquennet an effaou
Oz traou teyr goulaouen.
An Dreindet, credet hen,
Euel deiz dr' en guezren
I , Nouel voar ton Koueï spes da lesus.
Revue Celtique, X.
J4 W. de La Villemarqué.
Est descendue sur la terre;
Toujours vierge, en ce monde
Fut préservée de toute souillure
Celle qui l'enEinta.
95 Comme le jour à travers le verre
Est descendu véritablement
Le Fils de Dieu, le Père éternel,
Qui est la sainteté visible.
Par un mot de son Esprit,
Furent créés en chaque pays
Les oiseaux et les grands animaux ;
Pour sa gloire très douce,
Le soleil brillant et la lune
Et la terre ont été faits par lui.
96 Depuis cinq mille ans, tout centristes.
Les hommes étaient dans la contrainte ;
Ils s'entassaient en enfer;
Toujours ils y étaient conduits.
Le châtiment était horrible,
Et la douleur profonde;
Malheur à nous, lorsque pécha
Eve, notre première mère !
Mais Marie innocente
Nous a tirés de la misère.
97 Chère mère de Dieu, Roi des Cieux,
Dans les chemins droits
Donnez la clarté à notre esprit,
Avant que nous quittions ce monde.
Tous^ qui que nous soyons.
Gardez-nous soigneusement
Des pièges de Satan ;
Par la grâce de Dieu déhvrez-nous !
Par votre fils, notre appui,
Lui qui nous a créés.
Anciens No'els bretons. ? 5
En glen a dysquennas :
Guerch pepret, en bet man
Voa net preservet glan
Homan pa en ganas.
95 Euel deiz dren guezren,
A cren eo dysquennet
Map Dou' en Tat so padel
Ha santel da guelet.
Dre en giier e Speret
Pep ploue a voe crouet
Eznet ha loeznet bras ;
Dre e gloar peur clouar
An eaul splan hac an loar
An douar a paras,
96 Pemp mil bloaz, annoazet
Ez vo'en bet en redy ;
En Ifern ez bergnet;
Bepret ez reet d}^;
Dyfflas voe an casty,
Ha don an melcony;
Goa ny, pa fazias
Eva, bon quentaff mam !
Hoguen Mary difflam
A estlam bon lammas.
97 Quer mam Doue, Roue 'n enffaou
En bynchaou- dysauozan
Reyt sclerder don speret
Quent monet an bet man.
Commun, guytibunan,
Hon miret ny peur glan
Oz sauozan Sathanas ;
Hon dilacc dre grâce Doue !
Ouz da ^ map hon azboue,
Hennez voue hon croueas.
I . Liseï hoz.
î6 H. de La ViUemarqné.
98 Noël au Roi suprême !
Tous, chantons avec grâce;
Noël à la douce Marie ! .
Une prière de louange
A celle qui est pleine de gloire,
Qui est notre maîtresse, à la mère de Jésus,
Qui a été heureuse de nous disculper.
Pesons lui fête !
Toujours elle intercède pour nous
Assurément. — Deo gratias !
VII ^
99 Beau Noël à Jésus !
Chantons tous avec grâce.
Avec joie, de la façon la plus agréable,
Puisqu'il est venu en ce monde
Doux et humble comme un agneau,
Aujourd'hui pour nous tirer de peine.
100 Sa pitié pour nous qui étions
Châtiés à cause de notre premier père,
Il la montra ce Dieu, ce Roi du monde.
En descendant du ciel
Pour naître en ce jour
Du sein d'une jeune fille vierge.
Parfaite, d'un cœur pur.
D'une grâce incomparable,
D'une amabilité au-dessus de la nature,
D'une jeune fille créée sans tache.
-1 • Noël sur l'air de celui qui précède.
Anciens No'els bretons. 57
98 Nouel da Roue 'n velly !
Q.uenomp ny gracyus,
Ha dan clouar Mary !
Supply melodius ^
Dezy hy glorius,
Hon Maestres, mam Jésus,
loaius hon escusas ;
Greomp leuenez dezy !
Bepret hon erbet hy
Devry. — Deo gratins!
VII I
99 Nouel spes da lesus !
Quenomp ny gracyus,
Haetus, plygandushaff,
Pan eo deuet en bet man
CufF, vuhel, euel oan,
Breman don dypoaniaff.
100 Truez ouz hon bezaff
Dr 'en tat quentaff" claffet
En deffoue Doue, Roue 'n glen,
Pan eo cren disquennet
Breman da bout ganet
Gant un merch he guerchdet
Parfiiit, a caoudet net,
Gracius dreyst musur,
Hegarat dreyst natur,
Merch illur so furmet.
I . Nouel voar ton homan diaraoc.
38 H. de La Villemarqué.
loi En aucun temps, sans faute,
On n'en trouverait pas d'aussi sainte,
Dans l'univers entier
Parcouru en travers,, en long et en large.
Les voilà maintenant perdus
Par Satan ses titres [contre nous.]
Par le fait de sa naissance
Jésus a, en mille endroits,
A chacun gracieusement
Apporté la consolation.
102 Sainte et humble
Avait été trouvée incomparablement
Par le Roi de la terre, notre véritable ami.
Sa mère, la douce Marie.
A l'instant où d'elle
Naquit le Dieu notre Roi,
Voilà qu'un cri de gloire [partit] :
C'étaient les anges, n'en doutez pas,
Qui chantaient mélodieusement
Les louanges du Seigneur.
103 Pour ceux qui très gémissants
Et coupables avaient péché
Il y eut assurément
Une lumière allumée.
Puisqu'il s'est élancé
Le Messie envoyé
Au monde, pour nous porter remède,
Faisons-lui joie et fête.
Jusqu'à la fin de notre vie,
La nuit et le jour!
104 Bien des fois, à son sujet.
Très clairement et sans ambage,
Il avait été divinement
Prophétisé à notre race
Qu'il serait par grâce envoyé
Du ciel, pour supporter un mal
Anciens No'els bretons . 39
loi Dynam, e nep amser
Ne caffer he quen glan,
Euyt oll an holl bet
Treus ha het ha l^^dan.
Collet lem eo breman
E contrat 2;ant Sathan.
Oz bout heman ganet
En deuex, heux place,
Da pep re, dre e grâce,
An soulacc diguaccet.
102 Santel en vuheltet
Ez voue caffet detry
Gant Roue 'n tyr, hon guir car
E mam, clouar Mary.
Presant maz oa gant y
Ganet Doue hon Roue nv,
Chetu cry glorius :
An Aelez, na gret sy,
A gre can letany
Meuleudy gracius.
103 Nep pep rout hirvoudus
Cablus a ioa ruset
So deze, nen deo gaou,
An goulaou enauet.
Pan eo flam dilamet
Messias dis;accet
En bet, don remedaf,
Ioa plen ha leuenez,
En essu hon buhez,
Noz ha deiz greomp dezaff.
104 Lyes guez a nezaff"
Peur scaff, hep douetaff quet,
Ez voe glan damany
Deomp ny proficiet
Dre grâce en dygacet
An enft", da duen clenffet
40 H. de La Villemarqué.
Très dur en ce monde ;
Or, à Bethléem en ce jour
On sut très bien ceci
Par les saintes gens qui chantaient.
105 C'étaient les plus parfaits des bergers
Qui, dans leurs chansons,
Lui rendaient joyeusement grâce.
Comme des enflints bénis.
Instruits par l'Ange,
Le cherchant en foule.
Ils vinrent jusqu'à la maison;
Et, dans l'étable même.
Ils trouvèrent le Roi de la terre
Bien doucement avec Marie.
106 Et trois Rois aussi
Venus de l'Orient,
D'un trait jusqu'à Hérode
Accoururent humblement;
Et lui demandèrent hardiment
A lui-même, sans hésiter :
« Le vrai Roi des saints, tout nouvellement [arrivé,]
Où est-il donc par ici ?
Souverain de ce quartier,
Le Roi de ce pays où est-il né ? »
107 Alors tout de suite il eut peur
Certes, à cause de ce Roi
Dont on apprenait, trop clairement !
La naissance indubitable;
Si bien qu'il s'enquit
Auprès de ses gens, l'infâme,
[Du témoignage] des saintes Ecritures;
Et, faute de le trouver.
Par l'envie de tuer Jésus,
Il était malade de tristesse.
Anciens No'els bretons. 41
Voar en bet caletaff;
Hac en Bezleem breman
Ez gous flam an dra man
Dre tut glan o^ canaff.
105 Pastoret parfetaff
Dezatî" dre canaffen
A gréa gracçaou laouen,
Euel plen mibyen guen.
Dr 'en Eal ouz ho quelen,
Poursuyuant a banden,
A deuz cren bet' en ty;
Hac en presep hep mar
Ez quefsont Roue 'n nouar
Peur clouar gat Mary.
106 Rouanez yuez try
Hep sy diouz Orient
Dan trot bet Herodes
A deuez certes he sent ^ ;
Ha cren ez goullennent
Out aff, hep bezatF lent :
« Guir Roue an sent quentrat
Ma edy dynam aman ?
An quartyer souueran,
Roue 'n bro man maz ganat ? »
107 Neuse pront ez spontat
Tiz mat dr' en pennadur
Allas ! dreau oz cleuet
E bout net ganet sur;
Maz en cherchas assur
Diouz e tut, an hudur,
Sigur an Scripturiaou ;
Hac, a goall saout out aff,
Gant annoaz de lazaff
Ez oa claff gant caffaou.
I . Liseï hesent.
42 ti. de La Villemarqué.
io8 Richesse et offrandes
Et trésors joyeusement
Apportèrent de loin les trois Rois
Vraiment au Dieu-homme;
Ils étaient arrivés au but
Puisqu'ils cherchaient, et rien autre chose,
Le Dieu et l'homme assurément.
Honneur et joies
A notre véritable ami, le fils de Marie,
C'est ce qu'ils rendirent à qui mieux mieux.
109 Et nous, sans défaillance.
Vite, sans nous lasser,
Par sa mère, notre appui.
Si des douleurs et des tempêtes surviennent,
Si les désastres s'amoncellent;
Tournons-nous vers le Roi des Saints ;
Et la douce Marie elle aussi
Prions-la, ne fesons que cela;
Et chantons avec feu Amen!
VIII ^
no Noël ! Noël ! Noël!
C'est le temps de l'appeler !
Peuple, honorons la Reine de tout bien;
Devant notre véritable avocate,
La belle jeune fille, l'Impératrice,
Notre maîtresse immédiate.
Nous devons nous présenter respectueusement.
I . Noël dont l'air est populaire.
Anciens Noëls bretons. 43
108 Cheuancç hac offrancaou
Ha madaou en laouen
A dougas hir try roue
En diffoue da Dçueden ;
Deuet int ferm dan termen,
Pan clasquent, ne grent quen,
Doue ha den certenhaff.
Enor ha jolory
Don guir car, Map Mary,
A grent y an muyhaff.
109 Ha ny, hep faziaff,
Prestaff, heb bezalf lent,
Dre e mam, hon ampouent,
Mar deu glar na baluent,
Na nep bern a mernent,
Ouz Roue 'n sent ententomp;
Han goar Mary dyen
Pedomp, na greomp qucn.
Ha flam Amen ! quenomp.
VHP
iio Nouel, Nouel, Nouel !
E quentel gueluomp !
Rouanes an Tensor, cosquor, enoromp.
Don guir Aduocades,
Merch caezr, Impalaezres,
Hon Maestres nessatî,
Ny a die reuerant en em presentafi".
I , Nouel pe a heny an ion so commun.
44 W, de La ViUemarqaé.
1 1 1 On vient de nous écrire,
En ce pays, le [mystère] glorieux
De sa Conception ^
Où se trouvait, assurément, notre Rédemption.
112 A elle, par Gabriel,
De la part du Roi des Apôtres,
Il fut révélé [Trinité.
Qu'elle deviendrait la digne alliée et parente de la
113 Toi, douce Vierge Marie,
Certes, par dessus chacun,
Tu es sanctifiée;
Tu es choisie pour être la mère de Jésus.
114 Celle-ci, avant qu'elle naquît.
Avait été manifestement préservée ;
Et il avait été décidé
Que notre Roi béni descendrait en elle.
115 II n'y avait ni mal en elle,
Ni péché, n'en doutez pas;
Ni vice originel
Dans la Vierge, mère de Jésus, ni vice actuel.
116 Si bien que, doux et humble, vint
Vers elle Gabriel
Pour lui annoncer
Qu'en elle descendrait notre Roi suprême.
117 Elle répondit tout de suite
A l'Ange de l'Annonciation :
« Ce serait une chose étrange.
Je veux garder ma virginité, je ne ferai pas cela. »
118 Le bon Ange, avec respect.
Lui parla noblement :
I. Saint Pie. V, 1568.
Anciens No'éls bretons. 4j
111 Scriffet prym eo deonny,
En bro man, damany
He Conception,
He voue cafFet, membry, don redempcion.
112 Dezy, gant Gabriel,
A perz Roue 'n Ebestel,
Ez voue reuelet
Ez vyse mat ha din quifin an Drindet.
113 Te, Guerches goar, Mary,
Certen, dreyst pep heny,
So sanctifiet;
Da bout mam da lesu ez out dyuiset.
114 Houman, quent ma ganset,
A yoa scier preseruet;
Ha predestinet
Ez dysquense enn hy hon Roue benniguet.
115 N'en doa drouc enn y
Na pechet, na gret sy ;
Na vice originel
En Guerches, mam lesu, na vice actuel.
116 Ha ma deuez, cuffvuhel,
Davet y Gabriel,
Euyt reuelaff
Ez disquense enn hy hou Roue ny muyhaff.
117 Hy pront a respontas
Dan Eal pan révélas :
« Tra bras v'en dra se ;
Me a delch ma guerchdet, ne grahen quet se. »
118 An Eal mor% gant atfer,
A comps out y fier :
I . Liseï mat.
46 H. de La Villemarcjué.
« Marie, je le déclare,
Ta virginité demeurera toujours avec toi.
119 Par l'opération du saint Esprit
Tu concevras cet enfant;
Tu engendreras sans douleur
Jésus qui rachètera certainement la race humaine. »
120 — Puisqu'il plaît au cher Seigneur,
Mon Dieu et mon créateur,
De me recevoir, [il vous plaira. »
Qu'il me soit fait absolument, Roi des astres, comme
121 Alors elle conçut
Le Dieu-homme qui nous racheta
Hélas ! sur une croix de bois ;
Et Marie le mit au monde dans l'étable d'un âne.
122 C'est notre ami de Nazareth
Celui qui est né,
— Croyez, n'en doutez pas, — [rie.
Et qui a été nourri doucement sur la terre par Ma-
123 Avec honneur, les Bergers
Tout remplis de joie
Quand il fut né.
Vinrent avec des louanges trouver le petit Enfant.
124 Hérode, l'imbécile.
Quand il apprit la naissance
D'un Roi du monde, autre que lui.
Tomba malade, hélas ! d'envie de le tuer.
125 Du corps aimable de Marie
Oui, assurément il est né
Notre Roi béni ;
Donc les Léonais doivent être très joyeux.
Anciens No'éls bretons. 47
« Mary, me dyscler se :
Chom a gray daguerchdet bepret guenede.
119 Dre gret an Speret glan
Ez conceuy Map man ;
Hep poan te gano
lesu lignez humen certen a preno.
120 — Pan plig dan Autraou quer,
Ma Doue, ha ma Crouer,
Ma dycoumeret,
Diff ez grehet seder, Roue'n ster, drez queret. —
121 Neuse ez conceuaz
Doue ha dcn hon prenas
Allas ! en croas pren ;
Ha Mary en ganas en craou un asen.
122 Hon car a Nazareth
Eo heman so ganet,
Credet, na lequet sy,
Ha maguet en douar clouar gant Mary.
123 Gant enor, Pastoret,
Pep guis rejouisset,
Pan voa ganet glan,
So deuet gand meuleudy bet en Map bihan.
124 Herot, an assotet.
Pan cleuas glan ganet
Roue 'n bet nemet aff,
A voue claff gand annoaz, syouas ! e lazaC
125 A corff hegar Mary
Ez eo ganet detry
Hon Roue benniguet ;
Maz die don Leonis bout rejouiset.
48 H. de La Villemarijué.
126 Vous, si irréprochables de toute fliçon,
Hommes loyaux du Léonais,
Soyez tous joyeux!
Noël au Roi des Anges! Vous le devez [crier].
127 II est venu le Dieu, le Roi du Ciel,
Pour racheter les âmes.
Loyaux Léonais!
Voilà des braves gens toujours dociles à l'Eglise!
(A suivre.)
Anciens No'els bretons. 49
126 Huy queii net en pep guis,
Tut guirion, Leonis,
OU rejouisset !
Nouel da Roue 'n Aelez ! hennez a dleet.
127 Deuet eo Doue, Roue an Tron,
Da pren'an anaffon.
Guiiyon Leonis !
Pepret int tut gentil en still an Ilys ^
I . Par Y. Guyot, prestre.
Revue Celtique, X
THE VOYAGE OF MAEL DUIN
(Suite)
[L. U. p. 25"].
XX.
Fogabat isin treslo iarsin insi n-aili, 7 mûr orda impe, 7 Idr
gel ama/ chluim. Atchiat dano fer inti, 7 iss ed ba hetach do,
findfad a chuirp fodessin. Imchomaircsetar ^ dô iarom cia sa-
sad o mbered - bith ? « Atd ém, » ol se, « sund topor isind
insi-se. I n-aine 7 hi cetain medg no usr6'3 dob^rar ass. I ndom-
nachaib imi)iiirro, 7 hi felib martir-t deg-ass > (.i. loim)dobtTar
ass. Mad hi feil apstal^ ïmmurro 7 Mairi 7 Eoin Bàhtaist7 is
coirm 7 fin dobcrar ass, 7 is-sollainnaib dano^ ». Im nônai
iarom dosn-anic on Chomdid 9 doib uh leth-bairgen cech fir,
7 ordu eisc, 7 ibsit a ndoethain dind Und dobreth dôib asin
tiprait inna hinsi, 7 focheird hi sûan cotolta on trath-sin cu-
5arnabarach ^".
O rofersat tri aidchi aigidechta, forforcongair in clerech forru
1 . Imcomaircsit, E.
2. on-arbered, E.
3 . ba medhgusce, YBL.
4. martirech, Y'BL. na mairtirech, E.
5 . ba daghass, YBL.
6. apstail, YBL.
7. lohannis baptaist, YBL.
8.7 a solhmnaib uislib na hliadne, E.
9. do rath Dé, E.
10. j a. ndoethain lenno assin tiprait. Cowtulsit go harauharach, E.
XX.
On the third day after that they find another island, with a
golden rampart around it and the midst of it^ white like down.
They see therein a man, and this was his raiment, the hair
ofhis own bodv. Then they asked himwhatsustenancehe used.
« Verily », saithhe, « there is hère a fountain in this island. On
Fridayand on Wednesday whey or water is yielded by it. On
Sundays, however, and on feasts of martyrs good milk is yielded
by it. But on the feasts of apostles, and of Mary and of John
Baptist, and also on the hightides (of the year), it is aie and
wine that are yielded by it ». At none, then, there came to
every man of them half a cake and a pièce of fish ; and they
drank their fiil of the liquor which was yielded to them ont of
the fountain of the island. And it cast them into a'heavy sleep^
from that hour till the morrow.
When they had passed three nights of guesting, the cleric
1 . Litcrally « a floor ».
2. siiau coiulta, lit. « sicep of slecping (collud) », a very commoii ex-
pression.
5 2 Whiîley Stokes.
imtecht, 7 lotar iarom ass for imtecht, 7 celebraiset dô iartain^
XXI.
A mbatdr iarom ciana for imluad forsna tonnaib atconnarc-
atar fota uadib insi, 7 ama/ roscuchsat cofoc/^5 di, co cualatar-
ïogiir na ngoband oc tuarcain brotha forsind inneoin co n-on-
aib3 amfl/ tuarcain trir no cethrair. Intan iarom lotar hi com-
focM5 co cualatar in fer oc imcomarc diarailiu 4 : « In fuilet hi
iocus ? » ol se. » « To5 » ar araile. « Ciasôm^? » ar fer aile,
« asbmtsi do tuidecht and ? » « Meic7 beca atchiat hi lothwr^
bic anall ùt », fer se. O rochûala Maélduin anisin atb^rtatar
inna gobaind, âsheir9 : « Tecam forcûlu, » ol se, « ocus na
himpam in curach, acht bid a erais renie, drnaro ariget teched
dùn'^" ».
Imraiset^^ iarom 7 a erais resin curach. larfaigis aris in fer
cetna bûi isin cerdchai : « Indat flicsi don purt indossa ? » ol
se. « Atatinnatost », ol in dercthaid^^^ « sech ni thecat ille, ni
thiagat innond ».
Nir'bo chian iarsin coro-iarfaig doris ^5 : « Cid dogniat in-
dosso ? » ol se. « IS doich lemsa », ol in fegthaid^-^, « is for
teched tiagait : is sia lim attat indossa on phurt olda o chian-
aib ». Doth:\:t in goba andsaide assain cherdchai, 7 bruth
[p. 26^] romor^4 isin tenchoir inna laim, 7 focheird in mbruth
1 . O rofersat teora \o2. co n-odqu\ an-oeghoidecht, roforchonguir in clé-
rech a n-imtecht. Dogniter samlaid, E.
2. rochualatar, E.
3. con-ordaib, KBL., conorduib, £.
4. friaraile l'fiL., diaroli, H. 6. son YBL and E.
5. T6, YBL and E. 7. Fn,E.
8. il-lothur, E., al-lothair, YBL.
9. atbert, H.
10. arnaron-airigtgr for xechedh, E.
1 1 . lasiut, H.
12. fegaidh, W., feghthaig, YBL., dercuig, E.
13. dorisi, YBL. 14. fcithmidh, YBL.
14. 7 bruth raor iairnn, YBL., bruth radr, E.
The Voyage of Mael Duin. 5 j
ordercd^ them togo. Sothenthey went forthon theirway-, and
afterwards bade him farewell.
XXI.
Now when they had bcen long a-voyaging on the waves
they saw far from them an island, and as they approached
it, they heard the noise of the smiths smiting a mass (of iron)
on the anvil with sledges5, hke the smiting of three or of
four. Now when they had drawn nigh it they heard onc man
asking of another: « Are they close at hand ? » saith he. « Yea »,
saiththc other. « Who », saith another man, « are thèse yesay
are comingthcre? » « Little boys they seem4 in a littletrough
yonder », saith he. When Mael duin heard what the smiths
said, he saith: « Let us retreat », saith he, « and let usnot turn
the boat, but let her stem 5 be foremost, so that they may not
perceive that we are fleeing ».
Then they rowed away, with the boat stern-foremost. Again
the same man who was biding in the forge asked : « Are they
nownear theharhour ? » saith he. « Thev are at rest^ », saith
the watchman : « they comc not hcre and they go not there ».
Not long thereafter he asked again : « what are they doing
now? » saith he. « I think », saith the look-out-man, « that
they are running away; meseems they are further from the
port now than they wcre some time ago ». Then the smith
came out of the forge, holding in the tongs a hugë mass (of
glowing iron/), and he cast that mass after the boat into the
1 . Note the prefix for, of which eleven examples are given in the intro-
duction to the Tripartile Life, p. Ixxi.
2. The last two clauses in LU. hâve obviously been transposed. The
whole chapter is substantially the same as chap. XIX, and has doubtless
been taken bv the compiler from a second ms
5 . ortaih for ordaib pi. dat. of 01 d a slcdge-hammer, z:z W. g-ordd.
4. atchiat « they sce » hère appears to mean « they seem ».
) . erais m cross.
6. Lit. « in their silence ».
7. hrtith (^cn. brotha) À. awr, the mass. lump, cast or charge of glowing
met.1l in the forge or furnace, P. O'C.
54 Winiley Stokes.
sain indegaid in curaig hisin muir, coro lich in muir uile,
achtnis-rocht-som, arrotheichset foner[taib] bdg^ codiandein-
m[ne]tach isin n-ocian môr immach -.
XXII.
IMrast'tiarsin ro/zos-tarla im-muirba cosmail fri glain nglais.
Bùi dia glaine cor'bo réill 5 in grian 7 in gainem in mara trit-t,
7 noro//-faccatar biastai na lianmannai and et/r na carrce, acht
in grian glan 7 an gainem glas>. Batar ré mor dind 16 oc im-
ram in mara sin, 7 ba môr a etrochta 7 a dlli^.
XXIII.
Foclieirdat7 ass iarsein him-muir n-aill cosmail fri ncl, 7
andar leoseom nis-faélsad^ fèin nach9 in curach. Conaccatar
iarsain fôn muir fôthib ^^ annis dùine c/niitachta 7 tir alaind, 7
atchiat anmanna" mor n-uatlimar biastaite^^ hi crund and'3, 7
tâin do almaim^4 7 indilib immon crand immacùaird ^>, 7 fer
1 . acht ni rocht-som ar roteichsid fo nertaib bâgh, YBL.
2. acht ni roacht eat, ar a déne rothechsiut ammach, E.
5. leir, YBL., rcil, E.
4. For in mara trit, E. bas trethe, YBL. boi 'na hichtur.
5. 7 ni fhacatar biastai na anmonna na cairgiu, na nac/; n-aimrédh etzV
inte, E.
6. Batar cd ciân don lo ace ascnam in maro sain, ar ba mor a hetro-
chta leo, E.
7. Fosceird YBL.^ Foscerdat, E.
8. ni fôelsit, E.
9. inna, E.
10. foaib, K6L., fôib, E.
1 1. anmonn, E.
12. biastaidhi, YBL.., mbiâstaighc, E.
13. ard, YBL., E.
14. almuib, YBL.
15 . siu 7 anall, E.
The Voyage of Mael Duin. ^ 5
sea; and dl the sea boiled ; but he did not reach the boat',
for they fled with ail their warriors' might, swiftly, hurriedly,
forth into the great océan .
xxn.
After that they voyaged till they entered a sea that re-
sembled green glass. Such was its puritv that the gravel^ and
the sand of the sea were clearly visible through it ; and they
saw no monstcrs nor bcasts therein among the crags, but only
the pure gravel and the green sand. For a long space of the
day they were voyaging in that sea, and great was its splend-
eur and its beauty.
XXIII.
They afterwards put forth into anothcrseahke acloud, and it
seemed to them that it would not support them^ or the boat.
Then they behcld under the sea down below them 4 roofed
strongholds and a bcautiful country . And they see a beast huge,
awful, monstrous, in a tree there, and a drovc of herds > and
1 . Compare the second cast of the Cyclops, Odyssey ix. 539, 540, and
the followuig passage from Perigr. Brandani, p. 28 : audierunt sonitus fo-
lium sufrtantium quasi tonitruum atque mallcoruni coUisionem contra fer-
rum et incudes... qccq unus ex habitatoribus eiusdem insuie egrediebatur
foras quasi aliquot opus peragens : erat ispidus valde, et igneus atque tcne-
brosus. Cuni autem vidisset lamulos Dci transire juxta insuhinij reversas est
in suam officinani. Vir Dci itcrum se armavit et ait fratribus : c Filioii,
tcndite in ahuin plus vêla et simul navigate quantocius et fugiamus istani
insulam. Citius dicto ç.ccg predictus barbarus occurrit ad litus illis a regione
portans forcipem in manibus cum massa ignea de scorio inmense magni-
tudinis atque fcrvoris, qui statim super famulos Christi jactavit predictam
massam, set illis non nocuit, transivit enim illos quasi spacium unius stadii
ultra : nam ubi cecidit in mare cepit fervere mare quasi ruina moniis ignei
fuisset ibi, et ascendcbat fumus de mari sicut de clibano ignis.
2. griau (n the gravel or sand of a sea, lake or river », P. O'C.) zr W.
gidiati sabulum, saburra, glarea (Davies).
^. Au-ZW the dépendent lorm of the reduplicated 2dy s-fut. sg. 5 of
Jolangitii.
\. In folh-ib the //; is inserted to shew that /o-//' is a dissyllable."
). In ahiaint the fnial m is for infectcd b. Cf. proiiiiulh zuprobarc inira,
cliap. XXXI.
56 Whitley Stokes.
cona arm hifarrad in chraind, co sciath 7 gai 7 claidiûb ^
Amal atconnairc-sede- in n-anmanna môr ût bôi isin crund
téit 5 ass for teced fochetôir. Sinis in t-anmanna 4 a brdgit ûad
asin chrund, 7 furmid > a chend i ndruim in daim ba mô
dond aimai ^, 7 srengais lais isin crand, 7 nos-ithend fochetôir
friha brathad sula^. Techit ass fochetôir indinnile^ 7 in bûa-
chaill ; 7 6'tchonnai[r]c Mcél dûin sin cona. muintir nos-geib 9
imecla môir 7 omon, ar bd dôich leo ni roistis laris œn totim
trit sis ar a thanaidecht a.mal chiaich ^°.
Rosagat iarom thairis iar môrgdbud.
XXIIII.
Fuaratar iarsin insi n-aile, 7 atraacht" am-muir impi suds,
condernai aile ^- dimora impe imdcûaird. Amal ro arigsetar^>
daine ^^ in tiri sin eat-som atas-fobrat ic égmig impu, 7 at-
bfrat^> : « Attésim-on, attesim-on ! » fot a n-a [p. 26^]-nali ^^.
Atrhoncatar iarom ddine imdai 7 alm(a) môra do indilib, 7
graige ech, 7 treôit ^7 cha^rech imdai. Bôi iarom banscdl oca
1 . Sciath 7 gae 7 daidium laiss, E.
2. atchiat side, E.
3. tiaghuid, E.
4. in t-anmand, E.
5. foruirmed, E.
6. fa mo issin almô, E.
7. non-ithend fochetôir fri brathadh sula, YBL.^ non-malairtcdh iri pra-
pad na sulai, E.
8. Notechtis in innili' fochetôir, E.
9. rus-gab, E.
10. ar dorumensat cona roistis beo, E.
11 . atracht, YBL., E.
12. aille, YBL., alita, E.
13. rorathaighsit, E.
14. doene. YBL., fir, E.
1$. rofuabuirsit oc cghim inimpu 7 is cd ispcrat, E.
16. athesimôn, athcsimôn, fot an anala, KBL., atheisira on, athcisim on,
fot a n-anâla, E.
17. 7 graigib 7 treoto (treôit, E.) caireach, YBL.
The Voyage of Mael Duin. 57
flocks round about the tree, and beside the tree an armed
man, with shield and spear and sword. Whcn he beheld yon
huije beast that abodc in the tree he c;oeth thence at once in
flight. The beast stretched forth his neck out of the tree, and
sets his head into the back ot the largest ox of the herd, and
dragged it into the tree, and anon devours it in^ the twink-
Hng of an eye^. The flocks and the herdsman flee away at
once; and when Mael duin and his people saw that, greater^
terror and fear seize them, for thcy supposcd that they would
nevcr cross that sea without faUing down through it, by rcas-
on of its tenuity hke mist.
So after much danger, they pass over it.
XXIV.
Thereafter they found another island, and uparound itrose
the sea, making vast cHfls^ (ofwater) ail about it. As the people
otthat countryperceivedthem, they set to5 screaming atthem,
and saying: « It is they! It is thcy! », till they were out ot
breath^. Then Mael duin and his mcn beheld many human
beings, and great herds of cattle, and troops of horses, and
many flocks of sheep. Then there was a woman pelting them
1 . fri-h-a seems (like imm-ô) a compound préposition -rz frilh •- a.
2. hrathad (gcn. lirolto, pi. n. hrottae, ace. brotu) the oldcr Ibrm ot' brufad,
wlierc th (:^ /;ji scems to hâve become/, as in biaflacc, ntifrige, afraig, afii-
<fwj ; possibly also m gafann =; Corn, gahcn « hcnbanc » and alUibar, al-
labracb for ' allai hr-.
^. III 'ir is hcro a comparative: see infra p. 61, note 3.
t. allf, ace. pi. of the neuter s- stem ail, rock, steep, or cHtT, P. O'C.
preceitic '/la/iof, cognate with Gcnnan fcls and Skr. pjsbva, pjsh.ina.
'). aliis-Juhrat, co'^nâi^: whh JjlKuiirn, J'ôbuiit, Windisch Wœrterb. s. vv.
6. Lit. Il the length of tiieir breath » (auàl, \V. umull).
$8 Whitley Stokcs.
nJiburgud ^ som nnis co cnoib môraib co tairistis forsna ton-
naib thuds occo som 2. R6theclaimsc/-som 3 môr dina cnoib-
sin 4, y dofucsat > leo. Dollotar-som ond insi ïorcûlu, 7 ansat^
na hegme la sodain.
« Cairm / hi tât indossa ? » ol in duine ticced fônn egem
dianéis,
« Dolotar ass », (or cetherd aile dib.
« Nidat-é amlaid », ar cethernd aile.
IS tris as chosmail da/;c) anisin, amal bad nech dia mbcth
hi tarngire leosom do dilgend^ a tiri 7 dia n-innarba asa tir 9.
XXV.
Gabsat in n-insi n-aile hi tdrfàs dôib rét n-ingnad^o .i. co-
n-uargaib" sruth môr a tracht na hinsi suas co téged amal
tudig^2 nime tarsin n-insi uli, co ;/diburned^3 isin tracht n-aile
na hinsi dond leith aile di. Ocus tictis-seom foi annis cen fliu-
chad ^4. Ocus nogontais[s]eom écne mora ass anuas^s, 7 dofu-
titis écne mora dcrmara asin tsruth anûas for talmain na hinsi
sis, co mba lan ind inis uli dia mbréntaid ^^, dr ni rabi nech 6
tairscd a teclamad ara n-imad ^7.
1. bandscal môr oc a ndiubrucadh, YBL., dibruccud, E.
2. (orna, tunna hi fogH5 doibsium, E.
3 . Rotheclaimtfs, E.
4. denaim cnoib. E.
5 . dosfucsat, YBL.
6. ansait, YBL.
7. Cia hairm, YBL., E.
8. Is fViss ba samulta leosum do dilgiund a tire fio dia n-innarbrt, E.
9. YBL. adds ut.
10. n-ingnum. E.
1 1 . cotn-ocbudh, YBL.
12. stuaigh. Y'BL., stuâidh, E.
.13. contuirnffif, E.
14. gen llechofi brotharne dia n-ctacli, E.
1 5 . for ccne mora ass anuas YBL. bas suas iarom an sruth, and E. bas in
sruth suas.
16. dia mbrentaigh 7 dia mibalad, YBL., dia nibrcntaith 7 dia mibolad,
H. do breniaid 7 do balud on iasc, E.
17. a tecluimm a n-immut, E.
The- Voyage of Mael Duin. 59
from below with large nuts which remained (floating) on the
waves above by them. Much of those nuts they gathered and
took with them. (Thcn) they went back from the island, and
thereat the screams ceased.
« Where are they now ? » saith the man who was coming
after them at the scream.
« They hâve gone away », saith another band^ of them.
« They are not so », saith another band.
Now it is hkely that there was some one concerning whom
they (the islanders) had a prophecy that he would ruin their
country and cxpel them from their land.
XXV.
They gat them to another island, whcrein a strangc thing
was shewn to them, to wit, a great stream rose up ont ot the
strand of the island and went, like a rainbow ^, over the whole
island, and desccndcdJ into the other strand of the island on
the other side thereof. And they were going under it (the
stream) below without being wet. And they were piercing
(with their spears) the stream above4; and (thcn) great, enor-
mous salmon were tumbling from above out ot the stream
down upon the soil of the island. And ail the island was full
of the stench (of the fish), for there was no one who could
finish gathcring them because of their abundance.
1. cetbcrd for cethertui, celheru, as card for carnJ, dirii, etc.
2. Lit. bow (Itiaij) ol licavcn. Iii tlic stuai^b, stiiaidh of YBL aiui K \\x
li.ivc prothetic s.
\. diburned ycxh^^s, ^z di-(or-iiukd, cognatc with doairiudim, -tairnim.
4. Herc I translate from YBL. and E.
6o Whitley Stokes.
O espartain aidchi domnaig co hanteirt dia lûain nin-gludsf<i?^
in sruth sain, acht nothairissc^ ina thost inna muir immon
n-insi immacuairt. Immainait ~ dôib iarom an bu môir dona
liécnib, 7 linsait a curach dôib, 7 lotar ond insi sin fo/'culu
forsin n-ocian bcos ^ .
XXVI.
IMraist?/ iarsin co fuaratar colomain môir n-airgdidi. Cethri
slessa aicce i mboi [dâ] sesbeim-i in churaig fri cech slis, co
mbdtdr ocht sesbeimend don churuch a timchell uli. Ocus ni
rabi ôen fot do talmain imme, acbt in t-ocian anforcnedach 5 .
Ocus ni accatar-som cinnas bôi this a hichiiir 110*^ a huacht«r
tâas ïor a hairde7. Bôi lin argdide assa hùaclitor cofota uâd
immach, 7 dolluid in curach fo séol trena mocoU ind lin-sin.
Ocus dobt'rt Diûran beim do febur a gœ^ tar mocoll ind lin.
« Na mandair in lin », ar Msél dûin, « ar is o(pred) morfer9
ani atchiam ». « Ar molad anma Dé, » ol Diuran, « is airi
dogniu-sa so, corop mo-te chretir (mo scéla ^°), 7 bérthair
uaimse for altoir Aird Mâcha acht co r//5H(èrinn ». Di)" ungi
)
ni gluaisedh, YBL.
Inneonaid, YBL., Tinôlat, E.
7 lotar on indsi arculo diarraigh beous, YBL., 7 lotar as, E.
4. da seisbém, YBL.
)
nemforcnedhach, YBL., forciiedacb by metathesis for forccnâach, jor-
ccmiach.
6. nach, YBL.
7. arairdiu, H.
8. gai. YBL.
9. opredh moirlhcr, YBL.
10. nio scela, YBL.
11. Da, YBL.
The Voyage of Mael Duin. 6i
From Sunday eventide to Monday forenoon^ that streani
did not movc, but remained at rest in its sea round about the
island. Then they bring into one place - the largest> of the sal-
mon, and theyfilled their boatwith them, and went back from
that ishind still on the océan.
XXVI.
Thereafter they voyaged till they found a great silvern col-
umn. It had four sides, and the width of each of thèse sides
was two oarstrokes4 of the boat, so that in its whole circum-
ference there were eight oarstrokes of the boat. And not a
single sod of earth was about it, but (only) the boundless
océan. And they saw not how its base was below, or — be-
cause of its height — how its summit was above. Out of its
summit came a silvern net far away from it ; and the boat
went under sail through a mesh of that net>. And Diuran
gave a blow of the edge of his spear over the mesh. « Destroy
not the net », saith Mael Duin, « for what we see is the work of
mighty men ». « For the praise of God's name », saith Diu-
ran, « Ido this, so that my tidings may be the more believed;
and provided I reach Ireland (this pièce of the mesh) shall be
1 . auteirt is rr W. anterth the time between 9 A. M. and noon.
2 . The iniieonaid of YBi would mean « they strike » (imieonaim I strike.
stamp, 0"R.), cognate vvith indcoin « anvil», W. einiongôf. ThQ immainait
o( LU. is obscure. The ainail may be for ùinail, cenait =: a Latin umvit (« di-
videre potius quani unare •, TertuUian). If so. the itnieonaiil 6Î YBL is a
scribal error for immoenaid. E substitutcs tinolat « they gather ».
3 . niinr hère seems a comparative, as in chap. XXIV, supra p. 57, and
in the passages cited by Zinimer (Kuhn's Zeitschrift, xxviii, 370) from LU.
)9-'35 and IL. 2)2b, 2,, 30, 3s.
4. sesbetiN. So in the Tripartite Life, 88, Ciar.in hears the fogiir octis ses-
beini intta Itingai « the noise and oarstroke of Diarmait's vessel ». seis or
seisl lumult, noise, buslle, P. O'C.
). Cl. Aparuit illis colunipna in mari... Cum autem appropinquassent,
vir Dei asspiciebat summitatcm illius : tamen minime videre potuit pre ahi-
tudine illius. namque ahior erat pêne quam aer. Porro cooperta fuit ex raro
conopeo : in tantum rarus erat, ut navis possit transire per foramina illius.
Ignorabant de qua creatura est factus ipse conopeus : habebat colorem ar-
gent! ... ait ad illos vir Dei : Mittite navim intus ner aliquod foramen, ut
videamus diligenter magnalia creatoris nosiri ». Perigrinatio, p. 27. The
lin (net), conotviis or coiiobemn seems sug^ested by thecanopv formerlvsus-
pended over the altar to tceep olï Aies : Lotiopeum in similitiidine retis con-
62 Whitley Stokes.
co leith iss ed bôi and iarna thom«i i nArd Ma(cha. Co cua-)
latâr da;w iarsain guth môr solusglan do ûachtur (na colomna)
ût : sech ni fetatar cia bcrla rolabair 7 cid ^ rolabair.
XX\TI.
Atchiatinsi ailedano ft^rôenchois .i. ôcnchos (oca fulang^).
Ocus imraisi'/ a timchell d'iarraid chonairi inti, 7 ni (fuaratar)'
[YBL., col. 383] nach conair indte, acbt adchoncatar a
n-ichtar na coise tsis dorus fordunta4 fô glas. Athgenatar-
som ba si sen conair noteighthe isan indsi, 7 adchonncatar
arathor a n-ochtar na hindsi ; sech ni acaillset neach, ni ros-
acaill neach iat. Tecad 5 ass for cûlo.
[XXVIII.]
Rancatar iarsin indsi môir, 7 mag mor inte, 7 magsliab
môr inti cen fraech, is se ferach, slemoin. Cc)nac[at]ar dun môr
ard isinn indsi sin, is e daingen, a comîocus don muir, 7 teach
mor cumdachta and co ndaghdhergudhaib. Secht n-ingena déc
macdhachta icdenom^ [col. 384] fothraicthe and. Ocus dolo-
tar isan n-indsi sin co ndesitar for cnucc andorus" an duine.
Is ed asbt'rt Ma.4 dui7i : « Is derb lind tra as^ dund dognit/;^r
an fothrocadh ût » . Trath nona iarom conacatar marcach for
each^ mbuadha don dun. Eachdillat maith cumtachta foa
1 . no cidh b^rla, YBL.
2. Sic, YBL.
3. acht ni fuaratar, YBL. Hère ends the second fragment in LU.
4. duntae, //.
). tegait, H.
b. macdacht oc denamh, /y.
7. andorus andorus, YBL.
8. ni, H.
9. eoch, H.
The Voyage of Mael Duin. 6 ]
offered by me on the altar of Armagh ». Two ounces and a
half was its wcight when mcasured (afterwards) in Armagh.
And thcn they heard a voice from the summit of yonder
pillar, mighty, and clear, and distinct. But they knew not the
tonguc it spake, or the words it uttcred^
XXVII.
Then they see another island (standing) on a single pe-
destal, to wit, one foot supporting it. And they rowed round
it to seek a way into it, and they found no way thereinto;
but they saw down in the base of the pedestal a closed door
under lock. They understood that tbat was the way by which
the island was entercd. And they saw a plow on the top of the
island; but they hcld speech with no one, and no one held
speech with them. They (then) go away back (to sea).
XXVIII.
After that they came to a large island, and there was a
great plain therein, and on this a greattable-land-, heatherless,
but grassy and smooth. They saw in that island near the sea,
a fortrcss, large, high and strong, and a great house therein
adorncd and with good couches. Seventeen grown-up girls
were there, preparing a bath. And they (Mael duin and his
men) landed on that island and sate on a hillock before> the
fort. Mael duin said this: « We are sure that yonder bath is
getting ready for us ». Now at the hour of none they beheld
a rider on a race-horsc4 (coming) to the fortress. A good,
adorned horscclotii under her seat: she wore a hood, blue
tcxtum propter muscas et culices. Nani culixconix hebra|i,ce dicitur... Co-
nopeo muscarurn rete uel ornamcntum subtilissimum, Ms. Reg. Christinac
(bibl. Vatican.) N" 21 >, f' 99'.
1 . Hcre, surcly, \vc havc some of tliat magie ol Ccltic romance, which
Maiihew Arnold lovcd and praised.
2. I conjecture this to bc the mcsn'mg oî tiuig-sUab, \'\l. « phtin-moun-
tain ». Cf. tiiaif;-réid supra.
3. iiiiJoriis, O. Ir. indorus, a nominal préposition meaning « before ».
.\. Lit. « horse of victory ».
64 Whitley Stokes.
suidhiu. Cocholl gorm geslach uimme. Brat cimsach corcra
uime. Lamanda co n-6rphell ' imma lamaib, 7 iallacrand^ cum-
dachta imma chosa5. Amal t//rlaingis fo cétoir gabais ingen
doua hingenaib an t-each. Luid iarsiii isan dun 7 luid isan fo-
thrucadh. Adconcatar imniurro ba bean tarblaing dind each,
7 nir'bo chian iarsin doluid ingen dona hingenaib ['nando-
chumm-^]. « Focen bar tiachtu! » ol si. « Tiçd isin dun : do-
barn-o[air5 ind ri^an ». Lotar isin dun iarom : fothraicset^
uile; 7 siasair an rigan isand-ara leith don tigh 7 a secht n-in-
gena déc uimpe. Siasair Mi\;l duin dano isan leith n-ailc anir-
comair na rigna, 7 a secht fir dcc uime. Dobreath iarum mias
co ndaigbiudh fuirre do Ma.'lduin, 7 lestar do glain co ndaig-
hnd/ ina tarrudh, 7 mias cacha trir 7 lestar guba trir dia
muintir. O roscaichset^ a praind, is ed asbtrt an rigan:
« Cindus coHtu'ûîet ind ôighidh9? » ol si. « Indus asbera-su »,
olMasl duin, « Arfecht^° arfuiris », ol si, « bar tiachta-si dinn
indsi. Gaibedh ceaf/;tar uaib a mnâi " .i. a fil ana ercomair, 7
tiat isan imdhai aracul^- ». Ar batar secht n-imdadha^5 dec
cumdachta [isin tig] co ndagdergudhaib iarna cuire-som,
Foiset ^-^ immalle iarum na secht fir déc 7 na secht n-ingena déc
macdhacht, 7faidhis^î Mael duin lasan rigain. Con tuiled iar-
suidhe co-mmatin arnamarach. Atrachtatar iarom iarmaitin^^.
« Anaidh^/ sund », ol an rigan, « oc//^ ni toeth^^ a:?ss foraib, acht
an 2ésinob-tarras^9; 7 ro[b]biabithbeathodog/rs, 7ando[b]-fiirnic
1. orphelt, H. 4- Sic, H.
2. iallacrando. H. 5. dobar-gair, H.
3. Sic, Y B L, icad cosssi. 6. nos-fotraicet, H.
7. Sic, H., lestar co nglain do daiglind, YBL., lestar di glaia co ndag-
lionn, H.
8. o roscaitsid, YBL.
9. Sic, H., inna haidigh, YBL.
10. arfes, H.
1 1 . mnûi, YBL.
12. Sic, H., fola culo, YBL.
1 5 . nimdagha, YBL.
14. feotar, H.
15. fiu,H.
16. arabarucb, H.
17. Sic, H. Anaigh, YBL.
18. Sic, H. thaed, YBL.
19. an oess indubar-tarraid bete ann, H.
The Voyage of Mael Duin. 65
and ' she wore a bordered-, purple mantlc. Gloves with
gold enibroidery 5 on lier hands ; and on lier feet adorned san-
dals. As she alighted, a girl of thc girls at once took the
horse. Then she entered the fortress and went into the bath.
Then they saw that it was a woman that had ahghted from
the horse, and not long afterwards came a girl of the girls
unto them. « Welcome is your arrivai! » saith she. « Corne
into the fort: the queen invites you4 ». So they entered the
fort and they ail bathed. The queen sat> on one side of the
housc, and her seventecn girls about her. Mael duin sat on
the other side, overagainst the queen, with his seventeen men
around him. Then a platter with good food thereon was
brought to Mael duin, and alongwithit a vesselof glass full of
good liquor; and (there was) a platter for every three and a
vessel for every three of his people. When they had eaten^ their
dinner the queen said this : « How will the guests sleep ? »
saith she. « As thou shalt say », saith Mael duin. « Your
going from the island », saith she, « 7. Let
each of you take his woman, evcn her who is overagainst him,
and let him go into the chamber behind her ». For there
were seventeen canopied chambers in the house with good
beds set. So the seventeen men and the seventeen grown-up
girls slept together, and Mael duin slept with the queen. After
this they slumbered till the morrow morning. Then after
morningthey arose (to départ). « Stay hère », saith the queen,
« and âge will not fall on you, but the âge that ye hâve at-
1 . t^eslach « workcd? >>, O'R. lias ■ geaslach active i. c. gniomhach »,
and P. O'C. his g ios lai ind giuslal .i. gniomh no gaisccadh, a feu or ex-
ploit, a joust or tilt.
2. cimsach, P. O'C's ciomsach hcmmcd, edged, fringcd, bordered, a dcri-
valivc o( limas, cimmas F., Ital. chnossa (Ascoli).
}. i'rphell i^ Fr. or/roi, v. fr. Offrais, orjrisiel ; mlat. aurifrigium.
4 do-bat-gair : This form of the infixcd personal pron. of pi. 2 is com-
mon lu Middle-Iri.sh. Sec niany examplcs in Revue Celtique, III, 95, to
^f>'hich Sidd ro-far-itulhaigft-, LR. l84'-b and ro-/'./;-(//;»;/V«;},'i;/'iir, LB. 184^.
). stasair a reduplicated dcponcntial t-preteriie ex * sisad-tai-r : cf. skr.
s'ddnti ex * sisdûmi, * sisaddmi.
b. ro-s-caichsd corrupt speilinc for rn-s-caithset « they consumed it ».
7. fuireas « cnteriainment », O'R. ; but hcre atjuiris secnis a vcrb.
Revue CeUi<jue, X. 5
66 Whitley Stokes.
arrér dofar-icba^ cach n-aidchi,^ cen nach sasthar, Ocus na
bidh for fendil3 ni bus sia4 o inis do inis forsan n-occian ! »
« Aisneidhî dùn », ol Mœl duin, « cindas atdi^ sund? ».
« Ni con andsa7 son eim », ol si. « Robôi fer maith isan
indsi-siu, ri na hindsi. As do rucussa na secbt n-ingena dec ùt^,
7 [messi] a raathair. Atrubalt iarom [a n-athair, 9] j ni £irgaib
fer comurbai, co rogabussa rigi na hindsi-seo », ol si, « ana
diaidh. Tiagsa », ol si, « im-magh môr fil isand indsi do bri-
themnacht 7 do Qtercen na tuaithe cach dia ».
« Inge cid dia teighe uann aniu ? » ol Ma;l duin.
« Mane thiasur-sa », ol si, « nin-tiucba a ndon-farnic^° ar-
râir^^ Anaid amain^^ «^ qI si, « anbar tigh^3, 7 niba heicen^4
duib naf/; si^thar^5. Ragad-sa do breithemnacht natuathe do-
barcenn ».
Batar tri missa an gemridh ^^ iarom isand indsi sin, 7 andar
léo batar teora^? hliadna. « Is fata atam^^ sund », ar fer dia
muintir fri Masl duin. « Cidh na hascnom diar tir? » ar se.
. « Ni maith a n-adb^re », ar Mail duin, « ar nochon fuig-
bem inar tir fén ni as ferr anda an ni fogabum sund ^9 ».
1 . a ndofarnic araer dofairgeb cech n-aidche, YBL.
2. dofar-faircebha dogres dano, ol si, an dofairnic innocht, H.
3 . foenniul, H.
4. ni ba sire, H.
5 . Assneis, H.
6. do thescmalt sa, H.
7. assa, H.
8. ucut, H.
9. Sic, H.
10. ni ticfa a ndon-anic, H.
11 . Sic, //., a hireir, YBL.
12. Anaidsi namma, f/.
13 . in fortigh, H.
14. ar ni bi ecen, H.
15. n-aill, H.
16. in gamridh sin, H,
17. Sic, H., .iii., YBL.
18. is cian ataum, H.
19. Ni con bia inar tir fén ar fuirec sunt, ol se, H.
The Voyage of Mael Duin. 67
tained^ And lasting life ye shall hâve always-; and what
came to you 5 last night shall-+ corne to you every night without
any labour. And be no longer awandering from island to is-
land on the océan ! »
« Tell us », saith Mael duin, « how thou art hère «.
« Not hard (to say)', indeed », she saith. There dwelt a
good man in this island, the king of the island. To him Ibore
yon seventeen girls, and I was their mother. Then their father
died, and left no heir. So I took the kingship of this island
after him. Every day », she saith, « I go into the great plain
there is in the island, to judge the folk and to décide (their
disputes) ».
« But why dost thou leave us today? » saith Mael duin.
« Unless I go », she saith, « what happened to us last night
will not corne to us (again). Only stay », she saith, « inyour^
house, and ye need not labour. I will go to judge the folk for
sake of you/ ».
So they abode in that island for the three months of
winter; anditseemed to them that (those months) were three
years. « It is long we are hère », saith one of his people to
Mael duin. « Why do we not fore to our country ? » saith he.
« What you say is not good », saith Mael duin : « for we
shall not find in our own country aught better than that
which we find hère ».
1 . in-dob-tarras, lit. « in which ye hâve been found ».
2. Cf. Calypso : xôv [j-Ïv ey*^ cp;Xîdv tî /al ËTps^ov, rfiï î'saazov Orjjc'.v
àOavaTOv y.a'i è.~'j\oo.O'i rjua-a -âvra, Odyssey, v. 135, 136.
3. dofairnic redupl. prêt, oï do-for iciin.
4. do-far-faircébha, H, redupl. lut. act. sg. 3 of the indcpendent forra of
tuargahaim. For the infixed pronoun far, bar see supra p. 65, note 4.
5 . ni con andsa for the usual ni ansa.
6. an-bar the nasal is preserved intact, because the following pronoun
began with v, .not with/or b.
7 . do bar cenn seems one of the many idiomatic expressions into which
cenn cnters. Compare do chinn a mbid « for sake of their food », Saltair na
Rann, 3406.
68 Whitley Stokes.
Gabais^ a mundter fodord mor fri NLcel duin, 7 is ed as-
btTt-: « As mor seirc a mna la Mx\ duin 5. Anudh lee iarom
massa thoil dô », ar an munter. « Ragmuitne-^ diar tir ».
« Ni anub-sa darbar n-eisse 5 », ar Masl duin.
La n-X'n and àano luid an rigan don breth dia teighedh gach
Idi. Lotar-som diaeisse ana curach. Doroich-si iarom ^ fora
lieoch, 7 focerd7 [col. 385] ceirtle anandiaidh, 7 nos-geib
Miel duin 7 lili^ dia laim. Boi snaithe din9 chertle in a laim-
si, 7 tairrngidh ^° an curach cuice al-lus an tsnaithe don purt
arculo.
Ansat lee iarom andsin .iii. missa fotri^^ Rancatar-som co-
mairle iarom. « Is ed as derb linde, tra », ol a mundté'r, « as
mor serc a mna la MiU'l duin. Is aire frithailes an certle co ro
glena^- dia laim diar mbreth forculo^3 don dun ». « F/ithail-
edh neach aile an certle, 7 dia lile^4 dia laim, tescthar^) de a
lam », ol Mœl duin.
Dolotar-som^6 iarom ina curach. Focerd-si^7 an cer[t]le an-
andiaid. Nogeib^^ fer aile isin curach, 7 lenaidh^9 dia laim.
1 . Gabait, H.
2. conepertetatar, H.
3 . liar toisechni, H.
4. 7 ragmai-ne, H.
5 . ni aniuphsa dufornesi, H.
6. Roairighsi iarom an ni sin, 7 mos-tanic, H.
7. cairt, H.
8. liligh, YBL.,\[\, H.
9. asan, H.
10. cor' tharraing, H.
1 1 . Ansit bliadain n-aile, andar-leoso(m) : acht is m( feabra 6n, 7 ni
hassaimram ann. Cobô tridogene friu annsain, co ro ansat tri missa erraig
ann, H.
12. is aire frisninnle in certle corogle, H.
1 3 . atheruch, H.
14. m, H.
15 . a himdiblii, H.
16. AUotar som, H.
17. focart-si, H.
18. Frithinle, H.
19. linaigli, YBL, lil, H.
The Voyage of Mael Duin. 69
(But) his people began to murmur greatly against Mael duin,
and they said this : « Great is the love which Mael duin hath
for his woman. Let him, then, stay with her if he so de-
sires », saith the people. « We will go to our country ».
« I will not stay after y ou », saith Mael duin.
One day, then, the queen went to the judging whereunto
she used to go every day. When she had gone^ they went
on board their boat. Then she cornes on her horse and flings
a clew after them, and Mael duin catches it, and it clung- to
his hand. A thread of the clew was in her band, and she
draws the boat unto her, by means of the thread, back to the
harbour.
So then they stayed with her thrice three months'. Then
they came to (this) counsel. « Of this we are sure, now, »
saith his people, « that great is Mael duin's love for his wo-
man. Therefore he attends the clew diatit may cleave to his
hand and that we may be brought back to the fortress ». « Let
some one else attend the clew », saith Mael duin, « and if it
clings to his hand, let his hand be eut off" ».
So they went on board their boat. (The queen came and)
flung the clew after them. Another man in the boat catches
1 . Lit. after her.
2. In liï-i (if this be the truc rcading) the -/ scems a suffixed pronoun
in the nom. sg. The /// is the rcdupl. prêt. sg. 3 odaiim.
5 . Some'thing appears to bu lost hère. H has : « They rcmained, as seeni-
ed to them, another ycar; but it was (only) tlie nionth of Fcbruary ;
and not casy was it to voyage tlien. And thrice she dealt with theni'in
that wise, so that they remained there for three months of spring ».
70 Whitley Stokes.
Benaid^ Diuran alaim de 2, con-dorcoir^ lasin certle. O'tcon-
nairc-si4ônanisinfocetoir, gabaisgob 7 eigem, cor'bo œngair,
gol 7 egem a tir^ uile. Conidh amlaidh-sin doerlaiset uaidhe7
asand indsi.
[XXIX.]
Batar re mor chian iarsin forsna tonda for imluadh, co fua-
ratar indsi co crannaib indti cosmailfri sailich 110 coll. Toirr-
thi amra foraib. Bolcamor[a] foraib. Lomairset abaill mbic dib
iarom, 7 focresa crandchor léo iarom dus cia nofromobadh a
toradh bùi forsin abaill. Dorochoir^ do M^el dinn. Faiscis
drecht dib il-lestar, 7 ibis, 7 focherd a suan chotalta on trath
sin cusan trath cetna arnamarach ; ocus ni fes a béo seach a
marb, 7 a cubur àerg ima beolu co ro duiscestair arnabarach.
Asb^^rt friu : « Teclomaidh9 », ar se, « an toradhsa, ar is
mor a ïehus » . Tecloimsed ^° iarom, 7 conmescad uisci airi, do
mesrugud a mesca 7 a cotalta. Teclaimsed an ba de iarom, 7
nofaisced 7 linad " an ba di lestraib léo, 7 immraised onn innsi
sin.
1. Benaig, YBL.^ Rombi, H.
2. disuidiu, H.
3 . condofargaip, H.
4. Amal atconnaircsi, H.
5. mairg, H.
6. in tuat(h), H.
7. Sic, H., terlaised uaidib. YBL.
8 Sic, H., Dofocoir, YBL.
9. Sic, H., tecluraaigh, YBL.
10. teglamsat, H.
1 1 . rofaiscsiot 7 liontar, H.
The Voyage of hlael Duin. 7 1
it, anJ it clings to his hand. Diuran cuts oti" his hanJ, ami it
fcll, witli tlic clcw, (into thc scn). Whcn shc s.i\v tlint, slic
at once bci^an to wnil and shrick, so tliat ail thc land was 011c
cry, wail and sliricking.
So in tliat wise thcy escapcd from hcr" out of ihe island.
XXIX.
Thcy werc tor a vcry long whilc aftcrwards drivcn about
on thc waves, tiil thcy found an island with trccs upon it
like willow- or hazcl. Thcrcon wcrc marvcllous fruits thc-
rcon, grcat bcrries. So of thcsc thcn thcy stript a little trce',
and then thcy cast lots to sec who should provc thc fruit
that had bccn on thc trcc. (Thc lot) fcll to Mael duin. Hc
squcczed » somc of thc bcrries into a vcsscl and drank (thc
juicc), and it cast him into a deep slecp from that hour to thc
same hour on thc morrow. And thcy kncw net whcther hc
was alivc or dcad, with thc red foam^ round Iiis lips, rill on
thc morrow he awokc.
(Then) hesaid to thcm : « Gather yc this fruit, for grcat is
its excellence ». So they gathered (it), and thcy minglcd
watcr with it, to moderate its powcr to intoxicatc and scnd
asleep. Then they gathered ail thcrc was of it, tind werc
squeczini,' it, and tîlling (with its juicc) ail thc vcsscls they had;
and (then) thcy rowcd away from that island.
1 . I hère translate from H .
2. sailich ace. sg. o( sail rr Lat. salix, W. helyg-eu.
5 . ahaill ace sg. of ahalL which hère means, not as usual « appletree »,
but « trce ». So in Icelandic the word cognate with oak has been genera-
liscd, and means « tree ".
4. faiscis, s-pret. sg. 5 oi fatsciin I squeeze, W. ^wasgu.
■) . cubiir =r ctibhar {"roth, foam, scum or spume, P. O'C.
72 Whitley Sîokes.
[XXX.]
Foscerd^ iarsini n-araile indsi moir. Fidhbadh inda[la]leath
di, ibair 7 daraig mora i suidhiu. Machaire an leath [col. 386]
aile dhe 7 loch bec inti. Treta mora indti di cairib. Co«acatar
eclais mbic 7 dun and-. Lotar donn eclais5. Senoir clerigh
leithisand eclais, 7 rothuighestair a [fjindfudh uile hé. IMcom-
aircis Masl duin do : « Can duit ? » ol se.
« Meisse an coicedh fer dcc di munt/r Brenaind Birra-^.
Dodeachomar diar n-ailithri > isin [n-]ocian, conào-tanh isan
indsi-[se]^. Atbathadar uile 7 acbt messi amasnur ». Ocns doar-
faidh^ doib iarsin pollere9 Brenaind doucsat^°leo dia n-aili-
thri. Rodo-slechtatar-som uile don pollaire", 7 dohen Miel
duin poic dô.
« Toimlidh^^ j-,-^ «^ qI an senoir, « bar lôr dona cairib, 7
na caithidh forcraidh dar bar ndo[e]thain ».
B[i]atar iarom re and for feolaib na caireach [méth]^3.
La n-aill ann doib, amal batar oc deicsin asan^-^ indsi uaidib,
adchiad^> nell aniardess andochum. lar cén iarom, amal botar
ac[a]decsin b[c]ôs, rathaighset ba hén bôi and, ar adchitis na
heite ac foluamuin. Iss cd doluid iarum isin n-insi co rotairis
1 . Foscairt, H.
2. For « 7 dun and « H. has : 7 si fo eidhiunn.
3. di suide, H.
4. Biroir, H.
5 . dodeocator dia n-ailithri, H.
6. iTonta-tarla isin n-insi-se, H.
7. rao ceile, H.
8. Tonarfaidh, H.
9. polaire, H.
10. ronucsat, H.
1 1 . noda-sensat iarum don polaire, FI.
12. Toimligh, YBL. Tomlid ira mar as toi liph, H.
1 3 . Sic, H.
14, Sic, H., isan, YBL. 15. conaccatar, YBL.
The Voyage of Mael Duin. 7 ?
XXX.
Thcrcaftcr thcy land ' on :inothcr lar*^c island. One of its
two sidcs was a wood witli ycws and grcat oaks licrcin. Tlic
othcr sidc was a plain witli a littlc lake in it. Grcat licrds of
sliccp wcrc tlicrcin. Tliey bcluld there a small church and a
fortrcss. Tlicy wcnt to ihc cluircli. An ancicnt grcv clcric-was
in thc cluircli, and iiis hair clothcd liim altogctlicr. Macl duin
askcd hini: « Wlicncc art tliou ? » saith hc.
« I am the fifteenth man of thc community of Brcnainn of
Birr. Wc wcnt on Dur pilgrimagc into tlie océan and came
into this island. Thcy hâve ail died savc me alone ». And
thcn he shewed thcm Brcnainn's tablct', which they (the
monlvs) had taken with thcm on their pilgrimage. They ail
prostrated thcmsclves to the tablet-', and Mael duin gave it
a kiss.
« Now », saith thc ancicnt man, u cat your fill of the sheep,
and do not consume more than sullketh you ».
So for a season tiiey arc fed 5 there on the flesh of the fat
sheep.
One day, thcn, as they wcrc looking out from thc island
thcy sec (what they take to he) a cloud coming towards thcm
Irom the south-west. After a while, as thcy were still looking,
they pcrccivcd that it was a bird ; for they saw the pinions
waving. Thcn it came into the island and alighted on a hill
1 . fo-s-ccrd. There is no nominative to this verb. Read pcrhaps/os-cerdat.
2. Lit. « an ancient man of a gray clcric », a common Irish idiom.
3. plaire, pollere, pollaire, a loan from Lat. pugilîares.
4 According to H : « thcy sained themselves with the tablet ».
). Bidtar (zr biathatar) près. ind. pass. pi. 3 olhiathaivi.
74 Whiiley Stokes.
for tulaich^ bûi a comïocus an locho^. Dorumenatar iarum a
mbrith do ina chrobaib forsin muir3. DobéTt les daw gesca do
crund mor4, Metit[h]er œnnandarachmorS an gesca. Lamgesca
mora is^, barr mordluith fair co nduillib uraib. Torad trom
imdha fair, bolga dcrga fair cosmaile fri [casra7] finemna, acht
nama batar uilliu som^. Batar-som a foluch iarom ac fegad9
cid dogenath. Robôi^° seal ina tost ara scis. Gabais alaill do
torudh an craind do ithe. Tolluidh iarum Mc-el duin co mbûi
for ur na tulcha i raibe an t-en, dus an dingnedh ni d'ulc fris,
7 ni dherna on. Dolotar a munttT uile inadhiaidh isan maighin-
sin.
« Tiat aenfer uainn », ar Mœl duin, « coro thecla[ma] ni
do thorudh in gesci file" arbelaib an eoin ».
Luidh £enfer uaidhib iarom, 7 teclamaidh" drecht dina bolg-
aib, 7 ni rocairigh, 7 ni accai an t-en, 7 ni râla cor de. Lotar-
som-3 an ocht feraib déc, co mbatar cona sciathaib forachulo,
7 ni dernai ni d'ulc friu.
Trath nona do 16 iarom conacatardi sain-en^+moraaniardcs
bail asa tudhchaidh an t-én mor^5j^o/îda-turnsad^^ arbelaib an
eoin moir. O robatar ciana ina tost gabsad eclaim 7 lomrud
ina mil batar im oilib 7 im smeich ^7 an eoin moir, 7 imma
suilib 7 ima cluasa.
Batar occa co fescor. Gabsad ^^ a t/iur andside ithe na Cêêr 7
1 . conid forruim isind tulaigh, YBL.
2. don loch, YBL.
3 . Atraighsetar dia mbrit ina crob, ar ba met inna mid telcha no na tige
mara, H.
4. an etargnaidh, H.
5 . maer sen inna ndaracb, H.
6 . 7 gesce 7 lama \mda ass, H.
7. Sic, H.
8. uilliu do caoraib cosmaile fri tinairae, H.
9. oca deicsin, H.
10. o ropoi, H.
1 1 . Sic, H., an crainn foil, YBL.
12. teclamaigh, YBL., teclam, H.
1 3 . Hère YBL. inserts uaid saide.
14. da seinen, H.
1 5 . YBL. inserts conda-tudcaidh ant-én mor.
16. conda-forruimset, H.
17. lomrud ina cart robotar in oilib 7 for smeachaib, H.
18. Diud lai iarum gabsat, H.
The Voyage oj Mael Duin. , 75
ncar thc lakc. Thcii tlicy supposcd ' it woulJ carry thciu in
its talons ont to sca^. Now it brouglit with it a branch ot a
grcat trcc. Biggcr tlian onc ofthcgrcat oaks (was) thc brandi.
Large twigs î (grew) ont of it, and a dense top was on it
(covered) with frcsli leavcs. Hcavy, abundant fruit it bore —
rcd berries like unto grnpcs » — only thcy wcrc bigger^. So
(thc wandcrcrs) wercin hiding, a-watching what thc bird woiild
do. Bccaiise of its wcarincss, it rcmained for a whilc at rcst.
(Tlicn) it began to cat some of the fruit of thc trcc. So Mael
duin went till lie was at thc edgc of thc hill on which the
bird was, to sce whctherit would do him any cvil, and it did
nonc. AU his pcople thcn wcnt after himinto that place.
« Let one of us go », saith Mael duin, « and gathcr somc
of the fruit of the branch^ which is bcfore the bird ».
So one of thcm went, and he gathers a portion of the ber-
ries, and thc bird blamed him not, and did not (cven) look
(at him) or make a movement. They, thc cightecn men,
with their shields, went beliind it, and it did no evil to them.
Now at the hour of none of the day they behcld two great
cagles7 in the southwest, in the place whencc thc great bird
had corne, and they swooped down in front of the grcat bird.
When they had been for a long while at rest, thcy bcgan to
pick and strip ort' the lice that infcsted the upper and lower
parts of the great bird's jaws, and its eyes and ears. •
They (the two eagles) kept at this till vcspers. Thcn the
thrce of them he^an to eat the berries and the fruit of the
branch. From the morrow morning till mid-day, they werc
1. do-ru-tnénatar, act. pert". pi. 5 oî domuiniiir .
2. Cf. Ibn Batuta's description of the rukh, cited in Yule's Marco Polo,
11,412.
3 . Lit. « hand-branches » .
4. Lit. « berries of aviné » (fi'nemain).
5. la'Uiu conipar. o( cil (:= r.oÀÀo;) « great, large, vast », P. O'C.
6. The gesci (branch) of H is bore bettcr than the crainn of YBL.
7. scn-èn, P. O'C's « sein èan an eagle, Alb. q. d. longUved bird ».
76 Whiîley Stokes.
toraidh na gessca. O matain arabarach co medon lâi gabsad
eclaim ina n-anmanda cetna assa curp uile, 7 tochora na sen-
chluma^ ass 7 ina senland na claime do ecloim coler ass. Me-
donlai 'wamurro lomarsat- na bolga din chruib 7 nos-bruiddis
cona nguilbnib frisna clocho, 7 fos-cerditis iarom isind loch co
raba a uan derg fair. Luidh iarsen an t-én mor isand loch, 7
bôi occa nigi and coîocus do diudh lai. Doluid asand loch
iarsin, 7 forruim a maighin aile isin telaig cetna, arna dicsitis
inna mila tallta ass?.
Matain arnamarach dogensatar4 ind5 eoin htous eclaim 7
sliachtad ^ inna cluma cona nguilbnib, am^?/ bidh co cir dogne-
thi. Batar occc co medhon laithe. Ansad/ iarom biucan, 7lotar
iarum il-leth assa^ tudchatar riam.
Ainsis9 nrimiirro an t-en mor dianéis occa clumad^° 7 ac
fochrothadh a eite co cend an treas Isê. Cotn-ocaib iarom trath
t^rtc an treasldi 7 foluastar fotri immon indsi, 7 foruim biucan
airisse arin teak/o-n cetna, 7 luid ass iarsen hi fotal-Ieith asa tu-
dhchaidh^- riam. Déiniu 7 tressiu a luamuin an fechtsain andas
riam, co mbo follwj doib uile ba hathnughudh dô a sendda-
taidh a n-oitidh ^3 , iar mbreithir innd [f ]atha adbtvV Renouabitur
ut aquil[e] iuuen[col. 387]-tus tua.
Ba hand asbt^rt Diuran ic féghadh^^ an moradamra sin :
1 . tocur na senclum, H.
2. lommairsit, H.
3. arna digsitis ind na mila lotar as riam, H.
4. dogensat, H.
5. Sic, H., an, YBL.
b. sliachad, H.
7. ansit, H.
8. dia, H.
9. anis, H.
10. oc comhgabail, H.
11. Sic, H., tecluim, YBL.
12. dia dtulaidh, H.
13 . hatlinudhugh dô a senddataigh an oitigh, YBL, hathnududli di seii-
taid in oetidh, H.
14. iar n-aicsin, H.
The Voyage of Mael Duin. 77
picIvin.L;' the same vcrmin ont ofall its body, aiid plucking
thc oKi fculicrs out ol it, anJ pickiiig out complctclv ihc oKl
scalcs ofthc mange. At midday, howcvcr, tlicy stript tlic bcrr-
ics iVoin tlic brancli, and with thcir bcaks thcy wcrc brcaking
thcm againsi the sioncs, and theii casting thcm into tlic lakc,
so that its foam upon it bccame rcd. Aftertliat the great bird
wcnt intotlie lakc and rcniaincd washing liimsclf thcrcin nearly
till the close of the day. After that lie wcnt out of the lakc,
and settled on anothcr place in the same hill, lest the lice
which had bcen takcn ont of him should come (again).
On the morrow morning the (two) birds with their bills
still picked and slecked- the plumage (of ihe third), as if it
were donc with a comb. Thcy kept at this till midday. Then
they rested a little, and then they went away to the quarter
whence thcy had come.
Howbeit the great bird remained behind thcm prcening' ?
himself and shaking • his pinions till the end of the third day.
There at the hourof tierce on the third day he soared up and
flew thrice round the island, and alighted for a little rest on
the same hill. And afterwards he fiiredafar towards the quarter
whence he had come. Swifter and stronger (was) his ilight at
that time than (ithad been) before. Whereforc it was manifest
to thcm ail that this was his renewal from old âge intoyouth,
according to the word of the prophet, who saith Thy youth
shall hc rcncwcd likc the Cih^le's'-».
Then Diuràn, seeing that great marvel, said : « Let us go,
î . eclaim and ecloin infra seem cognate with teclamaim r= doecmallaim .
2. « sliachtadh .i. sliogadh a cutting or hacking » P. 0"C. But sliogadh
rather nicans « smoothing », polishing « rendering soft and glossy 1 (see
O'R. s. vv. sliogiKh, sliogaim, and the Highland Society's Dictionary s. v.
sUogadb) and seems borrowed from the Eng. to sleeJc, or Icel. slilcja.
3. cliimcidb,\\t. « feathering ».
4. focrothadh: cf. rolhochroithed sliab nGargain uli, LB. 73-.
5 . Psalm 102. 5. Sec Notker cited by W. Wackernagel, Kleinere Schrijt-
en, III, 187.
78 Whitley Stokes.
« Tiagham », ar se, « isan loch diar n-athnugudh^ baile an
rohathnuighedh an t-en^ ».
« Natho », ar a chele, « ar foragaib an t-en a nem3 and ».
« Nimaith a n-asberi », ol sé4: « ragadsa> cetamus ind ».
Luid iarum ind 7 not-fotraic and, 7 mescais ina beolu a n-
uisce, 7 ibis lomainn de. Ogslan a suile^ iarsin aired robo béo7,
7 ni torchair^ fiacail dô, na foiltne dia fuit, 7 ni raibi ém'rti9
na indlobra fair^° osin immach riam.
Ceilebraised iarsin dia senoir, orM5 " dobertadar lônléo dona
cairib^-.Focerdat^5acMracl'i for muir, 7 sirit iarom an aician^^.
XXXI.
Fogabat indsi moir aile, 7 mag mor reidh inte. Sochaide
mor oc cluiche 7 ic gairib cen airisium et/;' issan magh-sin.
Certar^> crandchor léo[som] duscia dothocradh^^ dul isand-innsi
dia promadh. Dochuir^/ son don très com2.\t3. Maile àuin^^. A
ndoluid sidhc fochetoir gabais cluiche 7 sirgaire léo^9, 3.mal bid
occaib nobeith 0 ais. Batar re fota-° cian occa irrnaidhiu, 7 ni
taneic chucco. Fon-acbat^i iarom.
1. athnudugh,yBL.,diunuch,H. 5. ragatsa, H.
2. in senen, //. 6. Sic, H., ass uile, YBL.
3. ofbracaib in t-en a neim, H. 7. eret romboi imbetu, H.
4. Diuran, H. 8. 7 ni con torcair dia cinn, H.
9. Sic, H., eteri, YBL.
10. ni con râla inlobra na henirti fair, H.
11. Sic, H., im, YBL. 12. di feok/ na caerach, H.
1 3 , Fochartatar, H.
14. 7 cot-mescsat iarom dond aician, H.
1 5 . Fochertar, H.
16. noragatht, H. 17. Dofuit, H.
18. Maoile duin in doruaritt ann, H.
19. 7 gaire leosum 7 ni natgenatar ewrru fri oenuair, ff.
20. mair, H. 21. Fonacabsat, H.
The Voyage of Mael Duin. -J^j
into llic lakc to renew oursclvcs whcir thc birJ lus bech rc-
ncwcd ».
« Nay », saith anotlier, « for thc bird liath Icft his venom
tlicrcin ».
« Thou saycst ill », s.iith Diiiràn, « I tlic iirst will go into
it ».
Tlicn he wcnt in and bathcs himsclf' thcrc, and plungcd-
thc lips into (tlic) w.ucr, and drank sups thcreof. Passing
strong wcrc his cycs thcrcaftcr so long as hc rcmained aUvc;
and not a tooth of iiini fcU (from his jaw), nora hair from his
iicad ' ; and he ncver suffcrcd wcakncss or infirmity from that
timc fort h.
Thcrcaftcr thcy badc farewcU to thcir ancient nian ; and of
thc shccp thcy took with thcni provision. Thcy set thcir boat
on thc sca, and thcn thcy scck thc océan.
XXXI.
Thcy find anothcr large island, with a great Icvel plain
thcrcin. A grcat multitude wcrc on that plain, plaving and
laughing» without any cessation. Lots are cast by Macl duin
and his men to see unto whom it should fall to enter the is-
land and explore it. The lot fcU on thc third of Mael duin's
fosterbrothers. When hc wcnt hc at once bcgan to play and
to laugh continually along with thc islanders, as if hc had
bcen by thcm ail his lifc^ His comrades stayed for a long,
long space expecting him, and he came not to thcm. So then
thcy leavc him*'.
1 . uû-t-folraic for no-d-fothraic.
2. The usual meaning of iih'scaim \s I viitigk, Lat. misceo, But hère, as in
the Trijurtite Life, p. 70 {nicscaid daideb n-and) it seems to mean 1 plunge,
and to be cognate with Lat. lueri^o from * mcsgo, Skr. majj.
3 . Lit. hair (coma): foiltne is a single hair.
4 . gairib scems a scribal error for g.iiri.
5 . 0 ais : this must be the meaning, but I hâve never met the phrase
elsewhere.
6. This complètes the punishment ofthe fosterbrothers for disobeying
the druid. The other two fosterbrothers are disposed of in chaps. XI and XV.
8o Wlnlley Stokes.
XXXII.
Adchiat iarsin indsi n-aile nar'bo mor, 7 mur tendtidhe
uimpe immacuairt, 7 imreithedh immon n-indsi imacuairt an
mur sin. Bai dorw^ oslaic[th]i hi toib in muir sin. INtaniarom
ticedh an dorus ina n-ercomair-sium beowj" adchitis an indsi
uilC;, 7 a mbith inte, 7 a hatrebtiiaidlii ^ uili .i. daine aille
imda inte, 7 etaigi cumtachta imda-, 7 lestra orda ina lam-
aib ic fledhugudî. Ocus rochualatar a cormchéol. Ocus ro-
batar re fota ic feghadh an adhamrai adchondcatar, 7 ba haib-
ind léo.
XXXIII.
Nir'bu chian iar techt [doib] on indsi-sin, adchiat uaidib co-
hetfrchian et/Vna tonda gnodh amal en iigel. Soiset braine an
cwraig cuce fodhes, do deiscin an neich adchondcatar. A ndo-
lotar a comfocMi dô iarum ar imrum-t conacatar ba duine bui
and, 7 se tuighthe o findfut[h] giul a chuirp. Foidisium oc
slechtanaib for carraic lethain.
A ndofoscaigset adochum tothlaigit bennachtain [col. 388]
uadh, 7 imchomarcait do can doluidh isin carraic ùt.
« O Thoraich eim », ol se, « dodechad-sa sund, 7 is a Tor-
1 . Ms. hatrebthaighi.
2. imda, YBL.
3. fleghugm/, YBL.
4. flrimrum arimrum, YBL.
The Voyage of Mael Duin . • S i
XXXII.
Aftcr that tlicy si^lu anothcr island, whicli was not large;
and a tîcry ranipart was round about it; and that rampart
uscd lo rcvolvc' round thc island. Tiitrc was an opcn door-
way in thc sidc of that ranipart. Now, whcncvcr the door-
way would corne (in its révolution) opposite to them, they
uscd to sec (through it) the whole island, and ail that was
thcrcin, and ail its indwcllcrs, cvcn human bcings beautifui,
abundant, wcaring adorncd garments, and teasting with
golden vessels in their hands. And the wandcrcrs hcard thcir
ale-tnusic^. And for a long space were they seeing the niarvcl
thev behcld, and they deemed it dcliqhtruP.
XXXIII.
Not long aftcr they had gone from that island thev see far
ort" among thc waves a shape(?) like a white bird. They
turned the prow of the boat unto it southward, to perceive
what they behcld. So whcn they had drawn ncar it in rowing
they saw that it was a human bcing and that lie was clo-
thed only with thc white hairofhis body. He thrcw himsclf in
prostrations on a broad rock.
Whcn they had corne to him, they entrcat a blessing from
him, and ask him whcnce he had gone to vondcr rock.
« From Torach^, vcrily », saithhe, « I hâve corne hère, and
1 . Lit. circumcurrebat.
2. corm-cheol drinking-muslc. Cf. coirm-fleadh a merrv drinkin" treat,
P. OC.
5 . Anothcr spécimen of the magie of CeUic romance. I know of no
parallel to the revolving rampart of fire.
4. Torach is thc narac of an island off thc coast of Donegai, v,here
tlicre wcrc a monastcry and a cliurch in which S. Colomb cille was espec-
ially vcncrated.
Revue Celtique, X 6
82 Whilley Stokes.
aig rom-alt. Ranic dam iarom gursa coic inte, 7 bassa droch-
coic, ar norenaind hiadh inna hecailse a mbiinn ar seoto 7
muini dam fodhein, cor'bo Idn mo theach leam di choilcthib 7
cherchaillib 7 d'etuch gach datha, et/r lin 7 olaind, 7 di chil-
arnaib umaidhib ^ 7 di thellendaib becaib umaidhib, 7 di bret-
nasaib argait co pletaib ôir. Co>ia rabe ni bud iasacht as mo
thigdo gach retas tascidlii do duine, etir liubru ordhai 7 tiagha
lebur cumdachtai umai 7 oir. Ocus foclaidind tighe na cille co
mberind ilmuine eisib.
« Ba mor dono mo uall 7 mo dhiumwi'.
« La n-oen dam (leg. dano?) dos-b^rt frim ara clasaind adh-
nacol do cholaind aithich thuaithe dobreth isand indsi. Amal
bassa icon adhnacol sin co cuala in guth frium aniss assan
talmuin fom chossa. « Irige na tochail an maighin-sin ! » ol
in guth. « Na tue colaind an pec[th]aigh forum, os me duine
na^m, craibdeach ».
« Étrom 7 Dia », ol smé, « dober », la med mo dimusa.
« Amin », ol se, « dia nuduca-su formsa », ol an duine
nôem, « adbelad do béoil dia très lai dhe, 7 bat ifernach, 7 ni
anfe som ann ».
ISb^rt-sa frisin senoir : « Cid do maith dobera-su damsa
mani n-adhnas fort an fer ! »
« Beatha suthain do aitreb lat la Dia », ol se.
« Can rofesar-sa on? » ol sme.
« Ni ba handsa duit son », ol se, « na aicce. An adhnacol
umaighib, YBL.
The Voyage of Mael Duin. 8?
in Toracli I was rcarcd. 'l'Iicn it came to pass that I was cook
tlicrcin; aiiJ I was an cvil cook, for tlic food of thc churcli
whercin I was Jwcllinj^ I uscJ to scll for ircasurcs anJ jcwcls
for mysclf: so that niy housc bccamc full of countcrpancs
and pillows and of raimcnt, both lincn and wool, of cvcry
colour,. and of bra/.cn pails and o( small brazcn tt'llciiiia\ and
ôf broochcs ofsilvcr witli pins-of ^old. Insoinuch that iinto
my housc tlicrc was notliini; wanting' ofall that is lioardcd
by man ; both *,'oldcn books and book-satclicls adorncd with
brass and gold. And I uscd to di}^ undcr thc houscs of thc
church and carry many trcasurcs out of thcm.
Grcat thcn was my pride and my haughtincss.
Now one day I was told to dig » a grave for tlic corpsc of
a peasant, which had becn brought into tlie island. As I was
(working) at that grave I heard from bclow me thc voicc
out of thc ground undcr my feet: « But do not dig up that
place! », saith thc voicc. « Do not put thc corpsc of thc sin-
ner on tue a holy pious person ! »
(i (Bc it) betwecn me and God, I will put (it) », say I, in
my excessive haughtiness.
« Even so », saith he. « If you put it on me », saith thc
holy man, « thou shah perislr> on thc third day hencc, and
thou shah bc an inhabitant of hell, and thc corpsc will not
remain hère ».
Said I to thc ancient man : « What good wilt .thou bestow
upon me if I shall not bury ^ thc man abovc you ?
« To abide in cternal Hfe along with God », saith he.
« How », say I, «shall I know that? »
« That is neither hard nor... for thee », saith he. « The
1 , teUennaib pi, dat. oitelknn, which is to me âraÇ XsYdaevov.
2. pktaib pi. dat. oî pld .i. nomen rinda dogniat cerda, H. 3. 18, p. 73,
col. 3.
5 . iasacht « a loan, a thing lent or borrowed » P. O'C. and therefore
absent ?
4. Lit. « that I should dig », dasaind ady s-fut. act. . o{ cJaidiin =: W.
clcuidaf.
5. adbelod (leg. atbclal) do btoil lit. « thy lips shall perish ». Or should
\ve read atbila do beoil « thy flesh shall perish? » — « bcoil sometimes
written ior feoil flesh », P. O'C.
6. adtias, btner adiiu s, s-fut. act. sg. i ol adnacim.
84 WhiUey Stokes.
noclaidhi bid Idii anosa di ghainimh. Bid foll//5 duit ass sain
nat cœmais adnocul in fir foromsa ce triallai »,
Nir'bo deiridh din breithir-sin antan ba lan an t-anacol din
gainim. Adnacht iarom an cholaind a mbaile aile iarsin.
IN-alaile amser iarom cuiriu[s]sa curuch nua co ndtrgcodail
for muir. Lod-sa am curach, 7 ba maith lium m'imchaisiu, 7
ni flirgbus im thigh, o biuc co mor, ni nad rucad^ lium, com
choimtibh- 7 cingitib 7 com cearnaib. A mbassa ic teghad an
mara in ducht sin^, 7 ba feth dam in muir, dom-fecad gœtha
mora 7 nom-srengad isan muir, co na hacca tir na talum. Gab-
ais tost mo curach fom i suidhiu, conzch bôi cor do chor de
arsin d'jenbailiu.
Amal dech//j--sa immum gach leath conacca for mo laim
deis an fer ina suidhiu forsin tuind. ISbt^rt rium iarom: « Ca
leth teighi-se? » ol se.
« Mellach lium », ol-sme, « al-leath teit m'imchaisse for-
san muir ».
« Ni budh mellach latsu on dia festa an ceithirn fuil immut » .
« Citne cethirnn son? » ol sme fris.
« Airet rosaigh t'imchaise uait for muir 7 suas coruice niullo
1 . rucaid, YBL.
2. choimtigh, YBL.
3. in ducht siii =z an tucht sin, infra, p. 88, the / of tucht being media-
lised by the nasal ending of the article, which hère is in the ace. sg.
The Voyage of Mael Duin. 85
grave thou art di^gin}^ will now Lx-comc full of sand. Tliencc
it will bc manifcst 10 thce tliat thou wilt not be ablc' to bury
tlic nian abovc inc, (cvcn) tliough thou triest ».
Tiiat Word was not cndcd whcn thc grave bccame full of
the sand. So thcrcaùcr I buricd^ thc corpse in anothcr place.
Now at a certain tinie I set a ncw boat with tanned hide '
on the sea. I went on board my boat, and I was glad to look
around me : and I left in my housc nothing, from small to
great, that was not brought by me, with my vats •♦ and gob-
lets^ and with my dishes^\ While I was in tliat wise
looking at the sea, and the sea was calm for me, great winds
come upon me, and draw me into the main, so that I saw
neithcr land nor soil. Hère my boat became still, and there-
after it stirred not from one stead.
As I looked round me on every side, I beheld on my right
hand the man sitting upon the wave. Then he said to me :
M Whither goest thou ? » saith he.
« Plcasant to me », say I", « is the direction in which I
am gazing** over the sea ».
« It would not be pleasant to thee, if thou kncwest thc
band9 that surrounds thee ».
« What may this band be ? » say I.
Saith he to me : « So far as thy sight reaches over sea and
1. caemais, 0. Ir. ccimais, rcdupl. s-fut. sg. 2 oî cumcaim.
2. adnacbt, t- prct. sg. i oi aJnacim.
3. Literally « red hide » : compare « fecerunt naviculam ... et cooperue-
runt illam coriis bovinisatque rubricatis in cortice roborina », Perigrinatio S.
Brandani abbatis, éd. Schrœder, p. 6.
4. coimtib dat. pi. oi coimte zzz coinide .1. dabhach, O'Cl c a keeve, vat
or large tub », P. 0"C.
). cingitih àAX. pi. oicingit, Corm. Tr, 34. cingit chormma, LB. qb : is
cingit an liach dia lessaiothcr in laec[hjbiad, H. 2. 16, col. 117, s. v. Ingir.
b . cearnaib dat. pi. 01 ceni :z: /.s'svo:, of which the dimin. cernnie ojcurs
in Corm. Tr. 37. cearn arbair, Keating cited by P. 0'C.,\vho explains c^ar«
as « a certain dry measure ».
7. smc : this lorm of the pers. pron. of sg. i occurs elsewliere in this
story. It is doubtl'ul where the s is prothetic (as in s-ui, G. C. 525), or
whether it stands for 05 in os-mc, G. C. 323.
8. Lit. my view goes. .\ similar expression is rosaig t'imchaisc, infra.
9. ceithirn ace. sg. of cethern (angliciscd Jcern) a troop or company of
loot-soldiers. P. O'C.
86 Whiîley Stokes.
is cén-tor demna umut uile », ol se frium, « ar do saint 7
t'uaill 7 dium//j-, 7 ar do gait 7 ardo drochgnimu olchena. IN
fetar », ol se, « cid aran tairis do curach? »
« Xochon[f]etar eim », ol sme.
« Ni ragha ass sund do CMrach assin baile atd co tarda mo
re[i]r-se ».
« Bes ni îélus », ol sme.
« Folilais ïmmurro piana ifirnn mina fsêlais mo reir-si ».
Doluid imdochum iarom, 7 fuirmidh a laim form^ 7 dorair-
ngert-sa a reir dô.
« Cuir tra », ol se, « isan muir an uile n-inneamfuil occut
isan curuch ».
« As liach ém », ol smé, « a dul im-mudhu ».
« Ni râga etir a mudhu », ol se. « Biaidh^ nech dia tarm-
naighfe ».
Fochiursa uile isin muir acbt cuadh bec craind. « Eirg ass
tra ifechtsa », ol se frium, « 7 baile i roisfe- do curuch an
and », 7 dohen dam iarum cuadh medhguisce 7 secht mbair-
ghina do Ion.
« Lod-sa iarum », ol an senoir, « leath rom-fuc mo curach 7
an gi^th, ar ro[col. 389]-leices uaim mo rama 7 mo lui. Amal
bassa and iarum for imluadh etir na tonna dom-cuirethar
forsan carraic-si, 7 ba cundtabuirt liumsa iarom in ba ros-
socht3 don4 curuch, ar ni acca tir na talmuin sun?;^ 7 ba cu-
man lium iarom a n-ebradh rium iarom .i. baie a tairisedh mo
r. Hère begins the second fragment in Egerton 1782 (fo. 125a): oir
biaid nech dia tarmnaigfe bciis.
2. roichfe, E.
3 . rochtuin, E.
4. Sic, £., an, YBL.
The Voyage of Mael Duin. 87
up to the clouds is onc crowd ' of démons ail around thee,
bccausc of thy covctousiicss and thy pridc and iiaugluincss,
and bccausc of thy thcft and thinc othcr cvil dccds. Knowest
thou », saith lie, « why thy boat stops? »
« Verily, I know not », say I.
« Thy boat shall not go ont of the place whcrein it stands
until thon do- niy will ».
« Mavhap I shall not endure it' », say I.
« Then thou wilt endure» the pains ofhell unless thou en-
dure my will ».
He came towards me then, and lays his hand on me; and I
promised to do his will.
« Hling », saith he, « intothe sca ail the wealth > that thou
hast in the boat ».
« It is a pity », sav I, « that it should go to loss ».
« It shall in no wise go 10 loss, There will be one whom
thou wilt profit ».
(Then) I fling every thing into the sea, savc a little wooden
cup. « Go now », saith he to me, « and fortli the stead in which
thy boat will pause^ stay therein ». And then he gave me for
provision a cup of whey-water and scven cakes.
« So I went », saith the ancient man, « in the direction
that mv boat and the wind carried me: for I had let go my
oars and my rudder. As I was there then, tossing among the
waves, I amcast upon this rock, and then Idoubted wbctherthe
boat hadstopt7, for I saw neitherland nor soil hère. And then
I remembered what had becn said, namely, to stay in the stead
1 . tor .i. iniat, ODav.
2. Lit. « give ».
5. faelus lor fôilus, the dépendent form of »he act. redupl. s-fut. sg. i of
folangim.
4. folilais, the indcpendent, and faelais the dépendent, form of the
same tense and vcrb, sg. 2.
5. iiinriini z^ O. Ir. indeb. Compare almatm (or ahnaib, p. y^ note ).
b. roisfe, /'-fut act. sg. 3 oi roissim « nuto » ; roissid (gl. nutat) Ml. 2i-':
r('rm(gl. nutavit) Ml. 84^.
7. rossoiht zz losacht, Ml. ilS^ 20, gcn. rosachlac (gl. hessitationis) Ml.
19' )•
88 Whitley Stokes.
churach anadh ann. Adom-racht am seasam iarom co n-a.cca
carrai^ mbic frissi tibedh an tonn. Biru^ iarom mo chois for-
san carraig mbic-sin, 7 aslûi mo churucli uaim », ol se, « co-
-[numjtuargaib - suas an charraic 7 foscibset' na tonda for-
culo. Secht mhliadna damsund », ol se, « for na sechtmhcùr-
genaib- 7 forsan cuadh medguisce meus lium on fir rom-leic
uadh, 7 ni raibe ocum-i acbt mo chuadh medhgusce nama :
bùi sidhe and heous. Ba sa i tredheni^^ iarsin », ol se. « Aithle
mo treadhain iarom, trath nona, dôcuircstair doburchù eicne
dam asin muir. Imraidhi/<-vsa5 ocum for mo menmain na bo
sochma^' dam an t-ecne om do ithe/. Nan-cuirer aris isan
muir''^, iarom », ol se, « 7 bassa [hijtreadhan aile. Immon très
nônai iarom coiiâcai dochuir doburchù an ecne9 dam aris
asin muir, 7 dochuirestair doburchù aile connudh lassamain,
7 suidhigis, 7 séitis cona anail, co rolas an tene ass^°. Fonassa
iarom an écne, [7 ba] sccbt mhliadna aile dam an tucht sin, 7
dom-ficcdh ecne gach dia », olsé, « [con a thinith"] 7 forbrigh
an charrac^- coiiïdh mor hi. Ocus ni tabur dam mo b/atan dia
sccbt mhliadaii iarsin. Bassa [hi] treadhan^3 aile aris. Immon
1 . Rolasu, £.
2. conum-tuarcuib, E.
3 . roscibset, E.
4. fO!maf/;am-raba do Ion, E.
5 . Imradimsi, E.
6. socraid, E.
7. thomuilt, E.
8. 7 rus-curius doridisi issin muir.
9. con faca dob/(rcu co n-ecne, E.
10. 7 rochoruig he 7 rolec a anail fon giirriis lursuinn, E.
1 1 . Sic, E.
12. roforbuir in charruic, E.
13 . treaghan, YBL.
The Voyage of Mael Duin. 80
wlicrc niy boat should stop. So I stood up ' .ind saw a littlc
crai^ aj;ainst whicli thc wave beat^ Thcn I set my foot on
th.u littlc crai^, and my boat cscapcs from me, and thc crag
lifted me up, and the waves withdrew ', Seven years am I
liere », saitli lie, « (livinj;) on the scven cakes and on the cup
otwhey-water which was qiven^ me by the man who sent me
from hitr». And I had no (provision) save only my cup. of
whey-watcr. This still rcmained there. Aiter that I was in a
threc-days-fast », saith he. « Now aftcr my three days, at thc
hour of nonc, an ottcr brouj^ht me a salmon out of the sea.
I pondcred in mv mind that it was not possible for me to cat
a raw salmon. I throw it a^ain into thc sea », saith hc, « and
I was fasting for another space of three days. At the third
none, then, I saw an otter bring the salmon to me again out
of the sea, and another otter brought flaming firewood, and
set it down, and blew > with hisbreath, so that the fîre blazed
thereout. So I cooked^ the salmon ", and for seven other years
I livcd in that wise. And every day », saith he, « a sahnon
used 10 corne to me, with its fîre, and the crag increaseth**
so that (now) it is large. And on that day scven years my sal-
mon is not given me : (so) I rcmained again (fasting) for ano-
1 . iiil-oui-racht « I raised myscU up •>, /- prêt. sg. i with infixcd pron.
sg. I : près. sg. 5, atriii^, Windisch Wœrt. 380.
2. tibfd liere secms cognate with iztiiu}, iT'.Çc'oi Usually lihid means to
laugh. So in the Lile of èen.in (Bock of Lismore, fo. 20*' i): doroudis nu
tonna iulochum eu tibhtis uinime.
5 . foscihsct secms a scribal error l'or roscibsel, s-pret. pi. 5 of scibim,
verbal noun 5t('W//<i supra, or scibud, LU. 27»: scibeadh beathadh À.^hiasMt
bealhiidh « the course or order of lifc », P. O'C.
4. lucus for tucaJ, by analogv to O. Ir. rofess, rochloss, adchess, focress,
G. C. 478.
5 . séilis, S-pret. sg. 5 of sélim.
b. fûuassa. \it\\Qx fonussa, s-pret. sg. 1 o( fuinitn.
7. Porro septimo die aparuit niichi ista pctra in quam intravi, dimissa
navicula atque percuss.i pede nieo ut isset undc venerat, confestimque vidi
illam cursu vclocissimo sulc.mtcm undas per cquora ut redirct in patriani
suam. Ego vero mansi hic. Circa horani nonani luter portavit michi pran-
dium do mari, id est, pisccm unum in ore suo, et fasciciilum de sarminibus
ad focum faciendum inter suos anteriores pedcs, ambulans super duobus
posterioribus. Cum posuissct anïc me piscem et cremina, reversus est unde
venerat. Ego vero accepte terre silicem percussi fecique ignem de cremi-
nibus et paravi michi cibum de illo pisce, Perigr. p. 55.
8. forbrigh %ho\Aà probably ht forbridh, 0\à-\T . forbeir .
90 Whitley Stokes.
très nôin [don tredan] ^ docarastar dam lethbarghen cruith-
nechta 7 ordu eisc. Aslui rium^ iarom mo chuadh medgusre',
7 dom-ainic cuadh comméd fris do daghlind, ro;nd-fuil isan
charraic sunii, 7 bid lan gach dhia. Ocus nim-farraidh4 gœth,
nafleochadh, nates, na fuacht isan maighin-seo. It he mo tur-
ter/;/asa sin 5 », ol an senoir.
INtan tra tanic trath nôna iarom nosn-ic lethbarsen" 7
ordo eisc gach fir dibseom uile, 7 tbgebthe isan cliôdh bôi
bôcomair an clerig isan charraic al-lôr uile do daighnd. As-
b^rt an senoir friusom iarsin :
« Ricfaidh uile do for tir 7, 7 an fer romarb t'athair-seo, a
Mael-duin, fon-ngébaid^ a ndun arforcind, 7 ni romarbaid9,
acht tabruidh dilghudh do, fobithin robar-sœr-si Dia di mor-
guasachtaib imdaib^°, 7 basa fir bidhbuidh bais dochena^^ ».
Ceilebraiset iarom don tsenoir, 7 lotar for a n-indtiuch
gnathac/;^^.
XXXIV.
[col. 390] lAr techt doib de sen iarum, arrancatar indsi co
cetraib imdaib, co ndamaib 7 buaib 7 chairib. Ni batar tigi na
dune inti, 7 ethait iarom féolo na cairech. Ba handsin asb^r-
tatar alaile dib, ic aicsin errich moir and : « Ba cosmail in
t-errach^3 fria herrcho Ercnii^-^ ». « Is fir son ém », ol fairenn
ele. « Forcométaidh he », ol Ma^l duin, « co n-aicidh cia thés
uaib in t-en ». Gwaccatar foluastar uaidhib sairdhes^5. Im-
1 . Sic, £. 3 . £. inscris : do dermat.
2. erum, E. 4. nin-farraigh, YBL.
5 . it he mo tz/;tenasa sin, YBL. it iat sin mo usa, E.
6. INtan don-anic nom in lai dusn-ic lethuargen, E.
7 . 7 fogabat hi cod in dérig in doethain do daglinn, 7 rotharngair doib
co riccfitis slân a tir ule, E.
8. fonn-gebaigh, YBL. 9. nis-marbuid, E.
10. E inscris : hi rababuir indallana.
11. E omits : 7 basa. . . dochena.
12. Celepraid cacli diarale dib, 7 lotar som forsind imarchor ngnath, E.
1 5 . YBL. anterrich.
14. AtroMcatûr erruch mor ann cosmuil fri herrchu Hérinn, E.
I ) . Con facatar adil [leg. agil ?] for foluamuin sairdess, E.
The Voyage oj Mael Duin- 91
thcr space of tlirce days. Al the tliird nonc of thc ilircc days
ihcrc half a cake of whcat and a piccc of fish werc cast up'
ti). Tlicn my cup of wlieywatcr cscapcs from me, and tlicrc
came to me a cup of the same si/e lilled witli <^ood liquor,
wliich is on the crag Iiere, and it is fiill cvery day. And neiiher
wind, nor wet, nor Iicat, nor cold aifects me^ in iliis place.
Tliose arc my narratives' », saith the ancient man.
Now when the hour of none arrived, half a cake and a pièce
of tîsh come to each of thcm ail, and in the cup which stood
beforc the cleric on thc rock was found their fili of good
liquor. Thereafter said the ancient man to them :
« Yc will ail reach your countrv, and thc man that slew
thy fathcr, O Mael duin, you will lind him in a fortress be-
forc you. And slay him not, but forgive him, because God
hath saved yo»<^ from manifold great périls, and ye, too, are 5
mcn deserving of dcath ».
Then thev bade farewell to the ancient man, and went on
thcir accustomed way.
XXXIV.
Now, after they had gone thence they come to an island
with abundant cattle, and with oxen and kinc and shcep. There
werc no houscs nor forts therein, and so they eat the flesh of
the shcep. Then said some of them, seeing a large falcon ^
there : « The talcon is like the f^ilcons of Ireland ! » « That is
truc indeed », say some of the others. « Watch it », saith
Maelduin, « and see how the bird will go from us ». They
saw that it flew from them to the south-east. So they rowed
1 . thauastai seems a scribal error for Jocoras tlie Middle-Irish prêt. pass.
sg. 5 of docuiiim.
2. iti-tn-farraidb: cf. da-farraid galar hi ti'rih Cniithnech, Tnp. Life. p. 30.
5. turtechta. tuirthcact .i. airnineact no scealaidheact, P. OC.
4. roi'j/-sacr si : see above. p. 65, note 4,
5 . The basa of YBL. is certainly corrupt. I conjecture baithi-si.
o. crrach, sg. gen. crrich, pi. ace. crrchii, I hâve not met elsewliere. It
probably means « falcon » or perhaps « sca-eagle ».
92 Whiîley Stokes.
raised iarum indiiidh an eoin il-leth luidh uaidhib. Imraised
al-laa-sin co fescor^ Tosach aidhchi iarom adchiat talmuin
cosmail do thalmuin Erinn. Imraiset adochum. Fogabut indsi
mbic, 7 is uaidhe sidhe ros-uc an ga^th isin n-ocian artw^
intan tancatar a tosuch for muir^.
Docuiretar a mbraine a tir iarum, 7 lotar cusa.n dùn bôi
isand indsi, 7 batar ic étsecht, 7 is and son batar aitrebthaidhi>
an dûine ac praindiughudli.
Co cualatar araile dib. Asbertis') : « Ba maith dunn mane
faicsimiss Mœl duin ».
« Robaidedh in M^l duin sin », ar fer aile dib.
« Bess bidh lie dotuisceba as bar cotludli », ar fer aili.
« Mad dia tisadh anossa », ar fer aile, « cid dogenmais ? »
« Ni bud andsa son », ar tuisech an tighi : « failte moir
fris dia tisadh, ar bdi ar moir-imnedh re chian ».
Lasodhain b^«aid Mai duin [baschrann fris 5]-an comlaidli^.
« Cia fil and ? » ar an dorrsaidh.
« M^l duin sunn », ol se fén.
« Oslaic iarum », ar in tuisech : « is mochen do tiachtu ».
Lotar iarom isa tech, 7 dognitfer failti moir friu, 7 doberar
étaigi nôidoib. Adfiadatar iarom inna huile adhamra rofoillsigh-
estar Dia doib, iar mbrethir inn fatha [noim"] asbt'/r [col. 391]
haec oiiim nicminisse^ iuuabil.
1 . Hère YBL inscris (but E. omits) the words: ar ba îocus do déodh lâi
rogabsad imrum.
2. AiHfaccatar innsi mbicc uaidib,7 is ûaithi-seic rofhuàitgestar in gaeih
hi tus ind echtra, E.
3 . Dochuirit braine in churazV hi ti'r, 7 tiat budéin hi iocus in duiniu, co
mbatar oc estecht frisin luc^/istaig oc fledug»(f, E.
4. aitrebtaighi, YBL.
) , Sic, E.
6. comlaigh, YBL.
7. Sic, E.
8. meimise, YBL.
The Voyage of Mael Duin. 9j
.iltcr tlic bird in thc direction in which it liad ^'onc from
tlicMu. Thcy rowed that day till vcspcrs. At ni^htf.dl tlicy si«^lu
Innd like thc iand of Ircland. Thcy row towards it. Tlicy lind
a small ishmd, and il was from iliis vcry isiand that tlie wind
h.id hornc tlicm into ilic occan whcn tlicy first wcnt to sca'.
Thcn thcy put thcir prow on sliore, and thcy wcnt to
tlic fortrcss iliat was in thc ishmd, and thcy wcrc listcnin^,
and thc inhabiiants of thc fortrcss wcrc tlicn dinin^-.
Thcy heard some of thcm say ing: « It is weil for us if wc
should not sec Macl duin ».
« That Macl duin has been drowncd », saith anothcr man
of them.
« Mayiiap it is hc who will wakc you out of vour slccp »,
saich anothcr man.
« If hc should corne now », saith anothcr, « what should
we do ? »
« That wcrc not hard (to say) », saith thc chief of thc
housc : « grcat welcomc to him if he should come, for hc
hath bccn for a loni^ spacc in niuch tribulation ».
Thcrcat Macl duinstrikcs thc chipper ' against thc doorvalvc.
« Who is thcrc ? » saith thc doorkccper.
« Mac! duin is herc », saith hc himsclf.
« Thcn opcn ! » saith thc chief: « welcome is thy coming ».
So they entcrcd thc housc, and great welcome ♦ is made to
them, and new garmcnts are given them. Thcn. they dé-
clare ail thcmarvcls which God had rcvcaled to them, accord-
ing to thc Word of thc sacrcd poet who saith : Hutr olitn
nit'iiiiuissc iuuabiî >.
1 . E has : « They saw before thcm a little isiand, and it is from it that
the wind had swept thcm away at the beginning of the adventure ». Here
seic is the démonstrative suftix fréquent in thc Laws : ro-fhuàitgestar is thc
deponential i-prct. oi (uataù^im ; Windisch, Wœrterb., (uadach to snatch,
whip, or swecp awav, P. O'C.
2 . E has : Thev put the prow of the boat on shore, and they them-
selves go near the fortress, andwere listeningto the folk inside it who were
feasting.
3 . bas-cbrann lit. « palm-wood » the rapper or knocker, P. OC.
4. failli and moir arc in liie accusative — a common idiom with thc
vocalled Irish passive.
5. Verg. Aen. I. 205. Thc fuith nùem is a rendering oi vates sacer.
94 Whitley Stokes.
Doluid Mœl duin dia crich fein% 7 dohen Diuran Leicerd
na coic leithe unga tue dond lin, co rofuirim for altoir Aird
Mâcha ^ hi cosgur ocus hi commdidium in[na] ferta 7 mormir-
bul dorinni Dia erthu. Ocus atfia(datar) a n-imthMi-a o ihus
co der(ed), ocus ana fuaratar do gaibthib 7 gua(s)flr/;/[aib]
for mu[i]r 7 tir.
Roch6ruig3 immorro Aed Finn, ardecnuid Herinn, in sgél-
sa amfl/ ata sunt; comad ar ghairdechrtJ menman dorig«/, 7
do doinib Herinn hé inadididh^.
1 . 7 dia fherund buden, E.
2 . 7 dob^rt Diuran lethcerd mocul in lion i mbatar na cuig lethuncra cû
rofliuirim for altoir Arda mâcha, E. Hère YBL. ends. The rest is from E.
3 . Ms. Rochoruid.
4. Ms. inadiaidh.
The Voyaiie of ^fael Duin. 95
M;r1 duin (thcn) wcnt to liis own district, nnd Diuran tlic
Rhymcr took tlic livc lulf-ounccs (of silver) which lie had
brou,L;lu from thc net', and laid thcmon thc altar of Armagh,
in triumpiiand in exultation at the miracles and great marvcls
which God had wroui^ht for them -. And thev declarcd their
adventurcs from heginninj^ to end, and ail the ' dangers and
périls thev had found on sea and land.
Now Aed thc 1-air, chief sage of Ireland, arranged this
story as it standeth herc; and he did (so) for delighting-» the
mind and for the folks of Ireland after him.
Whitllcy Stokes.
1. See chap. XXVI, p. 61.
2. crthu for erru.
5 . Lit. icbat (aan) oj (do for di). Hère ana is for intia-n: compare iniiaii-
dernai do fertaib (lit. what of miracles he wroughl), Tripartite Life of Pa-
trick, p. 2)8, L 28.
4. gairdechad zz. gairdcaghadh a rejoicing, elating, joy, P. O'C.
SUPPLÉMENT
A l'épigraphie latine de saintes
L'année dernière, à pareille époque, j'ai profité de l'hospi-
talité de la Revue Celtique pour y insérer quelques inscriptions
de Saintes nouvellement découvertes, qui intéressaient l'ono-
mastique gauloise. Les fouilles de M. le chanoine JuHen-
Laferrière ayant continué cette année avec succès, je dois
compléter mes conclusions passées.
L
La fin de la grande inscription où j'ai restitué le nom d'Age-
dillus^ a été retrouvée en plusieurs morceaux. Je l'ai ainsi
copiée - :
/
AEv
ro
EOv
I B
1. Revue Celtique, IX, p. 78.
2. Ce fragment vient d'être publié, avec le reste de l'inscription, par
M. Em. Espérandieu (Rev. Poitevine et Saintongeaise, V, p. 194). M. Espé-
randieu ne lit pas Jgedil[li\ sur la pierre, mais seulement /Iged, ce en quoi
je crois qu'il a tort. L'estampage que j'ai entre les mains en tait foi.
'
Supplément à l'P.pigraphie latine de Saintes. 97
Les mots qui terminaient l'inscription sont donc : à la
deuxième ligne, Atcclorù^ianae, et à la troisième, evocato,
comme on l'avait toujours pensé; à la quatrième ligne, c'est
bien chipco^ et non clupàs qu'on doit lire; A la cinquième, le
mot commilitonibus était abrégé en comniililonib; enfin, à la
dernière, après le T initial de tcstaïucnto, il y a un point trian-
gulaire qui termine absolument le texte; il ne faut donc pas
songer à restituer [p(osucruut)\. La lin de la première ligne
a été emportée par la cassure de la pierre ; on n'y voit plus
qu'un petit trait courbe qui descend un peu au-dessous du ni-
veau inférieur des lettres. Or, ce trait ne peut appartenir à la
queue d'aucune lettre. D'ailleurs, le surnom du personnage,
Macro, était évidemment le dernier mot ; il f;iut donc sup-
poser que cette ligne, qui se terminait un peu avant la limite
extrême des autres, était agrémentée à la fin d'un point sépa-
ratif, non pas triangulaire comme sur le reste du monument,
mais plus développé, et, peut-être, par une feuille cordiformc.
Ce ne serait pas la première inscription, du début de l'empire,
où l'on trouverait ainsi des points séparatifs, de forme diffé-
rente, employés simultanément -.
IL
En parlant l'année dernière d'un texte incomplet relatif à
un prêtre de Rome et d'Auguste >, j'avais conjecturé qu'on en
trouverait peut-être un second exemplaire, me fondant, pour
exprimer cette opinion, sur un petit fragment, déjà connu par
une copie de Chaudruc de Crazanncs >, qui paraissait en être
1 . L'E est enfermé dans l'O ; je les ai scparOs pour la facilité de l'im-
pression.
2. Cf. une inscription d'Arles (C. /. L., XII, 855 a) où Ion rencontre
la feuille cordiforme, la virgule et le point triangulaire : une autre de
Maycnce (Hùbner. Excmpla scripturae epigraplncac, n. 205)011 deux feuilles
figurent à la tin, le reste du texte n'offrant que des points triangulaires ; une
troisième de Constantine (C. /. L., VIII, 6987) qui offre la même particu-
larité, etc.
5. Rev. Celtique, IX, p. 85.
4. Antiquités de Saintes, p. 34, et pi. IV, fig. 3.
Revue Celtique, X 7
98 R. Cagnat.
le début. La bonne étoile de M. le chanoine Julien-Laferrière
m'a donné raison, plus même que je ne pouvais m'y attendre:
non seulement il a mis au jour la suite du premier exemplaire
que nous possédions déjà en partie, mais encore il en a ex-
humé trois autres plus ou moins fragmentés, de telle sorte
que nous avons maintenant en quadruple l'épitaphe du même
personnage. Ces quatre textes étant identiques, on peut les
compléter l'un par l'autre pour les parties aujourd'hui man-
quantes. Je vais transcrire d'abord tous les fragments de ces
inscriptions que l'on possède, d'après mes copies, ou, à dé-
faut, d'après celles de M. le chanoine Julien-Laferrière ; j'es-
saierai ensuite de rétablir en son entier le texte, tel qu'il devait
figurer sur les quatre faces du tombeau monumental de cet
antique enfant de Saintes.
Premier exemplaire.
^J^ C . I VLIO CON
PATIS • NEPOTI ■ F
ROMAE • ET . AVG
^J^ONNETODVBNl
ECTO • FABRVM • TrIBV
iLAD-CONFLVENTEMC-
^;'F.V0LTVICT0R1
NO • MILlTvM • COHORT
IVLIVS • VOLT -VICTOR • F -1
1. Fragment déjà connu. Cf. Rev. Celt., IX, p. 81, et Catalogue du
musée de Saintes, 1888, p. 34.
2. Cf. ibid.
3. Ma copie d'après l'original et une photographie de M. le chanoine
Julien-Laferrière, Cf. Revue Poitevine, 1888, p. 24).
Supplément à rF.pigraphie latine de Saintes. 09
Deuxième exemplaire.
'0' civ
PAT
SAC
^;mo conc
s . NEPOTI • PR
RD • ROMAE • I
0^^ N E T O
cTo • FAI
VSTI AD
^/J' VICTOR I • AC
ILlTvM • COHO
c • ivLivs volT • V
0-^ O M O
A R V M
LI V S •
1 . Copie de M. le chanoine Julien-Laferrière. Cf. Rrcue Poitevine, p. 246.
2. M.i copie d'après une pliotographie du même. Cf. Revue Poitevine,
p. 246, et Revue d'Aunis et de Saintonge, 1888, p. 416.
5 . Ma copie, d'après une photographie du même. Cf. Revue Poitevine,
p. 246, et Revue d'Aunis et de Saintonge, p. 416.
4. Ma copie d'après une photograpliie du même. Cf. Revue Poitevine,
p. 246, et Revue de l'Aunis et de la Saintonge, p. 417.
5 . Ma copie d'après une copie du même chanoine JuUen-Laferrière. Cl.
Revue d'Aunis et de Saintonge, 1888, p. 417.
100 R. Cognai.
Troisième exemplaire'^ .
^;VLIO . CONGON
PATIS . NEPOTI • PRAEFECTO
ROMAE • ET • AVGVSTI • AD • CON
^^;NI F . VOLT . V
MIL ^^P^ • COHO
IVS iOo èSt • VICTOI
Quatrième exemplaire.
^;iO. = [Iuï\io
b)\j RI. ^ y[icto\ri
A quoi il faut ajouter le fragment autrefois publié par Chan-
druc de Crazannes ^
C IVL
PATI
SAC
qui ne peut être rapporté qu'à ce quatrième exemplaire.
Ainsi est tranchée la question de savoir quel était le sur-
nom du personnage. On voulait en faire un C. Julius Cogi-
dubnus, en se référant à deux autres inscriptions de Saintes
1 , Copie du même.
2. Antiquités de Saintes, p. 34, pi. IV, fîg. 3.
Supplément à l'fipigraphie Litine de Saintes. loi
qui ont été réunies en une seule par plusieurs de ceux qui
s'en sont occupés ' ; il se nommait C. Julius Victor.
Son père s'appelait Com^onnetoduhius et non Couconnetodub-
nus, forme adoptée jusqu'ici-. La présence du G est d'autant
moins extraordinaire que cette lettre fi«,'ure déjA dans un cer-
tain nombre de mots de même racine connus par des inscrip-
tions ou des textes d'auteurs: Cotiijinnui, Con^^onna-^, Con^o-
nius'^, Coutyoniius^, Qnii^h-ntiicusT, Coiit^onetiacus^, Coui^avala'i.
Le nom de l'aïeul du défunt était Ai^cdomopas, mot qui
s'est déjà rencontré sur une monnaie gauloise sous la forme
Agedomapas^'^. Le premier élément Aged, d'ailleurs bien
connu, .Hgure dans le mot Ai^cdillus que j'ai rappelé au
début de cet article, et dans un petit nombre de mots que j'ai
eu l'occasion de signaler ici même". La terminaison /)aj est
assez fréquente.
Voilà encore deux noms gaulois de plus que nous a fournis
la muraille de Saintes, et ce ne sont pas les seuls '-.
A la seconde ligne, il est dit que C. Julius Victor était tribun
d'une cohorte dont l'expression se terminait par les lettres
ARV.M. Le nombre des cohortes connues qui satisfont à cette
condition est très restreint ; je ne vois guère que Niimidarum,
Dclmatitrum, Bracanivi ou Bch^arum auxquels on puisse songer.
Encore, si l'on tient compte du peu de place dont on dispose,
f;mt-il écarter les deux premiers mots et retenir seulement le
1 . Cf. Audiat, Catalogue du musée de Saintes, p. 39, et les auteurs cités
par M. Audiat.
2. Gluck, Keltiscb. Xanu-n, p. 65 et suiv. ; Zeuss, Grammatica Celtica,
deuxième édition, p. 797 et 866.
S. C. /. L,I1I, s 523. Cf. 3496.
4. Ibid., V, 7181.
5. Ibid., III, 1205.
6. Ibid., V, 7245.
7. Ibid., XII, 4883.
8. Liv., Epit., 61.
9. Notitia Digniiatum (Occid.) XL, 48 (éd. Seeck). Congavata est une
ville de Bretagne.
10. Ch. Robert, Monnaies gauloises, p. s8. Cf. de Barthélémy, Rev. Nu-
mismatique, 1884, p. 177 et suiv.
1 1 . Rev. Celtique, IX, p. 80. et notes 2, 3, 4.
12. M. le chanoine Julicn-Laferrière en a encore découvert d'autres qui
trouveront place prochainement dans le Bulletin archéologique du Comité des
Travaux historiques, publié par le ministère de l'Instruction publique.
10 2 R. Cagnat.
troisième ou le quatrième qui conviennent également, le qua-
trième surtout. En 69, il y avait plusieurs cohortes de Belges
parmi les auxilia de la légion I Germanica % et une cohors I
Belgarum a subsisté pendant tout l'empire-. Mais ici il ne
semble pas que nous ayons la place de rétablir un numéro, et
il faut supposer que la cohorte de Belges mentionnée n'en
avait point, c'est-à-dire qu'il n'y avait à ce moment qu'une
seule cohorte de cette espèce, ce qui est très possible, étant
donnée l'époque relativement ancienne du monument. Si
l'on restituait Bracaruni, on serait obligé de croire que le nu-
méro n'était point exprimé, comme sur ces briques où on lit
COHBRAC3 à côté' de COH-I-BRAC. Il est vrai que sur
des briques le numéro est omis pour un tout autre motif qu'il
ne le serait sur cette épitaphe.
Naturellement il est possible que la cohorte ici mentionnée
soit encore inconnue; mais on peut difficilement raisonner
dans cette hypothèse-^.
Le deuxième texte était terminé par le mot Filius, en toutes
lettres ; le premier, au contraire, ne contenait que F suivi
d'un point et d'une autre lettre formée d'une haste droite ou
commençant ainsi (H, T ou L). Il faut sans doute chercher
là une des formules qui terminent d'ordinaire les épitaphes,
par exemple, h(eres) e(jus).
En comparant entre eux les quatre exemplaires rapportés
plus haut, on remarquera que deux d'entre eux (i et 3) por-
tent au commencement de la troisième ligne ROMAE, le mot
sacerdûs appartenant évidemment à la fin de la deuxième ligne,
tandis que les deux autres (2 et 4) portent au même endroit
SACERD- ROMAE. Ces quatre textes, semblables pour la ré-
daction, étaient disposés un peu différemment.
On lisait donc sur deux des faces du monument l'épitaphe
1 . Tac, Hist , IV, 20.
2. C. I. L., III, 1790 (an 173), 1918, 2067, 2745; Arch. Epigr. Mit-
theil. ans Œsterreich, 1884. p. 106, n. 12; Brambach, Insc. Rhen., 1030 (du
temps de Sévère Alexandre). Cf. Hassencamp, de Cohortibus Romanorum
aiixiliariis, p. 23.
3. Eph. Epigr., IV, 205.
4. M. Audiat, Revue d'Ainiis et de Saintonge, 1888, p. 417, s'arrête à peu
près à la même conclusion.
Supplément à rEptèri^plue i^Une de Saintes.
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104 ^- Cagnaî.
que nous avons restituée sous le n° I, et sur les deux autres
celle qui porte ci-contre le n° IL
III.
En terminant, j'ai une rectification à faire à mon article de
l'an dernier. Dans une épitaphe du musée j'avais cru, d'après
l'estampage — je ne connaissais pas l'original — pouvoir lire par
deux fois le gentilice Cappius ^ M. Audiat, dans son Catalogue
du niusée^, s'est décidé pour Caprius. Vérification faite sur
la pierre même, il a raison. La queue du R est visible à la
première comme à la troisième ligne du texte, surtout à la
première. Ce gentilice est, d'ailleurs, parfaitement connu'.
R. Gagnât.
1 . Rev. Celtique, IX, p. 86.
2. Catalogue du muséede Saintes, i888, p. 56, n" 135.
3 . Cf. de Vit, Onomasticon, s. v.
NOTES
ON
WELSH CONSONANTS
BY DR. M. NHTri.AU
(Suite)
CHW.
25. Chw arosc mostly from *sv. In tlie lovinwords chwc-
tVor, gwefror (Icoii. c'iiouevrer) and chwysigen, gwysigcn
(Icon. c'houczigell, vessie) chw sprung from *gh\v, in wliich
g as in gw for v was put before an aspiratcd v (vli). Cf. Ad-
dit. Ms. 31060 gwefrol f. 153 a, mis gwetfrol f. 210 a; L.
Morris, Addit. Ms. 14944, f. 62 a: cinvcfror « in Anglesey
chwefrol »; the same mentions chefrol in Souih v:. poenis (in
a lettcr, printed in }' Cymmr., II, p. 145). — Chw — gw
occur both in chware, damchwein, chwedy; cf. Add. Ms.
14869 y warae oreu pan woraer, f. 23 a; B. of Hcrg. gwaryaf
col. 563, a chwaryy di 563, ch6aryaf 660, a wharya6d 688,
yn g6are 564, 565, 566, y g6are h6nn6 564(2), 565(2), y
g6arywyt 720 etc. — damchweinio, damweinio Sp. ; B. of
Hcrg. damwheina6 col. 709, damwheineu 800, 801 ; LI. Gw.
Rh. dannvein p. 9, damhweinaw p. 153 ; Ms. Cleop B 5 dam-
chweynws f. 34 a; 5 = Addit. Ms. 22356 y lie y damcheino
f. 65 a, damchein f. no b, na damcheina6d f. 69 a; or dam-
ch6eina f. 61 a, ac or damh6eina f. 64 a, or dam6eina f. 74 b;
or dameina (sic) ryfcl f. 64 b; 5" in Owen's Laivs : damch6ei-
I Voir le commencement de cet article t. IX, p. 64.
io6 Nettlan.
neu p. 558, damhéeinieu ib., damcheinei p. 616; Gr. Roberts,
gramm. damwain p. 84, etc. — It is probable that thèse dou-
blets represent an earlier status durus and status mollis (cf.
Rev, Celt., \l, 314, n. 5); also the South Welsh wh, h\v
wants some considération in this regard, see 24.
24. h\v, wh are the South Welsh représentants of chw. Thev
are perhaps due to an initial mutation of the group in an
earlier period of the language; compare the change of initial *s
in Welsh into h, which is not without exceptions, since it oc-
curred first only in words closely following a word ending in
a vowel. Hw and wh, later even w are found in many South-
Welsh Mss., but chw ahvays occurs besides them; whether
this is due in the oldest Mss. to the more common Northern
orthography or whether chw and hw existed in différent syn-
tactic positions still both at the time of thèse Mss. cannot be
decided without a spécial study of the détails. In the Vene-
dotian Ms. A occur e. g. chue byu p. 12, chuehet p. 27,
kechuin, kecuyn p. 45, koquinyat p. 61, kecuuin p. 62, mys-
tacuet p. 18; o damguenX'a p. 53, etc.; as to ch and c cf. de-
creu p. 2, hucc p. 32, mocch p. 36, kescho (c3^sgo, c-h hke
t-h in rotho, etc.), mecni p. 55, etc. But p. 14 : huechet and
p. 55 i guadu wecni (mechni) wec guir ac euo ehun sei-
thuet (perhaps an error caused by wec of wecni).
25. B. of Carm. chuetlev a giklev, hwetil (17), chuetil
(18), chuetyl. BofTal. whegach (14). r=Harl. Ms. 958 a
hweugein mu f. 4 a; r= Harl. Ms. 4353 whech, whefraôr
f. 29 a. 5= Addit. Ms. 22356 6heg6yr f. 4 a, 6he bu f. 12 b;
on 6h6thu see my Beitr. § 107, in Neath wthu, fe wthiff;
B. of Herfr. dy whaer col. 728, a wharya6d col. 688, ni an
whech col. 723, etc.; Ll. Gw. Rb. hwechet p. 215, hwim-
wth p. 155; cf. pp. 226, 234, 240; hwythu p. 237; cwrnu
(chwyrnu) p. 130; drwy wherwder p. 237; y varwgywedyl
ef p. 151 (cychwedl, Sp.). Tit. D 22 wimmwth, y wethel
(th for dd; cliweddl for chwedl is South W., see below), we-
ched, etc. (YC. III). Addit. Ms. 19709 whemil f. 68 a. Cleop.
B 5 hwiliaw (chwilio) f. 102 b, etc. Add. Ms. 149 12, mis
whefra6r, hwer6 f. 16 b, chechet f. 26 b, etc.
26. In later texts : Addit. Ms. 14921, i6th cent (Gwentian
Notes on Welsh Consonants. 1 07
dialcct) : whccliant t". 46 a, whcddcl f. 44 b, Ib ddiwhclocdd
t". 8 a; Invssy f. 37 b = cluvysu, etc.; Sunce Ms. 672, û
whcrddir f. 26 b, d. \\ ddwad f. 26 a, û lainw; Addit Ms.
149 13 Invcclicd f. 72 a; Uyfr Achau 1602: ab Harri wcchcd
p. 12, Edward y wcchcd ib., y whcched p. 35 (2), ai wacr
hithav p. 43, hwacr p. 57, etc.; Addit. Ms. 14973 na wlic-
nvchcclif. 81 A\MiUch.Cni'\dr. h\vantau,yii hwcnnychu, etc.
— In tlic modcrn South W. dialccts \v!i or w arc commonly
writtcn. — W. Salesbury, pron., 1547 s. lit. ch givcs Invccli,
hwacr as South W. which corresponds with the niodcni
prouunciation (IiHis, 1. c). — On the Xortliern chw Swcet
p. 417 savs : (w) docs not round the (cli).
27. Some clumsy ortliograplis arc: cinvhcfrin, B. of Tal.
(i)); Sal. A'. T. cwhedlca f. 377 b, cwherwa t". 384 b,
cwherwocdd ib. (Huct); also Catiii v C. 1672: cwharieu,
cwhario p. 233, chwhenychu, chwhareu p. 226, chwharc
p. 159; (ib. camweddle p. 419). Hère Salesbury and Stephen
Hughes combined in print the Xortliern chw and tiie Soutliern
wh to satisfy the evcs of the readers of ail dialccts ; Huct and
Prichardwrote of course wh as their Gwcntian dialccts rcquire
and the respective cditors added the Northern ch. In theolder
Welsh prints such accomodations to différent dialccts are not
seldoni met with.
The forms of anghwancgu also illustratcearly orthographv.
et. B.oJ Hcrg. aghwanegu col. 779, yn ach6ancc Sk, p. 203;
iJ. Giv. Rh. yn yghwanec p. 119, yn angchwanec p. 120,
heb arveu yghwanec p. 125, ygwanec pp. 124, 133, etc.
28. Ch for chw occurs so often in several Mss. that it
scems to express some really altered pronunciation in which
ch prevailed; also chi for chwi is common to ail dialccts.
Ct. Ms. A : Chcwraur p. 68 (twicc), cuefraur p. 10,
kanydemchel p. 46, eny emchelo p. 392, nyt hemchucl
p. 159. Ms. S: damchein, etc., sce 23. Ms. A (Owen,
Laïcs) am chevgain, ac o chevgain p. 542; Addit. Ms. 14986
(i6th cent.) yr eilchaith f. 6 a; Ll. Achau, 1602: a chedy
(twice) and ach wedy p. 6r; chefrol, see 23. — In Beitr.
p. 79 I quotcd from Ms. Clcop. B j dychelut f. 152 a, ymche-
lut t. 138 b; in thisMs. ymchwcilant, etc., occur often; on
io8 Netilau.
ymchwelyd : ymhoelyd see my article in Y Cymiiir. IX,
pp. 84-88, where many forms are collected; on chi see ib.,
VIII, pp. 1 19-120.
29. An unique example, as far as I know, is chwadan (from
*chwiaden), the Carnarvonshire form of hwyaden (duck),
given by Sweet p. 428; cf. Yr Arw. chwiadan, 24, 2, 1859;
chwiad, Yr Amserau, 31, 12, 46; chwyied 22, 4, 47. In Y
Traetb. III, p. 7. South W. giâr a chwiaden, pi. geir a chvàed
= NorthW. iar a hwyaden, ieir a hwyeid; giâr is South W.,
but what is said on chwiaden is a mistake or this form is
known ail over Wales. Cf. Ms. Cleop. B 5 hwiedid f. 174 b,
hwyedic f. 175 a; Ms. S héyedyd f. 38 a. Perhaps, like the
r of the article yr is sometimes wrongly transposed to the
following Word commencing with a vowel or h and causes an
initial rh in it, the c of ac (and) caused chwjdden for hwjd-
den ; a more probable explanation is that when y in hwyâdan
became j the group *hwj + vowel could not longer be pro-
nounced in Northwales (in South W. hw, wh is a common
Sound); so *hwi became chwj, every following consonant
modifying the preceding (j > w > h). In Glamorganshire
gwialen becomes gjelan, for *gwjelan, which shows the ten-
dency to évade the combination cons. + w (v) + j.
30. Engl. qu becomes chw in North W., cw in South W.
(Powel, dimet. loamuords p. 16). Cf. maes kwarterog, Ll.
Achau p. 18; ym mhob cwarter (marg. cwrr o'r wlad), Cann.
y C. p. 585; L. Morris, Addit. Ms. 14944: chwart a quart,
Anglesey — cwart, a quarter, Cardigansh, f. 56 a: cwart, a
quarter, Cardigansh., f. 62 a; also f. 56 a: cwart, a quarter
of any measure, Cardigansh. Chwaral, Yr Arw. 17, 7, 1856.
— (B. of Herg. col. 774 a ch6artha6r eidon ieuanc).
II. M, N, NG.
21. Initial m, n, w are in the spoken language aspirated
after the words causing aspiration of the tenues ; thèse mh, nh,
wh are said to be South Welsh, but they are also given by Sweet
from Carnarvonshire. Cf. Sal. N. T. ary whynebey f. 385 b
Notes on Welsh Consonnants. 109
(Huct); Gambold, i^ramni. 1727: South W, mh, nh p. 5;
William Morris, Addit. Ms. 14947: nih, nh in Southwalcs
and somctimcs in Nortlnvalcs as in Holyhcad (whcrc lie
livcd), t. 38 a. Y Tnu'lh., III, p. 7, Rowlands gntmm.-^ p. 9:
South W. ci mhab, ci nhai, ci nhatur ; et. am ci nhatur, Y T.
ii'rG. I, p. 95, etc.; mh, nh occur also in the litcrary lan-
guagc ol books printcd in Southwalcs.
Swcct, p. 442 : i t.id ai mhani, i thàd ai mham; nhp.432,
i whatshi p. 419 (hcr watch). — Ellis, Early E. Pron. p. 74S
says on the pronunciation of initial mh, nh, n*;h in thc col-
loquial lan^uagc : in thc case of no vowcl prcccding « a
murmur is insertcd, as 'mH, 'nH, 'qH ».
33, Initial rh and n sccm to hâve been dropped occasio-
nally; this was caused by thc close connection of thèse words
with thc prcccding article or with yn, etc., such a group
(under onc accent) being aftcrwards wrongly separatcd ; thus
South Welsh hoeth = noeth. Cf. Add. Ms. I49i2yn hocth
f. 41 a, 41 b; Sal. N. T. yn hoyth, hocth (marg. noeth),
f. 391 a, 392 b (Huct) ; Y drych christ, yr ocdh y corph yn
hocth, f. 21 b; also f. 23 b, 27 a, etc.; Addit. Ms. 1492 1
(Gwent. diaiect) yn hoython f. 57 b, ar bobol hoython f. 61 b;
14986 : yn hocth f. 23 a; Hotn., 1606 yn hoeth, II, p. 142;
Addit. Ms. 14973 yn hoeth f. 90 a; March. Crywdr. yn nesaf
idd y crocn hoeth, Y Brython \., p. 257, etc.; noeth: démet,
et antiqui hoeth'and hocth v. noeth, Davies dict'.
33. By a wrong séparation n sometinics is prcfixcd to an
initial vowcl or h. Cf. nol and hol, to fctch Sp. ; Y Traeth.,
III, p. 14 : Gwcntian dos i hôl dwr (= dos i geisio, ymofyn
d.) =^ North W. dos i nôl dwr. I think nol, hol contain ol
(mark, trace, track), ynol('n-ol)accordingto; ago; back, past,
aftcr, Sp. ; hence nol for yn ol. In Neath are usede. g. fy hôla
i, fe holiff a, fe gâs i hôl (it was fcteled), fc holwd, etc. —
Sweet p. 430 mentions ncplas for cples (Sp.), leaven. Sales-
bury uses thc engl. llefcn and sur-docs (tocs); cf. surdocs
(marg. llcfcn) f. 21 a, llefen (marg. surdocs) f. 26 a; lleven
f. 282, etc. — Sai«f a^o E/ien; a Szvit ko/as, Lew. Gl. C,
poems, p. 340 (Nicolas; hère saint being pronounced sain was
the reason af the apparent dropping of n).
iio Nettlau.
34. Ng in the interior of words between vowels became w
in ewin, Old W. eguin (Oxon. I), iéon. ivin; llewa : ir. longaim;
llysywen ; rhewydd, Old Bret. rogedou (Lux.); ffrewyll a
scourge, *frangellui"n, see Rhys, Airb. Camhr. 1874, P- 5^;
the same change occurs before n in pythewnos and in the
loanword llawethair, engl. long fetter. Pythewnos offers aiso
other points of interest requiring some remarks.
35. Cf. petheunos ^ p. 69 ; F = Harl. Ms. 4353 py-
the6nos f. 40 b; B. of Heg. a phe«e6nos a mis y buant yno
col. 806 (?); Ckop. B 5 pethewnos f. 147 b; Davies dict. py-
thefnos, passim pythewnos; Addit. Ms. 31056, f. 17 a my
fym yno buthefnos (ibe cungor, miewn, fo); bob thefnos, Yr
Aiiis. 23, II, 48, ib b3'folieth; S. C. (dimet.) pethewnos and
pythownos ? I, p. 372, where the e in a southern dialect is
not expected but if pronounced at ail has its counterpart in
bennag for bynnag in the same texts ; North Welsh pythefnos,
Rev. Celf., II, p. 192. Sp. gives also pymthegnos, of course a
modem composite; in the Gwladgarwr, 23, 2, 1861 cven
pymthefnosol occurs in literary language. P3^the\v- arose from
*pytheng-; deng for deg, is common, cf. Barddas, I, p. 96;
ib. unneng, deunneng, trineng, pedryneng, pumneng, chwe-
neng, seitheng etc. ; wythneng neu wyneng, seithneng neu
seitheng p. 100, am bob lliosneng arall (Uiosgant, lliosmil)
ib. — Davies, gramm. dengmab o feibion^. In the middle
Welsh Mss. using g for ng too degcan be deg or deng; it na-
salizes not always the following consonant, cf. LI. Giu. Rh.
deg mydin p. 104 and y deg bydin ib.; deng mil pp. 29, 44.
Deng seems to be due to an assimilation before nasalized con-
sonants. Deng is still common in the spoken language before
initial nasals : deng munud, deng mab. — On fin bythefnos,
see 20. — The loss of m and the origin of th in pythew-,
*pytheng are unexplained; I would suggest that either *pum-
ddeg became *pu-ddeng or more probably that *pum-ddeng-
I . He gives : trigwr, tnwyr, tri o wyr, even trywyr o wyr, dengmab o
feibion, chwegwyr o farchogion, etc. E. Lhuyd, Arch. Brit., p. 244 a
says that nuraerals are constructed in South W. with the « gen. plur. »
(form of the sing.), in North W. with prépositions and the plural : saith o
veibion, etc.
Notes on Welsh Consonants. 1 1 1
nos was dissimilatcd into *pu-ddéng -nos and th for dd was
caused by the accent being on the following s^-llablc, as in
b3'tho, rotho, etc.
36. On llowethirsee Bcitr. p. 44 ; Rhys, F C, IV, p. 197
remarks that it dénotes in Carnarvonsh. also a cord tying the
two feet (of the horse) together = huai in Cardigansh ; cf. o
bop march auo huai neu laôhethyr arna6 (a shackle or fetter)
L (dimet.) p. 274; Ms. Cleop. B j laffetheir, f. 195 a; Add.
Ms. 14869, /. 224 b (Cynddelw); llawethair, llywethyr, 11a-
wcthyr Davies dict. ; North W. gefynn, -au = South W. llyfe-
thyr, -iau, Davies Ll. y Res. — Ir, langfiter Corm. translat.
p. ICI, langpeiter, langphetir Corm. B.
37. Ng in inlaut and auslaut is often written n in popular
texts, which may point to a change in pronunciation. Cf. da-
nos' Yr. Arw. 30, 10, 1859, C. f'ew. T. p. 32, 56, 78; dy-
noswch, Yr Amserau 12, 11, 185 1, mi ddynosaib. ; gilhvn Yr
Anu. 17, 7, 56, cnebrwn 30, 10, 59, cnebrwyn^ and cnebrwn
20, I, 59; g\vll\vn_, gystwn Sweet p. 430; rhwn, golhvn C.
f'ew. T. p. 258. Powel (d'unct. loanev.^ gives also bredin (engl.
braiding), etc. — Ng is written m in F Bed., VIII, p. 106 :
yn brudd ac yn deilwm (teilwng) ; teilwn in Neath ; cf. the
next §. — In Neath : gillwn, gellwn; gishtwn, like ishta.
38. Final n becomes m in many words, especially in words of
English origin, but even in Welsh terminations, e. g. llatwm,
rheswm, cottwm, botwm, saffrwm and saffrwn Sp. dict.; Addh.
Ms. 14986, i6th cent, megis ffelwn \vr f. 10 b and dav ffel-
1 . Gangos, either an error or the resuit of an assimilation occurs in two
texts: Hengwrt Ms. 202, f. 28 b i, 1. 33 {YCymr., VII, p 147) and Ms.
H p. 726 (Owen, Laïus, i6th cent.); in the Hengwrt Ms. (i4th cent ) the
popular amdler for anilder is also found. It is impossible to décide as to
the authenticity of gangos, e.Kcept if it happens to exist still in a living
dialect.
2. Cnebrwyn for canhebrwng (heprwn, Neath), if genuine, is to bc ex-
plained like bygwyth, see Beitr. 5 108. In the sensé of burial in which it is
used hère it is North W'clsh, cf. L. Morris (in Addit. Ms. 14925, f. 134 a)
South W. angladd, burial = North W. canhebrwng (so in Anglesey), clad-
dedigaeth; Addit Ms. 14944, f- 46 a: claddedigaeth funus, Dcnbigiish ;
Huglics 1822, YGii'yI. 1828 : South W. angladd, North W. claddedigaeth.
— .\ngladd is the Neatii word for burial, pron anglodd plur. angladda ;
angladd in Monmouthshire.
1 12 Nettlau.
wmwr (félons) f. 15 b; patrwm (patron), in booktitles, D.
S. Evans, llyfr. i6j<), 2, 1723, 4. B.of Herg. col. 566 olat-
t6m yr yspaen; Ll. Giv. Rb. p. 126 actwn (acketon) but p. 127
bwrkwm (burkun). Of Welsh words cf. cwthwn and chwy-
thwm, Sp., cwthwm Addit. Ms. 14944. ^- 53 ^ (L. Morris),
a hurricane or spirt of bad weather, Cardigansh. E. Lhuyd,
Arch. Brit, p. 235 : ellyn a razor, not elhym as commonly
pronounced ; gwialem for gwialen is given by W. Williams,
called Caledfryn inhis grammar, written in Welsh, 2nd edit.,
p. 58, 114.
39. Another change of final n, vie. into ng seems peculiar
to the dialects of Cardiganshire; Rhys lect.^ p. 120 gives fyng
enw and pring from North Cardigansh. In S. C. III, p. 306
and Seren Gomcr XXXVI, p. 362 (both dimet.) pring occurs
(yn bring iawn, pring); pringder, Stowe Ms. 672, f. 117 b,
pring vydd f. 195 a. — L. Morris, Addit. Ms. 14944 has :
criafonllwyn, pen criafon neu criafol, ornus vel fraxinus syl-
vestris, the quickentree or wild ash, in Cardigansh. cerdinen
and cerdingen, f. 61 b where ng is imported from the plur.
cerding ; this word is ordinarely written cerddin ; on rd and
rdd see below and cf. Ed. Lhuyd, Arch. Brit. s. v. ornus
South W. kerdynen; cerdin (S. W.) = cerddin Sp. ; W.
Lleyn's Vocah. : cerddin = criafol. — Ng in llading, Katring
seems tobe notconfined to this local dialect, but occurs alsoin
the literary language. W. Salesbury, pron. 1547 s. lit. g
mentions Uating, Katering, pring; cf. owdyl Katring, Addit.
Ms. 14986, f. 6 b. Rhuddin and rhudding, Davies dût. —
In loanwords : coffing (coffin), Powel; dwsing (dozen) Y
Gen. Gymreig (Caernarfon) 20. 5. 1885. — l'r cuffreding,
Yr Ams. l'j, 12, 46 (S. W,).
40. Halsing is a curions word. In Llyfr. y Cymry, s. a.
1781, 7 the following title is printed : Halsing neu Gân
newydd ar Ddydd Natolic. Gan John Wilhams o St. Alban
yni Morganwg; the editor adds : South W. halsing = North W.
carol nadolig and quotes alseiniau a charolau (Jolo Mss. p. 175)
and canu alsain mewn drain draw (William Edward i'rEos).
L. Morris (Addit. Ms. 14944, f. 104 a) : halsingod a certain
kind of barbarous verses used in South about Carmarthen.
Notes on Welsli Consonants . 1 1 ;
Otlier terms are : cwndid = cân, W. Lleyn; carol ne cwndid,
Gr. Robcrts, grainni. ; cwndid is said in YGcninen, III, p. 19,
to be a Glamorgansh. idiotism, meaning siarad yn brudd-
glwyfus a digalon.
41. Final n is droppcd occasionally in the coHoquial lan-
guas^e, owinçr certainlv to the close connection of thc word
containing it with the following one. The same occurs to
rinal m, c, d, etc., mostly in prépositions, etc. which arc
ncarly proclitics. In the Ms. 1492 1 (r6th cent., Gwent. dia-
lect) this pecLiliarity of the spoken language is more conspi-
ciioiis than in any other text I know; as to n I counted 15 n
dropped before vowels, 10 bcfore c, 8 before t (8 + t), 4 -|- ii,
6 -f g, 9 + d, 6 -f b, 3 + w (v), I + gw, I + dd, 3 + t,
I + ff, 4 + r, I -|- 11, 2 4- m, 3 + s, I + sh, cf. e. g.
mew cerric f. 25 a, mew tri f. 38 b, y(n) hir f. 27 b, y(n)
gorwedd f. 35 a, mcwbyrf. 38 a, mew bra\v(d) f. 49 b, etc.;
cf. also pe elwir f. 39 a (peth a clwir), mo newvddol f. 31a
(mor); n: yr Inv a, ar liw y, arià, nàssiw, tri tferso, nâmv,
dâ arglwydd, kyfiaw, er mwv kyrf, d\vv(n) tal, postolio
(pi.), etc. In other texts : mew dwr Addit. Ms. 14913, f. 78 a;
wragedd mew tatarndv 31056 f. 197 a; Sweet p. 430 mew
mynyd'. In loanwords : crimsi, shcspi, shespin (crimosin,
shespin, Powcl).
42. In soms groLips of consonants, especially in those con-
taining liquids and nasals, assimilations of two or mpre conso-
nants, transpositions, etc., are of not infrequent occurrence
in spoken Welsh. Xow, many lawsof thèse changes cannot be
established as yet, thoiigh some evidently exist, since most of
thc forms which I am going to cite occur only occasionally in
varions ditVerent texts, [The groups containing dentals sec
below.] ♦
43. um : os camola S. C. III, p. 466 (canmol) ; camol, Yr
Amscrau 27, 8, 1851. lî. Lliiiyd, Anb. Bril. p. 235, kalan
mai, vulgo hhnnnie.
I In ihc iMs. les Coll. 141 and Icss frcqucntly in otliers also consonants
in inlaut arc sonictiincs omiticd in writing, cf. anidavnl f. 142, gwnNvvic
I. 14) b, clivcion (i-iivcddion) f. > a. a wnacpwyt 10 a; in tins Ms. also
vowels are omittcd in tywysgion. mardigyon, etc., cf. Beiir. $ 28.
Revue Celtique, X 8
114 Netîhiu.
mn : plymnwyd struggle, conflict Sp. ; plymlwyd in lolo
Godïspocms, seeR. Jones' édition (1877), p. 45; W. Lleyn's
vocab. plymlwyd = plymnwyd, rhyfel. — shimie, pi. shim-
neie (chimney), Powel; simdde and simnai Sp. ; simdda,
simdd33-a and simna Sweet, p. 435; cf. perhaps *mangnel
aries bellicus, machina bellica, phalangae Davies dict., to
which L. Morris, Add. Ms. 14944, ^- ^^^ ^ adds : « I also
read it mangddel »; (mangonel, manganel, mangnel; manga-
nello ; mangonum, \).yL'('(xio^i); also magnel, see45.
44. inr : cymyd for cymryd (*com-ber-) in NorthWelsh
texts, cf. Yr Avw. cymud lie 17, 7, 56, cym gyngor gini
rwan 18, 12, 56, a cym ditha dy siawns (engl. chance) bel-
lach ib., na chymwn i 21, 5, 57; ipt. cymad 20, i, 59;
Y Gen. G. na chyman nhw 6, 5, 1885, p. 7?; Cah.F'ew. T.
mi g}'mist dy (= fe gymmeraist dy) p. 137, ni chymse
p. 479, etc. Cymryd like difFryd (-ber-, Rev. Celt., VI, p. 24)
is interestins; on account ot its accentuation. Soin Breton ke-
mener (* com-ben-âr-) is stressed on thefirst syllable in Llan-
vollon, Plouha, etc., cf. Ernault, de l'urgence, etc., 1877; but
I know nothins: more on the accentuation of this Breton sub-
dialect. In Welsh the notion of the stem *ber was lost and
cymmer, cymmerth (cymmyrth), diffyrth had their accentua-
tion generalized.
rm : L. Morris, Addit. Ms. 14944 ^- ^3 ^ gives as South
Welsh forms (15059, f. 146 a : used in Cardiganshire) : gom-
rod, onfi, clasgu for gormod, ofni, casglu.
ni : calyn for canlvn is not seldom met with since the i6th
cent.; cf. calynant, Z (Gwentian Code), p. 304 (1480); Sal.
N. T. a chalyn ar v'ol i f. 16 a; Gr. Roberts, gramm. yn i
galyn p. 75, sy n calyn, Y drych Christ, f. 62 a; yn kalyn
Statue Ms. 785; Ll. Achau, 1602 ag a galyn p. 64; Addit. Ms.
14973 i galyn f. 105 b; 14936 fal y calyn f. 8 a; 31058 kalyn
3 sing., f. 71a; Davies dict. calyn corrupte pro canlyn; Yr
Anu. calun 21, 5, 37; calyn in C. /Viy, T., Yr Amserau 12,
II, i85i;y cnigiad cylynol, 18, 5, 48, ib. Ca«//yn id. quod
canlyn, calyn, Davies dict.
mld : Hgt. Ms. 202 (i4th cent.) amylder, amdler f. 25 b,
amdler f. 26 a(thrice); Addit. Ms. 31057 amdyler f. 109 a;
Noies on Welsh Consonnants. 1 1 <,
S. Evans, llytbr. andler, cf. diandlawj for Jiamdhnvd, L. Mor-
ris, 14909, f. 55 b; andler is fréquent in modem dialects.
4). iif : dafnon for danfon, YrAms. 25, i, 49; 8, 3 & 24,
), 49; Cab. f'ciu. T., p. 91, 172; ib. danwon like angenwil
(mil); danon,' Yr Aiiis. 8, 2, 49 (S. W.). Cvfnas for cyntas
(Sp.), engl. canvas is given by Swcct, p. 431. — Penfar idem
quod pennor; pennor capistrum, fiscella; penflir, pennawr,
penwar id., Davies dict., cf. marwor, etc.
fn : f before n and 1 is frequently lost, cf. South W. côl for
cofl, Hughes 1822. Cofn : South W. echon(Rhys); Gwentian
ewn ; vnon corrupte pro unofn, Davies J/d.; see some quota-
tions in Beitr. § 63. — Or f and n are transposed : South W.
ontî, see § 44 (rm); )' Traclh., II, p. 34: cenfu, llynfu (cefnu,
llyfnu); III, p. 8 : onfi, cenlï, llynti ; cf. Y T. a'r G. onfi, I,
p. 117(1856), in i onfi fe, Y Giuron Gyinrcig, 20, 5, 1852;
onfu, 18, II, 52. Denfydd for defnydd, W. Sal., 1547, see
20. — Fn before consonants becomes ri : kender (cefnder),
Ll. AcJkui, p. 10, 46; deifniog (fnj), vulgo deiniog et dci-
niol, Davies dict.; cyndedyn (cefndedyn, mesentery), L.
Morris, Addit. Ms. 14909, f. 55 b; cenfor (cefnfor) Y Tradh.
II, p. 34; Ms. S y gael drachen neu dalv dros y gy^iirid (c
later inserted), f. 70 a.
Cf. also tyrpcg (turnpike), magncl (mangonel), giyen by
Powel, loanuvrds.
46. Othcr altérations of nasalsdue to assimilation and dissi-
milation are : matcyn= engl. napkin (Powel); gwymed given
by Spurrell, _^;7;//////.- 99 for gwyneb; gwymeb was the inter-
m.ediate forni ; 6rth6v/7/ebedigvon in Ms. B. oi Bnid \ Tyicy-
socryoïi, p. 194 (éd. Williams) may contain this form (if it is
no crror or misprint), for as early as in the i6th cent. Addit.
Ms. 14921 y hwymede occurs (f. 61 a, y hwynebe f. 57 b) ;
.V. C. wmcd, I, p. 531, 337; gwymad in Xeath. The North-
Welsh maip, turnipsarosc from *naip, cf. Ir. neip f. (O'Rcilly),
G.iel. neup, nèip, sneup (Mac Alpine); Manx. napin (Cr.).
Sp. lias: maip X. W. =; ertin S. W. (Bret. irvin, navets);
d. also L. Morris, Addit. Ms. 14944, f. 98 a: gwinllan faip,
a iield (properly a vineyard) of turnips, Anglesey; lie com-
pares to this use of gwinllan the propcr meaning of which
H 6 Nettlau.
must hâve faded away in this connection, the use of bûches
(locus mulgendi vaccas, Davies, dici.) in bûches o ddefaid,
a fold of sheep, C ardiganshire (f. 38 a); E. Lhuyd Arch. Br.
s. y. oviie: deveidty, — korlan deva^d — kaid dewed; S. W.
Ihok dev<s?d; Cornish bowdzhe devaz. — Add. Ms. 149 12
(medic.) : sepadium ervin; spadiuw eruin f. 92 a; had eruin
f. 77 b.
R, l; ll.
47. Down from the end of the I5th cent, rris often written
in Mss. for initial rh, cf. les. Coll. Ms. 141 rryngvnt f. 54
b, etc.; Sal. A^ T. rrwn (yr hwn), rrai, etc.; Y C, VII,
p. 176 (Ms. B 2), p. 178 (Ms. B 5), etc.; E. Lhuyd, A.
Br., p. 229 a says : rr occurs since about 1500 « in several
North W. Mss. ».
48. Sweet p. 418 describing the sound of rh remarks^ h
« seems to belong ah:nost as much to the following vowel » ;
he gives p. 431 the phir. ogLa (rhogl scent, odour, smeli
Sp. and arogl). Initial rh with the article y is often written
in Mss. : y-r h-, cf. yr hwymon Addit. Ms. 14986 (i6th cent),
f. 14 b; also ir hof i f. 15 a, ar hwymo f. 14 b (a r(h)\vymo).
On the other side r of the article yr is often transported be-
tore the following initial vowel, cf. y r-\vythnos, Ms. A p. 498,
y r-ynat p. 499; les. Coll. Ms. 141 yr r-eiddvnt f. 55 b, etc.
Thèse orthographs illustrate the pronunciation and make it
clear how in some words both initial rh and h occur; cf. also
noeth and hoeth, 32, 33.
E. Lhuyd, A. Br. gives heddig, radish (from H. S.); L.
Morris (Addit. Ms. 14944, f. 105 a) remarks : recte rhuddigl;
Davies dict. has rhuddygl vide hudd3-gl; huddigl Mawrth,
potius Rhuddygl, raphanus vulgaris sine agrestis, radix, che-
ria; rhuddygl Sp., hiddig Sweet p. 415. — L. Morris, l. c, :
rhuddgwn or hyddgwn and rhuddwernen, birds cherry tree
f. 144 b. — Ib. yr wyll in Anglesey f. 155 b; rhwyll gum-
phus, etc. (Davies). — Plur. ogl-a Sweet (arogl). — Ynga-
ser i (my razor), 'r hysbant (wristband), Powel, loanwords
p. 29. — In Y C, VII, p. 235 rhwyddel is said to be « the
regular Breconshire form » of hwyddel, hwyfel (salmon). —
Notes on Welsh Consonants. 117
Cinet yra6c B. of Herg., éd. Skeiie, p. 256; yrhawc Y S. Gr.
p. 280, 427, na deuynt y ra\vc dmcheuyn § 5, etc.; L. Mor-
ris, Addit. Ms. 14944 • rh'i"^vg or y rhawg or yr ha^vg, a good
while to corne or after, not used in Cardiganshire, |f. 144 a;
NorthW. yr hawg = South W. enydoamser, YTrcicth.,111,
p. 13, etc., a North Welsh Word. — Eminiog, hiniog; rhiniog
(not in Sp., dict.), Davies (doorpost) ; L. Morris, Addit. Ms.
14944 : amminiog q. Limen, Hypothyrum = South W. tro-
thwv; mehiniog, vid. rhiniog, ib., f. 123 b (hke mysang :
ymsang?).
49. I cannot say whether simihir relations exist between
the North W. hogyn and the South W. rhocyn, for c in
rhocyn could hâve becn caused by the peculiar Gwentian pro-
nunciation of the mediae, see below ; but I do not know whe-
ther it is only a Gwentian word. However the dialectal dis-
tribution of this and other words of similar meaning afFords
sonie interest. L. Morris, Addit. Ms. 14923 says : South W.
rhoccyn m., rhocccs f. = North W. hog, hogyn m., hogen
f . ; hoglangc; South W. bras roccyn m., llodes f. =: North
W. llangc m., llodes and vulgo llangces f., f. 133 a; South W.
crwit, crwttyn m. (cf. crut, a youth, in Pembrokeshire English,
Cainbr. Journ., II, p. 305), crottes f. = North W, plentyn,
bachgen m., gcneth f. (ib.); Addit. Ms. 14944: NorthW.
llangc a lad, a lass; llangces a ladcss, f. 114 b; Addit. Ms.
14923 1. c. South W. bachgen m., benvw f. = Nortli W.
llangc, dyn ni., merch f., Addit. Ms. 14944, f. 34 a: « bun,
bcnyw common for a young woman in North W. ; to call a
woman menyw or benyw is a slighting word in Cardigan-
shire and thci Ml answer menyw ydyw caseg ». Cf. also Y
Gwyl. 1828: South W. crwttyn m., crotten f. = North W.
hogyn m., hogen f . ; W. Lleyn's vocahuhry lias rhocccs =
liane, tluis giving words of différent dialects as oftcn, see Bcitr.
p. 28; S. C. crotesi plur, I, p. 371; pan own I (^ oeddwn
i) 'n grwt bacli yn shirgar yma, Punch C\mraeg, 18, 2, 1860;
'nihoylwr go lew w'i o grwt, diniet. dialcct, given in Powel's
notes to the text printed in }' C, III, froni Ms. Tit. D 22;
y llancie ar myrynion, 'Rhcii Jfarnmr,^, 10, 49; am i lanccsi
fynta; niorwun ib.
ii8 Nettlau.
50. The irrational vowels, inserted between r, 1 and con-
sonants and other groups oi consonants, (commonlv called
svarabhakti) are widely spread in Welsh ; but some ortho-
graphs prevailing in later Mss. which contain apparently
svarabhakti want further considération and a previous exa-
mination of the différent dialectal forms of svarabhakti.
The ordinary literary form is v with the sound of the syl-
lables previous to the last, i. e. il, cf. gwddiif, cwbal Davies,
granuii. p. 42, who uses différent types for the two v. Rh}'s,
Airb. Cambr., loanworâs s. v. autor(and lectures^, p. 243) says,
the svarabhakti developed in South W. into a full vowel, the
quality of \vhich is dépendent from the neighbouring vowels :
cafim, dwfwn, dofon, lleidir — Northw. lleidar {Yr Aiiiserau,
19, 3, 185 1), from lleidar. Also in Y Traclh, III, p. 9, South
W. cefen, drachefan (?), Uester, llyfyr, llyfur, ofan, ochor,
temel, trefen, symyl, ystorom are given. — In Lewis' Giyn
Cothi pociiis -Qx of broder rhymes with genuine -er, cf. p. 42
\- tri broder, lie gosoder, | Yr aur doder ar wyr dedwydd;
p. 43 vn rhanau'r tri broder : Rhosser; p. 433 : Dau vroder,
rvw amser, oedd | a wnaeth Ruvain a' i threvoedd ; but tins
cr is more likely to be a rest of the old declension of this r-stem,
showing an other degree of stammabstufung than *brodr (bro-
dvr). — In Neath : Ihvtwn, llydynod; gweddal, gweddélod
(chwedl); theplurals show thesyllabic value of the svarabhakti
vowels .
51. Ofon is curions, but its existence cannot be doubted.
Cf. Ms. Tit. D 22 ouan f. 11 b; Addit. Ms. 14973, 1640
(Rees Prichard) ofan in rhymc with y hynan ; Addit. Ms.
1492 1 ofon f. 9 a, II a, diofon f. 3 b, diofyn 1. 11 a, eon
f 4 and ofan f. 4 b; ofan Ms. B 3, Jerwerth Vynglwyd's
poetiis, Y C. \ll, p. 177; C. y C. otan and chwarian (an usual
infinitive form in this text) rhyme; ofan. Punch Cymracg 21,
I, 1859 (from Ebbw-Vale, Monmouthsh.). Theonlywayin
which I could account for this a is to suppose an old *afan,
of which I hâve no examples, but the following forms of of-
nadwyare not unlikely to support it : Y Tract!) . III, p. 12 : ol-
nadwy, ofnaswy; in Ardudwy (a part ot Carnarvonsli.) rtfna-
dsan ; Yr Anu. ofnadsan, ofnatsan, ofnedsan, atnadsan (thrice);
Noies on Welsh Consonants. 1 19
Y Bed. (Monmouthsh.) wvt ti 'n depyg afnatyw i dy dad,
Mil, p. 106; YGu'ion Gv;/z;y/"^; gwaith afnatsen, 20, 4, 52;
yn afnatsen, afnadwu 3, 6, 52; afnatw, ofan ewn in Neath;
afnadsen in Carmarthenshire; see on -san and on other dia-
lectal torms my article on the adverbs, y C. IX, p. 277 and
Beitr. § 5 5,- 63. — Afn exists but bas a somcwbat différent
mcaning thougb a connection of both is not altogether ex-
cluded.
52. In middleWelsb Mss. tbe svarabhakti is mostly written
y, but in some South Welsh Mss. the now prevailing full
vowels are found as early as at that timc. Cf. B. of Hcrg.
t6r6fcol. 558, 667, 683, 772, kynn6r6f 571, ac a dogon o
arueu g6r a march 648, dogon o gynnut 650 (dogyn 650,
651), yst6ff6l 664(5), na chorofna chyfr6y 742, hoedel 699,
702, 824, lloeger 555, 745, (y holl gyfaranc 714, amylach
741). LL Gzc. Rh. torof p. 253. S. gobor p. 608 (Owen),
lleidir, llcidyr f. 8 b, gidleidir f . 9 b; Ms. Cleop.B 5 dynnyon
diwala heb wybor dim, f. 52 a; kenedil f, 33 a, 65 b; o ge-
nedyl f. 44 b; cf. gwabar, gwabor Addit. Ms. 14973, f. 86 b
vulgo gwabar, gwobor, L. Morris, Addit. Ms. 14944, f. 94
b; S. ym6ystelleist p. 599, y 6ystoloryaeth f. 59 a, ganteref
p. 195, berenhin p, 586, ran o deref eu tadeu f. 74 b; kyreuyd
f, 108 a, datyleuoed f. 68 a, datyl6ryaeth, f. 68 b, 69 a;
Cieop. B 5, dechereu f. 109 a, diolochas f. 145 b. Ms.
77/. D 22 anghcredigyr6yth f. 7 a, llifdyuuyreth f. ri, Uif-
dyuuyrcth, dyuercth (dyfredd) f. 8, etc.
L. Morris in a Icttcr (1762) printed in )' C. II mentions
catan, dafan, trwscwl in South W. pocms. S. C. ofon I, p. 23 i,
233, sobor p. 373, cefen, n-\vnc\vl II, p. 382, etc.
In .*\ddit. Ms. 1492 1 (i6th cent.) cf. chweddel f. 46 b, dre-
clicfen f. 35 a, 37 b, karrcgcl f. 26 a, llestcr f. 24 a, 30 b
(even lleste f. 21 a, final r is often omitted, and llestair which
proves the pronunciation c for ai in final syllables), llwdwn
t. 61 a, etc. — Add. Ms. 149 13 : dwvwr f. 65 b, 60 b, 77 a;
y kylatf f. 51 a, gwlyb/Vïroc f. 53 a, dwffyr f. 53 a, dwr and
dyfwr, etc.
Tiie NorthW. talwni (erystalwm, ystalwm, 'stalwni — in
South W. cr ys iiawer dydd, ysdyddie, etc., are used in the
120 Nettlau.
same sensé) is a rare example of a svarabhakti becoming syl-
labicw; cf. yr ystalym, B. of Herg. col. 714.
53. A svarabhakti existsalso in groups containing liquids'or
nasals in the commencement ofa stresseJsyllable, e. g. tylawd,
kynawd, etc. The r and 1 in groups like vowel -|- r, 1 -f cons.
or r, 1 -j- vowel + cons. are not seldom transposed and or-
thographs containing a vowel before and after the r, 1 appear
as the intermediate forms. But herereal metatheses like plygain
for pylgain must be separated from the fréquent apparent me-
tatheses in pretonic syllables besides whom also vowels -\- r,
1 + vowels, vowels alone (r, 1 apparently dropped) and nei-
ther vowels norr, 1 (the whole syllablelost) are written. Thèse
orthographs hâve nothing to do with the svarabhakti ; the uns-
tressed syllable was reduced hère to an irrational vowel or,
if the surrounding consonants permitted it, was totally lost.
54. Cf. tlic following examples of the altérations of initial
cons. + r, 1, n (cons. + m never occurs). Latin Laïus, I3th
cent, cherechyt ardea, Owen p. 775 (see Beitr. § m), dc-
ressaur p. 771, 773 (drysor). Addit. Ms. 19709 ac y bu reit
vdunt vna o dolodi b6yt a dia6t mynet yr tir oc eu llogeu
f. 14 a ; ib. in the fragment of the Welsh Dares Phrygius al-
ways goroec for groec. Kana6d Til. D 22, f. i b. Talodionsee
Bcitr. § 3, n. i-|. Gr. R.ohiins,-gmr)un. taramwy and tramwy,
tylawd and tlawd (p. 68 of the part on poetics; talodi Ms. S,
f. 73 a. Addit. Ms. 14913 (i6th cent.), k^mawd f. 13 a, 16 b,
kylaft' f. 51 a (claf). Addit. Ms. 149S6 (i6th cent.) cyroes
f. 19 b, ynghyroc f. 20 a (croc), kyredwch f. 26 a, kyriawdyr
f. 20 a; deng myrenin f. 44 a, bylynyddoedd f. 10 b (dechyre
f. 48 b, kythereiliaid f. 19 a), Addit. Ms. 14938 (i7th cent.)
pyriodi f. 68 a {ci. fe brodes, Add. Ms. 1492 1, f. 22 b;
North W. prodi, Sweet p. 428). In a prose text in the I7th
cent. Ms. Add. Ms. 31060 such orthographs are regularly
used, cf. a byriodes f. 216 b, kylyddaddodd f. 217 a (he bu-
ried, leg. kylyddodd, the error was caused probably by clad-
dodd in the original text ; as I hâve not the context of this
passage now before me I must concède that kylyddaddodd can
be ail right, as magaddoedd, etc. with dd where d is expected,
occur also) f. 217 a; ynys byrydain f. 214 b, byrytaen, byrv-
Notes on Welsh Consonants. 1 2 1
tainf. 215 a, byrytain, byritain f. 215 b, 217 a, brydain, bru-
dain f. 216 b, byritanied f. 217 a, byrtanied f. 214 a;
ap \Vrytus Darian las, ap byrutus, ap byrtus ib. t. 214 b,
215 a; krvlon f. 216 b, kyrvlon f. 214 b, 216 b; mylynedd
f. 215 b; byryddewyd f. 226 a (breuddwyd) ; (ib. vs3^dd,
dowad for dyfod). Addit. Ms. 3 1057 "^y^ygioni, y kylowir
(clywir) chwedlav, f. 108 b, 107 b, ffylowr ddylis (fleur de
lis) f. 118 a, oi bylegid, ffyrangec, etc.; Slowe Ms. 672,
f. 320 a pyrgethwr.
5 5 . Thèse forms are proved by the following modem forms
to be merely orthographs trying to represent a nearly vanish-
ed unstressed syllablc. Cf. C. f'eiu. T. : es bylnydde lawer,
bylnyddoedd p. 475, sgyrfena di p. 269, pyrflesswr p. 146, yn
bylserus iawn p. 258, pyrgethu pp. 42, 73, cyrfyddol p. 56;
cryadur p. 9, C3-radur p. 57, cradur pp. 21, 34, 96; pi. crydu-
ried p. 9, cyrduried p. 34 etc.; o syr Gynarfon p. 62, dych-
gétn p. 60 (so also in Add. Ms. 1492 1 : dechéfn f. 3 a, de-
chefen f. 24 b, skifeny f. 35 a, yn skefenedic f. 41 b, etc.);
myrwymo, Yr Amscrau i, 7, 47 (i byrtoi 4, 11, 47, ryferyd
18, II, 47 ; anffredin 16, 12, 47), etc. IV Arw. pygethu 20,
I, 1859, yn sgwenud, sgwenu 17, 7, 56 (also syfenu, syfe-
nodd = ysgrifenu, etc.), sgwenwr 31,7, 55 ; Y Cyfaill difyr
(Riithin) pygetlîwrs, o gethu; Y Traeîh. 1864, p. m: cy-
dwried, etc. — Yn rywinol iawn, 'R Hcn Ffarmiur, 9, 10
1849; yn rysNvydus, 29, 11, 1849.
{A suivre). Nettlau.
LES CHARS ARMÉS DE EAUX
CHEZ LES ANCIENS GAULOIS
Les Gaulois ont fait usage, à diverses époques, de chars de
guerre, analogues aux chars homériques, dont Mazard et
plus récemment M. d'Arbois de Jubainville ont esquissé l'his-
toire ^ Mais à côté de ces chars ordinaires, simples véhicules
destinés à transporter rapidement le guerrier d'un point à
l'autre du champ de bataille, nos ancêtres ont-ils connu le
chariot armé de faux, cet engin de guerre plus effrayant que
réellement efficace, dont l'antiquité tout entière attribuait l'in-
vention à Cyrus, roi de Perse ? Telle est la question que je
me propose d'examiner brièvement. La plupart de nos his-
toires, de nos dictionnaires d'antiquités, la résolvent, sans hé-
siter, par l'affirmative-; quelques témoignages anciens parais-
sent venir à l'appui de leur du^e; peut-être cependant un
examen attentif des documents nous conduira-t-il à une con-
clusion différente.
Voici, tout d'abord, quelques observations préliminaires,
dont l'importance n'échappera à personne :
1° On a recueilli, notamment dans les sépultures du dé-
1 . Mazard, Essai sur les chars gaulois de la Marne, Revue archéologique,
1877, r, p. 154 et suiv. — D'Arbois de Jubainville, Le char de guerre des
Celles dans quelques textes historiques, Revue Celtique, t. IX, p. 387.
2. Dictionnaires de S.mith et de Rich, articles Covinus, Essedmn, Fal-
catus currus; Amédée Thierry, Histoire des Gaulois (éd. 1863), I, p. 262;
II, p. 178.
Chars armés de faux. 123
partement de la Marne, bon nombre de chars de guerre gau-
lois (belges) ; or, on n'a rien trouvé, parmi ces débris, qui
■ressemble aux redoutables garnitures en fer des chariots perses,
décrits par les auteurs ^ : fltux longues de deux coudées fixées
au bout des essieux, antennes longues de dix coudées poin-
tant des extrémités du timon ; les jantes, les rais des roues ne
portent, non plus, aucune trace de pointes de fer.
2° Les auteurs anciens qui ont rédigé des traités techniques
sur l'art militaire, Arrien, Végèce, etc., dans leur énumération
des engins de guerre démodés, mentionnent naturellement les
chariots armés de faux ; or, ils n'en attribuent l'usage qu'aux
Perses ou à leurs imitateurs orientaux, Antiochus et Mithri-
date-, jamais aux Gaulois. Qu'on ne dise pas que c'est là une
simple omission. Arrien, par exemple, sait très bien que les
Gaulois de Bretagne se servaient de chars de guerre, mais il
oppose nettement ces véhicules aux chariots à taux perses. Le
passage mérite d'être cité : « Les Romains ne se sont jamais
servis de chars de guerre, et même parmi les barbares d'Eu-
rope il n'y a que les habitants des Iles Britanniques qui en
aient fait usage. Ceux-ci employaient en général des biges
(Tjvo)p(oî;), où ils attelaient deux méchants bidets, de petite
taille 5 ; mais ces chars sont propres à évoluer sur toute espèce
de terrains et ces petits chevaux sont rompus à toutes les fa-
tigues. Parmi les barbares d'Asie, les Perses firent jadis usage
de chariots armés de faux, trainés par des chevaux "bardés de
ter; l'invention de ces chars remonte à Cyrus4. »
3° Les historiens qui ont raconté avec le plus de détail et
d'exactitude les guerres de Rome contre les Gaulois, soit en
Asie, soit en Europe, Polybe, Tite-Live, César, Diodore, Dion
I. Xénophon, Cyropêdie, VI, i, 29; VI, 2, 17; Tite-Live, XXXVIII,
41, 5: duinte-Curce, IV, 35, 5.
2 . Végèce, III. 2 [ : Ouadri^as fulcalas in helJo rex Antiochus et Mithridates
h.ibnenint. La tradition parait avoir été ressuscitée par les premiers Sassa-
nides (Lampride, Alexandre Sévère, c. S 5-6; chiffres et documents sont su-
jets à caution).
3 . Dion Cassius, LXXVI, 12, s'exprime presque dans les mêmes termes :
-jT-yatîJOvTa'. (les Calédoniens) i~\ -i i-vax-wv, '"n;;oj; s/ovtî; ix'./.poj; •/.?•
Ta/ et;.
4. Arrien, Ars tactica, c. 19.
124 Théodore Reinach.
Cassius, mentionnent plusieurs fois les chars de guerre celti-
ques : jamais ils ne les qualifient de chars porte-faux. Pourtant
leur attention avait été attirée sur cette variété de chars : Po-
lybe, Tite-Live signalent, décrivent les chars à faux d'An-
tiochus le Grand ^, César ou son historiographe officiel, Hir-
tius^, mentionne ceux de Pharnace, à la bataille de Zéla ;
est-il croyable que ces auteurs eussent passé sous silence ces
mêmes ens;ins s'il s'en était rencontré dans les armées gau-
loises ? Strabon, qui mérite d'être nommé à côté de ces auto-
rités historiques, signale — probablement sur les dires d'un
voyageur mal informé — des chariots à faux chez deux tribus
africaines, les Pharusiens et les Nigrètes 3 ; mais quand il parle
des chars gaulois et bretons, il les qualifie simplement de chars
(ârr,va')4; il se garde bien d'ajouter que ces chars fussent
armés de faux.
Ces arguments e sikni'w ont, dans l'espèce, une valeur pres-
que décisive ; ils ne peuvent nous dispenser, cependant,
d'étudier les textes qu'on allègue en faveur de l'opinion cou-
rante. Ces textes se réfèrent soit aux Galates d'Asie, soit aux
Celtes de Gaule et de Bretagne : examinons-les dans cet ordre.
1° Galates d'Asie-Mineure. - — A la bataille gagnée par An-
tiochus Soter sur les Galates (vers 272 av. J.-C.) ceux-ci
mirent en ligne, d'après Lucien >, quatre-vingts chariots porte-
faux, probablemient attelés à quatre (ap;j.a-:a cptT.7.rr,oipy.) et deux
fois autant de higes ordinaires (^jvoipîiEr). Voilà un témoignage
qui paraît bien explicite, et la distinction précise des deux es-
pèces de chars semble en renforcer la valeur; mais ce n'est pas
assez qu'un témoin parle net, il faut encore qu'il soit digne
de foi. Or il suffit de lire d'un bout à l'autre ce brillant récit
de bataille pour se convaincre que Lucien, ou plutôt sa source,
n'a visé que l'effet poétique et romanesque, sans aucun souci
de la vérité historique. Je laisse de côté le personnage indécis.
1 . Polybe, V, 33 (chars du rebelle Molon), Tite-Live, XXXVIIl, 41, 5.
2 . Bellum alexandrinum , 0.75.
3 . Strabon, XVII, 3,7.
4. Strabon, IV, 5,2.
). Lucien, Antiochus sive Zeuxis, c. 8 et 12 (dialogue 22 de l'édition
Didot).
Chars armés de faux. 1 2 5
sentimental et pleurard qu'il prête gratuitement à Antiochus
Soter; mais que dire de ces « 20,000 cavaliers gaulois » qui
auraient figuré à la bataille, alors que nous savons que les
Gaulois venaient à peine de franchir l'Hellespont, au nombre
de 20,000 ^ ? Comment concilier cette « phalange de flmtas-
sins, formée sur 24 rangs de profondeur et dont tout le pre-
mier rang était cuirassé », avec le mépris bien connu, per-
sistant de nos ancêtres pour les armes défensives ; un siècle
après la victoire d'Antiochus Soter, les Galates combattaient
encore à moitié nus^ ! C'est le cas, ce semble, d'appliquer la
rèa[le Ab uno disce omnes : convaincu d'inexactitude et d'exa2;é
ration sur deux points essentiels, le récit de Lucien est sus-
pect pour tout le reste; pour ma part je n'y vois de réellement
historique que ce qui est confirmé par d'autres sources : le fait
même de la victoire d'Antiochus et la part décisive qu'y prirent
les éléphants >. Quant au détail des chars, on peut admettre, à
la rigueur, que les Gaulois qui envahirent l'Asie Mineure au
iii*^ siècle se servaient encore de chars de guerre — on en voit
représentés sur les bas-reliefs de Pergame — mais c'est l'ima-
gination d'un narrateur érudit qui a transformé ces chars « ho-
mériques » en chariots armés de faux; si les Galates avaient
eu des chariots de ce genre en 272, à plus forte raison en au-
raient-ils eu en 189, lorsqu'Antiochus le Grand eut remis cet
engin à la mode : or dans le récit très détaillé de la campagne
de Manlius Vulso chez Tite-Live, il n'y a pas lin mot qui
permette de soupçonner la présence de chars armés de foux.
Au reste, le caractère fabuleux de ce récit cesse de nous
étonner quand on sait à quelle source Lucien l'a puisé : cette
source, comme l'a montré Wernsdorf-*, n'est autre qu'un
poème épique de Simonide de Magnésie, contemporain d'An-
tiochus le Grand». Simonide voyait dans les armées de son
1. Tite-Live, XXXVIII, 16.
2. Tite-Live. XXXVIH, 21. Cf. Plutarque, Crassus, c. 25.
3 . Cf. Van Gelder, Gdatarum res in. . . Asiagestae (Amsterdam, 1888),
p. 129.
4. Wernsdorf, De Republica Gulataium, p. 42.
5. Suidas: Diatuvior,;, Màyvr,; H'.njXoj, i-or.'y.Q;. rfyovcv z~\ 'Av::'o/ou
TOj McyâXo'j- xa- -fi''^oy.-2i Ta; 'Avt'.o'/O'j to'j i]'jj-:r,so; (mss. MîyxXou) noâ-
126 Théodore Reinach.
temps des mercenaires galates bardés de fer ^ : il en a supposé
dès le temps d'Antiochus Soter. Simonide voyait les Syriens
fliire usage de chariots porte-faux : il en a prêté gratuitement
aux Galates. Ce sont là articles de machinerie épique, anachro-
nismes excusables chez un poète, mais qui n'auraient pas dû en
imposer aux historiens.
2° Gaulois d'Occident^ Bretons. — Frontin, après avoir ra-
conté comment Sylla, à la bataille de Chéronée, brisa l'élan
des chars à faux d'Archélaûs en leur opposant des palissades
improvisées, ajoute : « C'est par le même moyen, des pieux
fichés en terre, que Jules César arrêta les quadriges armés de
faux des Gaulois-. » Le terme dont se sert ici Frontin, Galli,
est équivoque : il désigne tout aussi bien les Celtes de Gaule
que ceux de Bretagne ; mai* d'autres textes ne permettent
guère de douter que l'auteur ait eu en vue les Bretons. En
effet, à l'époque de César, comme nous l'apprennent les Com-
mentaires, le char de guerre, in génère, avait complètement dis-
paru de la Gaule continentale 3 ; les Romains le rencontrèrent
pour la première fois dans l'ile de Bretagne, et César dit ex-
pressément que ses soldats, furent « déroutés par la nouveauté de
ce mode de combat 4 ». Ce qui est vrai du char de guerre in
génère l'est, à fortiori, du char à faux ; s'il en a jamais existé,
c'est en Bretagne seulement que César a pu en rencontrer;
c'est là seulement que peut se placer l'épisode rapporté par
Frontin. Par malheur, on chercherait vainement dans les Com-
mentaires de César — la seule source sérieuse que nous pos-
sédions pour l'histoire de ses campagnes — la moindre trace
du stratagème que lui attribue notre compilateur. Cependant
les batailles contre les Bretons, et en particulier les charges
^i'.; y.x: -r^^t ~îo; FaXaTa; •j.xyr,^, 6-1 'j.i-x Twv ÈXîsacvTwv Tr,v !--ov ajTojv
(mss. aùtoO) s'aSaiCc.
1. Appien, Dâ rébus Syriacis, c. 52 (à la bataille de Magnésie) : FaXâ-ra'.
•/.atà'^oa/.TO'..
2. Frontin, Stratagèmes, II, 5, 18 : C. Caesar Gallorum falcatas quadrigas
eadem ratione palis defixis excepit inhihititquc.
3. Si Strabon paraît dire le contraire (IV, 5, 2 : à-r^va;; /iôjvTa'.... xa-
Ox-£p x.a'i -ojv KcXtojv ëv'.o;) c'est qu'il a sous les veux un texte, déjà ar-
riéré, de Posidonius. Il faut expliquer de même Diodore, V, 29.
4. Perturhatisnoslris novitate piignae, César, BclL gaîl., IV, 34.
Chars armés de faux. 1 27
troublantes de leurs chars de guerre, y sont décrits avec beau-
coup de détail : si les Romains avaient réellement employé
des pieux à cette occasion, César n'aurait pas manqué de le
raconter; or, en fait de pieux, les seuls que mentionne son
récit sont ceux que les Bretons plantèrent dans le lit de la Ta-
mise pour empêcher la cavalerie romaine de la passer à gué ^ !
On est en droit de conclure que le stratagème de Frontin
n'est pas historique; j'ajoute que je ne le considère même pas
comme authentique. Le paragraphe qui le renferme est relié
au précédent par une formule — eadeni ratione — qui tra-hit
d'une manière presque infaillible, dans nos manuscrits de
Frontin, la main des interpolateurs. Nous avons affaire ici à
un nouvel exploit de ce terrible bomo otiosus de nos vieux pa-
léographes. Supposons un lecteur désœuvré, un vieux mili-
taire, médiocrement érudit, qui vient de Ure le stratagème de
Chéronée, raconté par Frontin d'après Sylla. Les chars pon-
tiques rappellent à notre homme les chars bretons, qu'il se
souvient vaguement d'avoir rencontrés chez César. On sait
(par Végèce) que l'emploi des pieux portatifs à quatre tiges,
appelés tribuli, était devenu un moyen classique pour garantir
l'infanterie contre les attaques des chars à faux ^ ; notre lec-
teur, encore sous l'influence des chars à faux d'Archélaùs,
n'aura pas hésité d'abord à confondre dans ses souvenirs les
chars bretons avec des chars de ce genre, ensuite à supposer
que César avait pu ou dû leur opposer le même stratagème
que Sylla; Vhomo otiosus ne se contente pas de penser tout
haut, il écrit sa pensée; et ainsi la remarque oiseuse, l'hypo-
thèse gratruire d'un faux savant, inscrite en marge d'un exem-
plaire des Stratagciiies, a fini par faire partie intégrante du
texte. Frontin lui-même, qui fut gouverneur de la Bretagne»,
était trop bien informé des choses de ce pays pour commettre
une pareille bévue.
Nous n'en avons pas fini avec les textes relatifs aux Bre-
tons; ceux que nous allons citer ont tous ceci de commun
1. Ccsar, Bel!, gall, V, 18.
2. Vcgcce, III, 24.
5. Tacite, Agricola, c. 17.
128 Théodore Reinach.
qu'ils désignent le char breton par son nom national, covinus.
« Les Bretons, dit le géographe Pomponius Mêla, ne com-
battent pas seulement à pied et à cheval, mais encore montés
sur des chars, équipés à la façon gauloise : ils appellent ces
c\\2i.xs covins et les essieux se terminent par des faux^ ». Lu-
cain, à son ordinaire, emboîtant le pas derrière Mêla, fait
figurer, dans son dénombrement de l'armée de César, « le
Belge, adroit cocher du covin qui l'abrite- ». Enfin Silius Ita-
licus mentionne également, dans une comparaison, le « covin
porte-faux » des habitants de Thulé ! 5 Nous pouvons, sans
danger, laisser de côté ces deux derniers textes, d'abord parce
qu'ils viennent de poètes, ensuite parce que ces poètes n'ont
fait probablement que reproduire le renseignement de Mêla ;
d'ailleurs, le vers de Lucain, avec la leçon la plus autorisée, ne
parle point d'un char à faux — covinus rostratus — mais sim-
plement d'une voiture couverte — covinus constratus — ce
qu'était, en eff'et (on le verra à l'instant) \q covin breton. Si,
au lieu de Bretons, Lucain nomme des Belges comme faisant
usage de ces chars, c'est sans doute par licence poétique; on
sait, d'ailleurs, que les conquérants celtes du sud de la Grande-
Bretagne étaient de race belge 4, et il n'est pas impossible
qu'ils aient apporté avec eux ce véhicule national.
Reste le texte de Mêla; celui-ci affirme en propres termes
que le covin belge était un char armé de faux. Je pourrais me
contenter d'opposer à cette assertion le texte d'Arrien, cité
plus haut, où le char breton est défini « un bige traîné par
deux mauvais petits chevaux, mais propre à rouler sur tous les
terrains » ; assurément rien ne ressemble moins à l'idée qu'on
se fait d'un char porte-faux, dont l'emploi exige avant tout la
1. Pomponius Mêla, III, 6 : Dimicant (Britanni) non equitatu modo aut
pedite, vcrum et higis et curribiis, gallicc armati : covinos vocant, quorum faîca-
tis axibus utuntur. La fin de cette phrase est peu latine et paraît altérée.
2. Lucain, Pharsale, 1, 426 : Et docilis rector vionstrati Belga covini. Le
mot nioiistrati, leçon des manuscrits, est impossible; on l'a corrigé soit en
rostrati (en rappelant \qs j'alces rosîratae de Columelle), soit en constrati, ce
qui paraît préférable.
3. Silius Italicus, Punica, XVII, 417 : incola Thiiks Agmiua falcifero cir-
ciimvenit arta covino.
4. César. Bell. galL, II, 4; V, 12.
Chars armés de faux. i 29
vitesse, la vigueur des attelages, le combat en plaine. Maison
pourrait à la rigueur récuser l'autorité d'Arrien, comme celle
d'un tacticien de cabinet. Je préfère donc produire ici la dépo-
sition de deux témoins oculaires, dont l'un nous dira com-
ment était fait le covin^ l'autre comment on s'en servait ; ces
témoins sont Martial et César.
Martial écrivait sous Domitien, à une époque où la Bretagne
était non seulement conquise, mais encore pacifiée. Déjà
même l'anglomanie commençait à s'introduire à Rome, et,
comme toujours, c'est par les choses du sport que l'influence
britannique se faisait d'abord sentir. Les élégants de Rome adop-
tèrent le covin breton, non pas comme char de guerre, mais
comme voiture d'agrément ; un ami de Martial, Elien — peut-
être le célèbre tacticien de ce nom — fit cadeau à notre poète
d'un spécimen du véhicule à la mode, et voici comment Mar-
tial célèbre son acquisition : « O covin, délicieuse solitude,
préférable à tous les carrosses, à tous les chars-à-bancs du
monde, présent de l'éloquent EHen ! C'est là, mon ami Ju-
vatus, c'est là que tu peux, seul à seul avec moi, laisser courir
ta langue en liberté: point de postillon nègre, point de cocher
court vêtu, point de muletier gêneur pour nous espionner;
quant à nos petits bidets, ils savent écouter et se taire... » ^
On voit ce qu'était le covinus de Martial : une petite voiture
légère, à deux roues, probablement muni d'une capote fixe
{covinus conslratiis, chez Lucain), et traînée par deux chevaux
de moyenne taille, deux bidets gaulois (jnannuli) ; à l'intérieur
prenaient place deux personnes, dont l'une tenait les rênes;
on n'avait besoin ni de cocher, ni de postillon. En un mot,
le covin romain était ce que nous appelons aujourd'hui un
I . Martial, XII, 24:
O jucunda, covinne, solitude,
Carruca magis essedoque gratum
Facundi mihi munus j£liani !
Hic mecuni licet, hic, Juvate, quidquid
In buccam tibi venerit, loquaris :
Non rector libyci niger caballi,
Succinctus neque cursor antecedif,
Nusquam est mulio : mannuli tacebunt. . .
Revue Celtique, X. 9
1 30 Théodore Reinach.
cabriolet, attelant à deux; comme, jusqu'à nouvel ordre, qui
conserve le mot conserve la chose, c'est également sous cet
aspect que nous devons nous représenter le char de guerre
des Bretons.
Voyons maintenant fonctionner ce char sur le champ de
bataille. C'est César qui va nous renseigner à ce sujet ; il ne
prononce pas, il est vrai, le nom de covinus ; le char breton
s'appelle chez lui esseduni, mais il n'y a là qu'une différence de
mots insignifiante : essedum paraît être le nom belge du char de
guerre^, covinus, le nom breton. La preuve que les deux
noms désignent (au moins quand il s'agit de la Bretagne) un
seul et même véhicule, c'est qu'ils ne sont jamais employés
simultanément: là où César dit essedarii-, Tacite dit covin-
narii 3 ; et le contexte prouve qu'il s'agit bien, dans les deux
cas, de la même troupe. Laissons maintenant la parole à César:
« Voici en quoi consiste le mode de combat avec les chars de
guerre. D'abord, ils font courir leurs chars dans tous les sens,
en lançant des traits : la terreur qu'inspirent les chevaux, le
fracas des roues suffisent ordinairement à troubler les rangs
ennemis. Quand ils ont réussi à se faufiler entre les escadrons
de cavalerie, ils sautent à bas de leurs chars et combattent à
pied ; pendant ce temps, les conducteurs ramènent les chars
hors de la mêlée et se placent de telle sorte que les guerriers,
qui ont mis pied à terre, s'ils sont accablés par le nombre,
puissent facilement regagner leurs voitures et y trouver un re-
fuge. Ils combinent ainsi sur le champ de bataille la mobilité
du cavalier et la stabilité du fantassin. En s'exerçant tous les
jours, ils arrivent, à force d'habitude, à une telle dextérité,
qu'ils savent arrêter net leurs chevaux lancés sur une pente ra-
pide, leur faire décrire des voltes et des demi-tours rasants;
parfois, ils s'élancent en courant sur le timon, s'arrêtent sur
1. Voir Virgile, Ge'û/'o-., III, 204: BeJgica vel violli melins feret esseda
collo.
2. Non seulement dans les Commentaires, mais encore dans un frag-
ment d'une lettre à Cicéron (livre III), conservé par Philargvre sur Virgile,
Gèorg., III, 204 : nndta milia eqidtum atqtieessedariorum hahet (Cassivellaunus).
Cf. le César de Dinter (Teubner), III, 140.
3. Tacite, Agricola, c. 35-36.
Chars armés de faux. 1 3 1
le joug pour lancer leur trait, et rentrent précipitamment à
l'abri du char ^ ». Ces derniers mots confirment ce que nous
ont appris Lucain et Martial sur la couverture ou capote du
char breton : on ne « se réfugie » (se recipcre) que dans une
voiture couverte. L'ensemble du texte montre aussi claire-
ment que possible en quoi consistnit la tactique des chars bre-
tons : non seulement César ne leur attribue point d'appen-
dices falciformes, mais encore l'existence de pareils appen-
dices eût été complètement incompatible avec le genre de
service que les Bretons exigeaient de leurs chars; ils se se-
raient gênés et heurtés mutuellement dans ces évolutions ra-
pides, et, excepté dans des plaines immenses, il eût été impos-
sible de déployer cette nombreuse « artillerie » . Dans la seule
armée de Cassivellaunus, on comptait 4,000 cssedarii, c'est-à-
dire 2,000 chars, et nous savons par César, comme par Ar-
rien, que ces chars manœuvraient aussi bien en terrain de
montagne qu'en plaine (locis impcdilis atque silvestribus)-.
Le passage de César convaincra, j'espère, les plus sceptiques
que Mêla s'est trompé sur la nature des chars de guerre bre-
tons. Reste à expliquer l'origine de son erreur : je crois qu'elle
est de tout point semblable à celle que nous avons constatée
chez Lucien. Ici encore, les poètes ont fait tout le mal. Mêla
écrivait sous le règne de Claude, au lendemain de la conquête
de la Bretagne; il exprime, dans le chapitre même que j'ai
cité, le vœu qu'on soit bientôt un peu mieux renseigné sur les
choses de cette île : c'est dire clairement qu'on l'était fort mal.
En effet, depuis César, sauf quelques rares marchands, per-
sonne n'avait sérieusement exploré la Bretagne ; l'éloignement
du pays, sa situation insulaire, la sauvagerie des habitants,
tout concourait à foire de la Bretagne, pour les Romains du
I" siècle, ce qu'était l'Amérique pour les Espagnols du xvi"-' :
une sorte de terre flibuleusc, que l'imagination avide de beau-
coup de gens transformait en Eldorado. Les deux campagnes
de César elles-mêmes n'avaient guère été que des reconnais-
1. César, De bello gallico, IV, 33. Cl". Juvénal, IV, 126 : aut de tetnone
Brilanno Excidet Arviragiis. La manœuvre, on le voit, était assez risquée.
2. César, Bell. Gall., V, 19.
I ^2 Théodore Reinach.
sances rapides, fugitives, dans tous les sens du mot; l'audace
et la brusquerie de ces apparitions leur donnait de loin quel-
que chose d'héroïque, de propre à frapper les imaginations.
La Gaule était trop connue, trop voisine pour que les campa-
gnes de César dans ce pays inspirassent beaucoup de poètes
épiques ^ ; il en était autrement de la Bretagne, et dès le pre-
mier jour l'expédition bretonne fut considérée comme une
« admirable matière à mettre en vers latins ». Quintus Cicéron
avait projeté d'écrire un poème épique sur ce sujet : son frère
applaudit à son dessein et offrit d'y collaborer- ; on ignore ce
qui en advint, mais à supposer que Quintus ait abandonné
son projet, d'autres durent le reprendre à sa place et déve-
lopper à l'infini le thème varié par plusieurs épigrammes con-
temporaines :
Cernitis ignotos Latia sub lege Britannos
Et jam Romano cingimur Oceano 5.
Les œuvres, les noms même de ces Camoëns romains se
sont perdus, mais nous pouvons encore apprécier leur ma-
nière par un exemple caractéristique, que le hasard a con-
servé. L'auteur des Stratagèmes grecs, Polyen, raconte quelque
part que César employa contre les chars et la cavalerie des
Bretons le moyen qui avait si bien réussi aux Grecs contre les
Galates : il transporta un éléphant au delà du détroit, et la
seule vue de cet animal inconnu fit prendre la fuite aux Bre-
tons qui s'apprêtaient à disputer aux Romains le passage de
la Tamise 4. Inutile d'insister sur l'ineptie de ce récit dont il
n'y a pas trace dans les Commentaires de César; mais Polyen
est un auteur trop médiocre et trop enchaîné à ses autorités
pour qu'on puisse l'accuser d'avoir tiré ce stratagème de son
propre cru; il n'a pu l'emprunter, directement ou indirecte-
1 . Cependant Varron d'Atax avait écrit un poème intitulé Bellum sequa-
nicum, cité par Priscien. (Cf. Teuffel, Geschichte der rocmischen Literatur,
§ 212). Furius Bibaculus avait traité un sujet analogue (ib., § 192, 9).
2. Cicéron, Ad Oiiintum, II, 16, 4.
3. Voir les épigrammes 419-426 dans V Anthologie latine, éd. Riese
(Teubner, 1869).
4. Polyen, VIII, 23, s •
Chars armés de faux. • 133
ment, qu'à un poème épique et, si je ne me trompe fort, la
source qui a fourni l'éléphant de Polyen est de la même famille
que celle d'où sont sortis les chars à faux du Pseudo-Frontin
et de Mêla. Comme Simonide de Magnésie, Quintus Cicéron
et ses émules ont dû puiser à pleines mains dans l'arsenal de
la tradition épique et de leur érudition livresque pour « em-
bellir » le récit des campagnes de leur héros, et c'est ainsi que
de modestes chars de guerre traînés, comme dit Arrien, par
de méchants bidets, ont été, dans l'un et l'autre cas, méta-
morphosés en de redoutables quadriges, armés de faux meur-
trières : la vérité perdait peut-être au change, mais la couleur
gagnait singulièrement, et l'on sait que
Le mensonge et les vers de tout temps sont amis.
*
* *
Il est temps de formuler en deux mots la conclusion de
cette étude sur les chars à faux des Gaulois : il n'y en avait
point.
Théodore Reinach.
CHRONIQUE
SOMMAIRE, — I. NoiivcUcs archéologiques par A. de Barthélemv. — II. Annules <h- Brelinynt.
— III. Arch.rological Riviciv. — IV. Recherches de M. W'hitley Stokes et du Rév. Mac Canhv
sur la collection canonique irlandaise et critique des travaux de M. Whitlev StoUes par le Rév.
Mac Canhy. — V. M. \V. M. Hennessy et les Antutles d'Uhler. — VI. Les thèses de M. Schirmer
sur la légende de la Croix et sur celle de saint Brendan. — VII. Le livre de M. Alfred Nutt sur
la légende du Saint Graal. — VIII. Un nouveau mémoire de M. Nettlau sur la grammaire galloise.
— I\. Critique p.ir M. St. O'Gradv de l'édition de la B:i1ailh' <le l'aitr\ par M. Kuno Mever.
— X. Les Eluiles d'hiiloirc du droit de M. R. Dareste. — XI. L'enseignement de la langue
irlandaise en Irlande et les succès du jeune Patrick Mac Sweenev. — XII. Le journal The Iriih
Echo, de Boston. — XIII. Gloses bretonnes du Formulaire de Tréguier. — XIV. Divc-s articles
relatifs aux études celtiques dans des revues françaises. — XV. Note phonétique de M. 2inimer
dans la Revue de Kuhn. — XVI. Etudes de MM. Wolfgang Golther et Muret sur la légende de
Tri tan et d'Iseult — XVII. Recherches de M. S. Reinach sur le; Gaulois dans l'art antique.
— XVIII. .M. de la Borderie et la vie de saint Guenolé par Vurdestin. — XIX. Le livre de
M. Wood Martin sur les monuments de pierre lirute du comté de Sligo en Irl.indc et dans l'Ile
d'Achill. — XX. Nouvelles recherches de M. Whitlev Stokes à la bibliothèque du Vatican. —
XXI. La traduction des Mal'ittogion par M. J. Loth. — XXII. Mort de M. W.-M. Henuessv.
I.
Nous devons signaler quelques articles publiés dans la Revue archéolo-
gique, tomes X, XI et XII. qui peuvent intéresser les lecteurs de la Revue
Celtique. — M. le baron de Witte ' , à propos de l'arc de triomphe d'Orange,
présente de nouveaux arguments à l'appui d'une opinion déjà ancienne sur
le fait historique qui dut donner la pensée de construire ce monument. On
hésitait entre deu.K hypothèses ; suivant les uns, l'arc d'Orange rappelait la
victoire de Marius sur les Cimbres et les Teutons ; suivant d'autres, il da-
terait du règne de Tibère, voire même des Antonins. Les armes qui figurent
dans les sculptures ne laissent aucun doute sur le but que l'on s'est pro-
posé ; il s'agit d'une victoire remportée sur les Gaulois, et M. de Witte
pense qu'il s'agit des campagnes heureuses menées contre les Arvernes et
les Allobroges par Domitius Ahenobarbus et Fabius Maximus (121 av.
J.-C ). A ce sujet, il rappelle une série de monnaies en argent de la Répu-
blique romaine, portant le nom de Cn. Domitius, fils du vainqueur de Vin-
dalium : on y remarque, dans un bige, un guerrier tenant une lance, un
boucher et la trompette de guerre gauloise nommée carnyx. M. de Witte,
dans ce personnage, voit Bétultus, roi arverne, dans un char d'argent 2, tel
\. T. X, p. 129.
2 . Le char de Bétultus nous fait penser au mémoire qui a paru dans la
Chronique. \ ^ 5
qu'il parut au triomphe de son vainqueur. — M. Salomon Reinach ' parle
de trois statuettes du British Muséum, deux de guerrier et une de femme
nue, dont la nationalité est clairement indiquée par son torques et des bra-
celets ; il donne un croquis de la gauloise qui a inspiré la Jeanne d'Arc de
M. Chapus; nous regrettons qu'iln'ait pas pensé à reproduire aussi les deux
guerriers. — M. -A.-L. des Ormeaux -, à propos du mors de cheval en bronze
trouvé par M. le docteur Gros à Moeringen, cherche à déterminer la race
de chevaux contemporaine et l'analogie de ce mors avec ceux qui sont re-
présentés sur les monuments assyriens. — M. Ant. Héron de Villefosse 5
fait connaître plusieurs figurines en terre dont on a déjà trouvé dix exem-
plaires sur divers points de la France. Celui qui provient de Caudebec-lès-
Elbeuf porte la légende : RIIXTVGIINOS SVLLIAS AVVOT. Dans cette
marque de fabricant, M. de Villefosse propose de voir trois mots : Rextu-
genos, le nom du potier, suUias dont la valeur n'est pas encore déterminée,
et avvot qu' pourrait être l'équivalent du verbe /ec/^ — M. Abel Maître 4 a
dressé un inventaire complet et méthodique des objets recueillis dans cin-
quante-deux tombes, de l'époque gauloise, explorées dans une nécropole à
Saint-Maur-les-Fossés ; les armes et les ornements offrent une srrande ana-
logie avec ceux qui proviennent des cimetières de la Marne et de Marza-
batto. près de Bologne. Il est à noter, d'après les observations de M. Maître,
que ces sépultures n'ont fourni, jusqu'à ce jour, ni poteries, ni torques, ni
chars de guerre, ni pendeloques, ni couteaux, ni perles en verre. On n'a
recueilli que des épées, des ceinturons formés de chaînettes, des fibules ,
des umbos de boucliers. — Dans une autre notes, M. Maître cherche à
établir que l'origine de l'épée en bronze, dite à soie plate ou à crans, doit
être cherchée dans l'imitation de l'appendice que porte sur le museau le
squale à scie.— .M. Adr. Blanchet signale 6, d'après le ms. fr. 15634 de la
Bibliothèque nationale, le dessin d'un cippe, trouvé à Toul en 1700, re-
présentant le dieu gaulois au marteau. Le souvenir de ce monument n'est
plus conservé que par le dessin fait pour les Monuments de la monarchie Jran-
çaise : il était resté inédit.
Nous devons une mention toute spéciale au travail important publié par
le lieutenant-colonel G. de la Noé, intitulé : Principes de la fortification an-
tique depuis les temps préhistoriques jusqu'aux croisades. Dans la première li-
vraifon qui vient de paraître?. l'auteur traite des enceintes dites préhisto-
riques (le mont Vaudois, le mont Bart, etc.) et n'y retrouve aucun carac-
tère stratégique. Mais lorsqu'il aborde les fortifications gauloises, il donne
Revue Celtique, IX, 387, et dans lequel M. d'Arbois de Jubainville parle
des chars de guerre dans les Gaules.
1. T. XI. p. 19.
2. T. XI, p. 52.
5. T. XL p. 14).
4. T. XI, p. 324.
5. T. XII, p. 86.
6. T. XII. p. 114-
7. Paris, Ern. Leroux, 1888.
136 Chronique.
des indications précieuses sur les nombreux oppidum étudiés par lui sur le
terrain. C'est un véritable manuel, rédigé par un homme qui connaît éga-
lement la stratégie, les textes et l'archéologie. Nous voudrions voir son
livre entre les mains de tous les travailleurs de province qui seraient ainsi à
même d'apprendre beaucoup et de le compléter par leurs observations per-
scMinelles.
Les fragments épigraphiques que l'on retrouve à Saintes permettent de
rétablir la famille de Caius Julius Agedoniapatis dont le nom se lit sur des
monnaies gauloises, très rares, dont l'attribution, jusqu'à ce jour, était
restée incertaine ; on n'en connaît guère que cinq ou si.K exemplaires, et
la légende n'a été lue complètement que grâce à un denier qui fut dé-
couvert à Jersey. Il semble que cette pièce doive être classée aux Santones,
chez lesquels entre l'an 50 et l'an 17 avant J.-C, C. Julius Agedomapatis
aurait été à la tête de la nation pendant cette période d'autonomie qui lais-
sait une véritable indépendance aux cités libres et fédérées de la Gaule • .
A. DE Barthélémy.
II.
Dans le numéro de juillet des Aniudcs de Brelagnc (t. III, n° 4), M. Loth
continue à étudier le breton du dix-huitième siècle. Il nous donne des ex-
traits : 1° (p. 612-618) de Robert le Diable, mystère manuscrit daté de
1741 et conservé à la Bibliothèque Nationale (fonds celtique, no 51);
2° (p. 619-622) de la Création du Monde, mystère, d'après un manuscrit
de 1760 appartenant à M. Luzel -; 3° (p. 622-627) '^^ ^^ tragédie de Saint
Alexis traduite du français en breton et représentée le 19 mai 1799. La
source française n'est pas connue.
Pour donner une idée des dialectes bretons au xixe siècle, M. Loth a
réuni plusieurs traductions bretonnes de la parabole de l'Enfant prodigue
(Luc, XV, 11-52). Il publie dans le numéro de juillet les spécimens des
dialectes : de Léon (p. 630), de Léon (Landerneau) (p. 63 2J, de Tréguier
(p. 633), de Tréguier (pays de Goelloj p. 635), de la haute Cornouailles
(p. 637), de la Cornouailles du nord-est(p. 639J, du bas-vannetais(p. 641).
Le numéro de novembre {Annales de Bretagne, t. IV, n° i) contient les
spécimens du dialecte haut-vannetais (îles de Houat et Hédicj, p. 103; des
dialectes: de Groix (p. 105) et de Belle-Ile (Locmaria), p. 107. Dans le
même numéro commence le vocabulaire-index de la chrestomathie, la
partie publiée comprend les noms de lieux et de personnes (p. 109-161).
1. Voyez les travaux de M. de Barthéiemv sur les légendes des mon-
naies gauloises dans la Revue Celtique, t. I, p. 296, col. 2; t. III, p. 249,
et t. IX, p. 28; comparez le mém.oire de M. Cagnat intitulé : Supplément
à l'épigraphie de Saintes, Revue Celtique, t. X, p. 96 et suiv., notamment
p. loi, 103. — Note de la rédaction.
2. Comparez au passage correspondant de la version publiée par M. l'abbé
Bernard dans la Revue Celtique, t. IX, p. 324-326.
Chronique. ijy
Nous signalerons encore (p. 162-165) des chansons bretonnes de l'époque
de la Révolution trouvées parmi les papiers de Louis-Marie Goujon, prêtre,
prévenu d'émigration et arrêté le 9 floréal an MI. Ces chansons appar-
tiennent maintenant aux archives des Côtes-du-Nord.
G. D.
III.
Par suite d'une erreur commise dans l'expédition des numéros de VJr-
chiuohgical Rcviav qui me sont adressés, je suis fort en retard avec cette
intéressante publication.
La traduction de « la demande en mariage d'Emer », Tochmarc Enierc,
par M. Kuno Meyer, commencée dans les numéros de mars et d'avril 1888,
comme nous l'avons annoncé déjà, s'est continuée dans le numéro de mai
et s'est terminée dans le numéro de juin. Dans les exemplaires reliés de
r ArchacologicaJ Revieiv, on trouvi^ra son intéressant travail au tome premier,
pages 68-75, 130-155, 231-235, 298-307. Le. Tochmarc Eincrc n'avait pas
été traduit jusqu'ici. Il en existe un fragment dans le Lebor iia h-Uidre ;
M. Kuno Meyer a complété ce fragment à l'aide d'une copie prise par lui à
Dublin du texte complet contenu dans le manuscrit Stowe 992, aujourd'hui
conservé dans la bibliothèque de la Royal Irish Academy.
Dans le numéro d'août dernier de la même revue, tome I, p. 413-425,
M. E.-J. Miles a inséré un très intéressant article sur AvchUcudi, la métro-
pole romaine de l'Helvétie. Cet article est consacré à peu près exclusivement
à la période romaine de l'histoire de cette ville. Malheureusement dans
l'énoncé d'un des rares détails qui touchent aux questions celtiques, nous
remarquons une faute d'impression deux fois répétée, p. 419, seconde ligne
à partir du bas, Liigoncs pour Liigovcs, nominatif pluriel du thème celtique
Liigii- qui dans la mythologie irlandaise désigne une divinité bien connue.
Dans le numéro de septembre 1888 (t. II, p. 45-50), M. Donald
Masson a donné un recueil de quatre notes prises par lui dans les hautes
terres de l'Ecosse. La première est sur les noms de lieux gaéliques dont
un élément exprime l'idée de couleur, comme gcal « blanc » dans Geal-
charn « blanche montagne », Caini-gorm « montagne bleue », Cani-
glas « montagne grise », Carn-ruadh « montagne rouge », Carn-duhh
« montagne noire ». La seconde a pour objet un menhir dressé en 1755
pour rappeler la mémoire d'un mariage : il y avait déjà des celtomanes à
cette date. La dernière concerne une prophétie gaélique suivant laquelle le
monastère de saint Colomba à Ili, l'Iona, ou mieux lova, du moyen âge,
devrait un jour se relever de ses ruines. M. Donald Miisson parle à nou-
veau de cette prophétie dans le numéro d'octobre, tome II, p. 107-108, et
en donne une version plus complète que la première :
Ili mo chridhe, Hi mo ghraidh,
An aite guth manaich bithidh geuni ba;
Ach nnin tig an saoghal gu crich
Bithidh Hi niar a biia.
i?8 Chronique.
« Hi de mon cœur, Hi de mon amour, au lieu de voix de moine il v aura
beuglement de vache; mais, avant que vienne le monde à sa fin, Hi sera
comme il fut. »
M. Donald Masson attribue cette prophétie à saint Colomba et pense
qu'elle annonce le futur rétablissement de l'abbaye. La première fois, dit-il,
qu'il entendit citer cette prophétie, c'était dans les forêts glacées du Ca-
nada, sur les bords du lac Huron. Il visitait alors en qualité de mission-
naire protestant les populations gaéliques d'Ecosse établies dans ces con-
trées sauvages. « Ses croyances ne l'empêchèrent pas de prier Dieu de
« bon cœur, en lui demandant que le jour pût bientôt venir où se re-
« lèverait plus glorieuse qu'autrefois la sainte habitation de Colomba, la
« Jérusalem vers laquelle son àme pieuse dans son long exil tournait si
« tendrement ses regards » (tome II, p. 50).
Dans une critique, par M. W. -H. Stevenson, de Taylor, JVords and places,
nous remarquons (t. II, p. 107) l'observation fort juste du danger que
présente l'emploi étymologique des langues modernes ; un exemple souvent
donné tant en France que dans les Iles-Britanniques est la prétention qu'ont
tant de celtomanes d'expliquer plusieurs noms de lieu anciens par le mot
qui s'écrit aujourd'hui en breton doj(r, en gallois divr et qui veut dire « eau » ;
ils ne s'aperçoivent point que ce mot a perdu un h avant 1';-.
Le principal article de la Keviie en ce qui concerne les études celtiques
est celui que M. Alfred Nutt a intitulé : Celli'c iiiylh and saga (p. 1 10-142).
C'est un mémoire savant sur les publications les plus récentes dont la my-
thologie irlandaise a été l'objet ; c'est-à-dire : 1° le volume de M. Rhys :
« On the origin and groivth of religion as illnstratcd hv Celtic heatJiendoin » ;
2° l'article de M. Zimmer sur les procédés de compilation auxquels on
doit les textes légendaires irlandais compris dans le Lebor na li-Uidhre (Re-
vue de Kiihn, t. XXVIII, p. 417-689); 3° les textes publiés et traduits dans
le tome IX de la Revue Celtique ; 4° les articles de M. Macbain sur les lé-
gendes héroïques des Gaels, dans le Celtic Maga:^ine ' . L'auteur apprécie les
travaux des deux directeurs successifs de la Revue Celtique en des termes
trop favorables pour qu'il soit facile ici de parler de lui sans un certain
embarras. Il a, je crois, parfaitement raison d'insister sur le mérite du mé-
moire de M. Zimmer dont nous venons de donner le titre et dont nous
avons parlé beaucoup trop brièvement dans la Revue Celtique (t. IX, p. 533).
Il consacre la plus grande partie de son article à l'étude du livre si complet
et si érudit de M. Rhys. Le principal reproche qu'il lui fait, ce me semble,
consiste à constater que M. Rhys a négligé de faire connaître son opinion
sur la valeur des sources galloises auxquelles il a puisé les faits mytholo-
giques qu'il expose avec tant d'abondance et une si incontestable autorité.
IV.
Les recherches fliites concurremment, je ne dirai pas en collaboration,
I. Voyez Revue Celtique, t. IX. p. 144, 295, 418, 497.
chronique. 1 39
par M. Whitlcy Stokes et par le révérend Mac Carthy ont amené une dé-
couverte très intéressante pour l'histoire du droit canonique irlandais. Dans
le manuscrit latin de Paris 12021 daté du x« siècle par M. Delisle, Invcn-
lairc des iiianiiscrils de Saiiit-Gennain-des-Prés, page 53, la collection cano-
nique irlandaise se termine parles mots : huciisqiie riibcn et ai. cidininiac. et
diirinis '. M. Bradshaw avait pensé que cette courte phrase faisait connaître
les noms des auteurs de la collection canonique, que le dernier mot était le
nom de l'abbaye où leur travail avait eu lieu. Cette abbaye, suivant lui,
était Dairinis, dans la région sud-ouest de l'Irlande, et quant aux noms
d'homme il croyait que l'un d'eux pouvai; être celui de l'abbé Cum-
meanus, auteur d'un pénitenciel dont la meilleure édition est, à ma con-
naissance, celle qu'a donnée ^^'asserschleben, Die Bussordnungcn der abend-
hundischen Kirche, p. 460-493, et qu'on peut trouver aussi dans la Patio-
logic laliiii' de Migne, t. 87, col. 979-998. Cette hypothèse avait été
combattue par M. Wasserschleben dans une note à la page lxxiii de sa
deuxième édition de la collection canonique irlandaise. Dans VÂcadeiiiy du
14 juillet dernier, p. 26, col. 3, M. Whitley Stokes fait observer que le
nom du second des auteurs mentionnés par le manuscrit latin 12021 de
Paris est non pasCummean, mais Cu. cuiminiae qu"il corrige en Cù-cum-
mne. Or c'est exactement une des deux orthographes données par les An-
nules des quatre maîtres au nom d'un savant irlandais qui serait mort en
742 2. Du nom de ce savant il y a dans les mêmes Annales une autre or-
thographe plus récente, Cucuimne 3. C'est celle-ci qu'on trouve dans les An-
nales d'Ulster où la mort de ce personnage est placée en 7474. Son nom
est méconnaissable dans l'édition des Annales de 1 igernach donnée par
O'Conor où on est réduit à le deviner S. Qiiant au nom de l'abbaye,
M. Whitley Stokes le comprend comme Bradshaw et propose de suppléer
une syllabe en écrivant dii[Dui]rinis, c'est-à-dire « à Dairinis ».•
M. Whitley Stokes laissait sans explication le premier nom, Ruben. Le
Kév. Mac Carthy a eu la bonne idée de consulter l'index des Annales des
Quatre Maîtres qui l'a renvoyé à l'année 720 de notre ère, et dans la liste
de personnages décédés cette année-là ; a trouvé mentionné saint Ruibin,
sur lequel les .Annales des Quatre Maîtres donnent en irlandais une notice
1. Wasserschleben, Die îrische Kanonensaninilung, p. xxxi, LXXii, 245.
Ces mots se trouvent à la p. 190, fol. 127 \'°, 1. 3 du ms.
2. Cucummne eccnaidh togaidhe eisidlie doécc. Edition d'O'Donovan,
1851, t. I, p. ^4^, 1. 16.
5. Ibidem, ligne i 8.
4. Cucuimme sapiens obiit. Jiidition Hennessv, p. 208; plus bas : Cu-
chuimme au nominatif, et Coincuimme au datif, ce qui montre que nous
avons afiaire à un composé dont le premier terme est câ « ciiien »
5. Cuimine sapiens obit. p. 247, sous la date de 747. Des savants mo-
dernes qui ont parlé de Cû-cliummnc le phis ancien à notre connaissance
est Colgan, Trias Ihaumaturga, p. 218, col. 2. Vient ensuite llarris, 'J'he
Hislory of the u'riters of Ireland, p. 46.
140 . Chronique.
erronée ' ; mais la bonne leçon nous a été conservée dans une langue partie
latine, partie irlandaise par les Annales d'Ulstei- et par celles de Tigernach
sous la date de 724 dans les unes 2, de 725 dans les autres ?. On y voit
que Rubin, fils de Conna ou de Connad, était scribe de Munster 4. (Cf.
Academy du 5 novembre 1888, p. 290-291.)
De ces observations, il résulte que la collection canonique irlandaise
remonte au plus tard à l'année 725 5.
Le Rév. Mac Carthy ne s'est pas contenté de cette découverte. Ayant
remarqué que M. Whitley Stokes avait fait un Errata à son édition de la
Fie triparlite et que le savant éditeur continuait cette bonne œuvre, il a
voulu lui apporter son concours , comme pour l'histoire du droit cano-
nique irlandais. Cette entreprise était inspirée par d'excellents senti-
ments : elle a donné en plusieurs circonstances des résultats très satisfai-
sants. Ainsi, à la page 264, ligne 8, qiWuis est une faute évidente pour
(\uam\xis, et le Rév. Mac Carthy a très bien fait de la signaler. Mais les
corrections n'ont pas toutes le même intérêt. Le Rév. Mac-Carthy prétend
rectifier la traduction de M. Whitley Stokes. Or voici comment il procède.
Je commence par la première correction qu'il propose. Quoiqu'il s'agisse
d'anglais, j'espère que le lecteur français pourra me comprendre. L'auteur
irlandais du moyen âge débute comme nos prédicateurs par un texte latin :
Et sedentihus in regione et uiiihra niortis, lux orta est eis ; puis il le traduit en
irlandais ; on peut rendre littéralement sa traduction ainsi : « et les gens
qui furent en pays et en ombre de mort trouvèrent lumière de quoi vint
leur illumination. » Voici en français la reproduction de la phrase anglaise
par laquelle M. Whitley Stokes rend la traduction irlandaise : « et ceux qui
habitaient dans la terre et dans l'ombre de la mort trouvèrent une lumière
d'où vint leur illumination. » Suivant le Rév. Mac Carthy, il y a dans
cette phrase une grosse faute, et cette faute est d'avoir rendu in lucht « les
gens » « la troupe [qui] » par « ceux qui ». Je suis étonné que le critique
n'ait pas poussé ses principes jusqu'au bout et n'ait pas reproché à M. Stolies
d'avoir traduit rohatar « furent » par « habitaient » (divelt) et d'avoir mis
dans sa phrase anglaise un certain nombre d'articles qui manquent en ir-
landais. Probablement le Rév. Mac Carthy pensera que je ne sais pas un
mot d'anglais parce que je traduis shadoiu of deatb par « ombre de la mort »
en intercalant un article qui manque dans le texte anglais de M. Whitley
Stokes.
1 . S[anctus] Ruibin mac mie Connaid sccribhneoir Mumhan, mac sidhe
Brocain ô Tigh Telle. Edition O'Donovan, 1 851, t. I, p. 318.
2. Edition Hennessy, t. I, p. 176.
3. Edition O'Conor, p. 234.
4. Rubin, mac Connadh (Hennessy), Connaidh (O'Conor), scriba
Mumhan.
5. M. L. Delisle, à qui j'ai soumis la question de savoir si la formule :
Hiiciisque Riihen et Cû-ctimmne désignait des auteurs ou des copistes, paraît
incliner vers la seconde hypothèse.
Chronii^ue. 141
Mais continuons. L'auteur irlandais du moyen âge reproduit une parole
bien connue de saint Jérôme. Ce père, voulant louer le prophète Isaïe, a dit
que ce saint de l'Ancien Testament devrait être appelé plutôt évangéliste
que prophète. Voici la traduction littérale du texte irlandais : « pour le
louer, saint Jérôme dit cette chose-ci : qiiod non tam dicendus est propheta
quant evangelista ». Dans la traduction anglaise de M. Whitley Stokes nous
lisons : « pour le louer, saint Jérôme dit ceci ». Il a passé chose! s'écrie
M. Mac Carthy, encore une faute irréparable qui déshonore la traduction
officielle de la Vie tripartitc! Je tremble en écrivant devant un juge si sé-
vère, car en traduisant l'anglais de M. Whitley Stokes, je me suis permis
deux inversions. Si j'avais traduit mot à mot j'aurais dit : « pour louer
lui, dit saint Jérôme ceci ». Or je me suis cru autorisé à changer de place
un pronom et un verbe. J'ai écrit : Pour /flouer, saint Jérôme dit ceci.
Mettons si l'on veut que je me permets avec les textes anglais beaucoup
trop de liberté, et revenons aux critiques adressées par le Rév. Mac Carthy
à M. Stokes. Les deux exemples que je viens de donner suffisent pour
montrer en quoi consiste le système de traduction que le Rév. Mac Carthy
prétend imposer. Je passe aux endroits où le savant ecclésiastique irlandais
veut donner des leçons de grammaire à son contradicteur. A la page 160,
ligne 2, il est question d'églises fondées par saint Patrice : forothaigestar
cella, dit le texte irlandais de M. Wliitley Stokes. Le premier mot est le
verbe « il fonda », le second est l'accusatif pluriel du substantif féminin
cell « église », qui est le mot latin cclla; en vieux et moyen irlandais ce
substantif se décline ainsi au singuher :
'&■■
Nominatif, cell ;
Génitif, ceille;
Datif, cill;
Accusatif, cill «-.
La Vie tripartite est remplie d'exemples de ce mot. Mais l'irlandais mo-
derne a supprimé en général l'accusatif singulier des noms, et ce cas au-
jourd'hui se confond avec le nominatif. On dit donc maintenant cell aux
deux cas, l'ancien accusatifs// n- est tombé en désuétude. O'Curry, homme
de génie qu'on ne peut trop admirer, mais qui n'avait de la grammaire du
vieil irlandais que de très vagues notions, a fait du texte de la Vie tripartite
une copie où il a écrit cell dans le passage précité, et pour le révérend Mac
Carthy c'est la bonne leçon, en sorte que M. Whitley Stokes, au lieu
d'écrire cella, forme régulière de l'accusatif pluriel en vieux et en moyen ir-
landais et de traduire par le pluriel churchcs « églises », aurait dû écrire cell
accusatif singulier moderne et traduire par le singulier church « église ».
Le Rév. Mac Carthy ne s'est pas aperçu que cette traduction supposait le
vieux et moyen irlandais cill n~.
Le vieil irlandais avait deux formes pour le prétérit sigmatique, la forme
absolue et la forme conjointe. On disait à la troisième personne du singu-
lier sènais « il a béni » ; c'était la forme absolue, et ro shài, même sens ;
142 Chronique.
c'était la forme conjointe. La loi dont il s'agit ici a été étudiée à fond dans
la Grammatica celtica. deuxième édition, p. 462-465 (comparez la Gram-
maire de W'indisch, p. èG). Les grammaires modernes ne donnent plus que
la forme conjointe; de cette règle nouvelle, le Rév. Mac Carthy conclut
que M. Whitley Stokes traduisant la troisième personne du singulier sê-
nais par le passé, commet une faute d'irlandais, et qu'il aurait dû employer
le présent ' .
Le Rév. Mac Carthy est un homme fort instruit et très intelligent. Il
sait, je pense, l'irlandais moderne, soit qu'il l'ait appris dans son enfance,
soit qu'il l'ait étudié depuis, et c'est pour lui une grande supériorité sur la
plupart des disciples de Zeuss. Il fait pour apprendre l'irlandais ancien les
plus louables efforts, et j'espère qu'il sera bientôt maître de cette langue
difficile. Mais s'il était assez aimable pour entreprendre la publication d'un
texte irlandais, il nous rendrait bien plus de services qu'en employant son
temps à critiquer comme il le fait les travaux d'autrui. Il a notamment de
réelles aptitudes pour l'érudition historique et dans le cas par exemple où
il donnerait une nouvelle édition des Annales de 1 igernach, elle serait la
bienvenue.
V.
Les lecteurs de la Revue Celtique apprendront avec un vif chagrin que
M. Hennessv est forcé par sa santé de renoncer à terminer la publication des
Annales d'Ulster dont il a publié le premier volume avec cette science
profonde à laquelle ses précédents travaux nous avaient habitué.
VI.
M. Gustav Schirmer, dont la thèse de doctorat a eu pour sujet la lé-
gende de la Croix dans le Leabhar Breac 2, vient de publier comme Hahili-
tationsschrijt un mémoire sur la légende de saint Brendan 5 : il l'a divisé
en deux chapitres: le premier traite du saint Brendan qui parait avoir véri-
tablement existé, le second a pour objet le personnage légendaire qui s'est
1 . Les critiques du Rév. Mac Carthy se trouvent dans les numéros de
VAcademy du i^r et du 15 septembre 1888, p. 138 et 172. Dans V Acadcmy
du !« décembre, p. 354, M. Whitley Stokes dit quelles sont celles de ces
critiques qu'il peut accepter et quelles sont celles qu'il repousse.
2. Die Krcnieskgenden iin Leabhar Breac, inaugural-disscrtatiûn :^ur Erlan-
cruHpr der Doctorivîirde an der phihsophischen Faculhel der Universi'at Leipzig
von Gustav Schirmer. St Gallen, ZoUikofer'sche Buchdruckerei, 1886, in-8,
91 p. Cette thèse est divisée en trois parties : la première comprend le
te.Kte irlandais, la seconde la traduction, la troisième une étude : i" sur le
légende de la Crois, 2° sur la langue du texte irlandais.
3. Zur Brendamis-Legende. Leipzig, Pœschel und Trepte, 1888, in-8,
75 p.
Chronique. 145
greffé sur le premier ; l'auteur y examine comment ce phénomène littéraire
s'est produit en Irlande et quel écho il a eu en Angleterre, en Allemagne
et dans la Bretagne continentale. Il s'exprime avec une précision, une
clarté, une connaissance des sources qui attestent chez lui toutes les qua-
lités distinctives du véritable érudit.
J'ai peu de critiques à lui adresser. L'une porte sur une question d'arith-
métique. Saint Patrice aurait un certain jour prédit que cent vingt ans après
sa mort, saint Brendan naîtrait. Suivant M. Schirmer, saint Patrice étant
mort en 460, il faut ajouter 120, retrancher 100 et on trouve la date de la
naissance de saint Brendan, savoir 480. La soustraction de 100 me semble
un peu arbitraire. Voici une autre explication. Dans la quatrième vie de
saint Patrice publiée par Colgan, on lit : Patriciits... prophetavit... de sanctù
Breiiclano qui CXX anno post heati viri obitiim orimuhis fuit . Le texte de la Vie
tripartite est probablement préférable : il n'indique aucun point de départ
pour le délai de cent vingt ans : Profetaiiit do Brciiaiiiii mac iiu Allae qui iiasce-
retiir CXX anno ' . Or dans la langue liturgique nfl/a//^ désigne le jour de la
mort des saints et en retranchant 1 20 de la date approximative où serait mort
saint Brendan, 576 ou 577, on trouve 456 ou 457 qui serait la date de la
prophétie attribuée à saint Patrice. Saint Patrice était vivant à cette date.
J'ai vu aussi avec surprise (p. 6, note 5) que parmi les éditeurs de la
liste des saints irlandais les plus anciens, M. Schirmer ne paraisse connaître
que le premier, c'est-à-dire Ussher, et qu'il ne renvoie pas à l'édition
donnée par Arthur West Haddan et William Stubbs, Counciîs and ecclesias-
tical documents relating lo Great Britain and Ircland, vol. I, partie 2, p. 292-
294.
VIL
Sous le titre de Studies on the legend of thc Holy Graiî, with cspccial reje-
rence to thc hypothesis of ils Ccltic origin (Londres, David Nutt, in-8, 1888,
XV-281 pages), M. Alfred Nutt vient de faire paraître le travail le plus
complet qui ait été publié jusqu'à ce jour sur les sources primitives d'une des
des fables les plus importantes du cycle de la Table Ronde.
Dans le savant, clair, mais trop court résumé que M. Gaston Paris a inti-
tulé La littérature française au moyen âge, l'érudit français constate (p. 39-40)
que le type de l'épopée guerrière française a été créé de 1050 à 1 120. C'est
postérieurement à cette période et dans les années suivantes du xiic siècle
que l'épopée amoureuse et féerique fait son apparition avec les romans de
la Table Ronde (ibid., p. 88 et suiv.). Ce fait littéraire est contemporain
d'un événement juridique d'une haute importance, la reconnaissance du
droit des femmes à la succession des royaumes et des fiefs.
Henri Plantagenet, du chef de sa mère et de sa femme, devient duc de
Normandie, roi d'Angleterre, duc de Guyenne, l'égal et peut-être sur bien
des points le supérieur du roi de France dont comme comte d'Anjou il
I. Edition Wiiitley Stokes, p. 208.
144 Chronit^ue.
était un des petits vassaux. On pouvait dire alors des comtes d'Anjou, en ne
changeant qu'un mot, ce que plus tard on a tant de fois répété au sujet de
l'Autriche :
Bella gérant alii, tu, felix Austria, nube :
Nam quae Mars aliis dat tibi régna Venus.
Les femmes alors ont acquis une puissance inconnue jusque-là ; une lit-
térature nouvelle est créée pour elles : c'est le cycle de la Table Ronde. Il
emprunte à des poèmes gallois une partie de ses éléments fondamentaux,
mais quels sont précisément ces éléments ? Il est souvent difficile de le dé-
terminer d'une façon rigoureuse, et beaucoup de points restent douteux,
parce que les poèmes gallois primitifs sont perdus. Les plus anciens mo-
numents de la littérature épique du pa3-s de Galles ne remontent pas —
du moins paléographiquemcnt — au delà du xiv^ siècle, et nous ignorons
dans quelle mesure ils ont subi, par une sorte de choc en retour, l'influence
de la littérature française du xii'^ siècle. Il est vrai que la littérature irlan-
daise nous offre des monuments antérieurs aux plus anciens romans de la
Table Ronde, mais ces monuments n'ont pas été la source où ont puisé
les romanciers français, et d'autre part, malgré le savant travail de M. Zim-
mer dont nous parlons plus haut, la critique de la littérature épique irlan-
daise ne fait que naître ; elle offre encore bien des points obscurs.
Nous recommanderons à nos lecteurs l'ouvrage de M. Nutt, certainement
un des hommes qui ont étudié avec le plus de compétence ces difficiles
questions.
VIII.
Notre collaborateur, M. Max Nettlau, continue ses savantes études sur
la grammaire galloise et vient de publier dans le volume du Cymmrodor
en cours de publication, p. 259 et suiv., un recueil d'observations sur les
noms, les adjectifs et les adverbes gallois.
IX.
M. Standish O'Grady a inséré dans le recueil de la Phiîological Society
sous le titre de Remarks on the Oxford édition of the battle of Ventry, une cri-
tique de l'édition du Cath Finntrdga publié par M. Kuno Meyer en 1885.
X.
Sous le titre à' Etudes d'histoire du droit, M. Rodolphe Dareste a réuni et
publié à la librairie Larose et Forcel en un volume in-octavo le recueil de
ses mémoires sur les plus anciens droits de l'Egypte, de l'Asie occidentale
chronique. 145
et de l'Europe à l'exception des droits grec et romain. Il y a reproduit
l'étude sur le droit irlandais dont nous avons parlé déjà dans cette Revue.
Nous recommandons vivement ce livre aux personnes qui voudraient se
rendre logiquement compte de la situation qu'occupe le droit irlandais
dans l'ensemble des législations anciennes sans se contenter, comme l'ont
fait jusqu'ici bien des gens, de rapprochements saisis au hasard, ici dans la
loi anglaise moderne, là dans le droit de Justinien ou encore dans le droit
indou.
XI.
Le dimanche 21 octobre dernier a eu lieu, sous la présidence du lord-
maire, M. Sexton, membre du Parlement, la distribution solennelle des
prix à l'école des Frères, North Richmond Street, à Dublin. A cette réu-
nion, deux discours ont été prononcés : l'un par le Frère directeur, l'autre
par le lord-maire. Naturellement le principal sujet de ces discours était les
succès obtenus par les élèves de l'établissement dans les examens publics en
concurrence avec les élèves des autres écoles. Je relève dans un résumé du
discours du lord-maire, donné par VIrish CathoJic du 27 octobre dernier, le
passage suivant : « Je n'ai, disait le lord-maire, qu'une remarque critique à
faire. Oui, je n'en ai qu'une; c'est que, de tous les élèves — et cent
trente ont été reçus — un seul a passé l'examen pour l'irlandais. J'espère
que le nombre augmentera dans les années futures. Ce n'est pas la faute du
peuple irlandais ni des professeurs irlandais si chez nous le temps présent
est défavorable à l'enseignement de l'irlandais. La situation changera. Sur
le continent, des savants étudient l'irlandais avec zèle. Je pense que le
temps est proche où, trouvant dans le gouvernement du pavs un concours
et non des obstacles, les savants irlandais, les écoles irlandaises rivaliseront
les unes avec les autres en cuhivant et en protégeant le noble langage de
nos pères. Je citerai donc ,ivec haute approbation le nom de Patrick Mac
Sweeney qui a passé avec un brillant succès l'examen non seulement en ir-
landais, mais en anglais, en latin, en français, en arithmétique, en algèbre,
en chimie, en philosophie naturelle et en dessin, qui a réussi dans l'examen
de tenue de livres et de géométrie. Je pense que tout le monde m'approu-
vera quand je dirai que Patrick Mac Sweeney ne vaut pas moins que les
autres, pour savoir un peu d'irlandais. Il n'y a pas d'homme auquel il ne
soit capable de tenir tète, ni de route où il ne puisse s'engager sans
compter sur le succès. »
Pendant le premier séjour de M. Zimmer à Dublin, il y a environ dix ans,
le jeune Mac Sweeney a été plusieurs fois le compagnon de ses prome-
nades. Quelque temps après à Dublin, en me parlant du jeune Mac
Sweeney, on me disait : « votre jeune ami ». Il est fils de M. J.-J. Mac
Sweeney, sous-bibliothécaire de l'Académie royale d'Irlande et secrétaire
de la Société pour la conservation de la langue irlandaise. Des différentes
branches de connaissances qu'il a cultivées, puisse-t-il ne pas préférer la
tenue de livres et puisse-t-il devenir un jour le successeur des O'Longan,
des O'Curry, des O'Donovan, des Hennessy et des O'Looney !
Revue Celtique, X 10
146 Chronique.
XII.
La rédaction de la Revue Celtique a reçu quelques numéros d'un journal
intitulé The Irisli écho qui paraît tous les mois à Boston, Etats-Unis d'Amé-
rique, depuis le commencement de l'année 1887. Le but de cette publi-
cation paraît être de conserver chez les Irlandais établis en Amérique la
connaissance de l'irlandais moderne. Si les rédacteurs de ce journal
n'avaient pas d'autre but, nous ne pourrions songer à leur donner que des
encouragements. Entre autres articles intéressants, nous citerons un
recueil de proverbes irlandais imprimés en caractères irlandais, avec : 1° la
transcription en caractères ordinaires; 2° la prononciation notée en don-
nant aux lettres la valeur qu'elles ont en anglais, par exemple en repré-
sentant Vd par aw, ïi par ee; viennent ensuite : 3° une traduction en mot
à mot; 40 une traduction libre en bon anglais. Parmi ces proverbes, il y
en a de fort jolis. On dit en français : « un tiens vaut mieux que deux tu
l'auras ». La formule irlandaise correspondante est plus imagée; « mieux
vaut roitelet en main que grue sur parole » : Fêarr dreoili'n i n-dorii 'ni
corr ail' câirdc.
Ce que l'on pourra regretter, c'est que la direction de ce journal ait la
prétention de traiter les questions linguistiques sans la moindre préparation
scientifique. M. Michel C. O'Shea, qui parait être le principal rédacteur, est
fort irrité contre MM. Max Mùller et Whitney. Il trouve insultante la con-
viction qu'a M. Max Mùller de la supériorité de la race germanique sur la
race celtique. Les Teutons, a dit M. Max Mùller, ont rejeté les Celtes dans
l'Europe occidentale et en dernier lieu d'Irlande au delà de l'Atlantique.
Heureusement, répond M. O'Shea, il reste encore en Irlande assez de Celtes
pour vexer les Teutons du parti tory, en sorte que M. Max Mùller, dans la
phrase que nous venons de citer, a montré bien peu de jugement.
M. Whitney, le professeur de sanscrit, est, continue M. O'Shea, un bien
plus habile homme que M. Max Mùller ; mais il ne vaut pas mieux. Cet
arrogant personnage croit pouvoir d'un seul mot biffer tous les titres de la
race celtique ; ce mot insultant est ceJtomanie ' . Malheureusement, dans le
même numéro, deux pages plus haut, M. O'Shea a écrit sous le titre de
Philohgicdl prooj's, un article qui ne motive guère bien son appel contre la
censure prononcée par M. ^^'hitney. Il prétend expliquer la racine sanscrite
SK.\ND « sauter » par trois mots irlandais : so, ac, cauda « aisé ou bon pou-
voir d'oiseau ». M. 0"Shea emploierait beaucoup mieux son temps et son
encre en donnant à ses lecteurs une étude sur la partie celtique de la gram-
maire comparée de Brugmann : Giundriss der verghichciiden Grauiniaiik der
indogermanischen Sprachen. Le second volume de cette savante publication
vient de paraître chez Trùbner, à Strasbourg, et en vulgarisant les doc-
I. Irish Echo du rttois d'août 1888,
chronique. 147
trines qui y sont enseignées, M. O'Shea répondrait victorieusement au re-
proche de celtomanie qu'il confirme à son insu. Ce serait plus utile que de
réimprimer par fragments les leçons d"0"Curry ou de compiler, d'après
O'Donovan et O'Mahony, l'histoire imaginaire de l'Irlande pendant les
siècles qui ont précédé l'ère chrétienne.
XIII.
M. Léopold Delisle, le savant administrateur de la Bibliothèque Natio-
nale, me communique une épreuve d'un article qui va paraître dans le
tome XXXI de l'Histoire littéraire de la France. Cet article a pour objet un
manuscrit du commencement du quatorzième siècle, jadis conservé à l'ab-
bave de Marmoutiers, Indre-et-Loire ; de là, ce ms., après des pérégrinations
inconnues, est passé dans la bibliothèque de M. Jules Desnoyers et enfin à
la Bibliothèque Nationale. 'Il y porte aujourd'hui le numéro 426 du fonds
latin des nouvelles acquisitions. C'est un recueil de modèles de lettres com-
posé dans le diocèse de Tréguier, Côtes-du-Nord. Aussi M. Delisle lui a-t-il
donné le nom de Formulaire de Tréguier. Quelques morceaux sont étran-
gers au genre épistolaire, entre autres celui-ci qui pourra intéresser les cel-
tistes; c'est un texte latin avec des gloses bretonnes. On les reconnaîtra fa-
cilement, quoique chaque mot ne soit représenté la plupart du temps que
par la lettre initiale ou les premières lettres.
« Aquiloni, fratrum saevissimo, pulsanti flatu nubila, subvertenti mon-
« tibus robora, equora concassanti et orbem tremoribus horçidis, nives in
« grandine induranti, quercus /. m (i), prunus i. p (2) et corulus /. c (3),
« pomus /. a (4), pirus /. /? (5) et cerasus /. c (6), esculus /. mesp (7) et
« sambucus /. s (8), priunivs /. hiri (9), cinus /. spri (10), bodegares /. au-
« grosent (11), juniperus /. p. c (12), cornus /. cormes (15), alnus i.
« guer (14), laurus /. / (lO; populus /; (16), holeaster ceteraeque arbores
« quae terra radicibus infiguntur, querimoniam lacrimis defluentem. »
Nous allons reproduire les gloses en les complétant et en les expliquant :
1 . m (qucrcusj :zi nicscmi « gland ».
2. y) (prunus) -^r^în/Ht'H» « prunier ».
3 . c (corulus) rz celve-^eiin « avec c dur, écrit, du xv* siècle au commen-
cement du xix^, queheiciiii, aujourd'hui /v/îr:^t'?/«, plus anciennement
colveienn « noisetier ».
4. a (pomusj ::= avalenn « pommier ».
). p (pirus) :iz percnn « poirier ».
6. c (cerasus) zn cereseun avec c dur, écrit du xvc siècle au commen-
cement du \ix'-queresetiu , aujourd'hui keresenn.
7. mcsp (esculus) =r inespereun « néflier ».
8. s (sambucus) zn scavetin « sureau ».
9. hiri (priunus /)twr prinnus) ^= hiriimm « prunelier » : prinmis est, je
crois, pour prTiius « chêne vert » ; en sorte qu'ici il y aurait un
148 Chronitjue.
contre-sens, comme plus haut dans la traduction de csciilus par mcs-
pereiin « néflier ».
10. spri (cinus) est une mauvaise leçon, je crois, pour sj)n, avec p barré
zz: spenienn « épine ». Spoiieuii est traduit par cinus dans le glos-
saire de Lagadeuc.
II . aiigrosciit (bodegares) est une mauvaise leçon poiiv aiii:^roesciiii ; c'est un
des noms de l'églantier écrit Jaiigroessèen par L'Armerve, agroc'cn
par Le Gonidec et Troude ; che^ Rostrenen on trouve le pluriel
aingroai et angroai.
12. p. c (juniperus). « Genévrier » se dit aujourd'hui genevreg, en sorte
que je laisse cette glose inexpliquée.
13. conncs (cornus), lisez corinel, au singulier ai/'Wt'/i-H// « cormier ».
14. guer (alnus) zrr guernenn « aulne ».
1 3 . / (laurus) = lotcnii « laurier ».
16. /; (populus) :::z probablement hi'ijlcnii pour r/Jh-iiii « peuplier ».
La raison, pour laquelle on a mis le nom du gland au lieu de celui du
chêne, est que, dans un grand nombre de cas, le fruit et l'arbre portent le
même nom, sauf un suffixe : aval « pomme », avaleiiii « pommier » ; per
« poire n, pcn'iiii « poirier ». Pour le chêne, c'est différent, en sorte que,
sur cet article, il \- a erreur.
XIV.
Quelque embarras que Ton puisse éprouver à parler de soi, nous croyons
devoir, pour être complet, donner les indications qui suivent. On pourra
trouver dans la Revue générale du lirait, de la législation et de la jurisprudence
publié par la librairie Thorin, 7, rue de Médicis, douzième année, p. 224-
225, le résumé d'un cours de droit irlandais professé au Collège de France
pendant le premier semestre de l'année 1887-1888. La Nouvelle Revue bis-
torique de droit français et étranger publiée par la librairie Larose et Forcel,
a donné dans sa douzième année, p. 303-310, deux notes du même auteur
sur la saisie dans la loi salique et dans le droit irlandais et sur la peine du
vol en droit irlandais et en droit romain. La Revue de linguistique et de pJji-
lologie comparée qui paraît à la librairie Maisonneuve contient dans son
tome vingt et unième, p. 542-360, la traduction des deux premières parties
du morceau épique irlandais intitulé : « Maladie de Cûchulainn et unique
jalousie d'Emer » ; la première partie de cette traduction est l'œuvre de
M. G. Dottin. Ont paru dans la Revue archéologique, t. XII, p. 61, 125,
deux mémoires intitulés : i" La source du Danube chez Hérodote, re-
cherches pour servir à la plus ancienne histoire des Celtes ; 2° De l'emploi
des bijoux et de l'argenterie comme prix d'achat en Irlande avant l'intro-
duction du monnayage.
Chronique. 149
XV.
Le quatrième cahier du tome XXX de la Revue de Kuhn, Zeiischrijt Jiïr
ivrgkichende Spracbforschuiig, contient (p. 452) une note de M. Zimmer des-
tinée à prouver que les soi-disant aspirées /, //;, db et ch n'avaient pas en
iioo d'autre valeur que celle d'une simple aspiration/; comme aujourd'hui.
XVI.
Dans la Ronuinia d'octobre 1888, p. 603-609, M. E. Muret, à propos du
livre de M. Wolfgang Golther, Die sage von Tristan iind Isoldc, discute avec
talent l'origine de la fable de Tristan et d'Iseut qui appartient, comme on
sait, au cycle de la Table-Ronde. Pour cette fable la grande difficulté est
de déterminer quels éléments d'origine celtique offrent les récits des
trouvères français. Ce qui, dans le travail de M. Muret, m'a semblé le plus
intéressant, est le renvoi à Hermann de Tournay : De niiracidis sanctae
Mariae Laudmieiisis, livre II, c. 1 3 et 16, où l'on voit les quêteurs de Notre-
Dame de Laon, revenant d'un voyage en Grande-Bretagne en 11 13, racon-
ter ce qui suit : venimus in provinciam quae vocatur Danavexeria, ubi
ostenderunt nobis cathedram et furnum illius famosi.... régis Arturi, ipsam-
que terram ejusdem Arturi esse dicebant Quidam... dicens adhuc Artu-
ram viverc (Migne, Patrobgia Jatina, t. CLVI, col. 983). Ce voyage
est de plus de vingt ans antérieur à VHisloria rcgiun Brllanniae de Geoffroy
de .Monmouth (i 1 3 5).
X\II.
La Revue archéologique de novembre-décembre 1888 contient le com-
mencement d'un savant travail de M. Salomon Reinach sur les Gaulois dans
l'art antique, et sur le sarcophage de la vigne Ammendola. Nous parlerons
de ce mémoire avec plus de détails quand sa publication sera plus avancée.
Il nous manquait un recueil des monuments de l'art antique où les Gaulois
sont représentés, et les découvertes de Pergame ont augmenté beaucoup le
nombre de ceux de ces monuments qu'on peut rassembler aujourd'hui.
XVIII.
]3ans les Annales de Uretai^ne, numéro de janvier 1889, t. IV, p. 295 et
suivantes, M. de la Borderie a inséré l'introduction de son édition du Car-
tulaire de Landevenec. La première livraison de cette édition, contenant le
texte, les variantes et les notes, vient, dit-il, de paraître à Q.uimper. Dans
l'introduction, M. de la Borderie défend avec beaucoup de science et de
1 50 Chronique.
talent sa doctrine sur la valeur historique de la vie de saint Guenolé par
Vurdestin. On sait que cet auteur, qui écrivait au neuvième siècle, prétend
avoir eu à sa disposition des documents relatifs à cette vie qui auraient été
écrits antérieurement à lui. La question est de savoir dans quelles parties
de son récit Vurdestin copie ces documents, et quelles sont les parties pour
lesquelles il a puisé à d'autres sources, soit dans la légende orale, soit dans
son imagination, soit enfin dans d'autres vies de saints. Ce sont des ques-
tions qui ne peuvent guère être discutées ici, et je ne saisis pas beaucoup
d'autres preuves d'antiquité que celles qui résultent des formes de la langue.
Ainsi les noms d'hommes Maglus, Conomagli filius (Hvre I, c. i8) et Cat-
maglus (livre II, c. 23) appartiennent à un âge antérieur au neuvième
siècle : au neuvième siècle Maglus se serait dit Mael, Conomaglus Con-
mael, Catmaglus Catmael. De là donc il résulte que lorsque Vurdestin a
rédigé le chapitre dix-huit de son livre premier et le chapitre vingt-trois de
son livre deux, il avait sous les yeux des documents antérieurs au neu-
vième siècle.
XIX.
M. Wood Martin a publié sous le titre de The rude stoitc moniuiients of
Iieland (Co. Sligo and the islaiid of Achill. ') un tirage à part de ses études
si remarquables sur les monuments de pierre brute du comté de Sligo et
de l'île d'Achill. Nous avons déjà parlé de ces études qui ont paru dans le
Journal de l'Association roj-ale historique et archéologique d'Irlande. Les
savants et les amateurs qui s'occupent d'archéologie préhistorique trouve-
ront avec plaisir réunies en un volume les descriptions des monuments mé-
galithiques : cercles de pierres, dolmens, menhirs, etc., d'une des parties à
ce point de vue les plus curieuses de l'Irlande. Ce volume est orné de
planches où l'on remarque, par exemple, d'intéressants spécimens de po-
terie.
XX.
Dans VAcadcmy du 12 de ce mois, p. 26, M. Whitley Stokes a publié
sous le titre de Spicilegiuiii Vaticanuiii un recueil de notes recueillies par
lui pendant une courte excursion dans la bibliothèque du Vatican ; le sa-
vant celtiste a constaté dans cette bibliothèque l'existence de quatre ma-
nuscrits écrits par des scribes irlandais. Ces manuscrits sont cotés : Vati-
canus 5755, Reginai209, Palatinus 65 et 830. L'érudit chercheur n'y a pas
trouvé de gloses irlandaises inédites. Il n'a pas été plus heureux avec les
vingt-huit manuscrits qui viennent de l'abbaye de Bobbio et qui sont au-
jourd'hui cotés 5748-5776. Mais il en a découvert trente-trois dans le ma-
nuscrit Regiha 215. Ce manuscrit, écrit au neuvième siècle par un scribe
du continent, parait être la copie d'un manuscrit irlandais.
I. Dublin, Hodges Figgis and Co, 1888, gr. in-8, xviii-274 p.
Chronique. i ^ i
Dans le manuscrit Ottob. 1474, M. Whitley Stokes a découvert un
poème latin qui paraît traduit du comique et qui est accompagné de gloses
comiques.
L'article de M. Whitley Stokes se termine par un recueil des principaux
résultats de sa collation : 1° d'un fragment de traité du compuî contenu
dans le codex Vaticanus 5755 et publié par M. Zimmer, Ghssae hibernicae,
p. 259-261 ; 2^ de' fragments de la chronique de Marianus Scotus extraits
du codex Palatinus 830 par le même auteur, et insérés dans le même
ouvrage, p. 274-282. Les lectures du savant et consciencieux professeur
de Greifswald ne sont pas toujours exactes, et on lui rend service en col-
ligeant à son usage des errata dont il ne manque jamais de tirer un excel-
lent parti.
XXI.
Cette semaine a paru à la librairie Thorin, 7, rue de Médicis, à Paris, le
premier volume de la première traduction en français des Mabinogion qui
ait été publiée jusqu'ici. Elle est l'œuvre de notre savant collaborateur,
M. J. Loth, et elle devra, je pense, tant à ses efforts personnels qu'à la
nouvelle édition du texte des Mabinogion par MM. John Rhys et Gwenog-
fryn Evans, une grande supériorité sur la traduction anglaise de Lady Char-
lotte Guest dont la fidélité n'égale pas l'élégance.
XXII.
Au moment de terminer cette chronique, nous recevons VIrish Times du
lundi 14 janvier où nous lisons l'article dont suit la traduction, et qui nous
arrive comme un coup de foudre : « — Mort de M. W.-M. Hennessy —
« C'est avec beaucoup de regret que nous apprenons la mort de M. Wil-
« liam-Maunscl Hennessy, l'éminent celtiste et archéologue. Il avait dû
« à son érudition et à sa capacité une situation élevée aux Archives publi-
« ques d'Irlande. Il était aussi membre de l'Académie royale d'Irlande,
« dans les comptes rendus de laquelle il avait inséré plusieurs mémoires
« importants, entre autres un remarquable traité sur l'ancienne déesse cel-
'( tique de la guerre, et un autre sur la preuve par le jugement de Dieu.
« M. Hennessy a aussi publié le Chrouicon Scotoium et les Annales de Loch
« Ce qui ont paru dans la collection anglaise du Maître des rôles. Il a écrit
« dans la Revue Celtique et dans le journal VAcadeviy auquel il a donné un
« remarquable article sur la controverse ossianique. Il est né en 1828 à
« Castle Gregory, dans le comté de Kerry, en Irlande. Dans une courte
« période de sa vie, de 1853 à 1856, il a appartenu à la presse périodique;
« il était alors un des principaux rédacteurs du journal la Nation. Sa mort
« sera vivement regrettée par les celtistes de tous pays, par les savants
« irlandais sans exception et par beaucoup d'habitants de Dublin. »
M. Hennessy continuait avec une grande supériorité sur ses devanciers
la tradition des O'Donovan et des O'Curry. Je n'ai jamais rencontré un sa-
152 Chroniijue.
vant plus libéral des trésors de son érudition. Il était toujours prêt à donner
aide à qui le lui demandait, et plus d'une personne qui a écrit et signé un
mémoire n'a pas compris et n'a pu donc penser à dire que la plus grande
partie avait été dictée par M. Hennessy. Il l'avait fait, comme en se jouant,
pendant les courts instants de récréation qu'il se donnait tous les jours dans
la bibliothèque de l'Académie royale d'Irlande en sortant des Archives
après l'accomplissement de sa tâche officielle, et avant de rentrer chez lui
où d'autres labeurs l'attendaient.
Paris, le 16 janvier 1S89.
H. d'Arbois de Jub.mnville.
ERRATA DU TOME IX.
Page 457, ligne i6, après my iusèrt\ own.
Page 485, ligne 3, stipprinw- that.
Page 490, ligne 2, an lien de Alain Cdem ti:) //>- Alain(d em t.i).
Page 498, ligne 11, an lien de meraid lise^ meraib.
Page 499, ligne 10, an lien de skip lise- scip.
Page 499, ligne 16, an lien de primid //>- prinid.
M. Whitley Stokes nous fait observer que le mot composé cethalitride
pour cetharlilride, page 497, ligne 14, « est ainsi écrit dans le manuscrit de
Milan » ; que par conséquent la fiiute est imputable au scribe, et non à
M. Ascoli.
Le Propriétaire-Gérant : E. BOUILLON.
Chartres. — Imprimerie DURAND.
GENTILICES EN lUS
EMPLOYÉS AU FÉMININ DANS LA GÉOGRAPHIE
DE LA GAULE I
L'Itinéraire d'Antonin nous donne un exemple d'un nom
de fundus employé au fémmin et s'accordant avec villa ex-
primé : ad villam Scrvilianam (p. 42), c'est en Afrique. Le
plus souvent, dans Vltinérairc d'Antonin, le mot villa est
sous-entendu : voici des exemples de noms de fundi au fémi-
nin tirés de gentilices à l'aide du suffixe -anus :
Antistiana (^Itinéraire, p. 398)
Barbariana (p. 406)
Bassiana (p. 362)
Clodiana (p. 318)
Crispiana (p. 267)
Domitiana (p. 499, 500)
Malliana (p. 38)
Manliana (p. 292)
Marcelliana (p. 1 10)
Mariana (p. 445)
Variana (p. 220)
I , Ce travail contient le texte de deux leçons faites au Collège de France
en janvier 1889. Il est la suite d'une étude sur les gentilices en itis em-
ploycs au masculin singulier dans la Géographie de la Gaule; cette étude
sera publiée dans la Reznie ilcs Patois gallo-romans de MM. Gilliéron et
Rousselot.
Rivue Celtique, X il
154 ^- d' Artois de Jubainville.
Ont été formés avec le suffixe -acus :
Arriaca (Itincraire, p. 43 e, 438)
Artiaca (p. 361)
Darentiaca (p. 554).
Il ne faut donc pas s'étonner si les gentilices employés
comme noms de lieux se rencontrent quelquefois au féminin
dans les documents du moyen âge. On en peut citer pour la
France un exemple qui remonte au temps de l'Empire romain :
CANTILIA,
dans la Table de Peutinger, aujourd'hui Chantelle (Allier) %
est la forme féminine du gentilice Cantilius.
La forme féminime Cantilia de ce gentilice est un nom de
femme dans une inscription du musée de Naples (C /. Z,., X,
41 16). Au masculin, L. Cantilius est le nom d'un scriba pon-
tifîcis mentionné par Tite-Live, XXII, 5 7 ; il fut condamné à
mort pour avoir rendu grosse une vestale et périt sous les
verges.
Au lieu de villa Cantilia, on aurait pu dire villa Cantiliana
ou funci us Cantilianus. C'est d'un fundus Cantilianus que tire
probablement son nom la vicaria Cantilianensis mentionnée
dans une charte de 926 que M. Doniol a publiée dans son Car-
tiilaire de Brioude, p. 63. De Cantilianus est venu le dérivé
Cantilianicus écrit Cantillanicus dans une charte de 894 con-
servée parle Cartulaire de Brioude, p. 115.
Les dérivés en acus de Cantilius nt sont pas rares en France.
Nous citerons Chantilly (Oise), Chantilly, commune de
Courcelles (Indre-et-Loire), Chantillac (Chaiente), Chantillac,
commune de Ceyssac (Haute-Loire), Cantillac (Dordogne),
Cantilly, hameau de Cerisy-la-Forêt (Manche).
De cet exemple fourni par un document contemporain de
l'empire romain, nous passons à ceux que nous oftrent les
textes du moyen âge.
I . E. Desjardins, Géographie de la Gaule d'après la Table de Peutinger ,
p. 298.
Gentilices en ius. 1 55
ACULIA.
Une localité de ce nom dans le pays de Vosge, in pago Vo-
sago, est mentionnée en 713 par une charte de l'abbaye de
Wissembourg (Pardessus, Diploinata, II, 437). En 1056, une
charte de l'abbaye de Saint-Victor de Marseille parle d'un châ-
teau appelé Agidia : castnim quem vocatur AguJia (Guérard,
Cart. de Saint-Victor de Marseille, t. I, p. 264). Agidia est
une orthographe moderne pour AcuJia.
Acidia est le féminin d'Aculius, gentilice écrit Aqulius
dans la marque d'un potier qu'on a relevée sur un vase trouvé
à Aix en Provence : G. Aqulius Félix (C /. L., XII, 5686,
69. Aculius est le pendant du gentilice Aculenus (C. /. L.,
IX, 3351). En dérivent le cognonien Acidinus (C. /. L., VIII,
7973) et quelques noms de lieu.
Tel est Agidiacus pour Aculiacus dans une charte de l'an-
née 850; c'est aujourd'hui Saint-Apollinaire (Gôte-d'Or)
comme l'a reconnu M. J. Garnier, Nomenclature historique,
p, 190, n° 28, cf. p. 8, même numéro. \J\\^nva{ûî Aculiacus
explique Eguilly (Aube), au xii'' siècle Aguilley (Boutiot et
Socard, Dict. topogr. du dép. de l'Aube, p. 61); Eguilly, com-
mune de Saint-Avit (Eure-et-Loir), au xiv-^ siècle Aguilly
(Mcrlct, Dict. top. du dép. d'Eure-et-Loir, p. ()^^.
Aiguillan, commune de Merindol (Drôme), Aiguillanes,
commune de Vilhac-Aiguillanes (Ardèche), sont dérivés du
gentilice Aculius au moyen du suffixe -anus. Aiguillon (Lot-
et-Garonne) et les deux Aiguillon de la Vendée nous offrent
le même gentilice développé à l'aide du suffixe -0, -onis.
ALBANIA.
Les mots in territorio quod dicitur Albania {Cari, de Saint-
Victor de Marseille, t. I, p. 67), /;/ territorio villae Alhaniae
(ibid., p. 83), in castro Albaniae (Jbid., p. 162), dans des
chartes du xi*-" siècle, paraissent désigner Aubagne (Bouches-
du-Rhône).
10 H. d'Arbois ae Jubainville.
C'est un gentilice dont les inscriptions romaines nous
offrent quelques exemples en Afrique et en Italie^. Nous re-
marquerons qu'on le trouve aussi dans une inscription ro-
maine de Valence (Drôme)^.
Le nom d'Aubagnan (Landes) est un dérivé en -anus de ce
gentilice. Les dérivés en -acus sont plus nombreux en France :
Tels sont trois hameaux du département de l'Aveyron, tous
appelés Albagnac, communes de Montagnol, Sauveterre et
Saint-Igest; Albagnac, commune de Saint-Etienne de Chomeil
(Cantal), Aubagnat, commune de Frugières-le-Pin (Haute-
(Loire)3.
ALBIA.
C'est Albi, chef-lieu du département du Tarn.
La plupart des textes les plus anciens supposent une ortho-
graphe Albiga avec un g parasite entre l'i et l'a. C'est ainsi
que la Notifia dignitatuni parle des équités cataphractarii albi-
genses Yl\:^cks sous les ordres du magistcr militum de Thrace-^;
que la civitas Alhigensium figure dans la « Notice des pro-
vinces et des cités de la Gaule > » . Grégoire de Tours appelle
Albi au génitif A linge ^ et en tire l'adjectif Albigcnsis, Alhi-
ciiisis~. ■
D'Anville, Notice des Gaules, p. 45, a reconnu qu Albiga
est une notation d'Albia. M. Schuchardt (J^ohalismus des Vul-
gaerlateins, I, 170; III, 25) a relevé des analogues: aligenare
pour alienare; aliginigenus pour alienigenus ; origentis pour
orientis.
Nous avons étudié le gentilice Albius et son dérivé Albiacus
1. C. I. L., VIII, 6718, 718), 8003, 8ooj; IX, 1639, 5551 ; X, 6132.
2. C. /. I., XII, 1759.
5. \'oir Chassang, Spicilegium Brivatensc, p. 579, 583.
4. Notitia orientis, c. VII, § 1, B. i. Ed. Boecking, t. I, p. 31, 216.
5. Longnon, Atlas historique de la France, Texte, p. 13.
6. Historia Francorum, 1. IX, c. 20; éd. Arndt, p. 375, 1. 16.
7. Historia Francorum, 1. II, c. 3, 37; I VI, c. 33 ; 1. VII, c. i ; I. VIII,
c. 22, 45 ; édition Arndt, p. 65, 1. 18 ; p. 102, 1. i ; p. 274, 1. 5 ; p. 292,
1. 2; p. 340, I. 9; p. 356, I. 14.
Gentilices en lus. 137
dans le r. XLVIII, p. 359-360, de h Bibliothèque de l'Ecole des
Chartes.
ANTIA.
Ancia, forme vulgaire pour Antia, est un nom de lieu men-
tionné dans un diplôme faux du roi Dagobert II en faveur
d'une abbaye au diocèse de Trêves ^ Ance (Basses-Py-
rénées), Anse (Rhône) se sont peut-être appelés primitivement
Antia.
Antius est un gentilice romain peu connu. Le moins obscur
de ceux qui l'ont porté sous la république est Antius Restio ;
étant tribun du peuple, édile ou préteur, on ne sait lequel, il
fit voter une loi pour empêcher les candidats aux magistratures
et les magistrats d'aller diner en ville. Sa loi ne fut exécutée
par personne, lui excepté ; ayant soin de bien diner chez lui
tous les soirs, il n'eut jamais la tentation de dîner une se-
conde fois chez les autres 2.
On trouve ce gentilice sous l'empire à Rome 5 et hors de
Rome.
Le gentilice Antius a donné à la France des noms de lieu
dérivés en -acus et en -anus : Ancy-le-Franc (Yonne) est ap-
pelé à l'accusatif: Anciacum dans deux testaments, l'un de
l'année 721, l'autre de 746 (Pardessus, Diplomata, t. II, p. 324,
400, cf. Quantin, Cart. de l'Yonne, t. II, p. 2), et dans une do-
nation de la fin du xi'-* siècle (Cart. de l'Yonne, t. II, p. 18).
L'église d'Ancy-le-Serveux (Yonne) est en latin ccclesia An-
ciaci dans une charte de 1108 (Cart. de l'Yonne, t. I, p. 216).
Ancey (Côtc-d'Or) a la même origine, bien que les textes les
plus anciens, wx" siècle, ne conservent la tradition ni de Va ni
du c du sulHxe et écrivent son nom Anceiiim (Garnier, Nomen-
clature historique, p. 56, n° 243). Ancy (Rhône) dans une
charte de la fin du xi" siècle est à l'ablatif Anciaco (Cart. de
Savigny, p. 429). Ansac (Charente) paraît être la notation
1. Pardessus, D/'/i/tw/û/a, II, 168.
2. Aulu-Gelle, II, 24, 13; Macrobe, Saturnales, III, 17, 15 ; cf. De-Vit,
Onoiiiasticon, I, 545.
5. C. /. L., VI, 1 1940-1 1945.
158 H. d'Arbois de Jubainville.
méridionale d'un antique Antiacus. Ansan (Gers) doit être la
forme moderne d'un primitif Antianus.
ARIA, mieux ARRIA.
Une charte de l'année 856 contient la date de lieu Actum
Aria monasterio (Guérard, Cart. de Saint-Bertin, p. 162). Il
s'agit d'Aire-sur-la-Lys (Pas-de-Calais).
On a trouvé à Rome les épitaphes de L. Arius Abascantus,
d'Arius Amandus et d'Aria Gemella (C /. L., VI, 12328-
12330). Cependant les inscriptions et les textes classiques
écrivent ordinairement ce gentilice avec deux r. La bonne or-
thographe du nom de lieu serait donc Arria. C'est la forme
féminine du gentilice Arrius. Arrius est le nom d'un centu-
rion qui s'empara des biens de Virgile à Mantoue. Servius
nous l'apprend dans son commentaire sur le vers 47 de la
première éclogue, sur le vers 94 de la troisième et sur le pre-
mier vers de la neuvième ^ On y voit que le domaine occupé
par Arrius touchait au Mincio, un affluent du Pô; que, Vir-
gile s'étant remis en possession, Arrius voulut le tuer, et que
le poète ne put sauver sa vie qu'en se jetant dans la rivière et
en la traversant à la nage.
Catulle se moque de la prononciation d'un autre Arrius qui
ornait la langue latine d'aspirations inutiles :
Chommoda dicebat, si quando commoda vellet
Dicere, et hinsidias Arrius insidias.
Arrius est fréquent chez les auteurs, et on rencontre par
exemple chez Cicéron plusieurs Arrius. On trouve souvent
aussi ce gentilice dans les inscriptions romaines. Ainsi, parmi
celles de la ville de Rome, on a publié les épitaphes de dix-sept
Arrius et de vingt Arria (C. /. L., VI, 12366-12415). Nous
citerons dans la Gaule méridionale le nom du potier Arrius
au musée de Nîmes (C. L L., XII, 5686, 76). L'épitaphe
d'un certain Capito, trouvée près de Mayence, nous apprend
\. Ed. Thilo, t. III, p. II, 41, 108.
Gentilices en ius. 1 59
que ce Capito était affranchi d'Arrius et qu'Arrius, son patron,
avait un esclave nommé Diomède (Brambach, 934). Une ins-
cription de la Bavière rhénane rappelle que G. Arrius Patrui-
tus avait élevé un temple à la déesse Maia (Brambach, 1835).
Les noms de lieu dérivés d'Arrius ne nous offrent qu'une
seule r dans les monuments du Moyen Age. En 721, l'abbé
Wideradus donne à l'abbaye de Flavigny (Côte-d'Or), une
coJonica in Ariaco, c'est-à-dire à Herry (Nièvre), (Quantin,
Cart. de V Yonne, t. II, p. 540). Dans la charte du Cart. de
Saint-Bertin, d'après laquelle nous avons donné le nom ancien
d'Aire-sur-la-Lys, on trouve l'indication géographique in
Ariaco. Une charte du ix*-" siècle, comme la précédente, et
conservée par le Cart. de Saiiit-Hiigues de Grenoble, p. 15,
donne une énumération de localités comprises dans le comté
de Vienne, et nous y lisons au cas indirect Ariaco^ c'est Hey-
rieux (Isère). Nous citerons encore la vicaria Ariacensis men-
tionnée au x'' siècle dans le CartuJaire de Conques, p. 230.
Elle était située en Rouergue, c'est aujourd'hui Arjac, com-
mune de Saint-Cyprien (Aveyron). La bonne orthographe
nous est conservée par l'Itinéraire d'Antonin, ou une station
d'Espagne est deux fois appelée Arriaca.
A côté du dérivé en -acus il v en a un autre en -anus dont
la forme féminine nous est offerte par le nom de lieu Ariaiia.
Ce nom de lieu sert à distinguer des autres Giraud, Giraldus de
Ariana dans une charte de la fin du xi^ siècle conservée par le
Cariulaire de Saini-Huf^ues de Grenoble, p. 127. Ce nom de
lieu a dû s'écrire originairement par deux r. Dans une ins-
cription de Pompeï, il est question de VInsula Arriana (C. I.
L., IV, 138).
ARTIA.
Nous diviserons cet article en cinq paragraphes. Le premier
traitera de l'étymologie du mot Artia. Nous dirons dans le
deuxième qu'une idée religieuse était associée à ce mot. Dans
le troisième paragraphe, la preuve en sera donnée par l'exa-
men des noms d'hommes composés gaulois dont le second
terme est genos. Le quatrième paragraphe concernera trois
i6o H- d^Arhois de Jubainrille.
noms propres d'hommes gaulois idemiques à des noms com-
muns d'animaux divinisés et les dérivés de ces noms propres.
Le cinquième aura pour objet une difficulté phonétique.
§. I. — Artia, Ariiits, Artos.
Le testament d'Abbon en 739 met in pago Gratianopolitano,
c'est-à-dire en Graisivaudan, une cohnica (c'est-à-dire une
terre habitée par les colons) ... propc Arcia {Cart. de Saint-
Hugues de Grenoble, p. 44). La même localité est appelée
Anes vers iioo {Ihid., p. 103); c'est aujourd'hui Arces,
commune de Saint-Ismier (Isère). Arcia, Arces (lisez Arce),
figurent la prononciation moderne d'un antique Artia, fémi-
nin d'Artius.
Artius est un gentilice romain peu répandu. De-Vit, Ono-
masticon, t. I, p. 494, au mot Artia, en offre deux exemples.
On trouve Artius servant de cognonien dans une inscription de
Pozzuoli en Campanie ; c'est l'épitaphe d'un monument funèbre
élevé par deux affranchis à leur mère, affranchie comme eux
d'un certain Junius : l'un s'appelle M. Junius Artius (C /. L.,
X, 2626). Artius est dérivé d'Artus ou Artos, que l'on sup-
pose être le nominatif d' Arti dans le composé S3-ntactique gau-
lois Arti-cnos « fils d' Artos », conservé par une inscription
grecque d'Ancyre ^ en Galatie, et par une inscription de la Pan-
nonie supérieure où est mentionnée la tiirnia Arti, le peloton
d'Artus qui faisait partie de Vala Pannonioruui, c'est-à-dire de
l'escadron des Pannoniens (C. /. L., l\l, 4376). Arti peut
être le génitif d'Artius aussi bien que d'Artus. Cependant
l'existence d'un nom d'homme Artos ou Artus paraît dé-
montrée parle nom de lieu Arto-briga, forteresse d'Artos, en
Norique suivant la table de Peutinger, en VindéHcie suivant
Ptolémée ; c'est par un premier terme primitif arto- que s'ex-
plique le nom d'Arte-dunus, Arti-dunus ou Arta-dunum porté
au viii^ et au x'^ siècle par Arthun (Loire) dans les Cartu-
laires de Saviçnv et de Saint-Victor de Marseille.
A Arto-briga comparez Eburo-briga « forteresse d'Eburos »,
I. Mojaavo; 'AoTi'/voy, Boeck, C. I. GR., t. III, n" ^039, 1. 57.
Gent'Jices en ius. i6i
nom d'une station romaine des Gaules; Augusto-hriga, Cae-
saro-hriga, noms de villes d'Espagne dont le premier terme
est un cognomen romain comme Eburus ; CocJio-hriga, Flavio-
hriga, JuUo-hriga, noms de villes d'Espagne dont le premier
terme est un gentilice romain. A *Arto-diinum, comparez Au-
gusto-dimuni, Cacsaro-dunum. Arto-s a donné plusieurs dérivés;
l'un est Artinus, cognomen d'Acceptius, dans une épitaphe
trouvée à Trêves (Brambach, 817); un autre est Artilius,
gentilice, employé au féminin dans une inscription de Lyon
(Boissieu, p. 200), au masculin dans une inscription de
Brescia (C. /. L., V, 4535). On trouve les gentilices Arta-
nius et Artidius dans des inscriptions de Rome (C. /. L., VI,
12452, 12471).
D'Artius est venu le nom de lieu dérivé Artiacus employé
au féminin dans V Itinéraire d' Antonin où Artiaca est Arcis-sur-
Aube (Aube). L'accusatif pluriel féminin Arciacas, dans un di-
plôme de Charlemagne en 802, désigne Assé-le-Bérenger,
Mayenne (L. Maître, Dict. top. du dép. delà Mayenne, p. 7).
Ailleurs le masculin l'emporte : Artiacus est Arçay (Vienne)
dans un acte de l'année 791 (Redet, Dict. top. du dép. de la
Vienne, p. 11); Arcy-sur-Cure, Yonne, s'appelle à l'ablatif
Arsiaco dans une charte du xir' siècle (Quantin, Cart. de
l'Yonne, t. I, p. 71); Arciacus est en 1125 le nom d'Arcy-
Sainte-Restitute, Aisne (Matton, Dict. top. du dép. de V Aisne,
p. 8); le même nom désigne au xi'' et au xir" siècle dans le
Cart. de Saint-Vincent de Màcon, p. 340 et 374, Arciat ou
Arcieux, commune de Saint-Jean-de-Thurigneux (Ain).
Dans le midi de la France, les communes d'Arsac (Gironde)
et d'Arzacq (Basses-Pyrénées; les hameaux d'Arzac, commune
de Cahuzac (Tarn), d'Arsac, commune d'Auzers (Cantal),
d'Arsac, commune de Garât (Charente) ; d'Arsac, commune
de Saint-Frejoux (Corrèze) ; d'Arsac, commune de Coubon ;
d'Arsac, commune de Saint-Pierre-du-Champ, tous deux
dans la Haute-Loire, se sont probablement appelés primiti-
vement chacun Artiacus. Arsague (Landes) paraît être une an-
cienne Artiaca (villa). Ces formations ne sont pas spéciales à
la France: M. Flechia, dans le t. XXVII des mémoires de
l'Académie des sciences de Turin, signale les noms de Y\Q\iAr-
102 H. d'Arbois de Juhainville.
~ago et Ar::aga, près de Milan et près de Bergame. Une charte
de 976 qui fait partie des arcliives de la cathédrale de Novare
mentionne près de cette ville un fundus Arciacus {Historiae
patriac nwnumenta, Chartae, I, 249).
Le nom d'homme gaulois Arto-s, dont le gentilice Artius dé-
rive, paraît identique au gallois art]} « ours ». Le nom latin
de cet animal, iirsus, a été employé en Gaule comme cog-
nomen sous l'empire romain. A Grézy, près Aix en Savoie,
existe encore l'épitaphe de Rutilia Ursa (C. /. L., XII, 2476).
On a autrefois copié à Narbonne les épitaphes de Cornelia
Ursa (C. /. L., XII, 4747) et d'Usulena Ursa (C. /. L., XII,
5265). On a trouvé: à Vienne (Isère), une lampe romaine
qui porte la marque du fabricant de poterie L. AemiUus(?)
Ursus (C. /. L., XII, 5682, 53); près de Mayence une dédi-
cace au génie du collège de la jeunesse d'un vicus par Acutius
Ursus et par Acutia Ursa (Brambach, 1138).
Ursus fut un nom fréquent chez les chrétiens vers la fin de
l'Empire romain, et dans les siècles qui ont suivi sa chute :
nous citerons saint Ursus, évêque de Troyes, au commen-
cement du V' siècle ; saint Ursus, évêque d'Auxerre, vers la
fin du même siècle ; saint Ursus, né à Cahors, qui devint abbé
de Loches et dont Grégoire de Tours a raconté l'histoire dans
ses Vitae Patnim (c. xviii, § 1-2) ; il était contemporain du
roi Alaric et vivait sous la domination de ce prince qui périt,
comme on sait, à la bataille de Vouillé en 507. Grégoire de
Tours raconte dans YHistoria Francorum (IV, 46) comment
au temps du roi Sigebert, (I, 561-575), un certain Ursus,
riche habitant de Clermont-Ferrand, faillit être dépouillé de
sa fortune par les intrigues d'un aventurier appelé Andar-
chius. Andarchius avait trouvé pour compère un pauvre diable
nommé aussi Ursus qui s'était engagé à lui donner sa fille en
mariage, et il prétendait contraindre le riche Ursus à exécuter
cette promesse.
D'Ursus est venu le gentilice Ursius dans les inscriptions
romaines, par exemple aux environs de Mayence (Brambach,
1238) et dans l'Italie méridionale (C. /. L., X, 6238). On
peut y rattacher le nom d'Orsay (Seine-et-Oise) et d'Orçay
(Loir-et-Cher) qui seraient d'anciens Ursiacus ; ces noms de
Gentilices enius. i6j
lieu auraient le même sens qu'Arcis, Arcy, Arçay, etc., ceux-
ci dérivés d'un gentilice tiré du gaulois Artos « ours », tandis
qu'Orsay viendrait d'un gentilice dérivé du latin Ursus.
On ne doit pas hésiter à reconnaître l'identité du mot
gallois arth « ours », en gaulois artos, avec le premier terme
des noms d'hommes composés : i° Arth-mael, 2° Arth-uiuu,
fréquents au ix" siècle dans les chartes de la Bretagne con-
tinentale que nous a conservées le Cartulaire de Redon,
3° Arthbiu, qui s'y rencontre aussi, mais une fois seulement.
Arth-mael = * Arto-maglo-s paraît signifier « prince, roi des
ours » ^ ; Arth-uuiu « digne d'être un ours » ; Arth-biu « vif
comme un ours ». On a proposé d'expliquer le premier terme
de ces noms composés par l'irlandais art « pierre » ; il est bien
plus naturel de l'expliquer par le gallois. Le premier et le der-
nier de ces deux noms composés ont été usités chez les Gallois
comme chez les Bretons. On trouve dans le Cartulaire de
Llandaf au xii^ siècle le nom d'homme Arthmail = Arth-mael
« roi des ours » {Grammatica ccltica, 2'-' édition, p. 114);
Artbeu = Arthbiu « vif comme un ours » est un nom d'homme
inscrit au viii" ou au ix'^ siècle sur une stèle funéraire du pays
de Galles (Hûbner, Inscripiioncs Britanniae Christianae, n° 57).
M. Rhys, dans ses Lectures on WehhPhilology, 2'' édition, p. 358,
369, traduit comme nous les substantifs arth et mail dans les
noms d'homme composés gallois.
Il y a un nom d'homme germanique dont la comparaison
avec Arth-mael est propre, je crois, à convaincre les plus
sceptiques, c'est Bcrnrich, dont M. Fœrstemann a réuni des
exemples dans le tome II de son Altdeutsches Nanienhucb,
col. 233. Nous en connaissons un exemple français: il est
fourni par les actes des évêques du Mans fabriqués au
i.\* siècle, où on voit paraître les témoins Bernaricus (Par-
dessus, Diploiiiala, I, p. 95), Bcrnerichus {ihid., I, p. 98) et
Bernericus (//'/J., I, p. 99, 127; 11,45). Ces personnages créés
par le même faussaire constituent, à côté des exemples alle-
I. M. Rhys, /^t7«re5 0« /re/5/^ P/;//o/o^v, deuxième édition, p. 369, traduit
comme nous niacl -zz magtoi, et on peut voir dans le même ouvrage,
p. 558, que arlh a été employé comme nom dhomme en Galles.
164 H. d'Arbols de Jahainville.
mands réunis par M. Fœrstemann, un témoignage français
unique, mais ce témoignage atteste que le nom dont il s'agit
était connu dans le diocèse du Mans au ix*= siècle. Un autre
nom bien plus répandu est le nom germanique Bernhard, litté-
ralement « dur comme un ours )i ; il peut se comparer aux
noms bretons Arthbiu « vif comme un ours », Arth-uuiu
« digne d'être un ours ».
Le nom d'homme Arth-mael a fourni le second élément du
nom de lieu breton Ploermel (Morbihan). Ploermel s'appelait
Plchs Arthniacl au ix*^ siècle comme nous l'apprend une charte
du Cartulaire de Redon, p. 20.
Plehs Arthmael signifie « paroisse d'Arthmael », c'est-à-dire
du « roi des ours », comme Artiaca, sous-entendu villa,
signifie « ferme d'Artius », c'est-à-dire « ferme du fils d'Ar-
tos », du fils de l'ours, et Arto-Briga, * Arto-dimum, château
d'Artos, c'est-à-dire d'un homme dont le nom était le nom
gaulois de l'ours.
Nous serions incomplet si nous ne disions qu'Artilius,
signalé plus haut comme dérivé d'Artos, a donné un nom de
lieu en -aciis, c'est Arîiliaciis dans le Talou, pcigus Tellavus^,
c'est-à-dire aux environs d'Eu, suivant un diplôme de Pépin
le Bref pour l'abbaye de Saint-Denys en 75 1 -.
Ariiliaciis a pour pendant Ursiliacus en Lyonnais donné à
l'abbaye d'Ainay vers le miheu du xi" siècle (Aug. Bernard,
Cart. de Savigiiy, t. II, p. 568).
§ 2. — Les animaux divins.
Une des causes qui ont dû contribuer à faire adopter à
certaines personnes dans le monde gaulois le nom d'Artos et
les noms dérivés d'Artos, est le sentiment religieux. L'ours
était considéré comme un animal divin. Chez les Celtes, on
avait divinisé l'ours et l'auroch, qui étaient les plus redoutables
animaux des forêts, et le corbeau qui, après la bataille, ron-
geait le cadavre du guerrier vaincu. Les Germains avaient des
1 . Voyez sur ce p^^^lls, dont le nom est ordinairement écrit Tellaus, Lon-
gnon, Atlas historique de la France, p. 98.
2. Tardif, Monuments historiques, p. 45, col. 2.
Gentilices en ius. 165
croyances analogues. En Scandinavie, ours, biorn, était un
surnom de Thorr, dieu de la foudre S et un corbeau perchait
sur chaque épaule du grand dieu Odin-. Dans les premiers
siècles du royaume de France des parents donnant à leurs fils
les noms de Bero « ours » de Chramnus ou Hrabanus « cor-
beau », ont dû avoir présentes à l'esprit ces croyances reli-
gieuses.
En Irlande, le mot art = arios, au gén. airt = arti
« ours », tombé en désuétude comme nom d'animal, survécut
dans la littérature la plus ancienne comme nom de dieu en
général ; on le trouve même appliqué à Jésus-Christ 3 .
En Gaule, au temps de l'empire romain, nous le recon-
naissons au féminin dans le nom And-arta = Ande-arta d'une
déesse honorée à Die (Drôme), comme l'étabHssent plusieurs
inscriptions dédicatoires (C L L., XII, 1554-1560). And[e]-
arta, dont le premier terme est la particule augmentative
ande, dont le second terme est un nom d'animal divinisé,
peut être comparé à deux noms d'homme qui devinrent noms
de lieux: Andc-matunmiin et Ande-camulus. Tous deux ont
pour premier terme le préfixe ande et pour second terme un
nom de divinité. Andc-iuatiinnum, nom de la ville de Langres
sous l'empire romain, est probablement une expression abrégée
pour Ande-matunno-duninn , forteresse d'Ande-matunnus, et le
second terme de ce nom d'homme n'est autre chose que le
nom du dieu Matunus, probablement par u long, mentionné
dans une inscription romaine de la Grande-Bretagne (C. I. L.,
VII, 995), et employé au féminin comme fco-Homt'n dans une ins-
cription romaine de Séville (C. /. L., II, 1209). Quant à An-
. decainul us[[undus\ ou Ande-caniulunt (-pour A ndecaDiulo-dunuiii)
tout le monde connaît le nom de Camulus, un des dieux gau-
lois de la guerre, qui a fourni le second terme de ce composé.
D'*artos, nom de l'ours mâle, ou à'arta, nom de sa femelle,
paraissent tirés deux autres noms de divinités: 1° celui de
1. Grimm, Deutsche M)thologie. troisième édition, p. 633; Simrock,
Handhuch der deutschen Mythologie, cinquième édition, p. 239.
2 . Simrock, Handhuch der deutschen Mythologie, cinquième édition, p. 174.
3. Glossaire de Connue, \"> Art, chez Whitley Stokes, Three Irish glos-
saries, p. 2.
i66 H. d'Arbois de Jubainrille.
la déesse Artio : un fragment de statue de cette divinité a été
découvert dans le canton de Berne ^ ; 2° celui du dieu Artaios
assimilé à Mercure : une dédicace Mercurio Auguste Artaio
a été trouvée à Beaucroissant (Isère) (C. /. L., XII, 2199).
On comprend l'importance du culte de l'ours dans le voisi-
nage des Alpes, mais ce culte paraît avoir été connu dans
le monde celtique en des régions bien éloignées de ces mon-
tagnes.
§3. — Matu-genos, Arti-geuos; -genos en général.
De l'étude du mot art-o-s qui est un des noms de l'ours,
nous ne pouvons guère séparer l'étude du thème matii- qui
est un autre nom du même animal. Matu-s est en moyen ir-
landais math, gén. niatho, que M. Windisch donne dans le
glossaire de ses Irischc Texte. Les dictionnaires modernes four-
nissent le composé Math-gbamhain ou math-ghamljuin, dont le
second terme veut dire « veau ». Math-gamhain est à propre-
ment parler le veau de l'ours, c'est-à-dire l'ourson. Cependant
ce mot signifie « ours » aujourd'hui. C'est l'expression qui
dans la traduction irlandaise de la Bible correspond à Yursus
de la Vulgate. Math-gbaiiib)ia, gén. sing. de Mathghanihain
se prononce aujourd'hui Mahon, c'est la seconde partie du
nom de flimille Mac-Mahon qui s'écrit en irlandais Mac-malh-
ghainljna et qui veut dire « fils de l'ours ».
Le principal témoignage qui atteste le culte de l'ours sous le
nom de matu-s dans le monde celtique est le nom d'homme
Matu-2:enos « fils de l'ours ». On le lit écrit sur une monnaie
gauloise comme on peut le voir dans le dernier travail de
M. de Barthélémy sur les légendes des monnaies gauloises
{Revue Celtique, t. IX, p. 33, col. i). On a trouvé en France,
tant dans le département du Gard qu'à Narbonne, les épi-
taphes de trois Matugenus (C. /. L., XII, 2865, 2880,
4986) ; à Bordeaux, un autel dédié à Jupiter par les soins d'un
quatrième Matugenus (Jullian, Inscriptions romaines de Bor-
deaux, p. 25). On conserve au Musée Britannique quelques
I. Mommsen, Inscript iones heheticae, 215.
Gentilices en ius. 167
vases qui portent la marque du potier Matugenus (C. /. L.,
VII, 1334, 34; 1336, 683); de ce nom gaulois dérive le genti-
lice Matugenius dont le féminin Matugenia nous a été conservé
par une inscription de Soleure en Suisse (Mommsen, Inscr.
hciveticae, 23 i) et dont la forme masculine apparaît avec un rau
lieu d'un g ': Matuceni au génitif dans une inscription trouvée
cà Saint-Benézet-de-Cheyran (Gard) (C. /. L., XII, 3935).
Les composés asyntactiques dont le second terme est
-genos expriment une filiation mythologique ; ils s'opposent
aux composés syntactiques dont le premier terme est un nom
d'homme au çénitif et dont le second terme est cno-s : exem-
pie, Druti-cnos « fils de Drutus » ; Tanotali-cnos « fils de
Dannotalos » ; Toutissi-cnos « fils de Toutissos » ; Arti-cnos
cité plus haut, etc. Ces derniers noms expriment la relation ju-
ridique de fils à père; tandis que les noms dont le second terme
est -genos ont un sens religieux : tel est dans une inscription de
Rome (C. /. L., VI, 2407) Totati-gen[u]s, fils de Totatis,
ailleurs Toutatis, dieu assimilé à Mars, le Teutatès de Lucain.
Totati-genus est le nom d'un soldat gaulois au service de l'em-
pire romain. Camulo-genus, chef aulerque d'Evreux, qui
prend les armes contre César en l'an 52 avant J.-C, est éty-
mologiquement un fils du dieu Camulus. Divo-genus, Divo-
gena dans des inscriptions de Bordeaux (JuUian, p. 129, 27),
variantes dialectales d'un plus régulier *Dêvo-genos, *Dêvo-
gena signifient fils et fille de Dieu. Le grec a des composés ana-
logues, l'.'y;irr,:, 'Eç,-^.oyéTr,ç, fils de Zeus, fils d'Hermes.
Des noms gaulois dont le second terme est genos et dont le
premier terme est un nom de divinité, on peut rapprocher les
noms gaulois en getws dont le premier terme est le nom d'un
être abstrait : Rectu-genus « fils du droit » dans deux inscrip-
tions romaines d'Espagne (C. /. L., II, 2402, 2907) ^ Boduo-
genus « fils de la volonté, du bon plaisir, peut-être du destin »,
dans une inscription romaine de Grande-Bretagne (C. /. L.,
VII, 1202); Litu-genus « fils de la fête » dans un graffito ro-
main de Grande Bretagne (C. I. L., VII, 1256) et dans des
marques de potier du même pays (C. /. L., VII, 133 i, 66;
I . Rextu-genos dans l'inscription de la figurine de Caudebec.
1 68 H. d'Arbois de Jabainville.
1336, 563), au féminin Litu-gena « fille delà fête » cognomen
de femmes dans plusieurs inscriptions romaines du Norique
(C. /. L., III, 5066, 5099, 5269, 5430). Litugena faisait au
génitif Litugenes ou avec une orthographe moins exacte Lito-
genes : c'était le nom d'une fabricante de lampes en terre dont
on a trouvé des spécimens dans plusieurs localités de l'Italie
septentrionale (C. /. L., V, 81 14, 81).
Ce nom antique a persisté en Grande-Bretagne après la
chute de l'empire romain. On signale encore, dans le comté
de Pembroke, l'épitaphe du fils de Lito-genus, gravée entre les
années 500 et 700 de notre ère, Hûbner, Inscript loties Bri-
tanniae Christianae, 98.
Les chartes du moyen âge gallois et breton nous offrent des
exemples de noms d'hommes formés de cette façon : Anau-
gen = *Anavo-genos « fils de la musique et de la poésie »
dans le Liber Landavensis, manuscrit du pays de Galles, et dans
le Cartulaire de Redon qui est breton ; Cat-gen = Catu-genos
dans le Liber Landavensis, veut dire « fils de la bataille »; Bud-
ien = Bodi-genos, dans le Cartulaire de Redon, signifie « fils de
la victoire ». *Bodigenos exprime une idée analogue au sens de
Bodiacos qui veut dire « celui qui appartient à la victoire »,
« celui qui est en quelque sorte membre de la famille dont la
victoire personnifiée est le chef ». Le suffixe -acus a une valeur
analogue à celle du suffixe latin -anus, et celui-ci dans les
noms d'hommes exprime la filiation naturelle de l'enfant adoptif
par opposition à sa filiation légale : Octavianus est celui qui,
de par la nature, a appartenu à Octavius et auquel une fiction
légale a donné un père nouveau. Bodiacus forme le second
terme du nom d'un peuple de Galatie, les Teuto-bodi-aci,
Pline, V, 146. Ce nom peut être rendu par : « fils ou protégé
delà divinité qui préside aux victoires sur les peuples ».
La paternité mythologique chez les Celtes a été attribuée à
un minéral : Hoiarn-gen = * Esarno-genos, fils du fer ; Dubr-
ien = Dubro-iienos « fils de l'eau » dans le Cartulaire de
Redon. En regard de ce nom aquatique conservé au mo3''en âge
on pourrait mettre le nom plus gai de Medu-genus « fils de
l'hydromel » porté par un Gaulois d'Espagne sous l'empire ro-
main (C. /. L., II, 162). Mais Dubr-ien =■ Dubro-genos « fils
Gentilices en'ms. 169
de l'eau » s'explique par la croyance à la divinité des rivières.
Cette croyance explique aussi le vers où Properce parlant du
chef gaulois Virdumarus tué par le consul Claudius Marcellus
l'an 222 av. J.-C, dit que Virdumarus prétendait compter le
Rliin parmi ses ancêtres :
. . . genus hic Rheno jactabat ab ipso
(livre V, élégie 10, v. 41).
Cela veut dire qu'il était fils de Reno-genus. Il s'appelait Vir-
dumarus Renogeni-cnos. Le Rhin (c'est-à-dire non seulement
le grand fleuve, mais tout amas d'eau, rian, en irlandais « la
mer »), était dieu : on pouvait s'appeler par piété Roius dans le
monde celtique, comme Mercurius dans le monde romain.
Parmi les inscriptions romaines de Padoue se trouve le nom
d'une femme appelée Isellia Rena (C /. L.^ V, 2967). De
Renus on a tiré en abrégeant 1'^ et en doublant Vn le gentilice
Rennius. Les Gaulois ont porté ce gentilice dans diverses par-
ties de l'empire romain. On le rencontre par exemple à
Aquilée (C. /. I., V, 8444), à Adria (C. /. I./V, 2359), à
Oderzo (C. /. L., V, 1977), dans l'Italie du Nord; à Nonn-
berg, près de Salzburg en Autriche (C. /. L., III, 5554). On
le trouve enfin en Gaule, à Narbonne (C. I. L., Xli, 5967).
Il a donné naissance au nom de lieu * Reimiaciis très répandu
en France. On doit, je pense, reconnaître d'anciens Rcnniacus
dans les nombreux Regney, Regny, Reignac, Reignat, Rei-
gny, Rignac, Rigneux, Rigné, Rigny que la France possède.
Les uns ont conservé Vc de la première syllabe, les autres
l'ont assimilé à la syllabe suivante. Dans la première catégorie
sont Regney (Vosges), Regnié (Rhône), Rcgniacus au
x*-" siècle dans le Cari, de Saint-Vincent de Mâcon, p. 59,
Regny (Aisne), appelé Regni en 11 10 et Reini en 1143
(Matton, Dicl. top. du dép. de l'Yonne, p. 228) et six autres
Regny (Cher, Isère, Loire), sept Reignac (Charente, Corrèze,
Gironde, Indre-et-Loire, Lot-et-Garonne), deux Reignat (Puy-
de-Dôme), un Reigny (Cher), total dix-neuf. La seconde ca-
tégorie comprend trente-trois localités : Rignac (Aveyron),
encore appelé à l'ablatif de Regniaco au xi'= siècle dans le
Carlulaire de Conques, p. 3, 4, et huit autres Rignac (Cantal,
Revue Celtique, X .12
lyo H. d'Arboisde Jubainville.
Corrèze, Dordogne, Gers, Ille-et- Vilaine, Lot), Rigné (Maine-
et-Loire) qui s'appelait déjà ainsi vers iioo (Port, Dict.
de Maine-et-Loire, t. III, p. 257), Rigney (Doubs), deux Ri-
gneu dans l'Ain et dix-neuf Rigny, dont il est inutile d'énu-
mérer les départements, et enfin Rinhac (Lot) ; cela donnerait
un total de cinquante-deux Rcnniacus, noms de lieux dérivés
du gentilice Rennius, dérivé lui-même de Renus et ayant pour
point de départ la croyance à la divinité du grand fleuve comme
* Reno-genos, fils du Rhin, nom probable du père de Virdu-
marus. Rennius, gentilice en Gaule, est le résultat d'un pro-
cédé de formation grammaticale analogue à celui qui, en
Grande-Bretagne, a donné naissance au cognomen Belismius
(C /. L., VII, 97). Belismius, surnom d'une personne dans
une inscription romaine de Caerleon en Galles, est dérivé de
Belisama qui, en Grande-Bretagne, est l'embouchure d'une ri-
vière près de Liverpool, tandis qu'à Saint-Bertrand de Com-
minges, BeHsama est une Minerve (Orelli, 143 i).
De * Reno-genos on peut rapprocher Eni-genus, nom du
père d'un certain Secundus, qui près de Vence fit élever une
stèle funéraire à ses enfants (C. /. L., XII, 33). Eni-genus
veut dire fils de l'Enus ou mieux de l'^Enus, qui est l'Inn. Du
thème Erio- on a peut-être tiré le gentilice Enius conservé par
une inscription des environs de Vence (C. I. L., XII, 17) et
qu'on croit reconnaître dans la marque de potier où le nom du
fabricant est écrit au génitif Q. Eni (C. /. L., XII, 5686,
329); cf. Eni-boudius, « vainqueur de llnn » (V, 7865, 7886).
La croyance à la divinité de l'eau et du fer qui a donné
naissance aux noms comme Dubrogenos, Esarno-genos, a eu
son eftet dans l'ordre des choses juridiques. Le fer, c'est-à-dire
l'épée, était le juge des contestations, non seulement quand
les parties recouraient aux armes, mais aussi quand le ser-
ment d'une des parties décidait du gain du procès : les Irlan-
dais juraient sur leur épée et croyaient que l'épée se levait elle-
même pour frapper le parjure. L'épreuve de l'eau bouillante
était usitée dans le droit irlandais comme dans celui des Ger-
mains. Des deux côtés on l'appelait l'épreuve du chaudron,
caire en irlandais, aeneum dans la loi salique ; mais ce n'était
pas le chaudron, c'était l'eau qui, en brûlant le coupable, fai-
Gentilices en ius. 171
sait triompher la justice. Le Rhin, en qualité de dieu, était le
juge des femmes mariées dont les maris suspectaient la fidé-
lité, il engloutissait, disait-on, l'enfant adultérin qui, couché
sur un bouclier, était exposé aux hasards des flots par un mari
soupçonneux; l'enfant légitime surnageait.
Un poète grec anonyme a chanté cette épreuve juridique : il
peint les inquiétudes de la mère qui, après les douleurs de
l'enfantement, ressent des angoisses nouvelles et attend toute
tremblante le jugement des flots agités. Si l'on prenait cet au-
teur à la lettre, tous les enfants des Celtes auraient été soumis
à cette redoutable épreuve ^ ; il est évident qu'il ne faut pas
l'entendre ainsi. En règle générale, chez les Celtes comme
chez les Germains, on ne recourait aux ordalies, au jugement
de Dieu, que lorsqu'il y avait contestation et que les autres
preuves faisaient défaut, et il faudrait connaître bien mal le
cœur humain pour admettre qu'un mari croyant être père au-
rait exposé son enfant au danger de périr dans les flots-.
Il serait intéressant de savoir à quelle date . l'épigramme
grecque dont nous parlons remonte. Nous l'ignorons; elle est
probablement la source où a puisé l'empereur Julien quand il
parle de cet usage dans son second discours à l'empereur
Constance et surtout dans une lettre au philosophe Maxime.
Voici comment Julien s'exprime dans son discours :
« On dit que chez les Celtes un fleuve est le juge incor-
« ruptible de la légitimité des enfants; jamais les pleurs des
« mères n'obtiennent de lui qu'il voile et cache leur faute ; les
« pères attendent sans crainte la sentence qu'il prononce sur
« les femmes et sur les enfants; c'est un juge véridique et qui
« ne ment pas 5 ». JuHen ne dit pas ici le nom du fleuve dont
il s'agit, il est plus explicite dans sa lettre au philosophe
Maxime : « On ne peut », écrivait-il, « accuser le Rhin d'in-
« justice envers les Celtes, car il engloutit dans ses flots
« tourbillonnants les bâtards et punit ainsi la profanation du
« lit conjugal; mais quand il reconnaît qu'un enfant est légi-
1 . ... /.a'. O'j -âpo; î\i\ to/.f;£;
2. Anthologia, 1. IX, ép. 125 ; cd. Didot, t. II, p. 24.
5. Oratio II, édition Tcubncr-Hertlein, p. 104-105.
172 H. d'Arbois de Jubainville.
« time, il le tient élevé au-dessus des eaux et le ramène entre
« les mains de la mère tremblante ; en le lui rendant plein de
« vie il est en quelque sorte le témoin incorruptible de la
« vertu et de l'honneur de l'épouse ^ ».
Des noms de rivières divinisées, on peut rapprocher le mot
gaulois nemeton qui signifiait « temple ou plus exactement es-
pace de terrain consacré à un ou plusieurs dieux ». On disait
Reno-genos « fils du Rhin », on disait aussi Nemeto-genos,
fils du temple.
Il y eut à Bordeaux, sous l'empire romain, une esclave de
la cité, ancilla publica, qui s'appelait Nemeto-gena « fille du
temple » (Jullian, Inscriptions roniaijies de Bordeaux, 1. 1, p. 194).
On a trouvé dans la même ville l'épitaphe d'une autre femme
qui portait le même nom, mais avec une légère modification
dans l'orthographe, le second terme est écrit avec un c au
lieu d'un g : Nemeto-cena (Jhid., p. 366). Cette particularité
orthographique se remarque avec une autre qui est le double-
ment de Vn dans le nom le plus ancien d'Arras, Nemeto-cenna
pour Nemeto-gena, formule abrégée probablement pour Nemeto-
geno-hona. Le doublement de Vn de gêna se rencontre ailleurs,
par exemple dans Nitio-genna, surnom d'une femme qui fit à
la Victoire une dédicace conservée au musée de Lausanne (C.
/. L., XII, 162). Gêna a été altéré en cenna, non seulement
dans Nemeto-cenna, mais aussi dans Sumelo-cenna, nom d'une
station romaine inscrite dans la carte de Peutinger. Sumelo-
cenna paraît avoir occupé l'emplacement de la ville moderne
de Rottenburg et donna son nom au territoire appelé dans
une inscription romaine salins suniclo-cennensis (Brambach,
1633). Sumelocenna doit probablement son nom à un per-
sonnage appelé Sumelo-genus; mais le premier terme de ce
nom, probablement nom de divinité, reste obscur pour nous,
tandis que nous croyons comprendre Nemeto-gena, qui signifie,
ce nous semble, « fille du temple personnifié et divinisé ».
I . Ed. Teubner-Hertlein, p. 495 ; l'idée de la mère tremblante Tps-jLOjar)
est évidemment empruntée par Julien à l'épigramme dont l'auteur a écrit
Tpou.£oyaa.
Gentilices en ius. 175
Quelquefois le père que l'imagination celtique donne à un
homme est un végétal : Guidgen =r= * Vidu-genos « fils de
l'arbre », Guern-gen = * Verno-genos « fils de l'aune », dans
le Liber Laudavciisis ; Der-gen =:*Dervo-genos « fils du chêne »
dans le Cartulaire de Redon. Der-gen, notation du ix^ siècle,
est devenu plus tard Der-ien qu'on trouve au ix^ siècle dans
une charte de Beauport. Aujourd'hui on écrit Derrien, c'est la
dernière partie du n.om de La Roche-Derrien (Côtes-du-Nord).
Ce nom de lieu veut dire « La Roche du fils du chêne ».
Enfin le père mythique peut être un animal divinisé. Un
prêtre du nom de Con-gen = Cuno-genos « fils du chien »
est témoin au ix*^ siècle dans une charte du Cartulaire de
Redon, p. 25. A la même catégorie appartiennent chez les
Celtes contemporains de l'empire romain: 1° *Uro-genos
« fils de l'auroch » (ûrus), nécessaire pour expliquer le genti-
lice Urogenius dans une épitaphe trouvée à Lyon (Boissieu,
p. 193) et le nom du vétéran Uro-geno-nertus « celui qui a
la force du fils de l'auroch », dont l'épitaphe a été découverte
à Lyon comme la précédente (Boissieu, p. 330-); 2° Branno-
genos « fils du corbeau », nom d'homme barbare nécessaire
pour expliquer le terme géographique Brannogenium qui dé-
signe dans l'Itinéraire d'Antonin une station romaine de Grande-
Bretagne. Brauno-geniiini, sous-emendu praedi uni, est le neutre
d'un gentilice romain Branno-genius, dérivé de Branno-genos;
3'^ Matu-genos « fils de l'ours », synonyme antique, — mais
avec sens mythologique — du moderne Mac-Mahon, qui dé-
signe une filiation réelle et veut dire fils d'un homme appelé
Mahon ou l'ours ; 4" un autre synonyme antique de Matu-
genos, c'est un mot dont nous n'avons rien dit encore, *Arto-
genos, ou avec une légère variante Artigenos qui explique le
nom, Arti-geni, d'un endroit où l'abbaye de Saint-Victor de
Marseille avait une colonica au commencement du ix'' siècle
(Cart. de Saint-Viclor de Marseille, t. II, p. 641). Arligeni,
sous-entendu fnndi, est un domaine formé par la réunion de
plusieurs fonds de terre dont le plus ancien propriétaire
connu s'appelait Arto-genos ou Arti-genos « fils de l'ours »,
de l'ours divinisé. Il ne fiut pas confondre ce nom avec Arti-
cnos, qui veut dire fils d'un homme appelé Artos ou l'ours.
174 ^' ^'^r^ois de Jubainville.
§ 4, — Les noms d'hommes Uro-s, Braiino-s, Matus
et leurs dérivés.
Le nom d'homme Arto-s « ours » était adopté sous l'in-
fluence d'une idée religieuse analogue à celle qui a fait créer
le nom d'Artigenos. Les noms d'homme Urus « auroch »,
Brannus « corbeau » parallèles à Urogenus et à Brannogenus
s'expliquent de même par un sentiment religieux.
On a trouvé à Bordeaux l'épitaphe de Julia Uri filia (Jul-
lian, Inscriptions romaines de Bordeaux, p. 351); Uro-magus,
champ d'Urus, est le nom probable d'une station romaine de
Suisse (C. /. L., XII, p. 21).
lyuro-s on a tiré un gentilice Urius ; je n'en connais pas
d'exemple dans les inscriptions ; mais son existence est prouvée
par le nom de lieu dérivé Uriacus dans une charte de Louis VI
en II 13 (Lasteyrie, Cart. de Paris, p. i88)-, c'est aujourd'hui
Ury (Seine-et-Marne). L'// du latin se prononce // en français
parce qu'il était long : telle est la quantité d'urus :
Silvestres uri assiduae capraeque sequaces
lUudunt. ..
Virgile, Géorgiques, II, 373-374-
Quaesitas ad sacra boves Junonis, et uris
Imparibus ductos alta ad donaria currus.
Virgile, Géorgiques, III, 332-533.
C'est le nom d'homme Brânos par a long et simple n, va-
riante de Branno-s « corbeau », par a bref et n double, qui
explique le terme géographique Brano-dunum, nom d'une lo-
calité de Grande-Bretagne, où dans les derniers temps de l'em-
pire romain les cavaliers d aimâtes tenaient garnison ^ La villa
Brandono d'une charte de l'an 1000 ou environ dans le Cart.
de Saint-Vincent de Mâcon, p. 225, est un ancien Brano-
dunum ou Branno-dunum ; c'est aujourd'hui Brandon (Saône-
et-Loire). Braine (Aisne) appelé Braina par Flodoard au
I . Notitia occidentis, c. 25, § 4 ; éd. Bœcking, t. II, p. 81.
Genîilices en ïns. 175
x^ siècle dans son histoire de l'église de Reims, est une ancienne
villa Brana ainsi nommée à cause d'un ancien propriétaire
Brânos, On retrouve le double 11 chez César, de Bello Gallico,
dans le surnom des Aukrci Branno-vices où Branno- est un
nom d'homme comme Eburo- dans le surnom des Aukrci Ebu-
rovices chez- le même écrivain. On doit reconnaître Brannos
dans le nom d'homme Bran fréquent au ix^ siècle dans le Car-
tulaire de Redon. De Brannos ou de Brânos est venu un gen-
tilice *Brannius ou *Brânius, d'où le dérivé Braniacus qui,
dans un pouillé du xr siècle, désigne Bragny-en-Charolais
(Saône-et-Loire) (Aug. Bernard, Cart. de Savigny, t. II,
p. 1052, 1109).
De matu-s « ours » employé comme nom d'homme, nous
n'avons pas trouvé d'exemple, mais de ce mot viennent les
cognoniina dérivés primaires: 1° Matuus et Matua à Bordeaux
(JuUian, t. I, p. 287-288); 2° Matucus en Grande-Bretagne
(C. /. L., VII, 1336,682) d'où Matuco et Matuccius. Ma-
tuco est un cognomen qu'on trouve en Norique (C. /. L.^
m, 5624). Matuco, au génitif Matuconis, a donné naissance
au gentilice Matuconius dans une inscription de Castellane,
Alpes-Maritimes (C. /. L., XII, 66). Matuccius, autre dérivé
de Matucus, est un gentilice qu'une inscription de Nice nous
a conservé (C. /. L., V, 7923, p. 931). Ces noms complètent
ce que peut apprendre du culte de l'ours chez les Gaulois
l'étude du thème arto- et ses dérivés.
§ 5 . — ar notation d'r voyelle.
Je ne me suis pas arrêté dans cet article à une difficulté pho-
nétique : le nom indo-européen de l'ours est * rk-tô-s avec r
voyelle initiale dont la résonnancc produit en grec un a, en
latin un u antécédent : apy.xo;, ursus. Régulièrement cette
voyelle r devrait produire en celtique un e ou un / subséquent:
rectos, ou ricto-s ; or elle donne naissance à une voyelle anté-
cédente identique à celle du grec.
Mais ce phénomène n'est pas isolé en celtique. Comparez
au latin mortuos, d'une racine réduite mr avec la voyelle brève
r, l'irlandais marb , le breton marv « mort ». Mettez en
176 H . d'Arbois de Jubainville.
regard du latin posco pour porc-sco =: prc-sco, en sanscrit pr-
châmi, racine prc, l'irlandais arco. Dans ces deux cas l'r
voyelle est suivi de plus de deux consonnes et nous avons ar
au lieu de reon ri; la voyelle produite par la résonnance de
Vr dans ces mots celtiques est la même que dans le latin ar-
duus, que dans le gaulois Arduinna, où la voyelle r est longue
ainsi que le prouve le sanscrit ûrdhva-s.
BARBARIA
Par une charte dont la date se place en 971 ou en 972, il
fut fait donation à l'abbaye de Cluny d'une vigne in Barbaria
(Bruel, Recueil des chartes de l'abbaye de Cluny, t. II, p. 386).
Le gentilice Barharius, dont Barbaria est le féminin, est rare
mais s'est rencontré en Italie et en France. Une inscription
d'Avella en Campanie nous fait connaître les noms de Bar-
barius Pompeianus v[ir] c[larissimus] cons[ularis] Campaniae
(C. /. L., X, 1199). On a trouvé à Valence en France l'épi-
taphe que M. Barbarius Perpetuus fit graver pour sa femme
(C. I.L., XII, 1756).
U Itinéraire d'Antonin mentionne un nom de lieu dérivé de
ce gentilice, c'est Barbariana : ainsi s'appellent deux stations
romaines d'Espagne. A l'aide du même suffixe a été formé le
nom Barbarianus, noté BarbairanuniQn 11 85, d'une ferme ap-
pelée aujourd'hui Barbayrac, Hérault (E. Thomas, Dict. top.
dudép. de l'Hérault, p. 13).
Le suffixe -acus est ordinairement préféré en France. Une
terra de Barbariaco est mentionnée au ix^ siècle dans le Cartu-
laire de Saint-Vincent de Mâcon édité par M. Ragut, p. 243.
En 992, il fut f:iit don à l'abbaye de Cluny d'un champ et
d'une vigne in villa Barberiacense ; cette villa était située au
pays de Chalon-sur-Saône, in pago Cabilonensi , dans le terri-
toire du Ballore (Saône-et-Loire) in fine Bahrnensi (Bruel,
Rec. des chartes de l'abbaye de Cluny, t. III, p. 147). Suivant la
Chronique de Saint-Bénigne de Dijon, qui date du milieu du
xi^ siècle, le roi Contran, l'an 23 de son règne, soit en 583,
aurait donné à cette abbaye des biens situés dans plusieurs lo-
GentiUces en îus, 177
calités voisines de Dijon, notamment in Barbiriaco (Migne,
Patrologia latina, t. CLXII, col. 768; édition Bougaud et Gar-
nier, p. 29); il s'agit de Barbirey, Côte-d'Or (Garnier, No-
menclature, p. 57). Vers l'année iioo, l'église de Barberay
(Savoie) est appelée ecclesia de Barbariaco dans une nomencla-
ture des bénéfices qui dépendaient de l'évèché de Grenoble
(Cart. de Saiut-Huj^ues de Grenoble, p. 187). Barberey, Aube,
est nommé Barbariacum dans deux documents du xii^ siècle,
Barbari dans un autre du même siècle (Boutiot et Socard,
Dict. top. du dép. de l'Aube, p. 12).
H. d'Arbois de Jubainville.
NOTA. — Du nom de personne Renus, au féminin Rena,
p. 169, on peut rapprocher le nom d'homme Rhodanus ou
Rodanus dans deux inscriptions de la Gaule Cisalpine (C. /.
L., V, n- 3677, 5559). .
Enignus, nom pérégrin dans trois inscriptions de la Pan-
nonie supérieure (C. /. L., III, 3784, 3793, 3871) paraît ne
différer que par une variante orthographique d'Eni-genus, ci-
dessus, p. 170.
ON SOME IRISH TRANSLATIONS
FROM MEDIEVAL EUROPEAN LITERATURE.
In looking last spring through some of the Irish Mss. at
Dublin I found several texts, not actual translations of but
more or less closely based upon some widely spread texts of
médiéval european literature, vie. Irish rédactions of the life
and adventures of Héraclès, Guy of Wanuich, Bcvis of Sout-
hampton and the OuesteduSt. Gral, ail in I5th cent. Mss. A
doser examination of Irish and Welsh literature reveals the
fact that many of thèse texts, familiar to ail Hteratures from
Iceland to Russia exist also in at least fragmentary kept texts in
Ireland and Wales; a great part of them remains unedited, f. i. a
large prose text on the Theban War, of which besides a fall copy
in Ms. Eg. 1701, ff. 87a I — f. 120 ai fragments exist in Ms.
H 2, 7 (p. 457 a — p. 460 b), written in 1479 and in anEdin-
burgh Ms. (Kilbride Ms., two last folios, mentioned first to
me by Mr. Wh. Stokes) ^ The following extracts from the
above named four texts may enable others to décide whether
the publication of thèse texts would in any way further the
solution of the many questions connected with their originals
in other Hteratures. Their language like f. i. that of the trans-
lation of Maundeville' s travels forms a counterpart to that of
I. I hâve given a list of the Irish and Welsh translations, etc., from
foreign Hteratures known to me in an article on the Welsh translation of
Maundeville' s travels (YCymmrodor, vol. X, not yet published.)
On some Irish Translations. 1 79
the romantic taies of the same or later âges (so Echtra an mha-
dra mhaoil is found already in Ms, Eg. 1782) and so is not
without interest as affording means to control in several ins-
tances the meaning and the genuine or traditionary use of
words or expressions in the later native productions. I hâve
not copied thèse texts and the extracts given below are what I
then considered to be sufficient spécimens of the texts and the
language. M. N.
October 22, 1888.
I. STAIR ERC(aIl) 7 A BAS (p. 299 a).
Ms. H 2, j (T. C. D.), a iph cent, velliim Ms. formerly
belonging to Edivard Lhuyd's collection, p. 2jS a — p. 2<)^ h.
P. 258 a : Bui ri uasal oirmide doncinel gregac\\ ampitr/o-
nis mac alisius m/c gorgofon m/c saduirn m/c iuran/<i. Ro-
sanntaigh au. i;/righside mnai adhingmala donchinel cf/na .i.
alcamena ingew electrion m/c gorgofon 7 ni bui hicomhrere
ben robo CcTime cruth 7 cuma i«as 7 Doronadh coibfledh
comiadhamla k-o 7 doratsat do cured diacoibnesaim 7 diatrj-
tighib dolongadh nafesside. Doradudh an/; asenatha/r dibh-
linaibh i;;andochuw .i. iub(itcr) mac sad///;-n 7 abanseitce .i.
iunuind bandée 7 Arfliicsin alcamena do iub(itcr) rolas dia
gmd 7 iartochaithimh nafessi doibh ro imthigh cach dib dia-
cathrachûf //'/;. Jub(iter) au... — p. 259 a: Ba halar/;/ an» alca-
mena oiub(itcr) 7 oampitWon doncu///;^5c sin. Comàhc toghail
cathrac/; nabotheme 7 geinemai» ircail conmg\ sin.
Dala iub(iter) iarum docuaidh reime dia c; ic\\ budein 7 ro-
foill(sighcdh) sin diabanseitce .i. iunai/zd bandée go/xinntaigh
iub(iter) remnai ampitnon 7 dochuaidh idha adb(ul) uathmar
coda isinasalmnai sin 7 An aims/r tc^midhthi athoirrct'ia dalc-
cumena... — p. 259 b: Comàiht s\n cet gniw gaisgid e//'c(ail).
P. 261 a: Comà\\ aml(aidh) shi dorug erc(ail) gell arma-
craidh nagr^ge ana;»ach na///buadh.
P. 263 b: Coriiàh. hi ectm erc(ail) anoilcn nacasrac/; corcra
cowniccisin 7 r(e)l(iqu)a.
i8o Nettlau.
P. 264 b : Conià e comme erc(ail) 7 naleoghan 7 adhmo-
l(adh) iunainde for erc(ail) ronnigisin.
P. 265 b : Co«idhi gabhail nahegepta la herc(ail) 7 ag(ed)
arigh coiinicc sin.
P. 266 a : Conidhé macgni;;//-adha erc(ail) 7 tochmarc me-
gera conmc'isïn. Dala piroto mie esoin 7 i;?gine righ podam
ahainw sidhe iartiar/;f(ain) i;/madha iarww nahi»gi»e rothi-
noilsit nasloig asgacb naird àocum antochmairc sin... —
P. 268 a : Co;/idi cuairt ri nasisaile anif/;'n;z connici sin.
Cir au. .i. m(athai)r mnd righ nasisaile tanic roi?«pi sann-
gmcc do cosaid ahi;igi»e dobrcith iiaithi dopluto;? 7 dofuairsi
uaisli 7 ardmaithi nag/rgi acaithem nafleidhi hain/zsi dori»dedh
dingin ri nahispirni 7 dopirotw mac esoin .i. ri na tesailli 7
Tarrla pirotw 7 tesewj- uirrthe arceide nacathrac/; 7 (ochtaià
sc(el)a di. Adub(air)t i;zrigan da fhaguind [p. 268 b] uaisli na
g;rgi uli dolathuir roi;;deosain;z mosc(el)a doibh. Ad(ubrad)rtr
indamil(idh) morchalma sin vidis sc(el)a duin;ze arsiat 7 do-
denu/// doles incach conuir ambeir. Atpt'rt inrigan ata mi;zgen
arsi .i. ben righ na sisuile agpl(uton) ri [ijf/rnn arnab/vith leis
are^o-in 7 is nar dibsi maithi nagr^ge minatucthai mi?2ge« cugum
opl(uton) mebhlach midha3/;/un«ach uair ata coir îir talman
air 7 ni [fuil a] coir ar sen nech acu. Ad(uhrad)ar indaardth^e-
isech sin .i. pirotes 7 tese//5 coracdis fein datahacb arpl(uton)
7 Docuadfifr sacatr(aigh) ïaruni 7 roin;/sidur nasc(el)a si;/ do-
nagrfgflfc/.'aib 7 ad(ubrad)fl'r san nacb rachad^r 7 narbeg leô
iat nandis doco;;zlun;z rehas;/dui»e isi;zcrui;/de 7 roi/;/getar
ro;;/pa hrutn. ISann sin adub(air)t erc(ail) refiloces lingcwi in
fogmoir bui inacime lais dobmth dachoimét do«teib 7 ncuir
isincarcair coime7a i«aroibe pnm mac l(amedoin) angialk lais.
Dala filoces iarz»;/ doruc se lingcz^i" leis 7 docuaid ar muir 7
nircian do i/ztan do cunnaicc incablach mor adhbul vii\docum
7 Robui fodhmor ûchmar forniata at?/^ incabl(aigh) andru-
madas aain?» sidhe 7 Dofhiarf(aigh)se sc(el)a dolingcwj- iar-
naaithne dô. atp^rt lingais ataim amcimç crapaillti acerc(ail)
iarmarb(adh) mothigzrna conamuindur do 7 atathar com-
bmth do?zteibh domcoimét. Andrwmudas aI. iarclos nasc(el)
sin dô dogflb se inlong 7 filoces 7 dosgair aglais 7 agebenna
do lingc//5 7 Atp^rt lingc/z^ aairdr/gh arsé cur ïcsta. dogab(ail)
On some Irish Translations. 1 8 1
nateibhe 7 dicennter cmid[on] ri natiabhanac/; lat 7 hcir ben
erc(ail) angialla lat 7 gabh la?2righi natiabhanac/;. Roi;;zthigh
andrwmudas iarum dogab(ail) nateibhe 7 .s. mili fodlimoir
marienris 7 dog^bsat cuan'acnchaibli natiablian^c/;. doairgedur
[p. 269 a] 7 do'mnrudar intirsin coleir. lArclos nasc(el)sin do
cmidhon .i. ri na mhhanacb docw/rse tecbta. arcen» a;»pit;'/on
7 tanicc se cugi ronamorteghlach 7 tugadûf;- daceile 7 andrw-
mudas 7 tarrla lingc/zi- 7 craiàhon daceile isincath 7 Doro/zsad
cowrucc fmhir fergach foniiata reroile 7 dobuail lingc^j tri
beimenna brishman\ bais ar ri natiabhanac/; condorchair marbh
ganan/«ai». uair rogt'r;' achathbarra cxm clochbuadhach cu/«-
daigh don cet builli 7 rotrascair e dond^ra heim 7 doben acen»
de dontr^as beim. Robrfsedh hrum arnatiabhanflc/;aibh iarmar-
b(adh) arigh 7 rotheithsit isincathr(aigh) 7 ampitr/on mara;n
riu iarna c;rchnug(udh) comor isi?/cath 7 Rolen andrwmudas
cottathodhmoraibh iat mnus co7;dechudar anenkcht 7 natiab(a-
naighe) isinteibh 7 rog^bsat incathr(aigh) 7 domarbad^?' as-
l(uaigh) uili. Anuair docun/micc megera .i. b^/î erc(ail) aha-
th(air) artoiti;n rogabh eneirte hi 7 adub(air)t niheid/r dul sech
ancinM^r^dh^ arsi 7 is trwag du'md gan erc(ail) acarni^ididin di
hudesta 7 Rogab(adh) megera 7 ampitnon lehandr/zmadas 7 do-
rijzdi seriarcathr(aigh) nateibhe dolingcz/^ 7 rofhagaibhse ceitr/
cet fodmoir fare lingcz/j acoi;»ed na cathr^c/; sin 7 Dolleic se
pr/m mac l(amedoin) robui and:cirsi acerc(ail) amach. Con'i-
dhe gab(ail) nateibe 7 marb(adh) righ na tidbhanflfc/; coimicci.
P. 269 b : Co;zidhi tuar^jcbail if/niu .i. cathrach pl(uton) si«.
P. 270 b : Con\dK\ toghail lîirnn 7 marb(adh) plutoiw 7 di-
cen;md ceribrwi' con\\\cc\ shi 7 r(e)l(iqu)a. Uilliam m^c an-
• lega a^îii sgribhsit u' bona morte pmbit.
P. 271 b : Con\d\\ aml(aidh) sin rog^ïb erc(ail) m teibh îor
\\ngcus.
P, 271 b: Cûn\d\\ aml(aidh) sin rodigail erc(ail) aesanoir
fadho ar prim uair rotoghl(adh) intrax fadô les 7 domarb(adii)
prini fein arantoghail dhc^i^aigh.
P. 272 a : Conidhe tochmarc echee i/zgine asfeir conniccï
sin,
I. I hâve uscd ea to transcribc c with a sniall a underneath it of the Mss.
i82 Nettlau.
P. 272 b : Con'idhQ sin an cet cath docuir erc(ail) arann-
tenor.
Dosmuain erc(ail) iname/miaiw nach testta dotragib riga-
chta uadha acbt amain aheilh ganel(adh)aiH dô 7 Docual(a)se
coroibi ri isindowun i;niinb(aidh) sin 7 gorbardmaigist/r isna
7 neladhnaibh somaisé;c/7a sa?ra hé 7 condenad se ars memora-
tiua .i. el(adhn)a nacui/;/ni dochacli acoitcin;;e 7 Rotr/all er-
c(ail) cuigi dfaghail fogliluma uadha — p. 273 b : Conï-
dhi er/;/ra erc(ail) agdenu/« nanel(adh)an conmcx.
P. 274 b : Comdh aml(aidh) sin dochoisc erc(ail) diumwi 7
f^oir anntenoif .
P. 275 a : Conidh aml(aidh) sin do rue erc(ail) buaidh
forna mnai?^ morcahiia mileta sin 7 r(e)l(iqua). ( atecbt-
akecbt oban;zrighai?z naheigipti 7 natisi 7 na capadoisi 7 na-
hasia ule .i. sinoib ahain/;/ ).
P. 276 b : H. incncliaibh nacalidoine ... xneus À. airdr/gh
intiresin; bis daughîers dianira 7 gorge, etc.
P. 276 b : Tareis nanilgni/n sin dodenuw derc(ail) roloduir
cona dirmaduibh d(?//;sloigh colerne
P. 279 a I : Conidhe comhn/c hé'rc(ail) remonstras connic-
cisin.
H. îvoit cocathr(aigh) atenwj .i. incathair inaroibhitesiw^...,
to tbe to-wn 0/ ligsi isi;/gmg , sanespain 7 coruigi iwmuir
afrflicci Cirion p. 281 a: iarclos duHxes .i. toisech
gregacb erc(ail) doheitb isifz^o^in sin docuir se mailion .i. rid/fi
mormen/Hach diachab//r cosloghaibh aidhbh marasn ris oca-
thr(aigh) megida Conidhe sin iwdara cath docuir erc(ail)
{orcinon.
P. 282 b : Goruhh aml(aidh) sin tairnicc iwcogudhsiw laer-
c(ail) arnaspaint'c/;aibh.
Foundation of tbe town 0/ coroighne p. 281 b. Dala
sluaigh na cartagine calc«^ aitilais .i. ardmaigistzV
isnaheladhnaibh dmigec/;^a ulcan agrigh nasisaile
city o/terracone Dala erc(ail) iarww {be went to tbecity
of) salamanque 7 robui sel inwti agdénum eladhan anuaim tal-
man 7 docuaid assin cocatiloigne .i. cathair ele isidhe 7 robui
sel innti agdenuw eladhan isi?z cathr(aigh) sin (be went
afterwards) ap;-(?in?îsi ele 7 dori«di cathair daingen mnii dar-
On some Irish Translations. i8j
bainw barsiloine, wbere he niade delb alain» dor brui»dti lobich
answers every question put to it relating to the libéral arts
p. 286 b: Robui .y. sgn'benoir acoiwidt'c/;^ erc(ail) agsgrîb(adh)
astaire budhein uair robannsa le htTc(ail) liub«/V 7 eladna
sœra narigi natalmau ule ; acatr(aigh) nacremone 7
acathr(aigh) na melane euander .i. ri nahedaille
pnccwi" .i. ri nacalidoi?ze
P. 290 a : Gc'raib aml(aidh) sin dochoisc erc(ail) àmmus 7
egoiï calcwj corpthi chtnbrrathaigh.
Facua, aho ur/'/^m faucua, baiiintig/rna laurin;;d
Dala h£Tc(ail) iar//?;/ doceileba/r doib 7 roi?;îigh uatha
p. 291 a: DaLi — p. 291 b: Conidhe sin c<?/(cath) do-
ciiir li^rc(ail) ior priccus.
P. 293 a : Co;zidli hi toghail aithrach na cailidoi;/e laher-
c(ail) 7 marb(adh) ^riczus conmcï sin.
P. 294 a : ConidhQ tochmarc yole iwgine pricus lah^rc(ail)
connicis'vi.
P. 294 /' : Co//idh aml(aidh) sin romarbh erc(ail) iw fodh-
moir 7 rofliostaigh se abancheile .i. dianira i(ngin) righ na-
cailidoini.
P. 296 b : Coma [a]ml(aidh) sin dothoit an;/tius mac terri
laht'/'c(ail) licas etc p. 299 a: Docr;/in;ng iiloces ct^rp
antrmmil(idh) diabrath diaannlucudh dontempull do ordaigh
fein dodenum san edaille areuandtr. Docuidh se cocathr(aigh)
lisi 7 roin;zis in mortcht sin 7 Docainedh acu cotrom 7 [t ?]ai-
brenach e 7 arféd nagtcige uili maill(e) heigim arda acaiwtecha
7 regoluibh greannma'ra glithfin[%. d ?]echa 7 relamcowairt
lamh. Conidhi stair erc(ail) 7 abas conn'icà si;/, finit.
Bi cuma dianira ingine righ na cailidoine fa erc(ail) annso.
oir intau dochual(a) dianira bas dfagbhail derc(ail) adub(air)t
is tr^ag ingnim sïn p. 299 K* IS e crc(ail) romarbh atach
coimeda oilcin na caerac/; corcra 7 ise rocengail filoces
then foïloms an enumeration of the contents of the story which is
brought up top. 2yp a (H.'s struggle ivith the monstra^) when
the Ms. breaks off at the end of col.b. So the Ms. contains the
complète tcxt (safe a feiu Unes) and a part of the list of contents.
1 84 Nettlau.
2. aUESTE DU ST. GRAL.
Stoiue Ms. ^<)2 (D, 4, 2) on a part of the other contents ofwhich
see K. Meyer's article in Rev. Celt. VI, contahis large frag-
ments of an Irish translation of the Oueste du St. Gral hound
upiuith the other parts of the Ms., vie. ff. 40-4), )'j, jS, 67,
6^-j4. A feui extracts are:
[ioso] F. 40 a j ; p//j- airm amboi eualac 7 rotairmisc
[ ] antsl(uaigh) Rotindscain iosopwj prrtL'cept breit/'i de
7 intsosc(el) coimdeta 7 sc(el)a anref/;/a n:ei 7 paisi i/;u cr(ist)
7 aeiseirigh ilîad(nais)i eualac 7 inadeg(aidh) siu roerrlam-
haidb iosopwi sciatli gle gel 7 rosuig(idh) crois dosroll datha
àonnàeirg imeodhon insceith 7 rotaiselb ifiad(nais)i eualac 7
roraidh iris combad ana;/maim cruïchi cr(ist) norag(adh) ana-
g(aidh) tholam/V uair ata ifaistîne olse comuidf(er) cath fhort
re tolam/V coctnn teora laithe 7 teora naidhch(e) co;;zba com-
foccus àîiil budhei?^ tider/;/ indarrdenaibh ecca 7 oighedhi intan
hus do aigïn duit icro;2cathach(udh) nocht ansc(iath) 7 gaidh
ancoimdhiu c\xmachtd.c\i rofodhaim croich 7 cesad darcen« an-
dnedd. dc-en^za corïoîonacht^dài tu asaneicen ambia 7 corotsîera
{on nai/;/diu 7 corotidlaici tu CMjancradem catholica ardaigh
combla afrescisi de fodeoigh. roimth(igh) eualac remé ar
amMi- tolam/V 7 roferad cath ain;;nn escairdem(ail) et//;Ta 7
eualac corromhuidh foreualac îri teora. laithib am(ail) ïshert io-
sopMi", IS andsin rocuimnidh ios eualac for aithescc iosop//j 7
ronocht donsc(iath) 7 atco;nzairc deilb noidhen i^maighin cro'i-
che cr(ist) inimed/joti i»sceith 7 alo?;/ma cro ictep/'/sin darbel(a)
nanal(adh) bat^rfair. ISandsin rocuimnidh eualac forcowuirle
iosopMJ- 7 isptTt inroraidh iosopw^ (ris ut an(te) d(i)c(tu)m.
Asahaithle sin rosoied incath ïor tolam/V cotorcuir uodein 7
inrop mesja dia m(uin)t(ir) 7 roimpo eualac combuaid 7 cos-
car cocatraig sarais 7 romorad ain;;; de 7 acruiche 7 iosopus
tr/asin mirbuil sin Dorala nech isincath iartesc(adh) alaimhe
de 7 doratad mordrms ùir (upon Eualac) ,.... sarapi ...
7 doratad nasiens fair
On some Irish Translations. 185
F. 41 a 2: Doronad mortinol ele nanag(aidh) sidhe
lasluadha nabr/taine i;»marig 7 roferadh cobleng croda cm/tu
disiu 7 anall coromhuidh incath ior britainibh coroldd andr co
dirime iartoitim inrigh .....
F. 40 ^ i ; 7 fogeba ansciath conià. he sin fis bunaidh
inscel roarhcomaircis ol inrid/ri 7 \siusi in tairrng/Vt(e) sin
olsé 7 ise dia ro erb fort tidcr/;^ cusxxx mainist/r airm ifii nasinens.
lartaircsin nambr/awr donrid/ri roimtig rewi 7 ni fes do
galafas cait and6'flch(aidh). Rosoi im(orro) sir .g. 7 inscuiber
c«5inmainist/r doridisi 7 ro oirn(idli) sir. g. esim ^t);znd^;-na2
rid/ri de 7 rogaidhsim sir. g. imalecadli leis ce(ch) conair no-
dhighsedh. rofei/;ndh sir. g. fair uair baftrr leis heith indua-
th(adh) 7 rochual(a) an ngarbfogwr nglitid^c/; icergi asa-
nadhnac(ul) dorât sigin na croiche daraenecli...
F. 41 a: 7 dobi'rt sir balbuaidh gai dô 7 doroine sir
imuiw 7 sir boos an cetrxz. acd fechsain caich is gaisc(idh)
.i. gi«5dail doronsat anla sin dib linaib sir. 1. 7 s/V p^rsual
it^r sir. 1. 7 i(ngi)» rig pesiur
F. \2 a: cotainic araile maigdin ogc Boi d"ingnad
aile acomaidher/;/ ancl(aidh)i;« .i. cris dobarrach cnaibi icaim-
cur 7 roboi sc/'/btha air ; f. 42 h: dorât an cl(aidh)iw
buille daraslinden co\.ox.z\\a\r faonfortarrsna dara ais isinluing...
F. 42 ^ 7 .• Dala nixAireàh m. dodlutaidsid risiw nimdaigh
7 atro««cadair \ri huathn6'i/;a cusaine ndatha agahimfulang .i.
uaitne indath smchti 7 araile andath fhola 7 araill andflth as-
miron .i. cloch cond^th nglds f. 43 /; 2 ... 7 la hairseduib
irgaile in buird crwind scc/jnon na br/taine moire
F. 44 a / .• sir balbuaidh 7 sir echtair maireis 7 dola-
\.ar sidhe riangalafas isincath dardorwi incaisteoil 7
tarfas doib {\o Galafas and Ihe maighdin) long \uchtmar lan-
fairsing icluthar incuain 7 incaladpo/Vt f. 44 ^ 2 : fuath
natrach neime dianadain;» papal»ites 7 nigaband t^'ibach imar-
crûch acath nacomh](ann) inti icambia 7 fuath eiscc as-
ruth rcnap<Tar efmcn — f. 45 b 2 Denum am(ail)
sut arid/Vida arinmaighdin uair rcctai allcas [ujarscith 7 uar-
toirrsi docli///V dib. Dognit^r saml(aidh) 7 rof/rslaitt cohano-
rach cat anoidhchi sin 7 roriurf(aigh) gal(afas) dib crcd asa-
fuaradiir ancis aingid etrocar sin boi acu icathabhach. Ni(nsc)
Revue Celtique, X 13
i86 Nettlau.
orsiad acind dabli(adn)a onaimsirsi rotoit bantigt'rna ancais-
teoilsi aluhra galair 7 domtait legha 7 fisicc^û^a diahindsoig(idh)
7 is(edh) forfuaradar inalebraibh comadedh noshnaigïcdh hi .i.
adœthain do cru i(ngi)n nen;/ac dofagbail 7 t//cad^r sluaigh
ancaistialsi andaingen 7 anerrsnad;«an;i fo gan i(ngi);z righ na
roflatha do leccad uath(a) can ancis utt dobein di 7 ismor do
i(nge);/aibh airdtig^rna 7 dofol(a) uaisle 7 anuaisle dorocradar
lind risi;/resi« 7 dandt'rtch(aidh) aon i(ngi)n uainn sœr ni hi an
i(ngi)n (end off. 4s).
F. 57 (to be inserted after f. 40), a i, 1. 8. larnafaicsin sin
do sir meliant rogaidh sir. g. imalecc isin coiiair boi donleth
cli ardaigh condtTb(adh) agaisc(idh) 7 cotormaigh^J/; aall(udh)
7 akdercus indacetguaisid. Rocetaig sir. g. dou 7 rogab uadein
isin leth ndeis 7 nihairm(i)ttT almtecbtii sunda colecc acht is
do sir meliant labras budesta. Dala im(orro) sir meliant
F. 58 a 2 : Imth//ia teglaigh anbuird cru'md otcondaitar
ancatha^ir ba^glach arnoirisim fanrid/ri occ 7 narscar aon neach
dandeach(aidh) i»dti riam can bas no bithainî?« fm. Roin-
gantaigsit comor annisin 7 is(edh) rotuicsit comdhe ancoiw-
diu cumachtach. rofoidh dia nindsaig(idh) he
Among the unboiDid fragments of vellum Mss. forming a part of
the collection of Irish Mss. in the Franciscan Convent of Du-
blin thereare two leaves of a i^tb cent. Ms. containing parts of
probably ihe same translation of this text (dealing with Bort
and Lionel' s adventures) ; cf.
F. I ^ .• [cinjiudha doéndai 7 ise a« cran« étoinech forsarai-
bhe .i. an sa2g(ul) roboi cen credew? ci» riaghail ecalsa ria«-
gein cr(ist) acht sil adhai/;/ uile icdul anif/Vn aci/zaidh asittws/r
uair ropiatsei?z na heoiw marbha corodoirt i»tén uasal .i. ih"u
cri(st) afhuil isin croich cesta diataithbeodhadh
F. 2 b : Otcual sir bo(rt) na haithescasi// ba derh lais comd
bas foruair sir liuinel 7 ba moiti athoirrsi 7 at;7^aighnemeli
anairetsai?/ diascel(a) dfhaghbhail 7 roboi sist cen labra cen
ermasin aruamhan i^sceoil. Oroermais labhra fa deoigh ro-
gaidh sir bo(rt) forin senoir c(or)p abrathar dotaiselbad do
masamarbh roboi aco/;//;air aadhnaicthi doso?» rc?«anoir con&i-
On some Irish Translations. 1 87
mhiti;? am(ail) uadh chub(Liidh) f;7 huasli achineil 7 fm de-
gainll(iudh) ïehi Asahaithli ïebi rotôcaib sir bo(rt) hi-
c(or)p êter adibh lamhaib 7 rochuir andillait an sdeda he 7
roataig fo/'anseo/7oir aseol(adh) coaroile maiuist/r ecin i//ana-
dhnaicf(edh) corp abrath(ar) ISp^rt in se?îoir fr/seom boi deir-
tech hec viacoiiiùxocus 7 bataitt- (end off. 2)^.
3. BETHADH s/r GHUI Ob[ar]b[h]uIC.
This is thc title (luritten in a latcr hand) ofthc story contained on
pp. 300-)4j of Ms. H 2, -j (T. C. D.), follozving imnie-
diatcly after the ahovc dcscribed life of Héraclès.
P. 300 a: Bui iarla roim saidhbir asaxanaib doshindrudh
diarbacowainm risderd obharbhaicc 7 robui da itirhcht aigi .i.
Kwhcbt à b^rbhuicc 7 hrhcbt bocigam 7 dobfrr saidhbhir so-
chinelach intiarla conilimad gâcha maith//5a 7 Robui ingeii
cr«thach ca;mhalui//d adingmala aigi .i. feilis ahain/;/ sidhe 7
niroibi inahaimstr ben dobîerr dclbh 7 denu/;/ modh 7 mû-
nudh druine 7 dethhes nani//gin sin. Docuiredb .y. ardmaigist/r
diamunud an/îsnahcl(adhnaibh) snsra 7 nircian laruni disi co-
mcll(a) amaigist/V ingac/; clathai;/ cotucc i/miaighist/r slat
amuinci di budhei/z iarnasarug(udh) di ingach egna aciivi a
secht mbl(iadhna) dt'g dosin;/r(u)d. Coclos tbniili doniun adeth-
clû it/V egna 7 ordan 7 cincch eter cy7/dhb(udh) 7 ciun//i 7
c it/V gloine 7 gais 7 glic//i' g<'rbolan dasrrc 7 dasirgnidh
uaisli 7 ardmaithi naouinnc cocomcoitcen;/. Robui dî sdibard
uasal oirbiz/dcch agiarla o bi^rbuicc aninbuidii sin .i. siccard
aain;» sidhe 7 dobfcr fortill firchalma c conibuaidh coscuir 7
co;//niaidhmi m^cich gni/// robo dir doneoch dohadh aigi 7 Ge-
nv/d/; uathadh doniarla nirba iionihun lais nen sl(uaigli) na
socli(rait)i nrht combctli intuasal barun sin agaimcoimcV 7 ISé
robidii aciabliacii acissa 7 acliana doniarla 7 gidbc donidh do-
I. Ms. Rawl. B. s 12, ff. 123 a i-i59b2 contains anothcr fragment of
this tcxt, as thc extracts printed from it by Wh. Stokcs show {Triparlite
Life of Patrick, 1887, I, pp. xxxvui-xxxix).
i88 Nettlau.
gra no doible (ris imcis iniarla . . . doW/'adh san achar 7 in;/arb(a)
asafiaith///i fein forra, 7 Robui mac adingmala agansdibard sin.
gyi a ain77zsidhe, 7 roshâraigh na uili macu aaims/n avmét ar-
mais! armacantaf/;/ arnôs arnert arnidechwj aruaill araicned
arzracbtus gorhàhn nacr/cha coco;;;la;/ 7 nacen^acha comfo-
cuiss dia clu 7 dia all(udh) 7 Gachinadh iwacluineadh gyi
cluithighi aonaig 7 ibhnis 7 oir(r/;/ais arfed 7 arliarlaid crich'i
s^ruaisli saxa;; [p. 300 /;] dofrcag/'adh iat 7 dob^radh buaidh
gâcha, buidhni cobarruil 7 G, was made sguiger do-
cuir se leine sremnaighi sroiW reg;'/an ageilchnis p. 302 b
sicart . . . sir eront . . . sir uront . . . sir uri . . .
P. 303 ûf ; Con\à\\\ eslainti 7 guasacht sir gyi o barbuic tri-
gradh iwgine i/àarla conmcci sin 7 r(e)l(iqu)a.
P. 303 b : Cn;/idhi cuairt sir gy sanormoi«t sin.
P. 304 b : Conidhc cetgnim gaisgidh sir gyi iarfiigb(ail)
saxan cojimcci sin ... Çsir gayer ... otan .i. diuici na pani ...).
P. 305 b : Coindhï digbail nalu;»bardflc/; ogyi connici sin.
P. 305 b : Co;ùdhi cuairt sir gyi obûrbuic acri(ch)aib bri-
ghmara nabmai;/e connigi sin 7 r(e)l(iqua) ... Coiiidlù cuairt
gyi acr/chaibh saxan coiinicci.
P. 307 a .• Conidhi cuairt gyi cobrwidis connigisin.
P. 308 a : Cc7//dh aml(aidh) sin roiheal diuici otun argyi...
Cojiidhe oihr us sir gyi conigi si« Co//idhe othnis sir he-
ront connigi sin 7 r(e)l(iqua).
P. 309 a .• Conidhi cuairt s/r gyi afarradh poeil si«.
P. 310 a: Conïdhe cet cogadb sir gy aranimp^r connigi
sin
P. 310 ^.- Conidh é sin an t;ras cath docuir sir gyi ar-
muindtir animp^ri.
P. 316 a: Conidh aml(aidh) sin fa fuin dow cogudh idir
antimper 7 d(iuice) na lobeine.
P. 315 b : Conidhi cuairt sir g(yi) san almaiw connigi sin.
P. 319 a: Conide ai/nles ansdibaird arsir gyi connigi sin 7
r(e)l(iqua).
P. 320 a: Co;?idhe sin indara cath docuir sir g(yi) aran-
sabdan.
P. 322 a: Conidh aml(aidh) sin fa fui;/ do cogadh intsab-
dai« la sir gyi.
On some Irish Translations. 1 89
P. 323 b: Comdhï cuairt sir g(yi) fare him^eri cons3.m'm-
nobile connigi sin.
P. 325 a : Couidhe cet cumann sir g(yi) re sir tirri anw sin.
P. 326 a ; Ctwidh aml(aidh) sin fa fui;z don cath shi.
P. ^2j a : Conïdh aml(aidli) sin ro comhuirligli d(iuici) na
l(oren) feil for gyi.
P. 328 rt ; Conidhe sc(el)a in fill conicci sin.
P. 328 b : Conidhi cuair sir gy'i acn'cli natz/rcach connicc'i
s'in.
P. 330 û( .• Ccmidh aml(aidh) si;z doc;-/chn(aigh) sir gy aco-
gadb re d(iuici) na l(oren) 7 mar dodighail arid/ri.
P. 331 a ; Conïdh. aml(aidh) sin docoiscedh cogadh i«dadi-
uice de sir g(yi) 6 b(arbhiuic).
P. 334^ .■ Conidlie toclimarc btguie iarla ob(arbhuic) les/r
g(yi) connigi (... ioh(ann)es de alcino...).
P. 335 a: Conïdh a7;zl(aidh) si/z docuir gyi insxgaïl de.
P. 335 b: Co//idhi dichuma nasaxanach iwgyi 7 lorguirecht
sir h^ront connici sïn.
P. 338 a: Conidhe comme sir gyi ôb(arbhuic) 7 amoront
C07imci.
P. 339 ^ .' Co/zidh i cimiacht sir herom isin afmic ("o;?nicisin.
P. 341 b : Conidhi cuair sir gyi fare iarla tirri conicci.
P. 343 a : Conidhe co/;/rug colobrcn 7 sir g(yi) conici.
P. 344 rt .• Conïdh aml(aidli) sin docnclinuighr^/; bt'//;a
anxu vidiri isluga dobolc daroibhi i/zai/;/szV.
P. 34) b : Conid aml(aidh) si« rofagadar i«darid/n si« cricha
nahafrrtice.
P. 346 b : Conidli aml(aidh) sin rogahh r(oighnebron) nert
forinrigh sigdha ro;micci sin.
P. 347 a : Doraidh inridzVe inzzeosa misi scéla dibh arse.
uair is ridzVi saxanach misi arse 7 mac do sir hcrom me 7 ri-
d/Vi domui//dt/V sir gyi obarbuic 7 sir aslog main/z/ arse 7 Do-
cuaidh math(air) .i. sir eront do lorgairrr/;/ adalta .i. roigline-
hron m/c sir gyi obi^rbuic dogoidcdar foiren/z luinge cenn[ai-
ghcj uadlia sanafn7icc hé 7 atait sechl mbi(iadn)a ôduaidiieran-
lorgiiirccht sin 7 nifuaramar enfocul dosc(el)aib cechl^r dibh
risin rc sin 7 Anuair fatainic ais gaisgidh damsa dogabz^i gra-
dha gaiscidh 7 dcisi ridzVi cugu;zz 7 tanag doshiub(ail) ando-
190 Netilaii.
man dolorgair^f/;/ math(ar) 7 mod^rbhcomhdhalta 7 Rofostaid
iarla salua me docogad arduicnice nzhurgu'me 7 rohin«radh 7
roharged inbz^rguine liuw in bl(iadain) so 7 Ata coimh^^ na
slighedh so rebl(iadain) uair isi so conuir coitchenn gaich asin
shiubhlflfi i;zdowan soir no siar 7 nisiubhuil i;;co;Riir so rebl(ia-
dain) œn rid/ri narfiabhroighesa sc(el)a mathar 7 modtvbco-
malta dibh 7 nifuarMj en fhoc-(p. 347 Z')ul dasc(el)uibli ri-
smre 7 ornach fuar//j- nirieighis eladhach bt^//;ad orwn dib gan
marb(adh) 7 isiad sin mosc(el)a dibsi 7 Fos doden in cetna.
ribsi .i. boinfed adharcen7zdibhsisul nachsgarud rib. Adub(air)t
sir h^ront nicoir duit sin;/e domarb(adh) arse uair is misi ha-
th(air) 7 isesin roighnebrt'n resnafuil tu aco;nrug. lArnaclos
sni do s/r aslocc dotliuirrlig coluath 7 dothoirrbig teora pogh
chodil dichra dc//;tairisi do. r(oigiinebron) 7 dosir liront mar
an Q'^na 7 Dochuadar amillsi br/atliar 7 acaine co;«raidh re-
cheile 7 docuad^^r iarsin acenu iarla salua 7 dorônsad sidh itir
e 7 diuice nabwrguine 7 Tangad^ïr asaxanaibh iarsi;; 7 nirug
roighnebron beo aramath(a;V) ann 7 doglac se oighrecht ashe-
nath(ar) cuigi .i. hrlacht obr7/'buic 7 iarla<:/;^ boicigam 7 tug
se barûntaf/;/ dos/V hrront 7 ilimud maïûiiusa. ele irechois.
4. BIBUS O HAMTUIR.
The same Ms. coiitains on pp. ^^Sa — )6)b a translation,
impcrfect at the end, of thc story of Bevis of Southampton.
P. 348 rt: Bui iarla saidhbîV socharthanach asaxanaibh do-
shin7îrudh diarbaco;;/ain/;/ sir gyi ohamtuir 7 docliaith se da-
tr/an a aisi 7 aaims/ri regaisced 7 regnathirgail 7 niroibi ban-
cheile aigi risinre sin 7 Tugad^r aass gradha mar comairle dô
ingen righ albun do ihahain mar mnai 7 ISaml(aidh) robui
aniwgen sin 7 gradh adbulmor aici domA^c animp/rf almai7?digh
.i. para aainw sidhe 7 dobidh seisin disi marsin 7 Gidhedh
isi facoma/Hi le righ albun athaba/rt diarla ohawtuir aregla
alaiwe 7 adighulwij- uair niroibi acht sruth biroigi eturra 7
[g(?r]beidir lehiarla ohamtuir aies no anai/nles dodenu;;/. Tug
iarla oha;;/tuir i(ngi)n rig albun 7 dori;;di abanais hrum 7 tug
On some Irish Translations. 191
leis hi da cathr(aigh) fein 7 nirchian di gorba halacht hi 7 do-
. rug gein minalain» mie 7 tucadh bib;/5 dainm fair 7 Tugadh
daoilemaine do sir sabfr .i. rid/Vi crodha fad^r brathair do-
niarla 7 r(e)l(iqua).
Aroile la diaroibi i;/cunHdais cruad cuisech sin agafothrug-
(udh) inaseomra 7 dochunnaicc si [adelbh ... fein] 7 Adub(air)t
is truagh. dhamh arsi senoir crt'chtacli crolin/ztech arcaithemh
forgla aaisi 7 aaimsm dohctb mar cheile agam 7 mocheile co-
maisi 7 mo c(et) gradh dft'roibh im:[\man A. intimpcr ôg al-
maindech gambanclieile fôs doms^rcsi 7 do/»sirgradh 7 dafhe-
dur arsi isgcrr co[-]gen athoil 7 asirmian. Tug anoig righan
sin sguig«' damui;;dt/r fei^ cuici 7 dogab minta min fair 7 do-
[p. 448 /'] lig acoibsena fr/s 7 doghell na liuili maith dô 7 dul
uaithi aiechtâh-ccht
P. 349 b : Coiiiàhi adhaigh iarla hamtuir sin.
P. 350 Z»: Coiidh e sin loi//ges .b.
P. 351 b : Comdh aml(aidh) s'm dosa^rad/; .b. armarb(adh)
na rid//'i. (... eirmin ... sisian).
P. 353 b : Con'idh aml(aidh) s'in docuir sir b(ibus) i/zcath
sin arrigh na da///aisci 7 r(e)l(iqua).
P. 356 fl : Dala sisian i;zgine ermiw
P". 359 a: Dala bibwj- o hamtuir
P. 360a: Ccniidh. aml(aidh) sin fuair sisian uainges im-
ther/;/a Dala yboir .i. ri na memroij/e i/ztoilirtt'c/; ,
oilirthech asgobard
P. 362 b : Conidhe comrucc .b. risin dra2:un sin.
P. 363 b : {of difficuh readin^') ends Dala e[s]g[ob]ard [i]arsi;î
ïogah se ag iwrudh nalui^/gi relamhaibh ... 7 rogab cua^î 7 ...
cu»macatrflc/; [the rest is losi].
Max Neitlau.
IQ2 L'abbé Eug. Bernard.
ISTOIR D'EUS A CREATION AR BET-MAN
AR FORMATION AN DEN HAC HE VUE
AR HENTAN PHILOSOF A VOA ADAM, HAC HE VARO
HA BUE AR PROFET HENOC HAC ELI
AN DILUJ
HA BUE NOE HAC HE VARO
(Suite).
An drivet proloc a comans.
Auditoret santel, hac a brudans carguet,
1140 Gant guir humilité ec'li oun n'em avancet,
Pehini oar ar vertu liac ar rosen roial
D'eus an holl vertuio ebars en gênerai,
Dre pehinin e heller esperin, hep soupçon,
Dous ha caër e heuliet d'eus a perfection.
1145 Rac-se ec'h oun hardi dont hoas d'en em avans,
Da dont d'ho supplian da chom hoas en silans.
« Adam, eme Doue, houi hoc'h eus meritet
« Supliço an Ifern, balamour d'ho pehet.
« En em dennet ho taou, an eil d'eus eguile,
1150 « Da hout hac ar serpant a lavar guirione ».
Truez hen defoa ont-han, balamour ma voa den,
Hac e roas d'ehan un abit a crohen,
La Création du monde. 195
HISTOIRE DE LA CRÉATION DE CE MONDE
LA FORMATION DE L'HOMME ET SA VIE
LE PREMIER PHILOSOPHE FUT ADAM, SA MORT
LA VIE DU PROPHÈTE HÉNOCH ET CELLE D'ELIE
LE DÉLUGE
LA VIE DE NOÉ ET SA MORT
(Suite).
Le troisième prologue commence.
Auditeurs que la sainteté distingue et que la prudence con-
duit, je me présente à vous avec un véritable sentiment d'hu-
milité. Je connais la vertu et la voie royale de toutes les vertus
en général, et l'on peut espérer sans témérité vous voir en
suivre les lignes douces et fleuries, pour atteindre à la perfec-
tion. C'est pourquoi j'ai la hardiesse de paraître de nouveaa
devant vous, et de venir vous supplier de garder encore le si-
lence.
« Adam, dit Dieu, vous avez mérité les supplices de l'Enfer,
« à cause de votre péché. Retirez- vous tous deux, écartez-
« vous l'un de l'autre, pour vous assurer si le serpent a dit la
« vérité. »
Le Seigneur avait pitié d'Adam, parce que c'était un lîommc :
il lui donna un habit de peaux et un autre pareil à Eve, son
y
II7O
194 Vahht Eug. Bernard.
Hac he briet Eva hen defoe couls hac hen,
Pa voaint coet er pehet er memeus calite.
115 5 « — Ma Doue, eme Adam, bras eo ho puissans !
M'ho pet d'am pardonin a dimeus ma ofans.
Houi demeus a netra en deveus ma crouet,
Me a obeïsso d'ar pes agomandet.
Groet hoc'h eus, ma Doue, ar bet-man a netra,
II 60 « Pardonet evel-se d'ar paoures ques Eva.
Dre ma frajilite ha dre ma ignorans,
Ma Doue, siouas d'in ! e coesis en ofans ».
— P'ho clevoan, eme Doue, ho taou o regretin,
True am eus ous-hoc'h, me deu d'ho pardonin.
1165 « Me'm boa ho confirmet dre ma gras immortel;
Breman, gant an amser houi a renquo mervoel.
Dimeus a douar out, arre e retornet,
Ha soufrin cals a poan, entre veet er bet,
Labourât an douar houi a renquo bemde,
Gant ar hoes ho crohen evit pean ho tle.
Ha soufrin evit Doue ha tomder hac anvoet,
Ha goude ho peso hac ilboet hac sehet.
Neuse eur voes ar bla, e teui da produin
An douar labouret, evit ho substantin.
1175 « Ha houi ive, Eva, a renquo couls hac hen,
Bean participant er memeus paourente,
Hac ar freus a douguet gant poan houi a hano,
Ha quent e voac'h exant d'eus a pep sort poanio.
Eva, houi a renquo bout sujet d'ho priet,
II 80 « Evel ma comando, gant guir basiantet,
Hac ive pep labour ebars en ho gallout,
Pa'n d-eo formed ar boan, houi ho peso ho lot ».
Ma comando d'eshe mont da vale Hebron,
Hac eno e soufront tomder ha ieneon.
1185 « Nep a deuio d'amanti dre ur guir binijen,
« A renquo, eme Doue, er barados antren ».
Doue lar da Adam quent fin d'eus he vue,
Digas unan-bennac dimeus he vugale,
Da guerhat an eoul d'eus a visericord
1190 Digant ar Churubin, evit ober acord.
La Création du monde. 195
épouse, puisqu'ils étaient également tombés dans le même
péché.
« Mon Dieu, s'écriait Adam, grande est votre puissance!
■■<■ Je vous prie de me pardonner ma faute. Vous m'aviez créé
:< de rien, j'obéirai à tout ce que vous commanderez. Mon
Dieu, vous avez tiré le monde du néant, pardonnez aussi à
( la pauvre chère Eve. C'est par ma faiblesse et par mon igno-
( rance, mon Dieu, que je suis, pauvre de moi ! tombé dans
( le péché. » — « Quand je vous entends, répond le Sei-
:< gneur, tous deux exprimer vos regrets, j'ai pitié de vous, et
j'en viens à vous pardonner. Je vous avais, par ma grâce,
:< assuré l'immortalité : maintenant avec le temps il vous
faudra mourir. Tu es poussière et tu retourneras en pous-
sière. Vous souffrirez beaucoup de peines tant que vous se-
rez au monde; tous les jours vous travaillerez la terre à la
;( sueur de votre peau, afin de payer vos dettes. Pour Dieu
X vous supporterez la chaleur et la froidure, vous endurerez la
faim et la soif. Une fois l'an, la terre cultivée donnera ses
produits pour vous sustenter. Et vous, Eve, aussi bien
qu'Adam, vous partagerez la même pauvreté; les fruits que
vous porterez, vous les enfanterez dans la douleur, et au-
paravant, vous étiez exempte de toute souffrance. Eve, vous
devrez être soumise à votre époux, obéir à ses ordres avec
une patience inaltérable, l'aider dans ses travaux autant que
vous le pourrez, et puisque la peine est entrée dans le
monde, vous en aurez votre part. »
Dieu leur commandera de se rendre à la vallée d'Hébron,
et là ils souffriront du chaud et du froid.
« Quiconque, dit le Seigneur, s'amendera par une vraie
« pénitence, arrivera par ce moyen à entrer en Paradis. »
Dieu avertit Adam d'envoyer avant la fin de sa vie un de
ses enfants chercher auprès du Chérubin, l'huile de miséri-
corde, afin de faire la paix.
I cf6 L'abbé Eug. Bernard.
Doue a digasas Chérubin en douar
Da conjurin Adam hac he briet Eva,
Hen laquât er jardin da vesa gouarner :
Er Barados terest achu voa ho amser.
1195 « — Adam ha houi Eva, 'me an el Churubin,
« A beurs Doue an Tat me so deut d'ar jardin,
« Evit ho conjurin da dilesel ar plas ;
« Balamour d'ho pehet hoc'h eus collet ar plas ».
Adam, o tetestin pa 'n em considère :
1200 « — Bras eo ho madeles, eme-han, ma Doue !
« Queus am eus, eme-han, o quitat an deliço,
« Monet da vale Hebron da soufrin ar poanio ».
Promettin ra Adam gant guir pasiantet
Houesan an dour, ar goat, evit gonit he voet,
1205 Ma halje eur veach, goude fin hé vue
Bout evurus en env en presans un Doue.
Dre urs ar Chérubin e teuio da quitat,
Pa deui d'ho conjurin a beurs Doue an Tat,
Hep donet d'en em glem pa voa int voa quiriec,
1210 Dre ho frajihte balamour d'ho fehet.
Mes an el Churubin a promettas d'eshe
E petje evit-he dirac ar guir Doue;
Mar soufjent ho foanio gant guir basiantet,
E vijent evurus en pales an Drindet.
12 15 Pa sortias Adam hac he briet e-mes, .
E ordrenas Doue serrin ar Baradoes,
Hac evesat erfat ne antreje hini
A nep sort nation, evit he ofansi.
Adam hac he briet 'n em dennas da Hebron,
1220 Trubuillet gant ar heus, ha flitic ho halon.
Adam a lavaras en defoa un irvoet :
Ret voa dibri lousou da servi jout da voet.
Ous o bean en noas e soufrent an anvoet.
Ha cavent alies hac ilboet ha sehet.
1225 Ma teujont da sevel d'eus a douar, un ti,
Hen golo gant delio d'en em sauvetei.
« — Breman, eme Eva, pa 'n d-e savet an ti,
« Ret vo monet ebars hon daou da reposi.
La Création du monde. 197
Le Seigneur donna ordre à un Chérubin de descendre sur
la terre pour chasser Adam et Eve, son épouse, et il l'établit
gardien du jardin ; pour eux, leur temps était fini au Paradis
terrestre. — « Adam, et vous, Eve, dit le Chérubin, c'est de
« la part de Dieu que je viens au jardin vous commander de
« quitter la place : à cause de votre péché, vous êtes bannis
« de ces lieux. »
Adam exhalait sa douleur en se considérant lui-même :
« Votre bonté, disait-il, est grande, ô mon Dieu ! J'ai re-
« gret, ajoutait-il, d'abandonner ce séjour de délices pour aller
« à la vallée d'Hébron souffrir toute sorte de peines » .
Adam promet de montrer une véritable résignation, de suer
l'eau et le sang pour gagner sa nourriture, afin de pouvoir, au
terme de sa vie, être heureux au Ciel, en présence de l'Eternel.
Ils quittent le Paradis, sur l'ordre du Chérubin, quand celui-ci
vient leur en signifier l'arrêt de la part de Dieu le Père. Au-
cune plainte ne tombe de leurs lèvres, puisqu'ils étaient cou-
pables de s'être, par leur faiblesse, laissé aller au péché. Le
Chérubin leur donna l'assurance d'intercéder pour eux auprès
du Tout-Puissant : qu'en supportant leurs peines avec patience,
ils seraient heureux au palais de la Sainte Trinité.
Lorsque Adam et son épouse furent sortis du Paradis, Dieu
ordonna d'en fermer les portes et de prendre garde qu'il n'y
entrât personne, de quelque pays que ce fût, pour offenser sa
Majesté.
Adam et Eve se retirèrent à Hébron, le cœur tourmenté par
le chagrin et par la tristesse. Adam déclara qu'il avait faim :
il fallut manger des herbes et les prendre pour nourriture.
Comme ils étaient nus, ils souffraient du froid et ils se res-
sentaient souvent de la faim et de la soif. Ils se mirent à cons-
truire une maison en terre et à la couvrir de feuilles, afin de
se trouver à l'abri. « Maintenant, dit Eve, que la maison est
bâtie, il faut y entrer tous deux pour nous reposer. Le temps
198 L'abbé Eug. Bernard.
« An amser a so ien, hac an nos so tefal,
1230 « Ha nin so fall guisquet ous an amser digar. »
Rac-se, compagnones, me a houlen iscus
Humblament, a galon, mar d-oun bet anvoius ;
Me ho pet, a galon, da donet da compren.
Me ia da sortian, da sedin an dachen,
1235 Evit an drede proloc a voelan finisset.
Rac-se, compagnones, m'ho pet, ma iscuset,
Ha deut da profitan. En hano an Drindet
Iscus a houlennan, quenavo, ar hentan guelet.
Senne I.
Adam hac Eva a antre.
Doue an Tat a coms.
Breman, Adam, Eva, houi hoc'h eus meritet
1240 Supliço an Ifern, balamour d'ho pehet.
En em sellet ho taou, an eil hac eguile,
Da bout hac ar serpant a lavar guirione.
Hen-nes a laras d'ec'h pa voa ous ho tentin.
Ma tebjac'h an aval, e vijac'h engal d'in
1245 A corf, hac a furnes, hac ive a speret.
Sellet en pe miser oc'h breman 'n em rentet.
True am eus ous-it balamour ma out den,
Me raio d'it un abit a vo gret a grohen^
Ha houi breman, Eva, a renquo couls hac hen,
1250 Pa'n d-oc'h coet er pehet er memeus dignité.
Rac-se sellet breman ho crat hac ho feson.
Ha houi a so henvel ous oruir Roue an Tron ?
&
I . La mémoire de celui qui dictait s'est ici surprise en défaut. Six vers
commençant par: Hac ar freus a douguet..., que le scribe avait transcrits à
cet endroit, ont été eflfacés et se trouvent transportés plus loin, après le
vers 1274.
La Création du monde. 1 99
est froid, la nuit est obscure, et nous sommes mal habillés
contre les rigueurs de la saison. »
C'est pourquoi je demande à la compagnie pardon humble-
ment et du fond du cœur, si j'ai été ennuyeux. Je vous engage
charitablement à faire en sorte de comprendre. Je vais me re-
tirer et céder la place après le troisième prologue, que je ter-
mine à l'instant. Ainsi, mes amis, je vous prie de ne pas m'en
vouloir, et tirez-en votre profit. Au nom de la sainte Trinité,
excusez-moi, s'il vous plaît, au revoir, à la première occasion.
Scène I.
Adam et Eve entrent.
Dieu le Père.
A cette heure, Adam et Eve, vous avez mérité les supplices
de l'Enfer à cause de votre péché. Regardez-vous l'un l'autre
pour savoir si le serpent a dit la vérité : il vous assura, lors-
qu'il vous induisait en tentation, que si vous mangiez la
pomme, vous deviendriez mes égaux en nature, en sagesse et
en esprit. Examinez en quelle misère vous êtes tombés. J'ai
pitié de toi, Adam, parce que tu es homme, je vais te donner
un vêtement de peaux. Et vous, Eve, vous partagerez son sort,
puisque vous avez commis le péché dans les mêmes condi-
tions. Observez donc maintenant votre état et vos manières, et
voyez si vous êtes semblables au Roi des Cieux ?
200 L'abbé Eug. Bernard.
Adam a coms.
O Doue, ma Hrouer! bras eo ho puissans !
M'ho pet d'am pardonin a dimeus ma ofans.
1255 Houi demeus a netra en deveus ma crouet :
Me a obeisso da guement a leret.
Eva a coms.
Ma Doue ! houi en deus srroet ar bet d'eus netra !
M'ho pet da pardonin d'ar paoures ques Eva.
Dre ma frajiHte ha dre ma ignorans,
1260 Ma Doue, sivoas d'in, e coesis en ofans !
Doue an Tat a coms.
P'ho clevoan er guis-se o tont da reclamin,
True am eus ous-hoc'h, me deu d'ho pardonin.
M'em boa ho confirmet, dre ma gras, immortel,
Breman gant an amser houi a renquo mervel.
1265 Demeus a douar oc'h, arre eretornet;
Ha soufrin cals a boan entre ma veet er bet.
Labourât an douar houi a renquo bemde
Gant ar hoes d'eus ho corf en durant ho pue.
Houi en defo tomder hac ive anvoet,
1270 Ha goude-se houi po hac irvoet ha sehet.
Neuse eur veach ar bla e teui da produi
An douar a ve ret evit ho substanti.
Hi houi breman, Eva, a renquo couls hac hen,
Beau participant er memeus paourente,
1275 Hac ar freus a douguet gant poan houi ho gano,
Ha quent e voac'h exant d'eus a bep sort poanio.
Neuse houi a renquo bout sujet d'ho priet,
Evel ma comando, gant guir pasiantet,
Hac ober ho labour ebars en ho callout,
1280 Pa 'n d-e formet ar boan houi ho peso ho lot.
Na chomet mui aman, et da vale Hebron,
Hac eno e soufrer tomder haieneon.
Neuse, hen laran d'ec'h, ret e bout pasiant
La Création du monde. 20 1
Adam.
O Dieu, mon Créateur, votre puissance est infinie! Je vous
en prie, pardonnez-moi mon péché. Vous m'avez créé de
rien, j'obéirai à tout ce que vous ordonnerez.
Eve.
Mon Dieu, vous avez tiré le monde du néant, je vous en
prie, pardonnez à la pauvre Eve. Par ma faiblesse et par mon
ignorance, mon Dieu, malheureuse que je suis ! j'ai succombé
à la tentation.
Dieu le Père.
Lorsque je vous entends m'implorer en ces termes, j'ai
pitié de vous et je viens vous pardonner. Je vous avais, par
ma grâce, assuré l'immortalité : maintenant avec le temps, il
vous faudra mourir. Vous êtes sortis de la terre, vous y re-
tournerez : vous endurerez beaucoup de peines tant que vous
serez en vie; vous êtes condamnés à travailler tous les jours la
terre, à la sueur de votre corps. Vous souffrirez du chaud et
du froid, vous ressentirez la faim et fa soif. Une fois l'an, la
terre produira ce qui est nécessaire à votre subsistance. Et
vous, Eve, aussi bien que votre époux, vous partagerez la
même pauvreté, et les fruits que vous porterez, vous les en-
flmterez dans la douleur. Auparavant, vous étiez à l'abri de
toute souffrance, à présent vous devrez être soumise à votre
époux, obéir à ses ordres avec patience, travailler autant qu'il
sera en votre pouvoir, et puisque la peine existe, vous en au-
rez votre part.
Ne demeurez pas ici davantage, allez à la vallée d'Hébron;
là vous endurerez la chaleur et la froidure. Il fiut, je vous le
dis, vous montrer patients dans vos souffrances, vos ennuis et
Revue Celtique, X 14
202 L'abbé Eug. Bernard.
Ebars en ho poanio, anvoio ha tourmant,
1285 Hac ho holl miserio ofret evit ma gloar.
Ha houi, ha quement den a deui voar an douar,
A veso en pehet; rac-se dre binijen
E renquer, ma mignon, er Barados antren.
Quent evit ma verfet, en dilin ho pue,
1290 Houi a digaso aman unan ho pugale,
Da guerc'hat an eol d'eus a visericord,
Digant ar Churubin, evit pean ho fot.
Me hen leso hep mar gant an el Churubin,
A veso en ho plas gouarner er jardin.
Senne II.
Doue an Tat a ia da cafet an el Churubin, neuse a coms.
1295 Ma mignon Churubin, disquennet d'an douar,
Da conjurin Adam hac he briet Eva,
So er Barados terest : achu eo an amser.
Houi a veso en h« fias, er jardin gouarner.
An el Churubin a coms.
Ma Frins ha ma Roue, gant reson competant,
1300 D'ar pes a comandet me vo obéissant,
Hac a iel prontamant da lavarat d'eshe
E renquont sortian dimeus a beurs Doue.
Aman e a da cafet Adam, ha ma continu da coms.
Adam, ha houi Eva, me a so deut racial,
A beurs Doue an Tat, aman voar an douar ^
1305 Evit ho conjurin da dilesel ar plas,
Balamour d'ar pehet hoc'h eus collet he c'hras.
1 . Ce vers avait échappé à la mémoire de celui qui dictait le mystère : il
a été rétabli à In marçe du manuscrit.
La Création du monde. 20?
vos tourments et supporter toutes vos misères pour ma gloire.
Vous, et tout homme qui naîtra sur la terre, serez dans le
péché; aussi, mon ami, est-ce par la pénitence qu'il vous sera
donné d'entrer au Paradis. Avant de mourir, au terme de
votre vie, vous enverrez ici un de vos enfants chercher auprès
du Chérubin l'huile de miséricorde pour expier votre faute.
Je la laisserai, je vous promets, entre les mains de cet Ange
qui, à votre place, sera gardien du jardin.
Scène II.
Dieu le Père va trouver le Chérubin.
Mon cher Chérubin, descendez sur la terre, allez chasser
Adam et Eve, son épouse, qui sont dans le Paradis terrestre :
le temps d'y demeurer est fini pour eux. Vous garderez le
jardin à leur place.
Le Chérubin.
Mon prince et mon roi, c'est avec juste raison que j'obéirai
à votre commandement. Je vais sans délai aller kur dire
qu'ils doivent sortir sur l'ordre de Dieu.
Ici il se dirige vers .^dam et continue.
Adam, et vous Eve, je viens à l'instant au nom de Dieu le
Père, ici, sur la terre, vous signifier de quitter ce séjour. A
cause de votre péché, vous avez perdu la grâce du Seigneur.
204 L'abbé Eug. Bernard.
Adam a coms.
O Doue éternel, pa 'n em consideran,
Bras eo ho madeles em andret, er bet-man.
Queun am eus o quitat ar plas a deliço,
13 10 Ha mont davale Hebron da soufrin ar poanio.
Birviquen ne gleman pa 'n d-eo ret er guis-se,
Entre vin er bet-man, o tremen ma bue.
Me labouro an douar gant pep pasiantet,
Ha hoeso an dour, ar goat evit gonit ma boet,
13 15 Ma hellin eur veach, goude fin ma bue
Bout evurus en env, en presans ma Doue !
Eva a coms.
Churubin, pa 'n d-eo ret d'imp quitat,
Pa deut d'hon conjurin a beurs Doue an Tat,
Arabet eo 'n em glem pa 'n d-e nin so quiriec,
1320 Dre hor frajilite, balamour d'ar pehet.
Churubin, ma mignon, evel m' hoc'h eus pouver,
Goulennet d'imp pardon digant an Eternel,
Hac ar c'hras da soufrin bepret evit he gloar
Ar poanio hon beso breman voar au douar.
An el Churubin a coms.
1325 Adieu, Adam, ha houi Eva, me'm eus ous-hoc'h true;
Me pedo evid-hoc'h dirac ar guir Doue.
Comeret ho paourente gant guir basiantet,
Hac e viet evurus en pales an Drindet.
Adam hac Eva a sorti.
Doue an Tat a coms d'eus he tron.
Churubin, ma El guen, serret ar Baradoes,
1330 Pa'n d-eo Adam, Eva, d'eus ma feurs, et e-mes.
Teulet evoes erfat, na les't den da antren,
Ret veso d'ec'h bepret derhel ma gourhemen.
La Création du monde. 205
Adam.
O Dieu éternel, je me considère et je vois combien grande
est en ce- monde votre bonté à mon égard. Je regrette de
quitter ce lieu de délices pour aller à la vallée d'Hébron souf-
frir toute sorte de peines. Jamais je ne me plaindrai, puisque
c'est de cette façon qu'il me faut, tant que je serai sur terre,
passer mon existence. Je suerai l'eau et le sang pour gagner
ma nourriture; que je puisse une fois, à la fin de ma carrière,
être heureux au Ciel, en présence de mon Dieu !
Eve.
Chérubin, il nous fluit donc partir, dès que vous nous en
apportez l'ordre de la part de Dieu ! Nous ne nous plaindrons
pas, puisque nous sommes coupables, par suite de notre fai-
blesse, d'avoir commis le péché. Chérubin, mon ami, comme
vous en avez le pouvoir, demandez à l'Eternel pour nous le
pardon et la grâce de toujours endurer, pour sa gloire, les
peines que nous rencontrerons désormais sur la terre.
Le Chérubin.
Adieu, Adam, et vous, Eve, j'ai pitié de vous et je prierai
pour vous devant le Tout-Puissant. Supportez votre pauvreté
avec une vraie patience, et vous serez heureux au palais de la
Sainte Trinité.
Adam et Eve sortent.
Dieu le Père parle de son trône.
Chérubin, mon bel Ange, fermez le Paradis dès l'instant
qu'Adam et Eve l'ont quitté sur mon ordre. Prenez bien
garde, ne laissez entrer personne : il vous £iudra toujours
exécuter mes commandements.
2o6 L'abbé Eug. Bernard.
An el Churubin a coms.
Evel guir crouadur, reson eo, ma C'hrouer;
Me a obeisso d'ec'h evel ur guir buguel.
1335 Me a evoesai erfat ne antreo hini
A nep sort nation, evit ho ofansi.
Senne III.
Adam hac Eva a ia dre ar broiou evit mont da vale Hebron.
Adam a coms goude.
Breman, ma guir briet, e ret d'imp choas hor plas,
Evit gonit iîor boet, pa'n hon deus bet ar c'hras ;
Pa'n deus ar guir Doue eur veach hon pardonet,
1340 Ur remors bras am eus d'he bean ofonset.
Eva a coms.
El lec'h ma tisiret, me so ive contant.
Birviquen na vesin e nep guis rebellant.
Evel ho guir briet d'ec'h me a obeisso,
Pa e comandet d'in a beurs ar guir Autro.
Adam a coms.
1345 Eva, chetu ar plas so d'imp da possedin.
Squisan a ran gant an hent, irvoet bras a deu d'in.
O Doue, ma C'hrouer, m'ho pet, hon sicouret !
Ret vo dibrin lousou da servijout da voet.
Eva a coms.
Me voell a-hont lousou : me a ia da guerhet,
1350 Ha c'houi, ma friet Adam, me ho pet, aucoeet.
Dija es omp faille : ret eo 'n em gourajin,
Bete fin hor bue bepret perseverin.
La Création du monde. 207
Le Chérubin.
Comme une créature docile, je le dois, ô mon Créateur.
Je vous obéirai toujours comme un enfant soumis. Je ferai
bonne garde afin de ne laisser entrer personne, quelle que soit
sa nation, pour vous offenser.
Scène III.
Adam et Eve s'en vont à travers pays, se dirigeant vers la vallée d'Hébron.
Adam.
Il nous faut, ma chère épouse, maintenant choisir notre
place, afin de gagner notre nourriture, puisque nous en avons
obtenu la grâce. Comme Dieu nous a une fois pardonnes, j'ai
un grand remords de l'avoir offensé.
Eve.
L'endroit qui vous plaira me conviendra aussi. Jamais, en
aucune façon, je ne me montrerai rebelle, et comme une
bonne épouse, je vous obéirai, puisque j'en ai reçu l'ordre de
la part du souverain Seigneur.
Adam.
Eve, voici la place que nous devons occuper. Le chemin
m'a fatigué, je me sens une grande faim. O Dieu, mon
Créateur, je vous en prie, venez à mon secours ! Il nous fau-
dra manger des herbes et nous en servir en guise de nourri-
ture.
Eve.
Je vois là-bas des herbes, je vais les cueillir. Et vous,
Adam, mon époux, je vous en prie, oubliez. Déjà nous som-
mes faibles, il faut nous encourager, et jusqu'à la fin de la vie,
toujours persévérer.
2o8 L'abbé Eug. Bernard.
Adam a coms.
Disqueset al lousou: guelomp ar goût ho deus.
Chanchamant a voelan d'hon bue ha d'hon freus.
1355 Nin hon eus bet evurustet guesall posséder er jardin.
Da veso e pep amser meuled an Tat divin !
Eva a coms.
Al lousou a so glas, ha dinatur, ha cri :
Mes evit gloar Doue ret veso d'imp dibri,
Evit-ho bout callet. Ret veso ur veach
.1360 En em acustumin da dremen pep outrach.
Adam a coms.
O Doue so en env, divar ho hoU puissans,
Me ho supli breman da rein d'imp asistans,
Da dremen ma amser, ha couls ma faourente,
A renquer da soufrin entre vin en bue !
Ma tebront, ha goude Adam a coms.
1365 Nas devoas labourât, pa'n d-c gret ar repas
D'eus a voet bras. Casi es omp en noas.
Me a ia da obcr un ti, rac aon arguai amser.
. Biscoas bete breman n'am boa soufret miser.
Pa voa gret an ti, e coms.
Ah ! ma friet Eva, pelec'h es oc' h manet ?
1370 Disquennet da e£m : maro oun gant ar sehet.
Ur fatic bras am eus aman, o labourât.
Ha me o c'hoesan an dour casi bete ar goat.
Eva a digas d'ehan da efan gant eur goquen, hac coms.
Me lavar d'ec'h, ma friet, es oc'h impatiant.
Ret eo bout pariant da dremen an tourmant.
1375 Chetu aman dour mat da derrin ho sehet,
Na heller quet cavet evcl ma ve souhet.
Leret d'in ho toare, petra hoc'h eus esom :
Ha me raio ma fossipl da pourvein d'e-omp.
Lx Création du monde. 209
Adam.
Montrez ces herbes. Voyons quel est leur goût. Il y a du
changement, je le vois, dans notre vie et dans notre nourri-
ture. Jadis, nous étions heureux au jardin! Que Dieu le Père
soit en tout temps loué !
Eve.
Les herbes sont vertes, de mauvaise qualité et crues. Mais
pour la gloire de Dieu, nous devons les manger, bien qu'elles
soient dures. Il nous faudra une bonne fois nous accoutumer
à surmonter toute contrariété.
Adam.
O Dieu qui êtes au Ciel, au nom de votre toute-puissance,
je vous supplie de m'assister pour m'aider à mener mon exis-
tence, à supporter ma pauvreté qu'il faudra subir tant que je
serai en vie ! . •
Ils mangent et Adam continue.
Il faut travailler puisque nous avons fait notre repas avec
mets distingué. Nous sommes presque nus, je vais bâtir une
maison, de peur du mauvais temps. Jamais jusqu'à présent je
n'avais souffert de la misère.
Lorsque la maison est construite, Adam poursuit.
Ah! Eve, mon épouse, où étes-vous restée? Versez-moi à
boire, je meurs de soif. Je me suis bien fatigué ici à travailler,
et je sue presque jusqu'au sang.
Eve lui apporte à boire dans une coquille.
Je vous le dis, mon époux, vous n'avez point de patience.
II faut en avoir pour supporter la souffrance. \'oici de bonne
eau pour étanchcr votre soif : on ne peut pas en trouver au
gré de ses désirs. Contez-moi vos affaires, dites de quoi vous
avez besoin, et je ferai mon possible pour y pourvoir.
2 10 L'abbé Eiig. Bernard.
Adam a coms.
Chetu aman un ti batiset a douar:
1380 Ret vo d'in he holo gant eur sort bennac ail.
Me a ia breman da vit un nebeudic dellio,
Gant ar c'hras a Doue, gant-he m'hen dislavo.
Ma a da vit dellio.
Eva a coms.
Breman, ma guir Doue, pa eo savet hon ti,
Ret vo monet ebars breman da reposi.
1385 An avel a so ien, an nos a so tefal,
Ha nin so tall guisquet, an amser so digar.
FIN D EUS AN DRIVET ACT.
La Création du monde. 2i i
Adam.
Voici une maison que j'ai construite en terre. Il me faudra
la couvrir avec quelque autre chose. Je vais à présent chercher
un peu de feuilles, et grâce à Dieu, elles me serviront à la
mettre à l'abri de la pluie.
Il va chercher des feuilles.
Eve.
Maintenant, ô mon Dieu, que notre maison est bâtie, nous
n'avons qu'à y entrer pour nous reposer. Le vent est froid, la
nuit est sombre, nous sommes mal habillés et le temps est
mauvais.
FIN DU TROISIÈME ACTE.
(A suivre.)
THE ADVENTURES OF NERA
The foUowing taie, now printed for the first time, seems
to hâve been variously known as the Echtra Nerai or the Tàin
BéAingen. See Jubainville, Catalogue, pp. 124 and 213. Under
the former title it is mentioned in LL. 245 b, 32, as one of
the remscéla or introductory taies of the Tâiii Bo Cuailnge ;
the latter title it bears in one of the two copies that hâve
corne down to us, viz. that in H. 2. 16, col. 658-662. The
other copy, preserved in Egerton 1782, fo. 71 ''-y 3'', is with-
out a heading.
The Echtra Nerai is closely connected with the Tâin Bô
Regamna (referred to in the text, 1. 169), which may be re-
garded as an épisode of it. One of the incidents of the taie is
referred to in the body of the Tâiii Bô Cuailnge, see note on
1.175.
An analysis of part of the Echtra Nerai Is foundinO'Curry,
Manners III. pp. 199-201, and Hennessy has quoted some
extracts from it in the Revue Celtique, I. p. 44.
The two MSS. give the same text and clearly go back to
one archetypus. Neither of them can hâve been copied from
the other, as mistakes caused by homoioteleuta occur in both
at différent places. See 11. 52, 87, 108, 142.
I hâve printed the text of Egerton as it stands, because it is
more carefully written than that of H. 2. 16, and because of
Echtra Nerai. 21 î
its peculiar orthography. The various readings, but not îhe
orthographical déviations, of H. 2. 16 are given at the foot
of the pages, later additions and corrections by the hand of a
différent scribe and in paler ink being enclosed in parenthèses.
Kuno Meyer.
ECHTRA NERAI
[EGERTON 1782, Fo. 71 b]
1 . Bui Ailill ocus Meudb aidqi samnoi hir-Raith Cr«a-
chancona techluch huili. Gaibtiur ar bearbad bid leu. Ro-
crochta da chimid leo al-laa remiu sin. Asmbert Ailill
iarum : « Inti domberud va », ol se, « id im choiss nechtar
5 nada chimmig fil issien croich, rambiatha log lium-so ai-
riu, amuil bied ail do ».
2. Ba mor iarum a dorchotai na haidqi sin, ogM^agran-
datai, ogus doaidbitis demnoie ind oidqi sin dogres. No
teged gach ïer ar huair huaidip i///mach dia (romud ina
10 haidqi sin 7 ba hopunn ùcced issin tech doridisi. « Rom-
bith-si a loug lat », oU Neroi, « 7 ragat hi/;/mach ».
« Rotmbiad mo claidium orduirn-sie eim », ol Ai//ll.
3. Dochomluiass iarum inti Nero7gaibissgaisccfJmaith
fiiir dochum na cimmido. Atnaid iarum id him choiss in-
15 daro fiur dona cimbethuip. Docuirethar iarum ina deguid
aith^rruch co ma tri. Asmbert iarum in ci;»mith fr/ss,
mano thuco menuth taccuir fair, dia m-be aicci co
maitin, ni duinfiuth iarum fair a menod fein ind fedo.
Atnaig Nero menod taccuir fair iar sin.
20 4. Atp^rtin cimith assin croich fria Nero : « Ferdoi sin,
a Nero! » « Feurdo ecin ! » ol Nerai. « Ar fir do la?ch-
tachtdoi fmt, nombeir fort muin co;m-esb/Mr dich latt.
H. 2. 16, col. 638. — I Tain BeAingen and so. 2 gabthar docrocht/;a
4 olse anwoso ith 5 na/wbiad log 6 bid 7 mar ira andorchadu 9 cach ar-
nuair nahaidche 7 [col. 659 10 rombithsa log 12 rodbia 14 naciwead
THE ADVENTURES OF NERA
1 . One Halloween Ailill and Medb were in Rath Cruachan
with their whole household. Tliey set about cooking food.
Two captives had been hanged by them the day before that.
Then Ailill said : « He who would now put a withe round the
foot of either of the two captives that are on the gallows,
shall hâve a prize for it from me, as he may choose » .
2. Great was the darkness of that night and its horror, and
démons would appear on that night always. Each manof them
went out in turn to try that night, and quickly would he come
back into the house. « I will hâve the prize from thee », said
Nera, « and I shall go out. Truly thou shalt hâve this my
gold-hilted sword hère », said Ailill.
3 . Then this Nera went out towards the captives, and put
good armour on him. He put a withe round the foot of one
ofthe two captives. Thriceit sprangoff again. Then the captive
said to him, unless he put a propcr peg on it, though he be at
it till the morrow, he would not fix his own peg on it. Then
Nera put a proper peg on it.
t
4. Said the captive from the gallows to Nera : v That is
manly, o Nera! » « Manly indeed ! » said Nera. « By the
trutiî of thy valour, take me on thy neck, that I may get a
indara cimid docw/rther do«o 16 ba 17 nii/iathuca menad tacair ciabc aigi
18 ni(H) dunfacf fair amcnad fcn uid adnaid 20 fcrrda 21 ferrda do Ixch-
dacht rit 22 cotiasi\\ir deoch
2 1 6 Kuno Meyer.
Rombui hito mor form in tan romcrochad . » « Tair eim
(orm muin ! » oU Nero. Dotoet iarum for a muin. « Cedh
25 leth notmb^r? » ollNeuro. « Dontaich iss nessumduinw »,
or in cimith.
5 . Lo/atr iarum dontaich hi sin. Conhccata?- iarum ni, in
locii tiniuth iwmon tech sin. [72^] « Ni fil ar n-dig hissin
tig siu », ol in cimith. « Ni bi teniu gen cogluid ann do-
30 grès. Tair riunn don taich aiH dono iss nessim duinn »,
ol in cimith. Lot^r dono do sidi. C^nfaccatar dono loch
n-uscci hime suidiu. « Na herich don tich sin », ol in ci-
mith. « Ni gnath athinndlad na athfotmccod na ambor
co némiud ann ind aichce iar cotlw^. Tair riund don toig
35 aili heus »^ or in cimid. « Ata mu dig-siu isin taig siu
ïmmoro », or in cimid. DoUeciu de for Iar. Tet issin
tech. Athrnnlat ogus athfothruccud ann, ocus bid dig hi
cectwr de. Ammor con-ntmïd dana for Iar in taige Ibid
dono dig a cechtarna dosuidiu, 7 sroithid loimb n-dege-
40 nuch asa beluib im aigti na n-doini batar hisin tig, conn-
apatar uil/. Is iar ^ sin tr^ ni maith athindlat na athfotrac-
cod na teniu gin cogluid na ammor con-nauïd a taig iar
cotlud.
6. Dombariarumsindochum arededoridisiu. Ogwj-do-
45 tetNeru forachulo do Chruachnuib, a?;nifacco ni. Roloisc-
cid in dun ar a chiunn 7 coiinîàco cendail a;//-muinntiri lasna
hoccu on dun. Tet i n-diaig int sluaig iarum ind uaim
Crwachaon. « Fer hi lorcc so », ol in for deginuch fri
Nero. « Trummu al-lorg so », ol in for deginuch. 7 is-
50 p^rt cech for fr/a cheih in fo)ccul sïn ond fir deginuch gu-
sin for toisiuch. Iar sin dosegatt sid Cruachan 7 lotar is-
. sin sid. « Cid dogent^zr don fiur thanuicc lib ? » ol fer
I . iarn MS.
24 formowuiH dothaed hrum dontig asnesam dun ol incimid 28 tened
imo?î tellac/; hisin istigsea 29 tine cencoiclead 30 tairr roinn dontig naile
di«o 31- \odur d'ino dosuidiu. co«f/;acadar ni dhio in loch usci iwiside naherc
dino don tigsea 33 i\mur cotemed 35 modeochsa 37 and ibid deod a ceach-
tarde 38 conemed duio 39 di»o deod deside 7 sroithe loi»/ deigenach 41 iar-
siw 42 ti«e cen coicled coHuemed 43 collad 44 iarsi?z areigi doridisi confaca
ni 7 dothœd nera 45 dochrurtchnoib dorisi roloscad 47 hocaib 48 f. . il-
Echtra Nerai. 2 1 7
drink with thee. I was very thirsty when I was hanged. »
« Corne on my neck then ! » said Nera. So he went on his
neck. « Whither shall I carry thee ? » said Nera. « To the
house which is nearest to us », said the captive.
5. So they went to that house. Then they saw something.
A lake of fire round that house ^ « There is no drink for us
in this house », said the captive. « There is no fire without
sparing in it ever. « Let us therefore go to the other house,
wich is nearest to us », said the captive. They went to it then
and saw a Lake of water around it. « Do not go to that house ! »
said the captive. There is never a washing-nora bathing-tub,
nor a slop-pail in it at night after sleeping. « Let us still go
to the other house », said the captive. « Now there is my
drink in this house », said the captive. He let him down on
the floor. He went into the house. There were tubs for
washing and bathing in it, and a drink in either of them.
Alsô a slop-pail on the floor of the house. He then drinks a
draught of either of them and scatters the last sip from his lips
at the faces of the people that were in the house, so that they
ail died. Henceforth it is not good (to hâve) either a tub for
washing or bathing, or a fire without sparing, or a slop-pail
in a house after sleeping.
6. Thcrcupon he carried him back to his torture, and Nera re-
turned to Cruachan. Then he saw something. The dun was
burnt before him, and he beheld a hcap ofhcadsoftheir people
(eut oft) by the warriors from the dun. He went after the host
then into the cave of Cruachan. « Aman on the track hère! »
said the last man to Nera. « The hcavier is the track », said
his comrade^ to him, and each man said that word to his mate
from the last man to the first man. Thcreupon they reachcd
the sid of Cruachan and went into it. Then the heads were
1. round that licarth, II. 2. 16.
2. the last man, Hg.
lorgsa friw/; tumu lorc (ris olachele f> /suidi 7 asb«rt SO o«nir toisifiach ro-
scgad 32 (jabair taisbenad na ccnd iarwm don rig fiadosom isiwsid. Cid do-
dentar donir
Revue Celliûue, X. 15
2 i8 Kuno Meyer.
dib-sium. « Taet ille ro;m-accallar-su », ol in rig. Dothaet
qcco iarum ocus ispen ind rig iriuss : « Cid dotucc lasna
5 5 hocco issin sid ? » ol in rig fris. « A comuitecht do sluaig-
si », ol Na'ai. « Aircc don taig uut tall va », ol in rig,
« ata hen aentomu ann, denud maith fr/ut. Abair fr/a
iss uaim faiter chuici. Ocus tair-siu cach dia co cuail con-
nuid don taig siuo. »
éo 7. Dognith-sium iarum innisinama//issbr£'//;f/'/ss. Fer-
tair iarum faille fr/s 7 ispen : « Fochen det, masso hein ri
rofuid 411e. » « Is lie eim », oll Nero. No tcged Xero co
cuail ^cnnuid don dwi gach dia. Atchid assin dun im-
w/ach cach dia ar a chiiAin dall 7 baccoch for a mui//. No
65 tegdis co m-bitis for ur natibrat i n-dor«5 in duiniu. « In
fil ann? » ol in doU. « Fil ecin », oll in baccoch. « Tia-
gom ass ! « ol in haccacb.
8. Rofiarfor/;^ Nfro iarum inni sin don mnai. « Cidh
tathaigit », ol se, « in dall 7 in baccach don tiprait ? »
70 « Tathuigid in m-barr fil issiu tipr^it », ol in u/;en,
« .i. mionn n-oir bis for cionn ind rig. Iss ann do-
coisiaiar. » « Cid armod in dias uccott dotathuigf^ ? » ol
Nero. « Ni ansa », ol si, « huair rob iat roba tairisiu las-
si« rig do thaihaigid in bairr. Rodalkii indaro for 7 ro-
75 bacc(7^ araili. » « Tair ille biucc, » ol Nero fr/a a mnai,
« fo/m-ecius dam ni do mo imtechtuib collecc. » « Cid
dotarfas ? » ol in u/jen. « Ni ansa y>, ol Nero. « In tan
ro///baoc tuidecht issin sid, andarlem rohorta Raith Crua-
d\an 7 doroclw/r Ai//ll 7 Me^^ cona. legluch [72''] huili
80 ann. » « Ni fir eim on », ol in bea», « acht is sluag sia-
br^7 dotainicc. Firfaigth/r inni si» », ol si, mano foilset-
53 ««nanaicillirsa 54 dodtuc 5) icomaided;/ dotluaigsiu 56 erc t/;all
$7 ben îentuwa and 7 denad 58 roi/;it£r cucu condaig 60 dognisowz as-
brelh feraid iarom in ben 61 duid olsi masa he inrig rochind ille 62 no thei-
dcdh nera [col. 6bo làxom 63 condaig 65 nifil tiagam as àim 68 roiarfacht
71 isand dochoisecair 72 armad nothatlîaiged 73 huair robdar iat robotairisi
Echtra Nerai. 219
displayed to the king in the sid, « W^iat shall be done to the
man that came with you ? » said one of them. « Let him
corne hither, that I may speak with him », said the king.
Then Xera came to them and the king said to him : « What
brou^ht thee with the warriors into the sid ? » said the kinç
to him. « I came in the company of thy host », said Nera.
« Go now to yonder house », said the king. « There is a
single woman there, who will make thee welcome. Tell her
it is from me thou art sent to her, and come every day to
this house with a burden oftirewood ».
7. Then he did as he wastold. The woman bade him wel-
come and said : « Welcome to thee, if it is the king that sent
thee hither ». « It is he, truly », said Nera. Every day Nera
used to ço with a burden of firewood to the dun. He saw everv
dav a blind man and a lame man on his neck comins; out of
the dun before him. Thev would go until they were at the
brink of a well before the dun. « Is it there ? » said the bhnd
man. « It is indeed », said the lame onc. « Let us go away »,
said the lame man.
8. Nera then asked the woman about this. « Wh}- do the
blind and the lame man visit the well ? » « They visit the
ciown, which isinthe well », said the woman, « viz. adiadem
of gold, which the king wears on his head. It is there it is
kept ». « Why do those two go ? » said Nera. « Not hard to
tell », said she, « because it is they that are trusted b}' the king
to visit the crown. « One of them was blinded, the other
lamed ». « Come hither a little », said Nera to his wife, « that
thou mayst tell me of my adventures now ». « What has appear-
ed to thee? » said the woman. « Not hard totell », said Nera.
« WhenI was going into the sid, methought the rath of Crua-
chan was destroyed and Ailill and Medb with their whole
household had fiiUen in it ». « That is not true indeed »,
said the woman, « but an clfin host came to thee ^ That
I. to them, H. 2. 16.
74 dothathaigid in barr robacaideg 7s bicc Va 76 ro«ecidomimtheachtaib
77 bcn intan rodba octaidecht isisi/(th intarlim roort 81 rodata«ic tirfaidWr
manifaillsigfedsom
2 20 , Kuno Meyer.
som dia chelip. « Cinnwi- bërut-si robud dom muinnt/r ? »
ol Nfro. « Eircc a n-dochum », ol si. « Atat immon
caire cetno heus, 7 ni tailad in lucht don ùmg çuse. »
85 Sech bao hairem tri laa ocus teoro n-aidqi leissium bui
issin tsid. « Abair fr/u, airich//V/;ir immon samfuin-si
dothaet, mana taesat-som do orgain in sidiu ; ar dorairn-
geiriud doib-sium on : orguin hin sido do Ailill ocus do
Meidb ocus in barr Brmin do hrhh. doib ass. »
90 9. Ised tredi £r/th hi suidiu .i. cetach Loeguiri hind-Ard
Macho ocus in barr Briuin la Connachto ocus ind enach
Dunlaithe la Laigniu hi Cill Daro.
10. « Cinnus crêtfidtfr uaim-si techt hissi» sid ? » ol
N^/'o. « Beirtoirthesamruidlatt)),olinu/;en. Dob^^rtiarum
95 crem leis ocus sobairche ocus buiderath. « Et biam tor-
ruch-so uaitt », ol si, « oc//i' berot mû'c duit. Ocus dom-
hisiu ûs-scel huait, in tan ticcfoi do muinnt/r do orguin
in sidui, co ruco do muinnt/V ocus do cheva assin sid. »
11. Luid Nero iarum co a muin?2t//', conusîaaïr imon
100 coincctno. Ocus atfet scelo doib. OcMjdobrt'//;doiarum a
claidim, 7 anuis lia a mu'mùr co cenn m-hliadna iar sin.
Is hi in hliadain s'm dana intsainrud luidi F^;'gM.v mac
Roich a crich hUloth for lunguis co hAi//ll ocus Meidb
co Cruachna Aii. « Tainicc do dal tra, a X^ro », oll Ai-
105 un fr/a Nrro. « Eircc co tucca do muinnt/r 7 do cetm
assiw tsid, ro;m-icsim-ni do orguin in tsido. »
12. TeitNero iarum co mnai issi sid 7 femis a ben failte
fr/ss. « Eircc ass ira don dun », ol a hen fr/a Nero, « 7
hcr cuail ronnuid lat. Aiii-sa. hliadain lain oc a athigid co
82 b^radsaro. . diw 83 erig doctwi dotigi 75 dintene cose 85 tri naidchi
nombui isintig 86 airichlither 87 minatœdsad intsida àoâWill 7 domeidb
7 inbarr 90 ised treidi isuidiu .i. in ce/ach laegairi 91 mâcha 7 ineineach dun-
latha lalaigniu hicill dara 93 creidfider tuidecht 95 bidam(w) 96 doni
Echtra Nerai. 221
will corne true », said she, unless he would reveal it to his
friends. « How shall I give warning to my people ? » said
Nera. « Rise and goto them », said she. « They arestili round
the same caldron and the charge has not yet been removed
from thefire. » Yet it had seemed to him threedays and three
nights since he had been in the sid. « Tell them to be on their
guardatHalloween coming, unless they corne todestroytlieside.
For I will promise them this : the sid to be destroyed by
Ailill and Medb, and the crown of Briun to be carried off by
them ».
9. [Thèse are the three things, which were found in it, viz:
the mantle of Loes;aire in Arma2;h, and the crown of Briun
in Connaught, and the shirt of Dunlaing in Leinster in Kil-
dare.]
10. « How will it be believed of me, that I hâve gone into
the sid ? » said Nera. « Take fruits ofsummer with thee », said
the woman. « Then he took wild garhc with him and primrose
and golden fern. And I shall be pregnant by thee », said she
« and shall beat thee a son. And send a message from thee
to the sid, when thy people will come to destroy the sid, that
thou mayest take thy family and thy cattle from the sid ».
11. Thereupon Nera went to his people, and found them
around the same caldron; and he related his adventures to
them. And then his sword was given to him, and he staid
with his people to the end of a year. That was the very year,
in which Fergus mac Roich came as an exile from the land of
Ulster to Ailill and Medb to Cruachan. « Thy appointment
has come, oh Nera », said Ailill to Nera. « Arise and bring thy
.people and thy cattle from the sid, that we ma)' go to destroy
the sid ».
12. Then Nera went to his wife in the sid, and she bade
him welcome. «'Arise out to the dunnow », said the woman
to Nera, « and take a burden of firewood with thee. I hâve gone
.1
hissa 99 comuintir 100 dobreth(a) anclaidtfw ioî is(s)inbliaJam do-
stondrud doluidh 103 nuhid 104 tanic dal tra nera 106 coHig/;esum doargain
loycoamnai issintid 108 0/s 7 her cuail cownaig lat doH du« ol abe« atwa
109 octhathaigid
2 22 Kuno Meyer.
no qil connmth ïor mo muin cech dia tart'eisiu, 7 atruhart
iss i n-galur robadMi"e. 7 uinnsi do mac sunn ucutdo;/o. »
Teid-sium ass iarum don dun 7 heir/J churt/7 coîinuith.
leiss f(^r a muin. « Fodia do betho assi;/ gai///- hir-rabo ! »
ol ind r/g/;. « Ole lium im;;;oro in hen do feiss lat cin ath-
11) comarcc. » « DogenMr do riar-so im sodui?/ », ol Nero.
« Ni bud hannso duit-si on », ol in ri. Dotaet dia tig
for culo. «In[gar] tra do bu aniud »,olinu/;en. « Dora-
tus hmn dib dot mac iarna gein focf/oir. » Tet Nero
dana lia a cetmin laa insin.
120 13 . Beirid in Morrigan iarum huiii a mic-seom cein bui-
sium ina chotliid, coudrodàn in Dunn Cuailgne thair hi
Cuailgnc. Dotoet i-oin buin doridisi anair. Nosstairthenn
Cuculaiiid hi Muig Muirtem;;(' oc tuidecht tairiss. Ar ba
do geissib Conqiaind, cetteit ban asa thir, manip aurdf rg
12) leis. Ba dia geissib enlaith do tbgailt a thiri, mani fac-
bati^[73'''] ni leiss. Ba dia geissib iascc ind inberuib, muni
thuitidis laiss. Ba dia geisib oicc^ echtarchiniul ina thir,
mad i n-âgaid thistis, gen imaccalluim forru ria matain,
mad fria laa t/;istais, cen imacallrt//n fria matain. Nach
130 mgeii macdacbt 7 nach ben a.mtamai nobid la hUlltai, is
for a inchuib-seom 110 bitdis noco n-irailtis for feraib. It e
gessa Conculaind in sin. Doairthen// Cuculaind in Mor-
rigan cona bain 7 ashen : « Ni berthar i;/d imerge ! » ol
Cuculaind.
135 14. Dothaet NiTa ass iar;mi fescwr dia thigro//a buaib.
« Tome5/a bo mo mfc tra », ol se. « Ni mo du do dul-sa
do ingairiu fo;m ait sin », ol a ben în'ssim. Tanic in bo
fo sodain. « A ing;m^ tra, can àodeochaid in bo sai ? »
« Dodcochaid em, » ol in ben, « a Cuailngne iarna tair
140 don Don;z Cuailngne'. Erg ass tra a fer/;/ sa », ol in ben,
I . oice MS.
no cach tairrisiu 7 (andiv added over the Une) adubcil isangalar dobasu
III hunwsiu à'ino 1 1 2 b^'/rith cuail 1 16 niba han?;suw teit diathig Ingar
ira 119 allasin [col. 66 ij 121 condarodart don;; tair 122 nostc'crtend 124
Echtra Nerai. 223
to it for a whole year with a burden of fireNvood on my neck
every day in thv stead, and I said thou wert in sickness. And
there is also thy son vonder ». Then he went out to the dun,
and carried a burden of firewood with him on his neck.
« Welcome alive from the sickness in which thou wast ! »
said the king. « I am displeased that the woman should sleep
with thee without asking ». « Thy will shall be done about
this », said Nera. « It will not be hard for thee », said the
king. He went back to his house. « Now tend thy kine to-
day! » said the woman. « I gave a cow of theni to thy son at
once after his birth ». So Nera went with his cattle that day.
13. Then while he was asleep the Morrigan took the cow^
of his son, and the Donn of Cualgne bulled her in the east in
Cualgne. She (the Morrigan) then went again westward w'ith
her cow. Cuchulaindovertook thcm in theplain of Murthemne
as they passed across it. For it was one of Cuchulaind's o'^.fj'a
that even a woman should leave his land without his know-
ledge. [It was one of his gessa that birds should feed on lus
land, unless they Icft something with him. It was one of his
gessa that fish should be in the bays, unless they fell by him.
It was one of his ^essa that warriors of another tribe should
be in his land without hischalleniring them, before mornins:, if
they came at night, or before night, if they came in the dav.
Every maiden and every single woman that was in Ulster,
they were in his ward till they were ordained for husbands.
Thèse are iXiq gessa of Cuchulaind]. Cuchulaind ovcrtook the
Morrigan with her cow, and he said : « This cow must not
be taken ».
14. Nera went back then to his house with his kine in the
evening. « The cow of my son is missing », said he ^ « I did
notdcserve that thou shouldst go and tend kine in that way »,
said his wife to him. On that came the cow. « A wonder
now ! Whence docs this cow corne ? » « Truly, she comes
from Cualgne, after being bulled bv the Donn of Cuabne »,
I . she, H. 2. 16.
cctcit nianiburd<'/c 1 2 3 dof/jogeilt 127 oie echtairceniuil I28remaidin 129
renaidchi 151 noconcraildais 1 32 dathaiithc ijîimirce 1 5 > fr/anowa 156
domcsta niodû 138 dodcchaid 140 dun;/ c/;uail''?/« ass ol in hen
224 ^""^ Meyer.
« nachas fogluaisit do oie », ol si. « Forremdeth m
coibden hisiu a m-blednai cusm samain aitherrach. Do-
tiasait aidqi shamnai aitherruch, ar it aursluictiu sido
h£"/inn dogn's him samn/;z. »
145 15. Dothet Neru dochum a muintériu. « Canas tuth-
clio ? » or Ail//1 7 McJ/' frie Neru, « ocus cait hi rabaduis o
duchuduis uainn ? » « Roua a tirib cainib », ol Neri, « co
setuib ocus muinib moruib, co ;/n-imboth bruitt ocus biid
ocus set n-ingnad. Doragut du ior n-orccuiu oidqi hsam-
150 noi dotœt, mano foillsigttT doib. » « Rosnicfim-ne eim »,
ol Ail/71. Biit ann va co cenn n\-h\iadna. « Manotdfuil
ni tm isin sid », ol Ail//1, «.a Nero, co tucco ass. »
Treiss laa iarum ria samui;/ co tucc a himircce assin
tsid. Amail dodechaid iarum in tairbiniu assi/z sith, adaig
1 5 5 loeg bo Aingen : — .i. Aingeni ainm a m/V-sium, — adaig
a tri geiminno a^ in tairbin. Is hi sin huair robui AihVl
ocus Yergus ac imhin lithcilli. Co cualatar ni, geim in
tairbini hissin mag. Is ann ispen Fergus :
16. « Ni bud inmuiH limw ind ag
160 geissius hissin Cruachanmag,
mac Duib Chuailngneco«odsoid,
macân in tairb ol-Loch Loig.
Bet loegaiw de cin buiî
i m-Bairchi hi Cuailgniu :
165 cichis reim roirge ind rig
do âg aide Aingini. »
17. Aingene ainm ind lir 0C//5 Bee n-Aingeni aiwii na mna,
ocus ba hinun» coiioraim atcondairc inti Xerov forru ocus
atcowaircc Cuqlainn hi Tain Bo Ragamna.
141 fogluaiset foremteacha/»' 142 hisin atharruch arit fosgoihi sid/;a
Ercuii dogrcs. Dothet 145 tud/;chais i46araba oduchi7<i(ais)uaindi 147 ronba
149 doregad donworgaiw samna 150 manifaillsigther duid ronicfamne
1)1 biid tra oui. manadfuil 152 erccotucaas. Tet nera iarow. Tresla dia-
s/;amain 1 34 asinsid .i. laig bo aingen .i. angene ainm ameicseom. 1 58 atnaig
Echtra Nerai. 22 j
said the woman. « Rise out now, lest thy warriors corne »,
she said. « This host cannotgo fora year till Halloween next.
They will corne on Halloween next : for the fairy-mounds of
Erinn are ahvavs opened about Halloween ».
15. Nera went to his people. « Whence comest thou? »
said Ailill and Medb to Nera, « and where hast thou been
since thou didst go froni us? » « I was in fair lands », said
Nera, « with great treasures and precious things, with plenty
of garments and food, and of wonderful treasures. « They will
corne to slay you on Halloween coming, unless it had been re-
vealed to vou ». « Wc shall certainly go against them », said
Ailill. So they remain there till the end of the year. « Now if
thou hast anything in the sid », said Ailill to Nera, « bring
it away ». So Nera went on the third day before Halloween
and brous;ht her drove out of the sid. Now as the buU calf went
oui of the sid, viz. the calf of the cow of Aingen (Aingene was the
name of his son), it bellowed thrice. At that same hour Ailill and
Fergus were playing drafts, when they heard something, the
bellowing of the buU calf in the plain. Then said Fergus :
16 « I like not the calf
bellowing in the plain of Cruachan,
the son of the black bull of Cualgne, which approaches,
the young son of the bull from Loch Laig.
There will be calves without cows
on Bairche in Cualgne,
the king will go a ... march
through this calf of Aingene. »
17. [Aingene was the name of the man and Be Aingeni the
name of the woman, and the appearance which this Nera saw
on them was the samc as that which Cuchulaind sa\v in the
Tain Bo Regamna.]
gemenda 1 56 intairbiniu i)7fichli inni gem intairbin i^Sandsin I59ni-
binniain inath 160 ma(i)g 161 miv: iwduib cuailc^w conadsaig i62m(;c in-
tairbin olochlaig beidt lœg cenbu imbairciiiu liicuaiij^»/!; cithis remi roirge
inri diag aigi ai//e gcne ainm an(f)ir 7 be aingene ainm namna ibSintiow».
169 regamna
226 Kuno Meyer.
170 18. Condrecat iarum intoir'oi^e ocus'm Finnbennach hi
Muig Cruacban. La ocus adaig doib hi comr/zc ann sin
g«rro[73'']moig forsin toirbine fodeoig. Beccistair in tair-
bini ïarum in tan ro mebuid fair. « Ced ro uhecustair ind
ad ? » ol Medb fr/a a biiachi7/lj Buaigliu a ainm sidein.
175 « Ro fet//r-so ni, a mo bop^, a Vergus, as sin laid ro gau-
buis himbuaruch », ol Br/ccr/u. Doneco ¥ergus seco la
soduin ocus bentoi sethnn a chinn do Briccriu coiia durn
co lotiir na cuicfir fichilli bawr hind-durn F[er]g//j-o hi
cenn m-Br/ccriunn, co m-bo buan d'olcc do. « Apair
180 fnum, a Buaidliuo, cid isrubuirt in tarb », ol Medb.
« Adubuirt eim », ol Buaigliu, « mad a athuir-sium tis-
siud do chomrucc fr/ss .i. Dunn Cuailgne, nifown-ar-
m/igfeth ind Ah 7 no mehaid fair reme fo Mag n-Oi huili
gach leth. » Is ann sin ispen Medb o bês lugai : « Tonga
185 na dea thung//^ mo thuath, na tairinnfit 7 na coitelfat
îor cluim na colccuid 7 ni bom blathcha 7 ni cai//fuirim
mo ta^ib 7 ni cainairbiur dc/'gflatha na finn 7 niro;m-air-
biur biuth, ronamrabat na da tharb sin ar mo ubelaib a
comracc. »
190 I9.1ar sin tra tiaguit Q^/znrîr/j/uid 7 in dubluingius his-
sin sid, gurairçsiutin sith 7 co tucsiutt ass a m-bui ann. 7
co tucsiut ass in m-barr.m-Br/uin iar sin. Is hi s'm ira in
très issa amra ind-hiTrinn 7 cetach Loegaire ind-Ard
Macho 7 enech Dunluinge la Laigniu hio Cill Daro. ¥or-
195 fagbud Nero va coiia muinntzV ina sid 7 ni tainic a.f cose,
acus nie thicfo co brath. Fmit. .3 .un. maiin .on .uni. nox
na case.
1
170 tairbin finnbennach ai 171 aidchi ochomroc 172 maig tairbin
beccastair 173 robacestair innag i74i"ribuachail buaidliu side 175 ni om.
popa a ferg/.'ais rogab».f 176 dodechaifd) sécha 177 benta sechnu(/;) do
Br. OUI conadurn i7;erg!«a hicind in bricrcnd 179 aolcc 180 buighu (col. 662)
181 buaibhu tisad 182 indond iS'; inai samag nai huili oui. 184 Medb
om. lugu tonga mothuaih nitbiur bith cocomracad nadatarbsin arniobe-
Echtra Nerai. 227
18. Thenthe bullcalfand the WhitehornMiieet in theplain
of Cruachan. A night and a day they were there fighting,
until at last the buU calf was beaten. Then the bail calf bell-
owed when it was beaten. « What did the calf bellow ? » Medb
asked of her neat-herd, whose name was Buaigle. « I know
that, my good father Fergus », said Bricriu, « it is the strain
which thonsangest in the morning ». On that Fergus glanced
aside and struck with his fist at Bricriu's head, so that the
five men of the draft-board that were in his hand, went into
Bricriu's head, and it was a lasting hurt to him. « Tell me, o
Buaigle, what did the bull say ? » said Medb. « Truly, it said »,
answtred Buaigle, « if its father came to fight with it, viz. the
Donn of Cualgne, it would not be seen in Ai, and it would
be beaten throughout the whole plain of Ai on every side ».
Then said Medb in the manner of an oath : « I swear by the
gods that my people swear by, that I shall not lie down, nor
sleep on down or flockbed, nor shall I drink butter-milk nor
nurse my side, nor drink red aie nor white, nor shall I taste
food, until I see those two kinc fighting before-my face ».
19. Thereafter the men of Connaught and the black host
of exile went into the sid, and destroyed the sid, and took
out what there was in it. And then they brought away the
crown ofBriun. That is the third wonderful gift in Erinn, and
the mantle of Loegaire in Armagh, and the shirt of Dunlaing
in Leinster in Kildare. Nera was left with his people in the
sid, and has not come out until now, nor will he come till
Doom.
I. of Ai. add. II. 2. 16.
laibdocomruc ic)0 aviiichl à inlong/« 191 coroairgsed 192 iaroni isisi»;
d'ino intrc'S ascaid is nmra incrinn 194 ein(e)ach dunlaiwgi 193 tra otn.
i96conid remsccl dolhanaid bocuail^we si». Finit. Amen.
L.
86
L.
89
L.
L.
91
92
228 KunoMeyer.
NOTES
L. 56. This house remiads one of ihttech oiged described in the AisUnge
Maie Conglinne, LBr. 213'', 37.
L. 57. athinndlad. Cf. LBr. 215b, 47 : benais fcn iarum a chuaranu de 7
indlais asin aithindlat ùt, « he took off his shoes himself and
washed (his feet) in the washing-tub there. »
L. 38. mnbor co néniiiid. This seems to be the same thing as lîthommar,
LL, 54 a. 34, LBr. 21 3t', 45. For iicmed cf. O'CL néimhédh
.i. ainm don uile salchar.
airichlithir , hom ai n'jhlini (^z airfoclilim) I prépare, LL. 82 a. 10:
ara n-airichlea 7 ara n-airelma. Cf. Tog. Tr. Ind. airichill.
On the harr Briuin meic Smelhrach see Book of Lismore. fo. 96 a,
I (in Stokes" forthcoming édition of the Lives of Saints).
enach, 0'R"s eneach «a shirt or smock; weft.»
For Dunlaithe read Dunlainge, as in L 194. On this Gen. see
Stokes. Celtic Declension. p. 18.
L. 95. I take buiderath\o be meant for btiide-ruith « Ht. « yellow fern ».
raith =:z W. *rhad, rliedyn, GauL pratis, Lith. papartis, Russ.
paporotl.
L. 123 . None of thèse ç-wa is mentioned in the pièce called Cessa 7 ilberla
Coiiculaind, LL. 107^, 26-32.
L. 124. For this meaning of airderc cf. Bricriu's saying (LL. 264 a, 11,
268 b, 37) : is irdarcu dam-sa sanas 'nâ do neoch aile égem,
« clearer to me is a whisper than to any one else a cry ».
L. 136. dû is used as a noun also in LL. 247 b. 6 : dobt^rar dam co tinniu
dôib cona dû di cliormaim dia feiss.
L. 159, daif. Cf. O'R. dair, daireadh « bulling »; bo ag daireadh.
L. 142. coibden F. « a host ». coibhdean .i. coimhfheadhan .i. buidhean,
O'Cl. d'ar m-breith sech coibdin, sech creicli, LL. 308'', 19.
L. 143. Cf. ar badair oslaicte sidha Erenn im samain dogres, air ni fêta
diamair dia samna dogres for sidaib. Mcgn. Find, 21.
L. 161. couadsaig. Cf. adsegat nad arget, LL. 344 d.
L. 164. i m-Bairchi hi Cuailgiiiu. Thèse are tlie Benna Bairche, now the
Mourne Mountains, mentioned in the Tripart. Life pp. 408,
422, in the Tdin Bâ Frdich, LL. 251b, 4$, and in the TBC.
LL. 83b.
L. 16). cichis, 3rdsing. of the redupL s-ÎMt. oî cing'im
Ib. rcim roirge (iz; rorige) « a course of great kingship »?
L. 167. Bee u-Aitigeni. For other exaraples of the neuter gender of M see
Stokes, Celtic Declension. p. 29.
L. 175. Bricriu, we are told in LL. 103b, 36, had conie fromUlster to beg
présents from Fergus. But Fergus kept him waiting for jewels
and precious things. From the wound he received from Fergus
he lav ill at Crùachan during the whole war of the Tâin. On
the dav on which the men of Erinn returned from the war he
got up for the fîrst time. For his taunt to Fergus (athis m'r) he
had to pay with his life : for he was forced to witness the fight
between the Whitehorn and the Donn of Cualnge. and was
killcd by the infuriated beasts LL. 103b. 44-104-1, 12.
L. 183, Cf. rommebdatdr rlum-sa môrchatha cach leth, LU. 114 a.
MÉLANGES
I.
NOTE SUR LE NOM DE XANXY ET SUR L'ÉTYMO-
LOGIE DE DIVERS AUTRES NOMS DE LIEU DU DÉ-
PARTEMENT DE MEURTHE-ET-MOSELLE.
La forme la plus ancienne du nom de Nancy est proba-
blement Nanti-acus, dérivé du gentilice ron\:im-* Nanti us.
*Naniius est lui-même dérivé du nom d'homme gaulois
*Nantos, parfaitement reconnaissable dans le nom de lieu dé-
rivé Nanteuil. Les inscriptions romaines de Bordeaux récem-
ment publiées par M. Camille Jullian nous offrent sous les
numéros 209 et 277 deux exemples du génitif iV^ï»// d'un nom
d'homme qui, au nominatif, était évidemment soit Nantiiis,
soit *Niintus ou * Naiitos, dont *Xa)itius lui-même vient.
* Nanlos se rattache vraisemblablement à la racine qui a donné
au vieil-irlandais : 1° le substantif nith « blessure mortelle »^ ;
2° le substantif mit = * nanti- « combat, blessure », et nom
du dieu de la guerre-. Cette racine était germanique en même
temps que celtique. Comparez le verbe gothique ana-nanthjan
« être brave », et le premier terme du nom de femme Kantc-
childis porté par une reine de France, femme du roi Dago-
bcrt I, morte en 642. C'est l'orthographe observée dans la
chronique dite de Frédégaire et dans deux diplômes. On écrit
1. Windisch, Irische Texte, t. I, p. 709.
2. Windisch, Irische Texte, t. I, p. 704-70$.
2^0 Mélanges.
aujourd'hui Nantilde. L'allemand moderne neid « envie » se
rattache à la même racine.
Le nom de Nancy fait partie de la liste des noms de lieu
qui sont d'anciens noms de fundi romains. On en reconnaît
un certain nombre dans le Dictionnaire topographique du dépar-
tement de-la Meurthe publié par M. H. Lepage. Tels sont:
Acci-aca villa, Essey et Maizerais, dérivé du gentilice Ac-
cius.
Acciagum, pour Acci-acus, Essey-lès-Nancy, même origine.
Biliniacuni, pour Bilini-acus, Bulligny, dérivé de Bilinius.
Bucculiacuni, pour Bucculi-acus, Bicqueley, dérivé de Buccu-
Uus.
Caldiniacuin, pour Caldini-acus. Chaudenev, dérivé de Cal-
donius.
Caliniacum , pour Calini-acus, Chaligny, dérivé de Calinius.
CauJiacum, pour CauU-acus, Cheloy, dérivé de Caulius.
Crepiacum, pour Crispi-acus, Crépey, de Crispius.
Flavini-aca villa, Flavigny, de Flavinius.
Luciacum, pour Lucci-acus, Lucy, de Luccius.
Patcrniacum, pour Paterni-acus, Pagney et Pagny, de Pa-
ter nius.
TuUiacuni, pour Tulli-acus, Thuilley, de Tullius.
Vitriacus, Vitrey, pour Victori-acus, de Victorius.
Cette liste de dérivés est loin d'être complète ; mais elle
nous offre un recueil de témoins de la domination romaine.
Les noms de lieu qui se terminent en -court, en -meix, en
-mesnil, en -mont, en -val, en -ville et en -viller sont des com-
posés; le premier terme de chacun d'eux est en général un
nom d'homme franc; c'est le nom d'un des conquérants bar-
bares qui, à la chute de l'empire romain, sont venus fonder
de nouveaux établissements agricoles dans un pays ruiné par
les précédentes invasions. De là les noms si nombreux comme
Ahonis curîis, khoïiCOMn; Agnaldi curtis, Ajoncourt; Alme-
rici curtis, Amelécourt; Bernart-?nanil, Bénaménil ; Gibhonis
mansus, Gibeaumeix ; Bathclani mous, Bathelémont ; Bosonis
;;w;z5, Bauzemont ; Arnaldi villa, Arnaville; Ansoldi villa,
Ansauville ; Boddonis villa, Boudonvillc ; Gcrberti villare, Ger-
béviller, etc. Dans le nord-est de la France, les noms de lieux
Mélanges. 231
de cette catégorie sont de beaucoup les plus fréquents ^ C'est
la région où principalement s'établirent les conquérants ger-
mains, quand l'empire romain succomba.
■Dans l'ancien département de la Meurthe, très peu de noms
de lieux habités paraissent conserver le souvenir de la période
de l'indépendance celtique. On peut supposer que Vandœuvre
est un ancien Vindo-briga, et Denœuvre un ancien Daiio-
briga. Le nom de Condé^ aujourd'hui Custine, peut être d'ori-
gine celtique. On pourrait croire la même chose de Liverdun,
si le premier terme ne semblait pas être un cognomen latin
(C /. L., XII, 291e, 3509, 5686. 480), comme TuUuni, au-
jourd'hui Toul(C./. jL., XII,'3726). Vandœuvre signifierait
« château de Vindos », Deneuvre « château de Danos » ; ces
noms seraient des composés, et leurs premiers termes seraient
des noms d'hommes gaulois.
On sait que Coudé, autrefois Condate, a une autre origine
et paraît signifier confluent. Il 3' a en effet quelques noms de
lieux habités qui nes'expliquentpointpar des noms d'hommes.
Tels sont, parmi les noms de lieu que la langue latine a
fournis: Foiitan-etniii, Fontenoy ; Aln-ctuni, Aulnois; Pruii-'
ctum {Prun-iduiii en bas latin), Prcny, et une grande partie des
noms de lieu que la prononciation moderne termine en -iére
ou -iéres = latin -aria, -ariae, comme Bouxières, Chenevières;
ces mots sont dérivés de noms communs.
H. d'Arbois de Jubainville.
IL
GOBANNI-CNOS.
Guichcnon, Histoire généalogique de la maison de Savoie,
Lyon, i6éo, t. I, p. 57, a publié une inscription conservée
I . Dans le Dictionnaire lopographique de la Meurthe public par M. Lepaoe,
j'ai relevé 87 noms en « court », 5 en u meix », u en « mesnil », 24 en
« mont », 91 en « ville », 26 en « viller », total 257. Les noms de lieu
dérivés de gcntilices romains ne me semblent pas atteindre la cinquantaine.
Je ne donne ces chiffres qu'à titre provisoire.
2^2 Mélanges.
au jardin de l'abbaye de Saint-Just, près de Suze, et dont le
texte serait ainsi conçu :
ORENSIAE CL.SEVERAE
ANTIPHO GOBANNILNO
VIBIO SEXT. F
SEVERA VXOR B.IT.V.
F. V. E
De là elle est passée chez Muratori, 1384, 4. Zeuss, dans la
première édition de la Granwiatica celtica, 1853, P- 7743 ^
cité d'après Muratori le Gohannilno de la seconde ligne, l'a
corrigé en Gobannicno et l'a donné comme exemple de -cnos
dans les noms gaulois. De là ce mot est arrivé chez Gluck,
Keliischen Namen, 1857, p. 108, où il est rapproché de Go-
bannitio (César, De hello gallico, VII, 4). Ensuite Becker, pu-
bliant dans le tome III des Beilrâge de Kuhn, 1863, son mé-
moire sur les restes de la langue celtique dans les inscriptions,
a donné le datif Gobannicno comme un exemple du procédé de
la composition dans la formation des noms de personnes
(p. 427). En 1868, notre savant collaborateur, M. Whitley
Stokes, annotant la traduction du glossaire de Cormac, a placé
le gaulois Gobanuicnos parmi les mots celtiques qu'il rapproche
de l'irlandais (-^('/w « forgeron », p. 89. Ebel, en 1870 et 1871
dans la seconde édition de la Gratnniatica celtica, a cité
trois fois le même mot, d'abord aux pages 263 et 776, où il le
donne comme exemple des thèmes en -auji par double n, enfin
à la page 854 où il le met dans la liste des noms patrony-
miques gaulois qui se terminent en -cnos.
Gobanni-cnos est certainement un des plus jolis mots gaulois
qu'on puibse trouver. L'inscription qui le fournissait se trou-
vant près de Suze devait être reproduite dans le tome V du
Corpus inscript ionum latinarum. J'ai constaté avec désespoir que
le nom pérégrin Gobannicnus manquait à la table des cogno-
niina, et je n'ai pas eu le talent de trouver ce qu'était devenu
sous la plume de M. Mommsen l'inscription de Guichenon et
de Muratori dont les celtistes avaient tiré si bon parti. J'ai pro-
fité d'un séjour de M. Mommsen à Paris pour le prier de me
Mélanges. 2]^
tirer d'embarras. Voici la réponse que j'ai reçue du savant
épigraphiste :
« Monsieur,
« L'inscription dont vous me demandez compte appartient
« à Suze et se trouve dans le C. I. L., V, 7290 (cf. 7230).
« Nous en avons deux copies, corrompues tous les deux;
« probablement les lettres de la dernière ligne étaient incom-
« plètes et illisibles. Il est absolument impossible de la rec-
« tifier et du texte qui existe on ne peut tenir aucun compte;
« tous les rapprochements qui s'y appuient sont sans fon-
ce dément quelconque ». [Paris, le 8 février 1889].
Pour bien comprendre ce qui précède, il faut savoir que
l'inscription de Guichenon et de Muratori fait deux inscrip-
tions dans le C. /. L., V; l'une correspondant aux deux pre-
mières lignes porte le numéro 7290 :
FORENSIAE
c- L- SEVERAE
IIIPHOGOBANNILO
l'autre, correspondant aux trois dernières lignes, porte le nu-
méro 7230 :
VIBIO- SEX-F.
SEVERA
VXOR
bTvvonis. F
V . F
H. d'A. de J.
m.
ENCORE UN MOT SUR LES CHARS DE GUERRE
GAULOIS.
Malzeville, près Nancy, le 30 juin 1888.
Voici, mon cher et aimable collègue des Antiquaires, la
note sur les découvertes de chars gaulois dont j'ai connais-
sance et que je vous ai promise.
Revtie Celtique, X 16
2 34 Mélanges.
SUISSE.
1° Tumulus de la forêt de Grauholz, canton de Berne.
Fragments de cercles de roues de char. Idem des moyeux en
bronze. Les cercles en fer des roues ont environ o m. 60 de
diamètre. Ces objets sont au musée de Berne.
2° Tumulus de Grachwyl, canton de Berne. Boîtes de
moyeux en bronze. Essieu en bois de chêne. Le fer des roues
avait environ o m. éo de diamètre. — Musée de Berne.
3° Premier tumulus d'Anet (Lis en allemand), canton de
Berne. Boîtes de moyeux en ter recouvertes d'une feuille de
bronze. Jantes en bois de chêne. Rayons idem, recouverts
d'une feuille de bronze mince. Plaques de bronze découpées à
jour qui paraissent avoir servi à décorer le char.
4° Second tumulus d'Anet. — Char dont les débris étaient
analogues à ceux du premier tumulus, excepté les plaques dé-
coupées à jour qui ne s'y trouvaient pas. Clous de bronze.
Le moyeu avait 0 m. 08 à o m. 09 de diamètre et 0 m. 07
de hauteur. — Musée de Berne.
5° Tumulus de Wilzingen, à deux kilomètres sud-ouest de
Sigmaringen. Char de guerre trouvé avec des bracelets et des
vases de bronze. — Bande de bronze, d'environ o m. 03 de
largeur et de o m. 003 d'épaisseur, brisée en un grand nombre
de morceaux qui, réunis, formaient une longueur de o m. 70,
ayant pu former le bord supérieur du char. — Garniture en
bronze du moyeu de la roue. Un des rayons des roues, en
bois de chêne recouvert d'une feuille de bronze très mince.
Un grand morceau de cuir conservé grâce à l'oxydation du
cuivre qui le recouvrait. Le fer n'existait plus qu'à l'état d'oxyde
dans un grand panier, où je l'ai vu chez le paysan de Vilsingen
qui avait fouillé le tumulus. Depuis mon départ de Sigma-
ringen, j'ai appris que le prince de Hohenzollern avait acquis
tous les objets provenant de ce tumulus pour son beau musée
d'antiquités.
6° Tumulus de Langenfeld, près de Walburg, Parsberg,
Haute-Bavière. Sépuhure composée de très grosses pierres.
Ossements humains et ceux d'un jeune porc. Le char avait été
en bois revêtu de cuir sur lequel avaient été disposées une
Mélanges. 2 5 5
multitude de pièces découpées en cercles. Il y en avait plus
d'une centaine. La roue avait o m. 76 de diamètre. Le fer
était fixé à la roue par sept clous ronds et trois carrés de
G- m. 028 de lone;ueur. Les moveux avaient o m. 16 de dia-
mètre extérieur. On trouva aussi les fragments d'un plat en
bronze et d'un bandeau orné de petits clous. — Musée national
bavarois, à Munich.
Tous les objets cités plus haut ont été dessinés par moi,
d'après nature. Ces dessins sont conservés au Cabinet des Es-
tampes de la Bibliothèque nationale, neuf volumes in-folio.
7° Tumulus situé sur le territoire de Diarvillc, au lieu dit
Devant-Gillot, Meurthe-et-Moselle. — Segments de roues de
char, en fer, pareils à ceux trouvés par M. Morel dans les sé-
pultures de Somme-Bionne (Marne). Journal de la Société
d'archéologie lorraine, 1888, page 115. Archéologie préro-
maine. Fouilles à Diarville.
Je vous envoie aussi le calque d'un dessin que j'ai fait à
Metz, il y a bien des années. A cette époque, le bas-relief
était dans le vestibule, à gauche en entrant, renversé, la roue
en bas, les têtes de chevaux en haut. On paraissait en faire
peu de cas. Je l'ai dessiné dans cette position. Il est très cu-
rieux. C'est Vesseda ou essedum. Voici la description qu'en
donne Rich dans son dictionnaire des antiquités romaines et
grecques.
Esseda ou Essedum, char ou chariot découvert, placé sur
deux roues, ouvert par devant, mais fermé par derrière et tiré
par deux chevaux, dont se servaient habituellement à la guerre
les anciens Bretons, Gaulois et Belges (Caes., B. G., IV, 33 ;
V, 16. Virg., Géorg., III, 204, Servius ad 1.). Les Romains
firent aussi des voitures sur le même modèle qu'ils em-
ployèrent pour des usages ordinaires et désignèrent par le
même nom. (Cic. ad Ait., VI, i. Ov., Pont., II, 10, 34.
Suét., Cal., 51). Il n'existe pas, que l'on sache, sur aucun
monument authentique, de représentation du char original
des Bretons ou de celui des Romains construit sur le même
modèle.
Je trouve que cette description convient très bien au char
de Metz. Le cocher en bardocucuUus est sur un sièîïe d'osier.
2^6 Mélanges.
Les brancards de la voiture sont assez forts pour supporter un
homme qui voudrait combattre comme on dit que le fesaient
les Gaulois. Les chevaux ont des colliers élevés comme dans
le bas-relief de Langres et comme ils en portent encore au-
jourd'hui. Je ne vous donne pas ce char comme étant celui
d'un chef gaulois, mais bien celui d'un gallo-romain.
En attendant, bonne santé, et agréez mille amitiés de votre
tout dévoué confrère.
Ch. COURNAULT.
IV.
LA RELIGION GALLO-ROMAINE CHEZ J. CÉSAR.
Paris, 23 décembre 1888.
Mon cher collègue.
Je me suis ramentu plusieurs fois cette semaine l'intéres-
sante conversation que j 'ai eue avec vous dimanche dernier chez
notre collègue M. Gaston Paris. Et comme vous m'aviez fait
l'honneur de me consulter sur un point concernant l'histoire
religieuse, je crains que dans ma réponse je ne me sois pas
exprimé avec la précision désirable, de sorte que, par ma faute,
vous auriez Heu de prendre pour mon opinion ce qui ne l'est
que partiellement. C'est pourquoi je désire la préciser par
écrit.
Je ne puis que vous donner raison quand vous dites que
J. César a assimilé les dieux gaulois et les dieux romains, bien
qu'il n'y eût pas d'identité entre les divinités respectives qu'il
affublait du môme nom, tout au plus quelques ressemblances
accessoires.
J'incline aussi à penser comme vous que César était bien
aise, à son point de vue poHtique, d'établir ces assimilations,
sans même nous dire — ce qui eût été si aimable de sa part
— les noms indigènes des dieux gaulois qu'il romanisait ainsi
d'un trait de plume.
.t Seulement je tiens à vous faire remarquer qu'il ne faudrait
pas lui attribuer sur ce point un plan très prémédité, très per-
sonnel et jusqu'à un certain degré machiavéhque. Il a sim-
Mélanges. 237
plement suivi une habitude, un cours d'idées universel dans
l'antiquité polythéiste. On croit d'emblée à l'identité des dieux
de noms divers que l'on apprend à connaître à mesure qu'on
se familiarise avec les pays étrangers. Les Romains y ont cru
à l'égard des divinités grecques (Minerve = Athena, Mer-
cure = Hermès, Ercolès = Héraclès, Junon = Héra, Vénus
= Aphrodite, Diane = Artémis, etc., etc.). Les Grecs y ont
cru à l'égard des divinités égyptiennes (voir Hérodote), et il
semble d'après celui-ci que les prêtres égyptiens étaient du
même sentiment. Les Grecs ont donné des noms de dieux
grecs aux divinités phéniciennes, chaldéennes, assyriennes,
perses et même indiennes (Mégasthène), et le Phénicien Philon
de Byblos leur donne absolument raison ; seulement il prétend
que c'est en Phénicie que sont les originaux. Plus tard nous
voyons Tacite, sauf quelques exceptions, appliquer la même
règle aux divinités germaniques. C'est ce qui devait mener à
cette rrf/.px-:'.; twv 0£wv qui fut si bien à la mode aux derniers
temps du paganisme et dont le néo-platonisme fit tout un
système.
Donc César, en identifiant les dieux gaulois et les dieux ro-
mains, ne se distingue en rien de l'ensemble des écrivains de
l'antiquité classique, tous dominés par le même préjugé. Il
n'eût été ni poUtique ni conquérant qu'il eût fait absolument
de même. C'est la nuance, mon cher collègue, que je crains
de n'avoir pas fait assez ressortir dans notre conversation.
L'étude que je fais en ce moment de la religion phénicienne
me montre précisément sur quels fondements légers les Grecs
et à leur suite les Latins procédaient aux identifications divines.
Melkart (Melek-Kirjath, roi de la cité), le dieu-patron de Tyr
et de Carthage, est appelé par les Grecs tantôt Apollon ou
Hélios, parce que c'est un dieu- soleil, tantôt Zeus, parce que
c'est le premier des dieux, tantôt Kronos, parce qu'il dévore
les petits enfants. Cela dépend de l'écrivain, ou de ceux dont
il rapporte les dires. Et du reste ils attachaient à tout cela
cette insouciance du fond qui nous étonne toujours, nous éle-
vés à lécole de dogmatismes très arrêtés et montrant toujours
leurs pointes offensives.
Bien à vous. A. Réville.
238 Mélanges.
V.
LE DIEU IRLANDAIS LUG ET LE THÈME GAULOIS
LUGU-.
Dans l'ouvrage intitulé Le Cycle mythologique irlandais et la
mythologie celtique, 1884, on lit, p. 178, que le dieu irlandais
Lug est identique : 1° au dieu gaulois qui, suivant César, avait
inventé tous les arts : omnium inventorem artium; 2° aux Lugoves
mentionnés par deux inscriptions, l'un de Suisse, l'autre d'Es-
pagne et que son noii^ a fourni le premier terme du nom des
villes et localités secondaires appelées Lugudunum en Gaule,
La vraisemblance de cts hypothèses a été contestée dans la
Revue Celtique, t. VI, p. 487-490. Elle n'est pas admise par
M. Allmer, Revue épigraphique, t. II, p. 144. Elle est acceptée,
sauf peut-être quelques réserves portant sur des détails acces-
soires, par notre savant collaborateur M. John Rhys, The Hib-
hert lectures, 1886, Lectures on the origin and groiuth of religion
as illustrated by Celtic Heathendom , Londres, 1888, p. 424-430,
et en dernier lieu par M. Alfred Nutt, Studies on the legend of
the holy Grail, luith especial référence to the hypothesis of ils Celtic
origin. Londres, 1888, p. 184. On est revenu sur ce sujet
dans la Revue Celtique, t. VIII, p. 169-172, et t. IX, p. 267-
268, en discutant l'étymologie du nom de Lyon et en signa-
lant le nom de femme Lu^u-selva.
Au sujet du nom primitif de Lyon, Lugu-dunum, on peut
faire observer que ce nom a été plus répandu en Gaule qu'on
ne le croit généralement. Il a été porté non seulement par les
villes de Leyde, Laon et Saint-Bertrand-de-Comminges, mais
par des localités d'importance secondaire ; telle est la villa Luc-
dono ou Lugduno dans le Maine mentionnée dans plusieurs di-
plômes carlovingiens, en 802 (Dom Bouquet, t. V, p. 768 e);
en 832 (Dom Bouquet, VI, 585 e) ; en 838 (Dom Bouquet,
VI, 617 d). Tel est le mous Lugdunus encore mentionné sous
cette forme au xiv^ siècle dans un document des archives de
la Chaise-Dieu (Chassaing, Spicilegium Brivatense, p. 423),
Mélanges. 239
c'est aujourd'hui Mont-Lahuc, commune de Bellegarde,
Drôme. M. Longnon nous fait espérer quelques autres indi-
cations analogues.
Le fondement principal de la doctrine exposée ci-dessus est
un passage du récit épique irlandais connu sous le nom de
Catb Mnige Tuired na Fomora. Ce récit conservé, et malheu-
reusement -d'une façon incomplète, par un seul manuscrit,
British Muséum Harleian 5280, fol. 52-59, est resté jusqu'à
présent inédit. Jusqu'ici le passage qui nous intéresse n'avait
été cité que d'après une traduction donnée par O'Curry,
On the maiiners and ciistoms of the ancicnt Irish, t. III, p. 42-43.
La Revue Celtique doit à l'obligeance savante de M. Whitley
Stokes, la copie que voici. On remarquera que Lug porte
trois fois dans ce document le surnom de SamhiJdânach.
M. Whitley Stokes propose de considérer comme un m pri-
mitif la seconde consonne de ce mot composé qu'il traduit par
îjjjL-:/.J-:îyv:;. O'Curry avait cru devoir reconnaître dans cet
mh un b primitif, et suivant lui sanih était identique à l'ir-
landais sab, s^èmiii sabad « prince ».
TEXTE IRLANDAIS
(harleian 5280, fo. 65 r").
Bui Nuadha^ doridesi xar eisbu///; a rige for Thuaith Deu.
Bui morfleg ^ ocu-side di Tuaith Dei a Temraig an inbaidsin.
Boi dno oruli - ogLxch og saighid de Temrrt;Vr, Samhilddnach >
aainm-side. Bôtar dorsaidi for Temraig an inbuid sin, Gamal
mac Figail 7 Camald mac Riaghaild a n-anmonn-sidei. A mboi
side and atci andirim n-anetarcna/Jh 'nadocum ogLcch coem
cruthach co n-imscigf? rios: a n-airenuch na buidne sin. AtbiT-
tatar risin dorsaid ara n-indised a Temruich a tiar/;/ai. Atbtrt
in dorsaid :
« Cia fil and » ?
« Fil sunn Luch Lonnandsclech mac Ciein meic D'iencechl 7
1. kg. fled.
2. /. e. araile.
3 . sam- zz: Skr. sam-, Gr. à (i-Xo/o;), -il r= noXy-, -dinach.
240 Mélanges.
Ethne ingen Baloir dalta siden Taillne ingine Magmoir ri Es-
pâine 7 Echlach Gairu/; mac Duach ».
Rofiarfoi^ ion dorsaid do t-Samhilldanuch :
« Cia dan frisangeie ^ ? » al sei, « ar ni teid nech cin dan
i Temruid- ».
« Dene mo athcomarc, » ol se: « am sxr ».
Friscort an àorsaid : « Nit-regaim i leas. Ata Sc-er lenn cenu
.i. Luclitai mac Luachadh^e » [leg. Luachad hé ?]
Atpert-sum : « Atum-athcomairc, a dorrsoid, am gobhas ».
Frisgart ion dorsaid dou : « Ata gobx' liond cenai .i. Colum
Cuaoliémech teora nuagres ».
Atp<^;-t-som : « Atom-atchomairc, am trénïer » .
Friscart in dorsaid : « N.'d-regoim a les : ata tr/nfer lend
cenu .i. Oghmîe mac Ethlend ».
Atbcrtsum diridesi : « Atom-athcom^/rr, » ar se, « am
crutiri ».
« Nit-regaim [fo. 65'] a les : ata crutiri lenn cenai .i. Aub-
can mac Bicelmois ara n-utgatar lir tri ndea i sidoib ».
Atpert-sum : « Atom-athcoma/;r : am niadh ».
Friscart an dorrsoidh : nit-re2;am e les : ata niad lion chenu
.i. Bresal Echarlam macEchacb Bc^thlaim ».
Atbert-sum iarum : « Adum-athcomaf/'/T, a dorsaid, am file
7 am senchaid ».
« Nid regam i les : ata file 7 senchaid cenai lenn .i. En
mac Ethoma ifi ».
Athen sum : « Atom-athcoma/re », ol se, « im corrgui-
nech ».
« Nit recom e les. Ataut corrguinidh lionn chcno : at im-
dou ar ndruith 7 ar lucht cumachisà ».
Atbertsom : « Atom-athcoma/Vr : am liaich ».
« Nit-regam a les : ata Diencecht do liaigh lenn ».
« Atom-athcomairc », ol se, « am deogbore ».
« Nit-regom a les : ata deogbrt'/re linn cenau .i. Delt 7
Drucht 7 Daithe. Taei 7 Talom 7 Trog. Glei 7 Glan 7
Glési ».
1 . kg. frisau-gnî.
2 . leg. Temraig.
Mélanges. 241
Athert : « klom-athcomairc : am cert maith ».
« Nit-regom e les : ata cert lind cenu .i. Credne cerà. ».
Atb^rt som aithermr/; : « Abair frisind rig », ol se, « an fil
les oein&r codogabai ina danz^Jc-e ule, 7 ma ata les, ni tochim-
sa i Temvaig.
Luid in dorsaid isin rigtech iar sudiu, co neicid dond riogh
ulei: « Tan-aic ocW^rh iondoras lis », aise, « Samillddnach a
ainm, 7 na huili dano aru-fognot det muntir-si atat les ule a
oenor, conedh. fer cecha danai ule ei »
Rohinnist'^ iarsin thrd do Nua[d]aitt an ni sin. « Tuleic
isin les », ar Nuadha, « ar ni tamz/c riam ùr a shama// sin
isin dun-sa ».
Dolleic hrum an dorrsaidh seca, 7 luid isin dun, 7 siasur9
a suide suad, ar bo sui cach dàla [kg. ddna ?] é.
TRADUCTION'
Nuadu, après sa déposition, redevint roi de la Tuathdè. Il
fit faire pour la Tuathdè un grand festin à Tara dans ce temps-
là. Or, il arriva qu'un autre jeune guerrier vint à Tara, Sam-
hildânach était son surnom. Il y avait des portiers à Tara en
ce temps-là; Gamal, fils de Figal, et Camall, fils de Riagall,
étaient leurs noms. L'un d'eux était à la porte quand il vit une
troupe de gens inconnus venir à lui. Un jeune et beau guer-
rier au vêtement de roi était en tète de cette troupe. Ces gens
dirent au portier qu'il annonçât à Tara leur visite. Le portier
dit : « Qui est là ?. »
Ils répondirent : « C'est Lug Lonnandsclech ; son père est
Cian, fils de Diancccht; sa mère est Ethne, fille de Balor; il a
été élevé par Tailltiu, fille de Magmor, roi d'Espagne, et d'Eo-
cliaid Garbiî, fils.de Dua. »
Le portier demanda à Samhildànach :
« Quel métier exerces-tu? », dit-il, « car il ne vient à Tara
personne sans métier. »
« Interroge-moi », dit [Samhildànach], « je suis char-
pentier. »
I. leg. siasair.
242 Mélanges.
Le portier répondit : « Nous n'avons pas besoin de toi, il y
a un charpentier chez nous déjà. C'est Luchtae, fils deLuacha. »
[Samhildânach] dit : « Tu m'interroges ^, ô portier, je suis
forgeron. »
Le portier lui répondit : « Il y a un forgeron chez nous
déjà; c'est Colum Cuaollémech des trois nouvelles œuvres. »
[Samhildcànach] dit : « Tu m'interroges, je suis un homme
fort et brave. »
Le portier répondit : « Nous n'avons pas besoin de toi : il y
a un homme fort et brave chez nous déjà; c'est Ogma, fils
d'Ethne. »
[Samhildânach] reprit la parole : «Tu m'interroges », dit-il,
« je suis harpiste. »
« Nous n'avons pas besoin de toi », répliqua le portier,
« il y a comme harpiste chez nous déjà Abhcan, fils de Bicelmas,
pour récréer les hommes des trois dieux - dans les demeures
féeriques. »
[Samhildânach] dit : « Tu m'interroges, je suis un guerrier
habile. »
Le portier répondit : « Nous n'avons pas besoin de toi ; il y
a déjà chez nous un guerrier habile : c'est Bresal Echarlam,
fils d'Eochaid Baethlâm. »
[Samhildânach] dit alors : « Tu m'interroges, ô portier, je
suis poète et je suis savant en histoire. »
« Nous n'avons pas besoin de toi », répliqua le portier,
« il y a déjà chez nous un poète savant en histoire : c'est En,
fils d'Ethoman. »
[Samhildânach] dit : « Tu m'interroges, je suis sorcier. »
« Nous n'avons pas besoin de toi. Il y a des sorciers chez
nous déjà. Nombreux sont nos druides et nos puissants ma-
giciens. »
[Samhildânach] dit : « Tu m'interroges, je suis médecin. »
« Nous n'avons pas besoin de toi : c'est Diencecht qui est
médecin chez nous. »
1. At-um-athctimairc, littéralement « sont à moi questions ».
2, Ces trois dieux paraissent être les trois rois qui régnèrent conjoin-
tement sur les Tuatha Dé Danann, savoir Mac Cuill. Mac Ceacht, et Mac
Greine. Annales des Quatre Maîtres, sous Tan du monde 3471.
Mélanges. 24}
« Tu m'interroges», dit[Samhildânach], « je suiséchanson. »
« Nous n'avons pas besoin de toi : il y a des échansons
chez nous déjà. Ce sont Delt, Drucht et Daithe; Taei, Talom
et Trog; Glei, Glan et Glesi. »
[Samhildànach] dit : « Tu m'interroges, je suis bon forgeron. »
« Nous n'avons pas besoin de toi, il y a un forgeron chez
nous déjà, c'est Credne, le forgeron. »
[Samhildànach] reprit la parole : « Demande au roi », dit-il,
« s'il y a chez lui un homme qui à soi seul réunisse tous ces
métiers-là, et s'il a chez lui un tel homme, je ne vais pas à
Tara. »
Alors le portier entra dans le palais ; adressant la parole ^ à
la royale [assemblée] tout entière : « Il est venu », dit-il,
« un jeune guerrier à la porte de la forteresse : Samhildànach
est son nom, et tous les métiers qui se pratiquent chez tes
gens sont réunis chez lui seul, en sorte qu'il est l'homme de
tous les métiers. »
On rapporta cela à Nuadu. » Fais-le entrer dans la forte-
resse », dit Nuadu, « car jusqu'à présent il n'est venu homme
pareil dans ce chàteau-ci. »
x\lors le portier fit entrer [Samhildànach]. Celui-ci vint dans
le château et s'assit sur le siège de docteur, car il était docteur
en tout métier (on en toute partie).
I . Sur eicid, voyez Atkinson, Todd Lectures, II, p. 676, col. 2, au mot
ecid.
BIBLIOGRAPHIE,
Royal Irish Academy. Todd Lefture Séries. Volume I, part. I. Mesca
Ulad or The Intoxication of the Ultonians, with Translation and In-
troductory Notes, by William M. Hexxessy, Esq. M. R. I. A., Todd
professer (delivered April 24, May 22, and June 12, 1882). Dublin,
1889, in-8, xvi-58 p.
Le Mesca Ulad est un des morceaux qui composent le cycle
de Conchobar et de Cùchulainn. Il était inédit.
W.-M. Hennessy lui a consacré en 1882 ses trois premières
leçons comme professeur de la fondation Todd, à Dublin.
L'Académie d'Irlande a entrepris de publier les leçons faites en
exécution de cette fondation. Mais l'impression n'a pas eu lieu
dans l'ordre chronologique où les leçons avaient été données.
On a commencé par mettre sous presse une partie du cours
fait par le savant qui a succédé à Hennessy comme pro-
fesseur de la fondation Todd. De là le volume II des Toihî
Lectures qui contient les Passions et Homélies du Lcabhar
Breacc, texte, traduction et glossaire par M. Robert Atkinson.
Ce gros et instructif volume date de l'année 1887, et il en a
été rendu compte dans la Revue Celtique, t. IX, p. 127.
Après avoir fait paraître le tome II, l'Académie d'Irlande
commence la publication du tome I, dont le Mesca Ulad for-
mera la première livraison. Le texte dont il s'agit est d'un
grand intérêt : il appartient au plus ancien cycle épique de
l'Irlande et il a été conservé par les deux manuscrits épiques ir-
landais les plus anciens que nous ayons. Cependant il est du
nombre des morceaux qui ont été composés et ajoutés au cycle
à une date relativement récente. Il n'est pas mentionné dans
Bibliographie. 245
le catalogue le plus ancien de la littérature épique de l'Irlande
et il débute par une donnée inconciliable avec la tradition
épique primitive, c'est que le roi Conchobar n'aurait eu pri-
mitivement qu'un tiers du royaume d'Ulster et que les autres
tiers auraient été possédés l'un par Cûchulainn, l'autre par
Fintan.
Le sujet est une expédition que les guerriers d'Ulster au-
raient entreprise sous l'empire de l'ivresse. M. Robert Atkinson
a donné l'analyse de ce morceau dans les Contents du Livre
de Leinster, p. 59-61,
Le travail de W.-M. Hennessy est digne du savant si distingué
dont nous regrettons la perte. Mais nous croyons être plus
utile ici en faisant quelques critiques qu'en accumulant de
stériles éloges. Dans sa préface, W.-M. Hennessy a inséré une
étude intéressante mais incomplète sur les mots sid et brug.
Au sujet de sid (p. vi-vii), il cite les doctrines d'O'Donovan
et d'O'Beirne Crowe, et il parait ignorer sur l'origine de ce
mot l'opinion de M. Thurneysen {Journal de Kubn, t. XXVIII,
p. 153-154). Sa notice sur le mot brug, broga, pourrait aussi
être plus complète. Il dit par exemple que dans les lois des
Brehons, brug est expliqué pzv ferann « land ». Il s'est borné
à consulter sur ce point le supplément par O'Donovan du
glossaire d'O'Reilly. Or, les renvois d'O'Donovan ne sont ni
tout à fait exacts ni suffisants. D'abord ils contiennent une
légère inexactitude ; O'Donovan explique brug par fearann
« terre », et cite à ce sujet les mots brugh rigb glosés par fea-
rann in righ dans sa copie des lois des Brehons, pages 377 et
2101. Au lieu de p. 377, lisez p. 378 (il s'agit du ms. H. 3. 17
du Collège de la Trinité de Dublin, col. 287 ; ce ms. con-
tient, col. 255-304, un traité des septaines qui se trouve aussi
à Oxford, Rawlinson 487, fol. 53-64; le passage correspon-
dant se rencontre au fol. 60, p. i de ce second ms., et à
la p. 2101 de la copie d'O'Donovan). D'ailleurs les renvois
d'O'Donovan ne sont pas suffisants pour nous renseigner
complètement sur le sens du mot brug.
Si, au lieu de se reportera O'Donovan, Hennessy avait con-
sulté les Ancient laws of Ircland , il y aurait trouvé non seule-
ment la glose de brug parferannÇi. IV, p. 124, 1. 16, 17), mais
246 Bibliographie.
aussi le passage (t. I, p. 132, 1. 11-15 ; cf. p. 138, 1. 33-35)
où brug signifie « pâturage éloigné » par opposition à faithcc
« pâturage situé près de la maison ». Enfin Hennessy paraît,
bien à tort, considérer comme non avenus les articles consacrés
aux mots horg, hrog et mrnig par M. Windisch, Irische Texte,
t. I, p. 401, col. i; 404, col. 2, et 697, col. i ^
La traduction d'Hennessy, malgré tout son mérite, pourrait
aussi donner lieu à quelques critiques. Je prends comme
exemple le début du fragment emprunté au Lehor na h-Uidrc,
p. 19 du manuscrit, p. 46 de l'édition. Hennessy commence
par un contre-sens. Les mots dian-da-tairlc mo Jorgsa mairfid-
us veulent dire: « si mon gouïdin l'atteint, il le tuera ». Sur
le sens de da[n] infixe, voyez Grammahca celîica, 2^ éd., p. 330 ;
c'est un pronom infixe de la troisième personne du singulier.
Quant à us, c'est un pronom sufiixe de la troisième personne
du pluriel aussi employé au singulier : voyez la grammaire
de Windisch, p. 48, §205, et les Irische Texte, t. I, p. 512-
513. Hennessy a donc eu tort de traduire comme si ces deux
pronoms étaient de la seconde personne : « Si mon gourdin
t'atteint il te tuera » (p. 47, 1. 3, 4) : If my club reaches thce,
it luill km thee.
Dans beaucoup d'autres cas, la traduction pourrait être plus
littérale. Ainsi, à la même page, 1. 12-13 « l'homme que les
Ulates honorent, » honour, ne rend guère exactement /^r do-n-
gegat Ulaid, p. 46, 1. 12 « l'homme que choisiront les Ulates ».
Do-n-gegat est la troisième personne du pluriel du futur rédu-
plicatif du verbe togu « je choisis », c'est précisément un des
exemples de ce futur dans la Grammatica ccltica, 2^ édition,
p. 453 (cf. Whitley Stokes, The old Irish glosses at PFiir:^burg
and Carlsrnhe, p. 179, et p. 331, glose 8; Zimmer, Glossae
hibernicae, p. 184, 3; Gûterbock et Thurneysen, Indices,
P- 75)-
Fris-n-érachtatar iarom i-sin les, p. 46, 1. 17, signifie non
pas « ils s'avancèrent », advanced, p. 47, 1. 18, mais « ils
montèrent », littéralement « s'élevèrent dans le fort ». Le
I. Cf. Zimmer, Keltische Studien, I, p. 117, 118: et Keltische Beitrage, I,
dans Zeitschrijt Jûr deutsches Alterthum, t. XXXII, p. 279.
Bibliographie. 247
verbe qui commence cette petite phrase a été fort bien ex-
pliqué par M. Windisch, Irischc Texte, t. I, p. 578.
Do-n-fangid (p. 46, ligne dernière, p. 48. 1. i), do-n-angid
(p. 48, 1. 2), veut dire « qui protège » {Grammatica celtica^,
p. 431) et non « qui a protégé », protected, p. 49, 1. 1,3.
Erbaid (p. 50, 1. 6) doit se traduire par « chargez de » et
non par « envoyez », send (p. 51, 1. 9).
Le sens littéral de co tarla a di bond hàna fair (p. 50, 1. 23-
24) est« en sorte que ses deux bases devinrent exangues ».« Il
s'évanouit », faiiited, p. 51, 1. 23, ne me semble pas une tra-
duction suffisante.
Cette trop courte brochure se termine par quelques notes,
la plupart intéressantes et exactes ; mais dans une des der-
nières (p. 57), Hennessy, trompé par O'Donovan, Supplément
à O'Reilly, confond mac gor « le fils qui prend soin de son
père infirme » {Ancient laivs, t. III, p. 56, 1. 20, 22) avec o-o;--
mac, qui veut dire « fils de la sœur » suivant Ancient laws, 1. 1,
p. 206, 1. 16; t. IV, p. 290, 1. 7-8, cf. p. 42, 1. 1-8.
De ces critiques on aurait tort de conclure que je n'aie pas la
plus haute estime pour le travail de Hennessy. Seulement la tra-
duction d'un texte irlandais présente plus de difficulté que le
vulgaire ne le croit. Hennessy connaissait le vocabulaire ir-
landais mieux que ne le savent la plupart des érudits qui étu-
dient le vieil irlandais sur le continent, mais, comme un grand
nombre de ses compatriotes, il n'avait pas fait d'études gram-
maticales suffisantes, il négligeait quelquefois l'analyse gram-
maticale, ne sentait pas toujours assez l'utilité d'un mot à mot
rigoureux; enfin il ne comprenait pas bien en quoi un mot à
motet une traduction doivent se ressembler, doivent en même
temps différer l'un de l'autre. Il n'y a pas de savant dont l'éru-
dition n'ait ses lacunes, et malgré ses côtés faibles, Hennessy
était un homme d'un grand talent, un celtiste de premier ordre.
J'ai été pendant quelques semaines l'élève d'Hennessy, que
n'ai-je mieux profité des leçons de ce maître si instruit, si
modeste, si bienveillant, que vient de nous enlever une mort
prématurée !
H. d'A. de J.
248 Bibliographie.
The tripartite life of Patrick with other documents relating to
that saint edited with translations and indexes by Whitley Stokes, D.
C. L., LL. D., etc., published by the authority of the lords commis-
sionners of lier Majesty's Treasury, under the direction of the Master of
Rolls. Londres, 1887, 2 vol. in-8, cxcix-676 pages.
C'est avec une grande confusion que je transcris la date de
ces deux volumes : ils contiennent l'ouvrage le plus considé-
rable dont les études celtiques aient été l'objet depuis bien des
années, et voilà deux ans que j'ai cet ouvrage sous le^yeux,
sur ma table. Combien de fois ne l'ai-je pas déjà ouvert, feuil-
leté, lu, annoté! voici seulement que j'en commence le compte
rendu. Mon excuse, au milieu de mes remords, est la difficulté
d'apprécier comme il le mérite et en pleine connaissance de
cause un travail aussi développé que savant, et où sont traitées
avec tant de compétence une si grande quantité de questions
différentes, les unes grammaticales, les autres historiques.
On peut y distinguer trois parties: 1° une introduction;
2° le texte irlandais inédit de la Fie tripartite publié avec une
traduction anglaise en regard^; 3° un recueil de documents
divers concernant saint Patrice, v'^-xiv^ siècle, et qui peuvent
être considérés comme un supplément de la Vie tripartite. De
copieux index facilitent les recherches dans ce vaste recueil.
L'introduction est divisée en cinq sections : 1° description
des manuscrits; 2° date probable de la Vie tripartite ; 3° étude
sur les documents pubUés comme supplément à la Vie tri-
partite; 4° recherche sur ce qu'il peut y avoir de vraiment
historique dans la légende de saint Patrice; 5° tableau de la ci-
vilisation irlandaise primitive.
Des manuscrits décrits, le plus important est celui de la
bibliothèque bodléienne d'Oxford qui est coté Rawlinson B.
512. Il a fourni au savant anglais la plus grande partie du
texte de la Vie tripartite. M. Whitley Stokes a consacré à ce
I . On ne connaissait jusqu'ici la Vie tripartite que par deux traductions :
celle de Colgan (Trias ttiamnaturga, Louvain, 1647, in-fol., p. 117-208),
en latin, et celle d'Hennessy, en anglais (celle-ci publiée par Mary Frances
Cusack, 1871).
Bibliographie. 249
manuscrit trente pages (xiv-xlv) qui annulent l'analyse don-
née par Macray en 1862 : Catalogi codicum iiianuscriptorum bi-
bliothecae Bodieianae partis quintae fasciculus primus, p. 728-
732 : or ce ms. ne contient pas seulement la Vie tripartite; on
y trouve un grand nombre d'autres morceaux curieux, il est
plein d'intérêt pour l'histoire de la littérature irlandaise tant
religieuse que profane.
Pour fixer la date de la Vie tripartite, M. Whitley Stokes
s'appuie sur deux sortes d'arguments : les uns sont his-
toriques, les autres grammaticaux. Les arguments historiques
sont les plus concluants. Colgan avait prétendu que la Vie
tripartite datait du vi" siècle. C'est impossible, car plusieurs
personnages du ix^ siècle sont mentionnés dans la Vie tripar-
tite. Le plus récent de ces personnages est Cenngêcân, roi et
évèque de Cashel, mort vers l'année 900 ; on lit dans la Vie
tripartite, p. 196, qu'après le baptême d'Oengus, roi de
Cashel, vingt-sept rois de la même race régnèrent à Cashel
sous la suprématie de la crosse épiscopale d'Armagh jusqu'au
temps de Cenngêcân ; ce Cenngêcân est identique au person-
nage du même nom qui fut remplacé sur le trône de Cashel
par Cormac Mac Cuilennan en 900, suivant les Annales
d'Ulster (édition Hennessy, p. 416) ; en 89e, suivant les An-
nales des Quatre Maîtres (édition d'O'Donovan, p. 554) Tel
est le personnage le moins ancien dont il soit fait mention dans
la Vie tripartite. Car on doit, je pense, considérer comme
étranger à cette vie le chapitre additionnel publié, p. 264 et
266, d'après le manuscrit du Musée Britannique Egerton 93,
f° 18, où apparaît Joseph, archevêque d'Armagh, au milieu
du x*" siècle. Il est donc certain que la Vie tripartite a été
écrite au plus tôt vers l'an 900 et il n'y a pas de preuve histo-
rique qu'elle soit postérieure à cette date. Le savant éditeur
prétend démontrer par des faits grammaticaux que la rédaction
date du xi" siècle. Nous ne sommes pas tout à fait convaincus.
Les manuscrits sont du xiV ou du xv*^ siècle; rien ne prouve
que les formes caractéristiques du moyen irlandais n'aient pas
été introduites par les copistes et se soient trouvées déjà dans
la rédaction originale. Dans les mss., à côté d'e.xemples du
nom.-acc. sing. neutre /tr/; « maison » précédé de l'article (7[;;]
Revue Celtique, X 17
2 5 0 Bibliographie .
qui est vieil-irlandais, on rencontre des exemples du même mot
au même cas précédé de l'article in caractéristique de l'irlan-
dais moyen (p. lxv). Il n'est pas démontré que dans la ré-
daction originale l'auteur n'eût partout écrit l'article neutre
devant ce mot au nom. -ace. sing. ; c'est même le plus vrai-
semblable. Quand le copiste a écrit a\ji\ il a reproduit le
texte original ; lorsqu'il a écrit in, ses habitudes personnelles
ont exercé sur sa plume plus d'influence que le vieux document
qu'il voulait transcrire.
On trouve en vieil irlandais la troisième personne du sin-
gulier du prétérit en t : for-ro-chongart « il ordonna «, de for-
congur « j'ordonne » (Grammatica celtica, deuxième édition,
p. 412). Dans quatre exemples offerts par la Vie tripartite,
la particule ro est notée or : for-or-conggart ou for-or -congart
(p. Lxxi), ce qui semble indiquer le transport de l'accent sur
l'initiale contrairement à la loi archaïque qui veut l'accent sur
ro. Mais rien ne prouve que le rédacteur primitif n'eût pas
écrit for-ro-chongart comme le glossateur du Saint-Paul de
Wurzburg, f° 20 c (Whitley Stokes, Theoldirish glosses, p. 119,
glosse 9). Ici encore le copiste aurait inconsciemment rajeuni
la leçon archaïque du texte original. ■
M. Whitley Stokes a consacré six très intéressantes études :
1° aux verbes composés qui sont accentués tantôt sur le pre-
mier terme, tantôt sur le second suivant la règle (p. lxxii-
Lxxxii); 2° à la distinction des formes conjointes et des
formes absolues (p. lxxxii-lxxxiii) ; 3° au parfait redoublé
(p. Lxxxiii-Lxxxvi) ; 4° au prétérit en -t (p. lxxxvi-lxxxvii) ;
5° au futur redoublé (p. lxxxvii-lxxxviii) ; 6° au futur sigma-
tique (p. Lxxxviii). C'est un utile complément des travaux
analogues que nous devons aux auteurs de la Grammatica
celtica, à MM. Windisch, Thurneysen etZimmer.
Mais M. W. St. ne s'est pas contenté de relever les exemples
de ces vieilles formes. Il note avec soin (p. lxxxix) les cas où
dans la Vie tripartite des formes d'irlandais moyen ont été
substituées à ces formes archaïques; ainsi, p. 184, 1. 20, ro-
sn-edhhair « il les offrit » tient lieu d'un plus ancien ro-sn-edbart ;
mais, on nous permettra d'insister, nous ignorons si dans le
ms. original on ne lisait pas ro-sn-edbart et si le scribe du xrv^
Bibliographie. 251
ou du xv^ siècle auquel nous devons lems. RawlinsonB. 512,
f° 22, n'a pas substitué a cette vieille leçon, qui conservait
le prétérit en t, le prétérit sigmatique ro-sn-edbair dont la der-
nière svllabe est conforme à l'usage de son temps.
L'étude sur les documents publiés en supplément à la Fie
tripartite contient entre autres choses intéressantes une des-
cription du livre d'Armagh, ix^ s. (p. xc-xcix), et le travail
le plus complet qui ait été fait jusqu'ici sur le Livre des
hvmnes des Franciscains de Dublin, lin du xr' s. (p. cii-cix).
La section consacrée à saint Patrice considéré comme per-
sonnage historique et dégagé de la légende sera lue avec beau-
coup d'intérêt et de prolît. Mais ce qui peut-être attirera le
plus l'attention, c'est l'étude sur la civilisation antique de l'Ir-
lande qui occupe les pages cxliv-cxcvii de l'introduction.
Ce qui pourrait être critiqué dans ce travail où la variété des
renseignements est égale à la précision et à l'exactitude des
citations, c'est une certaine absence de rigueur chronologique.
La plus grande partie des textes dont se sert l'auteur sont
empruntés à la Fie tripartite, c'est-à-dire datent, suivant lui,
du xr^ siècle. Or, M. W, St. ne s'est pas fait fliute de citer
des textes plus anciens, par exemple le manuscrit de Milan qui
parait être du viii^ siècle; le manuscrit de Wûrzbourg qui peut
nous offrir la copie d'un texte du même siècle; Tirechan qui
écrivait au milieu du vii'^ siècle; la collection canonique irlan-
daise qui paraît avoir été compilée au commencement du
même siècle, même la Confession de saint Patrice qui remonte
au v*-" siècle. Il pourra sembler singulier de voir figurer dans
le même tableau (p. ci.xxxvii) un traité des huit couleurs des
ornements ecclésiastiques emprunté au Leahhar Breacc, ma-
nuscrit du xiv"^ siècle. On peut fiire la même observation
sur les litanies de la Vierge publiées (p. clxv-clxviii) d'après
le même manuscrit. M. Whitley Stokes croit que ces litanies
sont du xii*-" siècle. Il me paraît difficile d'admettre que les
usages primitifs de l'Eglise d'Irlande se soient maintenus sans
changement jusqu'à cette date. J'aurais mieux aimé citer
cette vieille leçon d'un article de l'oraison dominicale :
Ne patiaris nos induci in temptatioiieni conservée par le livre
d'Armagh au i.x'^ siècle (p. xciv) dans un passage qu'on peut
252 Bibliographie.
voir reproduit dans les fac-similé de Gilbert. Peut-être
trouve-t-on un écho de cette vieille leçon au xiv" siècle dans
la traduction irlandaise : ni-r-lecea sind in amus n-dofulachtai :
« ne nous laisse pas dans une tentation insupportable » (cf.
Revue Celtique, t. IX, p. 131).
Pour en revenir à la savante étude de M. Whitley Stokes
sur la civilisation irlandaise, elle nous fait connaître la
civilisation irlandaise telle qu'elle est dépeinte par la Vie
tripartite, compilation du x" siècle, contemporaine par con-
séquent de la domination normande en Irlande, et quelques
digressions qui nous font soit remonter plus haut, soit des-
cendre plus bas.
Grâce aux nombreux documents que l'érudit éditeur a joints
à la Vie tripartite, grâce à la supériorité qu'offre le texte ori-
ginal de cette vie sur la traduction latine de Colgan, la pu-
blication de M. Whitley Stokes a une bien autre valeur que
le recueil analogue jadis colligé par le franciscain irlandais.
Cependant le sujet n'est pas épuisé : il serait bien à désirer
que quelque savant entreprît une édition critique des vies au-
quel Colgan a donné les n°' 2, 3, 4, 5 et que M. Whitley
Stokes n'a pas reproduites. En publiant les vies de saint Pa-
trice du ms. d'Armagh, déjà connues d'Ussher, déjà citées par
ce savant célèbre il y a deux cent cinquante ans et cependant
restées inédites jusqu'en 1882, le père Hogan a donné à la
critique une base nouvelle. M. Whitley Stokes a su montrer
l'importance des vies du ms. d'Armagh comme source de la
Vie tripartite, on peut établir d'une manière analogue qu'elles
sont la source de l'hymne dite de Fiacc. Espérons que quelque
jour, soit M. Whitley Stokes, soit le père Hogan, soit quelque
autre, entreprendra un classement scientifique des autres vies
de saint Patrice antérieures à JoceUn. Les nombreux documents
réunis par M. Whitley Stokes dans la publication dont nous
rendons compte seront la base de cette publication à venir
que nous appelons de tous nos vœux.
H. d'A. de J.
Bibliographie. 2 5 j
Histoire de Bretagne, critique des sources, par A. de la Borderie,
correspondant de l'Institut. Les trois vies anciennes de saint Tudual. Pa-
ris, Champion, 1887, in-8, 154 p.
M. de la B. me semble avoir bien ordonné ses textes; la
deuxième vie suppose la première, la troisième, la deuxième.
Celle-ci, cependant, la deuxième, ne me semble pas beau-
coup plus ancienne que la troisième; c'est à peine si je la ferais
remonter jusqu'au xi^ siècle. Ce qui me donne cette impres-
sion, ce sont surtout les détails romains. Rome, désignée par
le nom de civitas imperialis, cela sent l'époque postérieure au
milieu du x"" siècle, le temps des Othons et des empereurs sui-
vants. — Le Monte Mario désigné par le nom à.QMo)is Gaudii
ne se rencontre pas avant le début du xi^ s. — Enfin l'idée de
faire d'un évéque breton un pape du nom de Léon me paraît
avoir été suggérée par le Romanus catalogus, que cite en effet
le biographe. Le seul pape Léon qui puisse être rattaché à
cette fable est Léon V (905) que les catalogues pontificaux ap-
pellent presbyte'}- forensis ou simplement forcnsis (Iste forensis
fuit). Ce terme signifie un prêtre non cardinal, mais il a pu
être interprété dans le sens plus large d'étranger, d'advena,
aJienigcna. — Il est difficile de dire par quelle voie le catalogue
pontifical romain est parvenu en France et en Bretagne ; Flo-
doard, au milieu du x*" siècle, n'en a nulle connaissance;
mais on le trouve employé dans la chronique d'Hermann
Contract ('[- 1054); les pèlerinages et autres voyages à Rome
ont dû contribuer à la propagation des pièces de ce genre.
M. de la B. fait de grands efiorts pour démontrer que la ci-
vitas Lexohiensis n'apparaît dans la deuxième que par interpo-
lation. Je crois qu'il se trompe et que les deux passages où
cette localité est mentionnée sont bien de première main.
La vie en irlandais me paraît une pure fiction. Du reste,
pour le deuxième biographe, Scotigena est l'équivalent de
Transmarinus : il ne fiit pas la distinction du breton et de l'ir-
landais. C'est par ignorance qu'il a commis le péché de faire
naître Tudual en Irlande, péché qui scandalise si fort le troi-
sième biographe.
En ce qui regarde la première vie, je ne vois pas l'ombre
2 54 Bibliographie.
d'une raison en faveur de la date que lui assigne M. de la B.
Il est vrai que le troisième biographe l'attribue à Louenan,
disciple du saint. — Oui, mais disciple à quelle génération?
On était disciple de S. Tudual du moment que l'on vivait
dans son monastère de Tréguier. Rien n'empêche que cette
pièce ait été écrite plusieurs siècles après S. Tudual.
Dans cette première vie il y a deux idées : la première,
c'est que S. Tudual (c'est-à-dire le monastère de Tréguier) a
beaucoup de propriétés dans la Bretagne du nord et que les
titres de ces propriétés ont été légalisées ab antiqno et en bon
lieu ; la deuxième, c'est que le même saint a été réellement
évêquc et de par toutes les autorités légitimes, le S. Esprit
(colombe) et le souverain frank.
Cela sent le ix^ siècle et, plus spécialement, le temps où
l'évêché de Tréguier, récemment fondé, éprouvait le besoin
de mettre ses origines sous les protections traditionnelles les
plus respectables.
En dehors de cela, le biographe ne sait autre chose que la
généalogie du saint; les généalogies sont toujours l'objet d'une
attention spéciale dans l'hagiographie bretonne. Sa vie devait
être absolument inconnue'. M. de la B. (p. 112 et suiv.) fait
de vains efforts pour distinguer son saint Tudual de ceux
dont il est question dans les légendes de S. Guénolé et de
S. Brieuc. Pour moi c'est le môme personnage. La vie de
S. Guénolé lui prête un miracle qui reparaît dans celle de
S. Malo : les charbons ardents portés dans un pli du manteau
sans que celui-ci soit brûlé. Cette communication des aven-
tures montre bien que l'histoire était peu lïxée. — Quant à
S. Tudual, neveu de S. Brieuc, son attestation n'est pas bien
forte; mais le fait qu'on ait pu inventer une telle histoire
prouve que la légende de Tréguier n'était pas très arrêtée ou
du moins très accréditée.
En somme, sauf examen plus détaillé, mon impression est :
1° Qu'on ne sait rien de S. Tudual, sinon qu'au ix^ siècle
il était considéré comme le fondateur du monastère de Tré-
guier.
2° Que l'évêché de Tréguier a3^ant été fondé par Nominoé,
on mit son origine et son temporel sous la protection de Tu-
Bibliographie. 255
dual, sans s'inquiéter de lui faire une biographie, pour laquelle
les éléments faisaient défaut ; en tête du cartulaire on plaça le
petit écrit n° i qui n'est pas une biographie.
3° due les clercs ou moines du xi^ siècle suppléèrent cette
lacune en confectionnant des biographies pour lesquelles la tra-
dition locale leur fournissait peu de chose, en- dehors peut-être
de l'épithète Scotigetta, dont le sens pourrait bien être, non
pas irlandais, en particulier, mais transmarin, en général. —
Quant à l'existence d'une vie en irlandais, je voudrais d'autres
autorités, pour l'admettre, que celle du biographe n° 2.
4° Que les aventures de S. Tudual étaient racontées, en
dehors de Tréguier, d'une façon un peu différente, mais tout
aussi peu sérieuse, qu'elles le furent par les biographes du
xi^ siècle.
Appendice. — Ne semble-t-il pas que la généalogie, p. 57,
soit dérivée des hagiographes bretons, plus ou moins bien
combinés ? — Celui de S. Tudual aura fourni Riwal et Desoch;
celui de S. Samson, lona, Judwal et Juthael; enfin les chro-
niques mentionnent Riotham et Judicael.
M. de la B. va un peu vite en besogne quand il fixe à l'an-
née 1047, environ, la rédaction de la troisième vie. — Il n'est
nullement sûr qu'elle soit contemporaine du dernier évêque
mentionné. Celui-ci, Martin, a été élu évêque de Tréguier à
une date postérieure à 1047 et antérieure à 1082; son épis-
copat était fini en 1086. Rien ne prouve qu'il fût vivant, ou
même mort depuis peu quand le troisième biographe écrivit.
Ce troisième biographe est le seul qui identifie Albinus,
compagnon de Tudual, avec l'évêque d'Angers. Il est pos-
sible que la tradition se rapporte à une autre personnel
I . Si les pages ci-dessus ne sont pas signées, c'est qu'elles n'étaient pas
destinées à voir le jour. Leur auteur y avait consigné rapidement ses im-
pressions après lecture, se réservant de leur donner plus tard une forme
plus littéraire. Un accident, dont il n'est pas responsable, a fait tomber ses
notes sous les presses de la Revue Celtique.
256 Bibliographie.
Cours de littérature celtique, par H. d'Arbois de Jubainville, membre de
l'Institut, professeur au Collège de France, et par J. Loth, professeur à
la Faculté des lettres de Rennes. — Tome III. LesMabinogion, tra-
duits en entier pour la première fois en français, avec un commentaire
explicatif et des notes critiques, par J. Loth. Tome premier. Paris,
Thorin, 1889, gr. in-8, 560 p.
Ce premier volume de la traduction française des Alabino-
gion comprend les récits suivants : Pwyll, prince de D3-vet
(p. 27-63); Branwen, fille de Llyr (p. 65-96), Manawyddan,
fils de Llyr (p. 97-116); Math, fils de Mathonwy (p. 117-
154); le songe de Maxen (p. 155-172); Llud et Llevelys
(p. 173-183): Kulwch et Ohven (p. 185-283); le songe de
Rhonabwy (285-314). Une introduction aux Mabinogion oc-
cupe les pages 1-26. Le volume se termine par des notes cri-
tiques (p. 315-356). _
La traduction a été faite sur l'édition diplomatique du livre
Rouge, donnée par MM. Rhys et Gwenôgfryn Evans, en 1887.
Les corrections apportées au texte gallois sont signalées dans
les notes critiques; par exemple, à la page 9, ligne 2 de l'édi-
tion Rhys-Evans, yuviid a été corrigé avec raison par M. Loth
en yn uiiud « humblement, avec empressement » ; à la
page 119, i. 27, de l'éd. Rhys-Evans, ac odif a été corrigé en
ae odif; nous citerons encore pour le même passage une cor-
rection importante réclamée par le sens (Rhys-Evans, p. 119,
1. 21), au lieu de y dywau't Yspnddaden Pennhawr na saethiittavi,
il faut lire y dywedassant ivrth Yspaddadcn Pennkaïur : na sac-
thutta ni.
Dans sa traduction, M. L. a recherché avant tout l'exacti-
tude et s'est efforcé de reproduire les défauts comme les qua-
lités de style de l'écrivain gallois. La traduction anglaise de
Lady Guest a selon nous le tort de dissimuler soigneusement
les uns et de dénaturer les autres. Les répétitions de mots si
fréquentes dans les textes gallois, le manque de lien entre les
phrases, les obscurités d'expressions ne peuvent point se de-
viner sous les périodes élégantes et bien construites de Lady
Guest. D'autre part, la négligence du conteur gallois est devenue
souvent dans la traduction anglaise une simplicité affectée
Bibliographie. 257
ou une naïveté voulue. Nous ne voulons point abaisser le mé-
rite de Lady Guest qui a eu à lutter avec les nombreuses dif-
ficultés du texte et qui les a généralement surmontées; d'ail-
leurs, en 1838, il était encore admis qu'une traduction devait
être une transformation d'un texte original pour l'adapter aux
habitudes d'esprit et de style d'un autre peuple. La traduction
de M. L. conserve, autant que possible, la physionomie du
texte gallois. Le sens précis des mots rares a été déterminé
exactement par le rapprochement de tous les passages où se
trouve la même expression, c'est ainsi qu'un certain nombre
de contre-sens ou d'inexactitudes que renfermait la traduction
anglaise ont pu être corrigés.
Le ccymmentaire contenu dans de nombreuses notes placées
au bas des pages est surtout grammatical et historique. Les
nombreux surnoms des personnages sont simplement transcrits
dans le texte et sont expliqués en note; et les morceaux de la
littérature galloise où on retrouve les personnages des Mabi-
nogiùH sont partout signalés. M. L. s'est abstenu de toute
comparaison avec d'autres contes populaires. Il n'a fait de
rapprochements qu'entre certains passages des Mabinogion
et quelques épisodes des romans français de la Table Ronde
et de l'épopée irlandaise. Nous ne pouvons le blâmer d'avoir
cherché à éclairer les traditions galloises les unes par les
autres et de s'être abstenu de comparaisons plus lointaines.
Ces comparaisons, en effet, risquent fort d'être contestables
quand elles ne reposent pas sur un examen attentif de la tra-
dition locale étudiée en elle-même.
L'introduction comprend une intéressante étude sur les
sources et la chronologie des Mabinogion. M. L. les répartit
en quatre classes : i" Les Mabinogion de Pwyll, de Mana-
wyddan, de Branwen et de Math appartiendraient au cycle
gallois le plus ancien ; 2° Le songe de Rhonabwy et le songe
de Maxen Wledic sont des compositions dues à l'imagination
de celui qui les a écrites; 3" Kulwch et OKvcn est une œuvre
de transition où l'on trouve des personnages appartenant à
différents cycles, et un mélange de traditions païennes et
d'idées chrétiennes. Il semble aussi que l'auteur de ce Mabi-
nogi ait eu l'idée de parodier les romans de chevalerie, et dans
1
258 Bibliographie.
un grand nombre de passages l'ironie est tout à fait transpa-
rente; 4° Enfin Owein et Lunet, Gereint et Enid, et Peredur
ab Efrawc remontent à la même source que les trois romans
correspondants fi-ançais de Chrestien de Troyes. Quant à la
date des Mabinogion, certains détails historiques ou géogra-
phiques permettent de dire qu'ils ont été écrits à la fin du
xii^ siècle.
Le second volume de la traduction des Mabinogion com- _
prendra un choix de triades qui seront à la fois le résumé et ^
le commentaire naturel des Mabinogion. Quand l'ouvrage sera
complet, les celtistes auront ainsi une traduction exacte et un à
commentaire sûr d'un des plus importants monuments de la
littérature galloise du moyen âge, et sur cette traduction et
ce commentaire les folkloristcs pourront en toute sûreté fonder
d'intéressantes comparaisons entre les diverses traditions popu-
laires et la légende celtique.
G. D.
I
1
CHRONIQUE
SOMMAIRE: I. Visite de Siegfried i Zeuss en 18;;. — II. Le Rév. Mac-Carthy chargé de con-
tinuer l'édition des AtinaU-s d'UlsIcr. — III. Le fac-similé du Lehar huidc Lecain. — IV. Le Rév.
Mac-Carthv et la Vie Iriparlile. — V. Le Spicilegium Vaticatium de M. W. St. — VI. Le Morte
d'Arthur, nouvelle édition. — VII. Deux notices nécrologiques sur W. M. Hennessy. — VIII. Cri-
tique par M. W. St. du tome II des Todd Lectures. — IX. MM. Loth et Ernault, professeurs
titulaires; M. Duvau, maître de conférence. — X. Supplément au glossaire moyen-breton de
M. Ernault. — XI. La procédure du jeûne. — XII. Le monument mégalithique de Stonehenge.
— XIII. Légendes irlandaises d'après M. Fitzgerald. — XIV. Chaînons et Danses des Bretons, par
M. Qjiellien. — XV. Nouvelles publications de M. Loth. — XVI. La société pour la conser-
vation de la langue irlandaise. — XVII. M. Thurneysen dans le journal de Kuhn ; M. Thur-
neysen collaborateur de M. Brugmann pour la partie celtique de la grammaire comparée publiée
par ce savant linguiste. — XVIII. La formule atoihe. — XIX. M. Serrure, son Essai de gram-
maire gauloise ex %e% « convictions ».
I.
M. Gaidoz nous prie d'insérer, comme complément à sa notice sur Zeuss
(Rev. Celt., t. VI, p. 519 et suiv.), la citation suivante qu'il vient de re-
trouver dans ses notes. C'est un témoignage de Sigfried :
« I paid a visit to this remarkable man [Zeuss] in the vacation of 1855
when his health was fast sinking. He was a tall, well-made, rather spare
man, with black hair and moustache, giving on the ■whole more the im-
pression of a Slavonian or a Greek than of a German ».
Cité par O'Donovan, dans VUlstcr Journal of Archaeology, t. VII, p. 15-
IL
L'Académie royale d'Irlande a chargé le Rév. Mac-Carthy de continuer
la publication des Annales d'Uhtcr dont le premier volume a eu pour édi-
teur le regretté W.-M. Hennessy. L'Académie royale d'Irlande ne pouvait
faire un meilleur choix.
III.
Le même corps savant a décidé de reproduire en fac-similé le célèbre
manuscrit du Collège de la Trinité connu sous le nom de Lehar buide Le-
cain, \i\<-' siècle. On pense exécuter une grande partie de ce fac-similé dans
le courant de l'été prochain. Après le Lcbar na hUidre et le Livre de Leins-
ter, le Lehar huide Lecain est le manuscrit irlandais le plus intéressant pour
l'étude de la vieille littérature épique de l'Irlande; il est à ce point de vue
bien préférable au Livre de Ballymote.
26o Chronique.
IV.
Le Rev. Mac Carthy va publier dans les Transactions de l'Académie
royale d'Irlande une étude sur le texte de la Vie tripartite de saint Patrice.
V.
La cinquième livraison du t.X, nouvelle série, de la Revue de Kuhn, con-
tient, p. 5 55 et suivantes, 1° le texte des gloses irlandaises inédites dé-
couvertes par M. Whitley Stokes dans le ms. du Vatican Regina 215 ; 2° un
savant commentaire sur ces gloses.
VI.
La librairie Nutt de Londres vient de faire reproduire en caractères typo-
graphiques l'édition donnée par Caxton en 1485 d"un roman de la Table
Ronde dont voici le titre :
THE NOBLE AND lOYOUS BOOK entytled £c
Ç$ottc Dartl)iir notjfythstondyng it treateth of
THE BYRTH / LYF / AND ACTES OF THE SAYD KYNGE
ARTHUR I OF HIS NOBLE KNYGHTES OF THE ROUNDE
TABLE I THEYR MERUAYLLOUS ENOU ESTES AND ADUEN-
TURES/ THACHYEUYNG OF THE S ANCRE AL / à- LN THENDE
THE DOLOROUS DETH & DEPARTYNG OUT OF THYS WORLD
OF THEM AL / TFHICHE BOOK JFAS REDUCED IN TO EN-
GLYSSHE BY SYR THOMAS MALORY KNYGHT
Il y a trois prix suivant le papier : 6 1. 6 s. ; 3 1. 13 s. 6 d. ; 21 s.
VIL
M. Standish O'Grady a publié dans le journal VAcademy du 26 janvier
dernier une notice nécrologique sur W.M. Hennessy. Un éloge funèbre du
même érudit a été inséré dans le rapport annuel présenté à l'Académie
royale d'Irlande au nom de son conseil le 16 mars dernier. Suivant le rap-
porteur, l'œuvre la plus admirable du regretté savant serait sa traduction
de la vision de Mac-Conglinne; cette traduction a paru dans le Fraser's Ma-
gasine, septembre 1873. Le rapporteur insiste avec raison sur l'étendue et
la précision de la science de W.-M. Hennessy et sur l'excessive libéralité
avec laquelle il prodiguait aux autres les trésors de son érudition. Il termine
à peu près ainsi : La mort de cet homme à la physionomie sympathique
paraît marquer le terme d'une période importante dans l'histoire des études
dont la langue et la littérature irlandaises sont l'objet au sein de l'Académie
d'Irlande. Hennessy a été probablement le dernier représentant de la vieille
école qui devait exclusivement sa science à une étude attentive et patiem-
Chronique. 261
meut prolongée des pages à demi-effacées de nos manuscrits. Son nom ne
sera pas indigne de prendre place dans Favenir à côté de ceux d'O'Curry
et d'O'Donovan.
VIII.
Dans une séance de la Philological Society qui a eu lieu le !«•■ mars dernier,
M. Whitley Stokes a donné lecture d'une étude critique sur le texte, la tra-
duction et le glossaire des passions et homélies publiées d'après le fac-similé
du Leahhar Breacc par M. Robert Atkinson, cf. AcademyàM 16 mars, p. 190.
IX.
Nos savants collaborateurs, MM. J. Loth et E. Ernault, viennent d'être
nommés professeurs de littérature et d'institutions grecques, l'un à la Fa-
culté des Lettres de Rennes, l'autre à celle de Poitiers. M. Duvau, auteur
d'une étude sur le Compert Conculainii , qu'ont certainement remarquée nos
lecteurs, avait été au commencement de la présente année scolaire chargé
d'une conférence à la Faculté des Lettres de Dijon. Il vient d'être appelé à
celle de Lille où il remplace M. V. Henry, chargé du cours de grammaire
comparée à la Faculté des Lettres de Paris.
X.
La dernière livraison des Mémoires de la Société de Linguistique de Paris,
t. VI, p. 416-441. contient le commencement d'un glossaire moyen breton
composé par M. E. Ernault, pour servir de supplément à celui que contient
son édition du Mystère de sainte Barbe.
XI.
Dans la Nouvelle Revue historique de droit, n" de novembre-décembre 1888,
t. XII, p. 729-739, on trouve une note intitulée : « La procédure du jeûne en
Irlande d'après le Senchus Mér ».
XII.
M. Arthur J. Evans a publié dans Y Archatological Revieivàs janvier 1889
un mémoire sur le célèbre monument mégalithique de Stonehenge. L'au-
teur croit que la construction de ce monument a dû commencer vers
l'an 300 avant notre ère et a pu durer .soit un demi-siècle, soit un siècle.
Cette construction appartiendrait à la période qui a immédiatement précédé
l'invasion belge, et 1 invasion belge aurait eu lieu vers l'an 200 avant notre
ère; elle a eu pour effet l'introduction en Grande-Bretagne d'un mobilier
funéraire qu'on ne trouve pas encore dans les tombes dont le monument de
Stonehenge est entouré (A rchacol. Review, t. Il, p. 524-325).
XIII.
Dans la Revue des Traditions populaires, nos de novembre 1 888 (p. 602-
607) et de février 1889 (p. 80-87), M. Loys Brueyre a donné la traduction
202 Chronique.
d'un mémoire inédit de M. David Fitzgerald sur quelques récits légendaires
irlandais concernant Goban saor, I^ug-Lâmlifhada (n' de novembre), Cear-
bhall O'Dalaigh, Garlach loUânach, lollan, les chats (no de février).
XIV.
M. N. Quellien vient de faire paraître un volume intitulé Chansons et
Danses des Bretons, Paris, Maisonneuve, in-8, 500 pages. Ce volume est
divisé en trois parties : notes de voj'age, p. 5-56, chansons populaires en
breton avec traduction en français, p. 57-258, mélodies notées p. 239-296.
Les « notes de voyage », écrites en un style élégant et facile, exposent les
doctrines que l'auteur s'est formées sur la poésie populaire bretonne en par-
courant le pavs à la recherche de documents inédits. Q.uant aux seconde
et troisième parties, M. Quellien a eu l'intention d'en faire un supplément
aux recueils de chansons populaires bretonnes formés par MM. de La Vil-
lemarqué et Luzel. Ainsi le volume de M. duellien pourra prendre place
dans la bibliothèque de l'amateur et de Térudit, à côté du Bar^a:^ Breii et
des Gv.'er:(iou Brei\ I-^el.
XV.
Nous espérons voir paraître prochainement le second volume de la tra-
duction des Mahinogion par M. J. Loth, et la Chrestomathie bretonne du même
savant.
XVL
Le 5 mars dernier, M. J.-J. Mac Sweeney a lu, en séance de la Société
pour la conservation de la langue irlandaise, le rapport sur les résultats ob-
tenus pendant l'année 1888. Ce rapport montre où l'on peut arriver avec
une persévérance obstinée. Le nombre des examens passés avec succès sur
l'irlandais par les élèves des écoles primaires d'Irlande s'est progressivement
élevé de 12 en 1881 à 445 en 1888. L'enseignement intermédiaire offre
une progression analogue, quoique moins forte, de 49 en 1883 à 2ioen 1888.
XVII.
Le dernier cahier du tome XXX du Journal de Kuhn contient un fort in-
téressant recueil de mélanges latins par M. R. Thurneysen. Quelques-unes
des observations réunies dans ce travail touchent aux questions celtiques.
Ainsi à propos du mot infra, M. Thurneysen étudie, p. 491, l'étymologie
de l'irlandais Z5, isel, bas; p. 492, celle du gaulois Uxello-s, en irlandais
uasal, et dans les dialectes bretons uchel « haut ». Je profite de cette occa-
sion pour réparer un oubli que j'ai commis dans la précédente chronique.
l'ai signalé très brièvement, trop brièvement la publication du second vo-
lume du savant ouvrage auquel M. Brugmann a donné le titre d'Esquisses
de la grammaire comparée des langues indo-européennes. J'aurais dû au moins
dire que ce volume qui traite de la morphologie a été composé avec le con-
cours de M. Thurneysen. Pour la partie celtique, dit M. Brugmann dans
sa préface, M. Thurneysen, professeur à Fribourg-en-Brisgau, m'a donné
son aide bienveillante de la même manière que dans le premier volume.
chronique. 263
XVIII.
Dans VAcademy du 30 mars, p. 221, M. Standish O'Grady recherche le
sens de deux textes irlandais où se rencontre la formule atûibi écrite ataebi,
p 4, 1. 5, et atoibe, p. 430, 1. i, de Whitley Stokes, The Tripartite Life of
Patrick. Nous ne comprenons pas bien la doctrine grammaticale du savant
auteur. Il nous semble que dans a-tùibi, a zz: a[«] est le pronom relatif, et
que tôihi est la troisième personne singulier du présent de l'indicatif d'un
verbe dénominatif tiré de tâib « côté », en irlandais moderne taobh, d'où le
verbe irlandais moderne taohhaim « I side, join, dépend » (O'Reilly),
identique au vieil irlandais /d/i/w « adhaereo ». L'auteur irlandais des docu-
ments publiés par M. W. St. vient de citer le verset 2 du chapitre IX d'Isaïe,
Populus qui ainbulabat in teuebris..., et il ajoute que le verset précédent et
auquel se rattache, toibi, le verset Populus etc. est le verset i , Primo tem-
pore alleviata est, etc.
L'infinitif de tôibim est tôibud; chez O'Reilly: taobhadh. Il se trouve
précédé du pronom possessif féminin de la troisième personne a dans le
composé syntactique a-toibad {The tripartite Life, t. I, p. 90, 1. 12) qui
signifie « sa dépendance ». Il s'agit d'église, cell, féminin. Sur taobhaim et
taobhadh, on peut, outre le dictionnaire d'O'Reilly, consulter celui d'O'Brien
etleDictionary ofthe Gaelic Janguage publié par tlie Highiand Society. M. At-
kinson, dans son glossaire, p. 555, admet un verbe atoibim « to corres-
pond, be in harmony »; nous ne saisissons pas l'utilité de cette hypothèse;
dans les exemples qu'il donne, a nous semble être le pronom relatif. Le verbe
atôibim veut dire « je suis lent » et non « je me rattache à ».
Atoibthe (VnsciQTi de Saint-Gall, p. 29 b, gloses 15 et 18; édition d'As-
coli, p. 31, 32) signifie « de leur adhérence, de leur relation » (par exemple
du père et du fils, du maître et de l'esclave) voir le texte latin ; toibthe est
le génitif singuUer àt tôibud; a est le pronom possessif de la troisième per-
sonne du pluriel.
XIX.
Après avoir inséré dans le Muséon de janvier et de novembre 1886 une
étude sur la numismatique gauloise, M. C.-A. Serrure a publié dans la
même revue, no*^ d'août et de novembre 1887, d'août et de novembre 1888,
et de janvier 1889, t. VI, p. 489, 311 ; t. VII, p. 434, 515 ; t. VIII, p. 21,
un « Essai de grammaire gauloise ». Suivant lui, Zeuss a fait fausse route:
ni l'irlandais, ni le gallois, ni le breton ne sont des idiomes celtiques, ce
sont des langues cimmériennes ; le latin est une langue celtique. Sept ans
d'études ont suffi pour amener M. Serrure à ce résultat nouveau, et il est
convaincu que c'est l'incontestable vérité. Combien faut-il que nous soyons
peu intelligent pour être arrivé après un travail cinq fois autant prolongé
à un résultat contraire qui, dans la conviction de M. Serrure, est absolu-
ment faux ! Q.uel cénacle d'ineptie que le petit monde des celtistes ! Leur
esprit obscur et aveuglé est incapable de voir la lumière nouvelle, et ils
restent disciples de Zeuss, tous, les entêtés, y compris l'auteur de cette
chronique. H. d'Arbois de Jub.\inville.
Paris, le l" avril 1889.
CORRIGENDA
Tome IX.
P. 459, note 2, /or seem read seems
461, 1. J,for them rcad him
463, headline. read J^oyage
1. 15, for it, bring read ît, He will bring
46), 1. II, dek and
467, 1. 8, deh 1
1. 15, after . . . insert '
469, 1. 20, /or the read that
471, note 4, 1. 3, for di oghail r^ai dioghail
485, 1. 12, for Fillets rea(i Hoods
1. 16, for a comrade of theirs read of like colour with them (coin ■
thach is a syncopated form of coin-dathach')
note 2, for cenn-sniith, etc., read cennide supra, p. 422.
489, deh note 4.
495, note 2, 1. 5 , r^arZ rédaction
499, 1. 28, îox géol rtdiiX geôl.
Tome X.
P. 51, 1. II, after came insert from the Lord
53, 1. 4, /or voyaging read tossing
65, 1. 18, for read thou shouldst delay for a time
note 5 . should be : siasair the deponential s- aorist of a desiderative
formation from the root sed.
69, 1. 10, for band read hand.
71, 1. 9-10, after fruits ow/7 thereon
77, 1. 18, for There read Then
83, 1. 21, for you read thou
1. 26, /or you r^ûfi thee
85, 1. 6, a/i«r boat insert (covered)
87, 1. 8, /or Mayhap read Surely
1. 19, read Go forth . . . and the stead
91, 1. 3, after to insert me.
1. 20, for come read came
1. 26, for us reai/ you
93, 1. 15, /or Mayhap rrati Surely
note 4, 1. 2, for vocalled read so-called
9)> 1- 9, /or deUghting rcai diverting
note 3,1. I, for aan read ana
W. St.
le Propriétaire-Gérant : E. BOUILLON.
Chartres. — Imprimerie DURAND.
TARANOUS ET THOR
Deuxième pai tie
TARANOUS ET THOR ADVERSAIRES DES FLÉAUX ^
Xe travail que la Revue Celtique publie sous ce titre est la suite d'un mé-
moire publié dans notre tome VI, p. 417 et suiv., par M. Cerquand. Il se
rattache à l'étude d'un mythe gaulois dont M. Cerquand s'occupait avec
amour, sur lequel il avait précédemment donné un autre article à notre re-
cueil (tome V, p. 581 et suiv.) et sur lequi 1 il avait publié une mono-
graphie en volume (voit Rev. Celt., t. V, p. 229).
M. Cerquand n'ignorait pas que depuis longtemps je me proposais aussi
d'écrire sur le mythe de Taranis (voir ma note dans la Rei\ Celt., t. VI,
p. 457); mais cette émulation, bien loin d'altérer nos relations, les avait
rendues plus amicales. Le 12 rnai 1888, M. Cerquand mourut presque su-
bitement, d'une maladie de cœur, à Avignon, où il résidait depuis qu'il
avait pris sa retraite définitive d'inspecteur de l'enseignement primaire (il
était né à Epinal le 21 mars 1816). Dans ses papiers on trouva un carton
portant cette mention : Pour remettre à M. Gaido^... C'était le manuscrit du
mémoire que l'on va lire.
Ce mémoire était entièrement rédigé, quoique peut-être l'auteur eût pu
le retoucher encore : je n'ai eu d'autre addition matérielle à y faire que de
marquer le point d'attache des notes. Je n'y ai fait aucun changement, et
j'ai respecté l'orthographe que M. Cerquand a employé pour les noms nor-
diques, quoique pour ma part j'aurais pu en employer une autre. Je re-
mercie M. d'Arbois de Jubainville d'avoir accueilli ce mémoire comme com-
plément à celui que j'avais inséré dans le tome VI de ce recueil.
Les études de mythologie et de légendes avaient toujours eu un grand
attrait pour M Cerquand, et c'est à elles qu'appartiennent tous ses écrits,
ses études sur les Harpxes, sur les Charités, sur les Sirènes, son recueil de
Légendes et récits populaires du pays basque. Dans les dernières années de sa
vie, il s'était tourné vers la mythologie gauloise et le mythe de Taranis, si
1 . Voir la note i , p. 2S2. — Les notes sont imprimées à la suite de l'article.
Revue Celtioue, X. 18
266 J.-F. Cerqiiand.
grandiose par ses conceptions, si intéressant par ses rapprochements avec le
mythe germanique de Thor, l'avait tellement fasciné qu'il lui consacrait
tous les loisirs de sa studieuse retraite. Il était devenu le dévot et comme le
hiérophante de Taranis. Ses idées toujours ingénieuses, mais quelquefois
un peu aventureuses, appelleront plus d'une contradiction et subiront plus
d'une correction : car, sur ce sable mouvant de la mythologie gauloise, qui
de nous peut se flatter de tracer un dessin qu'épargnera le prochain reflux?
Mais M. Cerquand est un de ceux qui auront le mieux mérité de ces études
par ses recherches, par ses découvertes et par ses rapprochements dans la
question de Taranis ; et son nom restera comme celui d'un bon et modeste
ouvrier dans l'œuvre commune de la mythologie gauloise. — H. Gaidoz.]
I.
Thor, adversaire des lotnes.
Une phrase d'Adam de Brème atteste l'intervention de Thor
dans la répression des Fléaux, œuvre des lotnes :
« Les Svéons, dit-il, ont affecté à chacun de leurs Dieux
des prêtres qui leur offrent les sacrifices publics. Si la peste ou
la famine sont imminentes, on fait des libations à l'image de
Thor ; si c'est la guerre, à celle de Vodan ; si l'on veut célé-
brer des noces, à celle de Fricco (Freyr)^. »
Il ajoute un peu plus loin :
« Les chants qui accompagnent les libations pendant les
cérémonies sont divers; ils sont aussi inconvenants et c'est
pourquoi je ne les relaterai point. »
Il faut en croire Adam. Il avait pu étudier directement les
actes de l'établissement du christianisme dans le Nord, con-
verser avec les derniers missionnaires, entendre ces chants li-
turgiques que sa réserve exagérée a empêchés d'arriver jusqu'à
nous. De plus, ce qu'il dit du rôle de Thor au sujet de la ré-
pression des fléaux concorde tout à fait avec ce que nous
savons du Dieu, adversaire de lôrmungand. lormungand en
effet est une formule particulière de l'inondation marine, la-
quelle est un fléau au même titre que la peste et la famine.
Les textes norrains — chant d'Ymir de Sœmund ; récit de
Snorri — présentent des détails assez précis pour que le lec-
teur comprenne bien le caractère de la lutte qui se produit
entre Thor et lôrmungand. C'est un duel de proportions gigan-
Taranous et Thor. 267
tesques entre deux ennemis également redoutables et cou-
rageux : l'un armé du marteau qui ne manque jamais son but
et^qui revient de lui-même, le coup porté, dans la main qui
l'a lancé ; l'autre, pourvu d'une gueule immense, qui répand
à flots un venin mortel, et dont le souffle même est empoi-
sonné. Aucune mythologie n'a imaginé un monstre compa-
rable à riotne ennemi de Thor, au serpent dont les plis en-
serrent la terre. Aucune mêlée cosmogonique n'approche ni
dans l'Inde, ni dans la Grèce, de l'horreur de cette bataille.
En ce qui concerne la lutte entre Thor et les fléaux, Sœ-
mund et Snorri ne nous fournissent plus le même secours. A
peine en trouve-t-on quelques traits sommaires dans le Chant
d'Harbar:^ suffisants pour éclairer la phrase d'Adam de Brème,
mais trop dépourvus de ces détails épiques qui aident si bien
à la compréhension d'un mythe.
Le chant d'Harbarz a pour but de peindre une des circons-
tances où Thor est sans force et son marteau impuissant. Le
dieu arrive déguenillé, fatigué de la marche et mourant de
faim au bord d'une rivière que Harbarz, un lotne, refuse de
lui fiire traverser dans sa barque. Thor se répand d'abord en
menaces vaines, puis, ainsi que le vieux Nestor dans l'as-
semblée des rois, il rappelle les souvenirs de sa vaillante jeu-
nesse :
« J'ai fait une expédition à l'Orient. Là, j'ai frappé les
géantes habiles au mal. La race des géants deviendrait bientôt
invincible et détruirait la race humaine si on les laissait vivre
tous.
« J'ai frappé les femmes des géants dans Hléseya. Elles
avaient commis mainte violence, surpris les hommes dans
leurs pièges.
« C'étaient des louves plutôt que des femmes. Elles ont
brisé mon solide navire, essayé de m'écraser avec des barres
de fer, mis Thialfl aux abois. »
Les géantes dont parle Thor sont les femmes et les mères
des lotnes ; elles possèdent la force et la science mauvaise de
leurs maris et de leurs enfants. L'habitation que leur assigne
la mythologie est un enclos au delà de l'Océan du Nord,
en dehors (Utgard) de l'enclos des Ascs (Asgard) et de l'enclos
l6B J.-F. Cerquand.
des hommes (Mitgard). Elles y resteront confinées jusqu'au
déclin des Puissances. Ainsi elles ne peuvent actuellement atta-
quer en face les Ases et les hommes ; mais elles savent les
blesser de loin. L'appellation de louves dont Thor les flétrit
est une allusion à ce pouvoir actuel. Dans les mythologies
du Nord, une sorcière est une louve. Les géantes louves sont
habiles dans la pratique des enchantements; elles jettent des
sorts sur les hommes et sur leurs biens (Fléaux). Tel est leur
aspect dans l'épopée.
Elles personnifient les forces hivernales, violentes et déré-
glées, qui donnent à la mythologie norraine un caractère si
personnel. Leur pouvoir prestigieux glace la mer, les fleuves
et les sources, retarde le retour du jour et du printemps et
détruit sous la grêle, la neige et la pluie les récoltes prêtes
pour la moisson.
L'ennemi naturel des géantes, comme de tous les pouvoirs
malfaisants, est Thor, le dieu tonnant, le dieu de l'orage, qui
dissipe à coups de marteau les nuages chargés de frimas, brise
les glaces qui entravent le cours des eaux et amollit les terres
pour permettre l'éclosion des plantes. Mais Thor ne rappelle
pas l'invincible Jupiter ; il achète toujours assez durement ses
victoires, ainsi que le fait entendre le chant d'Harbarz, ainsi
que le montrent d'autres épisodes de ses aventures chez les
lotnes, Lorsqu'arrive l'hiver, il ne lutte plus avec les lotnes,
alors tout-puissants. Un poème eddique le montre endormi
pendant cette saison, et quand il s'éveille avec le jour et le
printemps, il s'aperçoit que son marteau lui a été ravi. Il tant
qu'il ruse pour le reprendre. Mais une fois en possession de
l'arme redoutable, il en écrase le voleur.
Les lotnes en général et les géantes louves ne se servent
que d'armes de jet. Ici ce sont des barres de fer, ou plus exac-
tement des branches de fer arrachées aux arbres de la iorêt de
fer qui pousse dans le Pays des Géants. Geirrod, le forgeron,
lance à Thor une masse de fer incandescente que le Dieu attrape
au passage et lui retourne. Rongnir, dont la tête est de pierre,
est armé d'une pierre à aiguiser. Ce sont encore des pierres
que lancent à Thor les fils de Svarang. Toutes ces armes, les
dernières surtout, n'étant pas façonnées, nous reportent aux
Taranoiis et Thor. 269
temps les plus anciens. Elles trahissent, à ce qu'il semble,
l'identité des lotnes qui s'en servent avec les glaciers et les
montagnes qui tantôt retiennent, tantôt précipitent sans me-
sure les eaux printanières. C'est ainsi que s'explique et se
justifie le marteau de Thor. Pour briser ces têtes de pierre ou
de glace, une lance et une épée ne serviraient de rien.
En considérant que le fléau de l'inondation marine se per-
sonnifie dans le serpent lôrmungand, on serait porté à croire
que les autres fléaux se personnifient dans d'autres figures lot-
niques ; mais il n'en est rien. Le chant d'Harbarz et d'autres
documents eddiques nous montrent les lotnes et les louves
unissant leur méchanceté en toute circonstance. Thor, de son
côté, s'en prend à l'engeance tout entière, quoiqu'il ne fuie
pas à l'occasion les duels avec les plus puissants ; il vise sur-
tout à diminuer le nombre des lotnes. Le salut des Ases et des
hommes est à ce prix. lôrmungand a été confiné dans l'Océan,
les lotnes dans Utgard, comme dans des prisons dont Thor a
la garde. Ils en sortiront une fois, les uns et les autres le sa-
vent, et ce sera la fin des Ases et la ruine du monde. La
grande aff'aire est de les tenir bloqués dans leur enclos. C'est
pourquoi toute tentative du serpent pour envahir le rivage,
tout maléfice des louves pour troubler l'ordre universel amène
aussitôt une répression de Thor appelé à cause de cela le dé-
fenseur des hommes et le champion des Ases.
La doctrine et la liturgie Scandinaves relatives à la répression
des fléaux se résument dans les points suivants :
1° Les Fléaux sont des actes désordonnés des Puissances du
mal, en vue de nuire aux Ases et aux hommes.
2° La répression des actes malfaisants des lotnes appartient
à Thor.
3° A l'apparition d'un Fléau, les prêtres invoquent le se-
cours de Thor et célèbrent un sacrifice en son honneur. Ils y
joignent des chants consacrés, un festin et des libations.
4° Thor invoqué se transporte au repaire même des lotnes,
et en écrase bon nombre de son marteau.
5" Les lotnes se défendent avec des armes grossières de fer
ou de pierre, et disputent courageusement la victoire à leur
ennemi.
270 J.-F. Ccr quand.
II.
Doctrine des Fléaux, différente dans la Gaule payenne et dans
l'église des Gaules.
Il s'agit de montrer que les Gaulois, menacés ou frappés
par les Fléaux, se mettaient, ainsi que les Scandinaves, sous la
protection du Dieu armé du marteau, l'invoquaient dans des
chants, lui offraient un sacrifice et des libations ; et que les ad-
versaires du Dieu, les Fléaux, étaient, comme chez les Scan-
dinaves, des Puissances malfliisantes, même des louves, en
sorte que la légende de Taranous, dans la répression des
Fléaux, aurait reproduit la légende même de Thor.
Nous arrivons à la démonstration de ce fltit par le procédé
d'investigation que nous avons employé dans la première
partie. Selon les croyances de la Gaule payenne, l'inondation,
œuvre de la Gargouille, paraissait comme une menace de
ruine prochaine, que Taranous seul était capable d'éloigner.
C'est pourquoi le dieu était appelé au secours de son peuple
par des sacrifices, des festins, des chants consacrés. Les Gau-
lois, même convertis au christianisme, n'avaient pas oublié
les anciennes terreurs, ni les fêtes religieuses pour les con-
jurer. C'est alors que les Evêques, suivant la méthode cons-
tante de l'Eglise, adoptèrent des cérémonies parallèles, mais
où la force de l'esprit parut substituée à la force matérielle : la
prière, la bénédiction, l'exorcisme, aux luttes, aux armes bru-
tales. Cette conduite eut un résultat bien singulier : elle fit
oublier le dieu, jusqu'à son nom, mais n'éteignit pas la
croyance payenne. Le symbolisme liturgique échappa aux
Gaulois qui n'y virent que des actes de force, et les Evêques
furent regardés comme remplaçant le Dieu. De là les légendes
que nous avons étudiées, où le travestissement involontaire
des faits nous a permis de retrouver la mythologie gauloise
sous les miracles des saints. De même, les écrivains ecclésias-
tiques, quoiqu'ils n'eussent aucunement l'envie de nous con-
server rien qui concernât le culte gaulois, ont mentionné, sans
y songer, les résistances ouvertes ou cachées aux cérémonies
Tanmous et Thor. 271
qu'ils instituaient pour conjurer les fléaux. Au cours de leurs
instructions, ils ont mis les fidèles en garde contre certaines
pratiques payennes et soulevé ainsi un coin du voile qui re-
couvre si obstinément la mythologie celtique. Les documents
qu'ils offrent à notre étude ont un double inconvénient : le
premier, d'être incomplets dans chaque écrivain, en sorte qu'il
est très difficile de rattacher les fragments aux fragments ; le
second, c'est que rarement la langue est assez précise et que
l'écrivain, par système peut-être, procède par allusions plutôt
que par arguments directs. Toutefois, j'estime que les princi-
pales lignes du tableau ne manquent pas de netteté, et qu'elles
correspondent exactement aux traits que nous ont conservés
de la légende de Thor Adam de Brème et les récits eddiques.
Le \"^ siècle a été justement appelé le siècle des Fléaux. A
ceux qui font cortège à la guerre et qui se produisirent alors
avec une effrayante intensité, se joignaient ceux qui semblaient
avoir une origine divine. Comme aux temps des guerres civiles
de Rome, la foudre frappait les temples et les palais; les com-
motions du sol renversaient les murailles des cités; les fleuves
débordés ravageaient les campagnes prêtes pour la moisson; la
peste suivait les barbares à la piste, du Rhin au Rhône, du
Rhône aux Pvrénées et à l'Océan. Là où le Vandale ou le
Goth n'avaient pas encore pénétré, le Romain, voyant la ruine
prochaine, redoublait les rigueurs fiscales. « A tout moment,
dit un contemporain, nous voyons arriver de nouveaux se-
crétaires envoyés par Leurs Sublimités. Ils s'arrangent avec
quelques Illustres pour la ruine de la multitude. Les Puis-
sants dressent les rôles, les pauvres paient. » Et quand les
pauvres avaient payé, ils étaient ruinés. Les uns acceptaient
comme une faveur d'exploiter à ferme le domaine dont le fisc
les avait dépouillés. Ceux qui avaient conservé quelques meu-
bles se réfugiaient sur les territoires occupés par les Barbares.
« Ils renonçaient au nom romain, à la liberté romaine. » Les
plus désespérés allaient se joindre aux bandes des Bagaudes.
Un grand découragement avait suivi la furieuse attaque des
Vandales en .|o6. Les citoyens, désarmés, ne se défendaient
plus. On en était venu à douter de la Providence.
« Dieu laisse les ciioses aller à l'aventure; il ne s'inquiète
272 J--F. Cer quand.
point de ce que font les hommes ; il ne protège pas les bons,
ne retient pas les méchants. Nous sommes catholiques ; il nous
soumet à des Ariens. Les barbares, vainqueurs, ne respectent
ni les vierges, ni les veuves vouées à Dieu, ni l'enfant inno-
cent, ni l'ermite en prières. Derrière leurs charriots, ils traî-
nent le pasteur et ses ouailles, pliant sous le même faix, liés
des mêmes chaînes, recevant les mêmes coups sur le dos,
jetés enfin au même bûcher. C'est la guerre, dit-on ; mais
Dieu ne montre pas plus de souci de nous pendant la paix.
Quiconque est violent, retors, impitoyable, avide, sans foi,
sans pudeur, celui-là est admiré, respecté, honoré ; à lui les
hauts emplois et la richesse. L'honnête homme a pour lot le
mépris et la pauvreté. Dieu ne se défend pas lui-même ; il
laisse le blasphémateur impuni ; il permet l'incendie des églises,
la violation des vases consacrés. »
De telles plaintes s'étaient déjà formulées à diverses époques.
Elles avaient été l'objet des méditations des philosophes, des
chants des poètes : elles étaient devenues des lieux communs
d'école. Mais c'est la première fois qu'elles sortaient des en-
trailles d'un peuple souffrant, à qui on avait promis le règne
de Dieu, et qui voyait le mal triomphant.
L'Église des Gaules, spécialement touchée, répondit par la
voix de deux prêtres éminents, Salvien et Prosper :
« Vous osez accuser Dieu de vous soumettre aux Barbares;
mais, s'il vous avait donné de les vaincre, c'est alors qu'il
£iudrait accuser sa justice. Par quoi, en effet, avez-vous mérité
sa clémence ? Où sont vos vertus ? Les puissants d'entre vous
ne se' servent de l'autorité que pour l'injustice, le pillage et le
luxe. Autant de.curiales, autant de tyrans. Les prêtres cachent
sous leur habit les passions du siècle. Ils sont durs, insensibles
à la misère d'autrui, spoliateurs d'héritages. Et le peuple
chrétien, dont les vertus devraient apaiser Dieu, que fait-il que
de l'irriter par ses vices ? Les enfants de l'Eglise en sont
venus à ce point qu'une moindre immoralité y est considérée
comme un degré de sainteté.
« Mais vous dites : « Les barbares aussi sont vicieux ; pour-
tant Dieu les favorise. » Il est vrai; le Saxon est féroce, le
Franc sans foi, le Gépide sans humanité, le Hun impudique;
Turanous et Thor. 27 j
la vie des barbares est tous vices. Mais qui leur a appris la
pudeur, l'honnêteté, la pitié, la clémence ? Vous, vous affectez
leurs vices, après avoir appris les vertus chrétiennes; et les
barbares ont des vertus que vous n'avez pas. Ils s'aiment et
s'aident entre eux : vous vous persécutez les uns les autres,
parents et concitoyens. Au milieu de la guerre, Dieu continue
à faire mûrir vos fruits et accroître vos troupeaux ; vous ne
songez pas à lui en rendre grâces. Les Vandales et les Goths
s'adressent à Dieu dans leurs angoisses ; ils regardent leurs
succès comme une fiveur d'en haut ; ils disent que Dieu les
mène et les pousse en avant. Dieu vous châtie par eux. Re-
pentez-vous, secouez le joug du péché; implorez de Dieu son
pardon. »
Se repentir et s'amender pour fléchir Dieu, telle est la doc-
trine de l'Eglise au v^ siècle. Elle est en conformité avec celle
de l'ancien testament telle qu'elle est exposée dans la Genèse,
dans l'Exode, et plus amplement chez les prophètes, qtii as-
sistaient à la ruine de Sion, comme Salvien à la ruine de la
Gaule. C'est la doctrine des religions monothéistes. Le mal
n'y peut être qu'une manifestation de la colère divine : c'est-
à-dire un châtiment, flagcllutii. Dans les religions dualistes, le
mal a nécessairement pour auteurs les Puissances ennemies
des Dieux et des hommes ; c'est pourquoi Dieux et hommes
font alliance pour repousser l'ennemi commun. Adam de
Brème, malgré son laconisme, nous renseigne suffisamment
sur les pratiques qui scellent cette alliance : un sacrifice
public, un festin public avec des libations, des chants dont la
licence arrête la plume de l'écrivain.
Les croyances des Romains (je n'ose dire la doctrine) sont
fort peu claires sur ce point. Dans les désastres publics, on
avait recours aux livres sibyllins, qui prescrivaient le rituel à
suivre. Ce rituel a varié souvent. A propos d'une peste en 397
av. J.-C, les livres avaient ordonné un ledisternium, céré-
monie qui devint bientôt de règle en pareil cas. Mais en 360,
c'était le troisième depuis 397, on ajouta des jeux scéniques.
On fit venir d'Etrurie des Ludions qui dansaient gracieusement
en jouant de la flûte (Tite-Live, V, 13; ihid,, VII, 2). Le
festin du lectisternium, les danses sur la scène paraissent un
274 J.-F. Cerijuand.
divertissement offert aux dieux pour les apaiser, et plus d'un
texte ancien montre que les désastres étaient considérés comme
un effet de la colère des Dieux. Pline (Nat. hisf., XI, 35)
attribue les ravages des sauterelles au courroux divin : « Deo-
ruiii irae pestis ea (Locusta) intcUigitur. » Tite-Live est encore
plus précis : « Pestilentiaiii agris urhique illatam haud diihia ira
Dcoruin » (T.-L., V, 14). Dans cette dernière circonstance,
les livres sibyllins témoignèrent que les Dieux voyaient de
mauvais œil le tribunat militaire accordé à des plébéiens. Les
Dieux turent apaisés cette fois par l'élection de tribuns mili-
taires, tous patriciens. Sauf le mode d'expiation, la crovance
ne s'éloigne pas beaucoup de celle des chrétiens, c'est-à-dire
qu'elle diftère de la doctrine celtique. Cependant on ne peut
s'empêcher de voir entre le dualisme celtique et le polythéisme
latin une certaine analogie quand on rencontre les noms de
certains dieux et déesses de Rome : « Nous voyons des Dieux
partout ; il y en a des catégories aux enfers ; les maladies et
les fléaux (pestibus) sont des Dieux que nous essavons d'apaiser
par des manifestations de terreur. Il y a une chapelle publique
à Febris, au Palatin, et aux Esquilles un autel à Malechance,
MaJa Fortuna (Tite-Live, II, 5) 0. Prudence ajoute à ces di-
vinités funestes, Scahies :
Par furor illorum quos tradit fama dicatis
Coiisecrasse Deas Febrem Scabiemque sacellis.
Il arrive encore que le Fléau (Pestis) est confondu avec le
prodigium, quoique Tite-Live (/. c, V, 14) ait soin de dis-
tinguer l'un de l'autre. En 397, dit-il, l'hiver avait été terrible
et marqué par des prodiges divins; en 396, on eut, non plus
des prodiges, mais des désastres, non prodigia, sed eventus. La
famine et la peste deviennent dans Jul. Obsequens le présage
d'une bataille malheureuse contre Viriathe, d'un succès contre
les Celtibères. Les effets des prodiges étaient conjurés par des
cérémonies, tantôt spéciales, tantôt empruntées au cérémonial
des fléaux. Une pluie de pierres est l'occasion d'un novem-
diale, d'une purification de la ville, d'une procession de sup-
pliants autour de tous les temples. Cf. J. Obseq., passim'.
Gaulois et Scandinaves semblent demander à l'ivresse du
Taranous et Tlwr. 275
courage pour la bataille, les chrétiens prient et s'humilient.
Cependant, quand l'Église traduisit sa doctrine en actes céré-
moniels, elle n'abolit point absolument les pratiques payen-
nes ; elle les fit côtoyer par celles qu'elle introduisait; il y eut
analogie d'aspect, mais l'esprit différa. Au lieu de l'orgie reli-
gieuse, elle ordonna les repas maigres pendant trois jours, et
l'abstinence du vin. Aux chants grossiers et immodestes elle
substitua les psaumes pénitentiels et les litanies des Saints,
qui paraissent avoir été spécialement composées pour le tri-
duum. Elle remplaça les courses avinées par la majesté des
processions. Tout le peuple chantait, et il comprenait alors
ce qu'd chantait :
« Seigneur, ne me reprends pas en ta fureur; ne me châtie
pas dans ta colère.
« Nuit et jour ta main s'appesantit sur moi ; je me débats
dans ma douleur, comme si une épine pénétrait dans ma
chair.
« Prends pitié de moi. Seigneur, selon ta grande miséri-
corde.
« Saints prêtres et lévites, ermites et moines, vierges et
veuves saintes, intercédez pour nous.
« Seigneur, délivre-nous de tout mal, de tout péché; délivre-
nous de ta colère, de la mort subite et imprévue, des em-
bûches du démon, de la foudre et des tempêtes; délivre-nous
des tremblements de terre, de la mort éternelle. »
La distinction entre les rites gaulois et chrétiens paraît ainsi
bien établie ; elle ne l'est pas moins entre ces deux et les
rites du polythéisme romain. Quoique les Romains préférassent
détourner les prodiges par des cérémonies consacrées, ils sa-
vaient distinguer les prodiges (prodigia, omiiia) des désastres
Çcventus, pestes). Ceux-ci sont des manifestations de la colère
des Dieux. On retrouve dans cette croyance la doctrine chré-
tienne. Pour apaiser les Dieux, on consulte les livres sibyl-
lins, on organise un lectisterniuin, des jeux scéniques. En ce
qui concerne les prodiges, les cérémonies pour en détourner
l'ellet sont très nombreuses. Des jeunes gens et des vierges
des plus grandes familles de Rome parcourent certaines rues
en chantant, les Vestales font des lustrations ; il y a des prières
276' J.-F. Ccrqnand.
(precatio), des supplications (supplicatio), qui durent neuf jours
(novemdiale). Le caractère distinctif de ces eérémonies est
leur aspect esthétique si marqué dans les jeux scéniques or-
donnés à propos d'une peste. Il semble que les Romains,
élèves des Grecs et des Etrusques, aient voulu séduire les
Dieux plutôt que de les apaiser. Par leur principe, aussi bien
que par leurs caractères extérieurs, les cérémonies propitia-
toires des Romains payens ne peuvent donc se confondre ni
avec celles des chrétiens, ni avec celles des Gaulois.
Il est bon de faire remarquer ici que les Evêques ne semblent
pas avoir visé les pratiques romaines dans l'établissement des
Rogations. Les Romains pensaient comme les chrétiens que les
fléaux sont une manifestation de la colère divine ; c'est pour-
quoi en Italie, en Espagne, en Afrique, les évêqucs qui se
trouvaient en présence du seul romanisme n'ont pas senti le
besoin des Rogations, quoique leurs peuples eussent autant à
souffrir que la Gaule de l'invasion ; ils ne les ont admises que
longtemps après. En Gaule, la doctrine des Gaulois payens,
issue du dualisme, constituait un danger sérieux et comme
une renaissance du manichéisme. Ce danger était si évident
que, dès l'établissement des Rogations par Mamert de Vienne,
tous les évèques s'empressèrent de l'adopter.
Ces Rogations sont un grand événement dans l'histoire de
l'Eglise des Gaules. Un certain nombre d'écrivains du temps
en ont raconté les causes, les phases, les résultats ; même les
oppositions. Dans l'examen attentif de leurs récits, nous croyons
avoir trouvé la preuve par les faits que Taranous jouait, dans
les croyances de la Gaule, au sujet des Fléaux ou des cala-
mités publiques excitées par les puissances du mal, le même
rôle que Thor, dans la mythologie Scandinave.
m.
La Pcsle.
En étudiant ces récits, je suivrai, non l'ordre chronologique,
mais celui qui convient à ma thèse. Le premier est emprunté à
Taranous et Thor. 277
Grégoire de Tours, témoin oculaire, qui liabitait alors Cler-
mont, près de Gallus, son oncle ÇHist.eccl. Fr., IV, 5).
« Pendant que Gallus était évêque de Clermont, la peste
qu'on appelle inguinairc exerçait ses ravages en diverses con-
trées et spécialement dans la province d'Arles, qu'elle dépeu-
plait. Gallus tremblant, non pas tant pour lui que pour son
peuple, priait le Seigneur nuit et jour, pour que son peuple
ne fût pas détruit, lui vivant. Alors, dans une vision de nuit,
un ange du Seigneur lui apparut, dont les cheveux et les vê-
tements étaient aussi blancs que la neige, et cet ange lui dit :
« La miséricorde divine a écouté avec faveur tes supplications
pour ton peuple. Ne crains plus ; ta prière est exaucée et voilà
que tu seras avec ton peuple garanti de cette calamité. Per-
sonne n'en sera victime, toi vivant. Pour le présent, sois ras-
suré; mais, après huit années, tu sortiras du siècle. » Cette
prophétie s'est accomplie comme l'ange l'avait dit. L'évêque
réveillé rendit grâces à Dieu, pour l'avoir réconforté par un
messager céleste; et il institua alors les Rogations que main-
tenant les Arvernes accomplissent à pied, au chant des psaumes,
depuis Clermont jusqu'à la basilique de Saint-Julien, à une
distance de 360 stades. En ce même temps, sans qu'on sache
comment, les murailles des maisons et des églises parurent
marquées de signes et les paysans appelaient ces lettres des
Thau. Or, pendant que la peste dévastait les contrées voisines,
elle épargna la cité arverne, grâce à la prière du bienheureux
Gallus. D'où j'estime que le crédit n'était pas petit, du pasteur
qui obtint, par la protection de Dieu, le salut de ses ouailles. »
"Voici le texte de la phrase où Grégoire fait mention des
Thau :
« Tune etiam in subita contemplatione parietes vel domo-
rum vel ecclcsiarum si^l^ari videbantur. Unde a rusticis haec
scriptio Thau vocabatur. »
La place qu'elle occupe dans le récit indique que, pour Gré-
goire, l'apparition des signes était en connexion avec les cé-
rémonies pour conjurer la peste. Toutefois on ne peut pas
dire qu'il y ait vu une manifestation payenne. C'a été pour
lui un miracle comme les signes de protection que tracent les
anges sur les maisons d'Israël. Mais les détails que son hon-
278 J.-F. Cer quand.
nêteté nous a conservés autorisent à y voir toute autre chose.
Ainsi Grégoire ne nous cache pas que l'apparition des signes
fut une surprise pour les habitants : suinta comtciiiplatione : d'où
il suit que les signes avaient été tracés en secret pendant la
nuit, non par les citoyens qui en ignoraient le nom et la si-
gnification, mais selon toute probabilité par les Rustici, qui
n'en ignoraient ni le nom, ni la signification. Cela suffit à dé-
montrer que le Thau n'était pas un signe chrétien. Ducange
y voyait cependant une représentation de la croix. « Thau,
vel Tau, crux veterihus Gallis. » C'est aussi l'opinion du dernier
et plus fidèle traducteur de Grégoire : « Au premier bruit de
peste, dit-il, les chrétiens traçaient une croix sur leurs mai-
sons, pour les garantir du fléau. » Ce n'est qu'une simple as-
sertion dont la preuve, en dehors de ce passage, reste à
donner. Si le Thau avait été une croix, Grégoire l'aurait su et
dit; le Thau n'aurait pas été une surprise pour lui et pour les
Arvernes : les Arvernes de la cité, chrétiens en plus grand
nombre que les Rustici, auraient pris les devants pour un acte
chrétien ; ils n'auraient pas hésité à appliquer le nom au signe.
Le Thau n'appartenait pas non plus aux cultes de Rome
payenne. Il appartient donc sans contestation au paganisme
gaulois. C'était un dessin {signari), même un caractère d'écri-
ture {scriptio), c'est-à-dire le Tau grec. Le grec était familier
aux populations du Midi qui employaient les caractères grecs
pour les légendes monétaires et les inscriptions en langue cel-
tique.
Le Tau grec était devenu gaulois. Virgile dit: Tau gallicum.
Virgile, au début de l'empire, sait ce que c'est que le Tau;
Ausone, à 400 ans de date, ne le sait plus, ni les professeurs
de Burdigala, à qui il le demande, ni, à plus forte raison,
Grégoire et les habitants de la cité 4. Tous étaient ou Romains
ou imbus de l'éducation romaine ; mais les paysans étaient
restés Gaulois et payens. Entre Rustici et Pagani, j'ai peine à
voir une différence.
Petits propriétaires, méta3'ers, esclaves, tous attachés à la
terre, ils avaient peu de relations avec la ville; l'Eglise ne dis-
posait que d'un clergé trop faible pour évangéliser les popu-
lations éparses. Les Rustici se trouvaient dans les conditions
Taranoiis et Tlwr.
279
les plus favorables pour conserver les vieilles croyances, les
vieilles superstitions. Par celles qui se réveillent encore au-
jourd'hui autour de nous à l'approche des épidémies, nous
pouvons juger de la vivacité de celles d'autrefois.
Le Thau, inscrit pendant la nuit, à Tinsu des habitants de
Clermont, sur les murs des maisons et des églises, au mo-
ment même où l'évcque ordonnait les cérémonies propitia-
toires adoptées par l'Église pour détourner les fléaux, présente
incontestablement le caractère d'opposition que j'ai annoncé.
Les Rustici, ne comprenant pas l'esprit des Rogations et
n'y ayant aucune confiance, emploient le procédé qui leur a été
transmis par la tradition, et inscrivent comme jadis le signe
préservateur sur les maisons et sur les temples.
Nous retrouvons le Tau gallicum sur un petit monument
que sa forme rattache à un groupe d'autels conservé au musée
de Nîmes, de dimensions exiguës: (0,16-0,09; 0,20-0,12;
0,29-0,14).
Ces cinq autels sont anépigraphes, mais portent sur une de
leurs faces un signe gravé. Sur celui qui nous occupe d'abord,
le signe est un Tau sans reliet, simplement esquissé, dont le
dessin est produit non par des lignes, mais par des points. Le
travail est sommaire et fliit songer à la rapidité qui a présidé
au dessin des Thau sur les murs de Clermont : probablement
en deux coups de pinceau >.
Kig. I.
Il suffit de rapprocher ce petit autel des autres du groupe
pour que la relation des figures saute aux yeux. Le Tau gai-
28o J.-F. Cer quand.
licum du premier est l'esquisse sommaire des marteaux figurés
sur les autres.
"^1
Fig. 2.
C'est l'arme avec laquelle Thor détruit les lotnes et Tara-
nous les fléaux, telle qu'elle est figurée, avec son manche
court, sur la belle stèle du musée d'Avignon, représentant Ta-
ranous Silvanus, Taranous assimilé à Silvanus.
Il me paraît avec cela suffisamment démontré que le Dieu
dont les Rustici arvernes appellent la protection contre la
peste est le Dieu armé du marteau, ainsi qu'il arrivait, au rap-
port d'Adam de Brème, chez les Svéons menacés de la peste
et de la famine.
Le Tau est reproduit par certains marteaux en pierre, que
l'emmanchure ne traverse pas, la pierre n'ayant été creusée
que jusqu'à la moitié du diamètre.
Fig. 3 et 4.
Ils ont été trouvés à Lacoste (Vaucluse) au nombre de
quatre, sur un tertre de décombres, avec un petit autel à Sil-
vanus, décrit par M. Allmer. Ce voisinage leur donne une
date et comme un certificat de destination. Le manche, pro-
bablement en bois, a disparu. Il pouvait rester adhérent tant
Taranous et Thor. 281
que le marteau n'était pas employé ; mais la séparation se se-
rait produite au premier choc. La pierre est d'ailleurs un cal-
caire grossier. Les quatre marteaux ne sont donc point des ins-
truments de travail, mais des symboles, des amulettes, posés
là pour appeler la protection du dieu au marteau, sur le mo-
nument, quel qu'il fût, dont faisait partie l'autel de Silvain.
Le marteau gravé sur cet autel a une forme particulière, en
arc de cercle ; le manche ne semble pas en traverser la masse,
et c'est encore un Tau.
1
Fig. s.
Quoique les marteaux en plomb trouvés dans la source
d'Uriage ne rappellent nullement le Tau, ils ont cependant
de grandes analogies avec ceux de Lacoste. Le métal dont ils
sont faits est de tous le moins propre à des instruments per-
cuteurs. L'un d'eux, armé d'une sorte d'ergot ou d'éperon,
accuse une llmtaisie du fondeur. Ce sont des ex-votos. Il y
aurait abus à considérer Taranous comme un Borvo, un
Apollo Granus; mais, de môme que de nos jours les Ruslici
croient encore que certaines maladies sont données par des
sorciers, les Gaulois d'il y a dix-huit cents ans pouvaient croire
que les méchants esprits donnaient aussi des maladies aux
hommes. En ce cas, les malades pouvaient invoquer le dieu
au marteau, non comme guérisseur, mais comme ennemi des
mauvais esprits. Une telle croyance a, avec celle de la cure de
la peste, une affinité sur laquelle il est inutile d'insister.
(A suivre.)
J.-F. CnRaUAND.
Revue Celtique, X 19
282 J.-F. Cerquand.
NOTES
1. Une inscription gauloise, trouvée à Orgon (Bouches-du-Rhône) au
mois de septembre 1886, par M. de Montessus, capitaine au 2" régiment
d'artillerie, a mis fin, à peu près, à toute contestation sur le nom du dieu
tonnant de la Gaule.
OTHBPOTMAPOC
AEAETAPANOÛT
BPATOYAEKANTEM
Elle est gravée sur un petit autel votif employé jadis comme moellon
dans la construction d'une chapelle. La chapelle, tombant de vétusté, a été
démolie en 1886 et c'est parmi les décombres que l'a remarquée et signalée
M. de Montessus. La transcription était assez fidèle pour que M. Deloye et
Sagnier, l'un, conservateur, l'autre, administrateur du musée Calvat, d'Avi-
gnon, se rendissent aussitôt à Orgon, où ils firent l'acquisition du précieux
monument, maintenant à l'abri des démolitions et des maçons, au Musée.
MM. Deloye et Sagnier envoyèrent, après l'avoir étudié avec soin, un es-
tampage de l'inscription à MM. R. Mowat et AUmer qui ont inséré à ce
propos, dans leurs Revues épigraphiques, d'intéressants et savants articles
de philologie. La désinence inattendue de TAP7VNOOT et de KANTEM
donne en effet ample matière aux discussions.
En ce qui concerne la mythologie de la Gaule, l'inscription d'Orgon a
également beaucoup d'importance. En eff"et, non seulement le nom du
Dieu tonnant y figure pour la première fois et apparemment sous la forme
la plus voisine de la celtique, mais de plus le Dieu n'y est pas assimilé à un
dieu romain : c'est-à-dire que pour l'auteur de la dédicace Vihrumaros, le
culte de Taranous n'a pas cessé d'èire un culte national. L'inscription, au-
tant que je puis croire, est du second siècle de notre ère, et il est bon de
constater que la population gallo-romaine admet, quoiqu'on ait dit, à cette
époque, à côté des Romains d'origine ou d'éducation qui honorent les dieux
de l'Olympe, des Gallo-romains qui assimilent l'Olympe latin aux dieux de
la Gaule, et enfin des Gaulois orthodoxes qui nient l'assimilation.
Peut-être faut-il ajouter à ces trois directions religieuses, dès ce second
siècle, des chrétiens en petit nombre. Cela fait quatre cultes qu'à chaque
pas je retrouve dans cette étude, vivant paisiblement côte à côte.
2. Adamits Breni. Historia Ecclesiae Hamburg. c. 234: « Omnibus ita-
que Diis suis attributos habent sacerdotes qui sacrificia populi offerunt. Si
pestis aut famés imminet, Thor ydolo lybatur ; si bellum, Vodani ; si nup-
tiae cclebrandae sunt, Fricconi. »
Id. ibid. : « Ceterum neniae, quae in ejusmodi libationis ritu fieri soient,
multiplices et inhonestae ; ideoque melius reticendae. •
Taranous et Thor. 283
On ne connaît aucune représentation antique des dieux du Nord ; et les
seules mentions qui en aient été faites appartiennent à des écrivains chré-
tiens, légendaires ou historiens. On admettra difficilement que l'erreur de
leur part ait été volontaire. En ce qui concerne Thor, Adam de Brème
montre lui-même comment elle a pu se produire. Il cite en effet (1. c , II,
44) une image de ce dieu qui fut brisée par le roi Vulfred, et que le peuple
nommait \â pierre de Thor, Tborston, mot dont se servent les Suédois pour
désigner les instruments que nos paysans appellent de leur côté : pierre de
tonnerre. Un tel mot, rencontré par les écrivains chrétiens dans un docu-
ment ancien, pouvait se traduire par imago, ydoliim Tliori.
Je me suis demandé si lybatnr était employé par Adam dans le sens de
sacrificium, ceremoniae ; la grande part faite aux libations dans les documents
eddiques m'a fait préférer ce dernier mot.
3 . A ces rhes publics, Tite-Live ajoute un rite pratiqué par les citoyens
en leur particulier, t Ils ouvraient leurs portes à tous les passants, ei connus
et inconnus, reçus en hôtes, prenaient part aux provisions de toute sorte
disposés dans la cour. Pendant les fêtes l'on s'entretenait avec politesse et
bienveillance avec ses ennemis ; on tâchait de mettre fin aux querelles et
aux procès, on délivrait les débiteurs; et on se faisait scrupule ensuite d'en-
chaîner de nouveau ceux que les Dieux avaient une fois affranchis. «
Un tel rite ne serait pas sans analogie avec celui qu'observaient les Gau-
lois : mais il faut remarquer : i" que l'historien n'en parle que comme d'un
usage aboli : fertint, dit-il ; c'est une tradition ; 2" que la délivrance des pri-
sonniers, la réconciliation entre ennemis, donne à l'usage hospitaUer qu'il
décrit une élévation morale que les festins des Gaulois ne comportent pas.
En conséquence, ce rite même, quelque analogie qu'il présente d'abord, ne
peut être confondu avec ceux des autres cultes.
4. L'épigramme {édition Amar, p. 312) est composée de cinq vers :
« Corinthiorum amator iste verborum
iste, iste rhetor. Namque quatenus totus
Thucydidcs tyrannus atticae fcbris
Tau gallicum spinae ipsemet maie illisit,
ista omnia, ista verba miscuit fratri. »
« Je n'y vois goutte, merae tenebrae », disait Butmann, et les autres com-
mentateurs avouent n'y voir pas beaucoup plus. Scaliger cependant a essayé
une restitution de ces vers désespérés. Seulement, partant d'un point de
vue faux, il n'a pu, avec tous ses efîbrts, qu'augmenter, si c'était possible,
l'obscurité. Ausone avait écrit {Edyll. grammaticomastix)
« Die quid significent catalecta Maronis? in his AL
Ccltarum posuit, sequitur non lucidius TAV.
Imperium, litem, venerem, cur una notât RES .'
Est-ne peregrini vox nominis, an latii FIL ?
et quod germano mistum malc letiferum MIN ?
Scaliger s'e.st persuadé que Virgile avait réuni dans la même épigramme
284 J--^' Cerquand.
les deux monosyllabes gaulois AL et TAV, et même MIN qui termine le
cinquième vers. Ausone ne dit pas cela, mais seulement que Virgile a em-
ployé deux mots gaulois, premièrement AL et ensuite TAV dans ses vers.
Quant à MIN, la lecture des vers d'Ausone indique qu'il n'a aucune re-
lation avec les deux autres mots. Sur cette donnée, Scaliger restaure le
quatrième vers de l'épigramme :
Tau gallicum spitiae ïpsemet maie illisit, comme il suit :
Tau gallicutn min Ipsum et al ei illisit.
Même avec cette liberté Scaliger n'aboutit à rien : car d'après Ausone, TAV
gallicum devrait venir après AL, au lieu de le précéder.
Pour expliquer les monosyllabes — gaulois, il ne faut pas l'oublier —
Scaliger se base sur une correction faite par lui au premier mot du premier
vers, dont les variantes sont nombreuses aux manuscrits : Corinthiorum ,
Evaudriorum, Hormethionan. Il remplace cette dernière par hemitomiorum,
coupés en deux, parce que Q.uintilien, dans le 1II« livre des Institutions, a
parlé des dccurtata verha. Mais le III" livre est long et complexe, et lorsque
duintilien cite l'épigramme de Virgile, il ne parle plus des deairtata verba,
.mais de l'emploi des mots archaïques. Scaliger néanmoins poursuit son
système. Min, al et Tau sont des mots écourtés, des mots latins mal pro-
noncés par un Gaulois (Cimber) qui en mange la terminaison, qui dit al
Tpour alliuin , Tau pour taurum, Min pour minium. Or l'ail, le sang de tau-
reau et le minium sont, comme chacun sait, des poisons, et c'est avec ces
poisons qu'Annius Cimber a fait méchamment périr son frère, « ista omnia,
ista verba miscuit fratri 0.
Après avoir bien retourné l'épigramme et ses alentours, voici ce que j'en
ai pu tirer :
Un point est certain, c'est que l'épigramme a pour objet de ridiculiser et
d'attaquer Annius Cimber, rhéteur, écrivain affectant d'employer des mots
hors d'usage, et qu'on ne comprenait plus.
« Les mots propres, dit Quintilien, parce qu'ils sont anciens, sont plus
nobles. Ils donnent au discours une sorte de sainteté, une beauté spéciale,
qui n'est pas à la portée du premier venu. Mais il en faut user sobrement
et ne pas aller jusqu'aux mots qui ne se comprennent plus. Certains mots
plaisent par leur antiquité même, mais ne mettez dans leur emploi aucune
affectation. Contre ce défaut, Virgile a fait des vers très à propos. »
Quintilien transcrit l'épigramme et ajoute :
« Une telle recherche est révoltante (odiosa cura). — Son plus grand
inconvénient est que, sans se soucier d'être exact, l'écrivain ne cherche plus
les mots qui vont à son sujet, mais ayant trouvé certains mots, cherche
hors du sujet des choses auxquelles il puisse les adapter. »
Suétone {Aiig. Vita. 86) paraît avoir eu ce passage sous les yeux lorsqu'il
caractérise le style d'Auguste, n élégant et uni, aussi éloigné des expres-
sions vulgaires et grossières que des surannées et qui sentent le moisi : (vi-
tatis sententiarum ineptiis atque inconcinnitate. et reconditorum verborum,
Taranous et Tlwr. 285
ur ipse dicit, foetoribus »). Il avait un égal mépris pour le clinquant des
novateurs que pour les amateurs des vieux mots : (« Cacozelos et antiqua-
rios pari fastidio sprevit »). Il critiquait Tibère de rechercher les termes
hors d'usage st surannés : (« Nec Tiberio parcit, et exsoletas interdum et
recondilas voces aucupanti n). II disait à Antoine : Tu prends pour modèles,
tantôt Annius Cimbcr et Veranius Flaccus, tantôt les 'Asiatiques aux phra-
ses arrondies et vides. » Ces recondita verha, ces reconditae voces, expressions
propres à Auguste et appliquées soit à Cimber, soit à ses imitateurs, nous
fournissent le mot qui dans le premier vers de l'épigramme de Virgile, doit
remplacer le mot Corinthiorum ou les autres, également obscurs :
« Reconditorum amator iste verborum ».
Annius Cimber était-il rhéteur et gaulois? L'épigramme donne bien rhetor,
mais rhetor peut s'appliquer à un maître d'éloquence, à un orateur, même à
un écrivain d'un genre particulier ; et le mot est évidemment pris en mau-
vaise part. II semble qu'il n'y ait pas à hésiter sur le choix. Au troisième
vers Cimber est nommé le Thucydide breton (Britanniis remplace txranniis
dans quelques manuscrits), c'est un historien, mais déclamateur. Quant à
l'origine de Cimber, Cicéron (Philipp., V) nous renseigne suffisamment:
« J'allais, dit-il, oublier (parmi les lieutenants d'Antoine) la lumière et
l'honneur de cette armée, C. Annius Cimber, fils de Lysidicus, un vrai Ly-
sidicus lui-même (il y a un jeu de mots sur le double sens que comporte le
nom), car il viole tout droit, si ce n'est qu'une fois il s'est servi du droit
pour tuer son frère. — Lumen et decus illius exercitus poene praeterii : C.
Annium Cimbrum Lysidici filium, Lysidicum ipsum (graeco verbo) ; quo-
niam omnia jura dissolvit ; nisi forte jure Germanum Cimber occidit »
(autre jeu de mots). Cicéron {FhiJipp., XIII, 12), renouvelle cette atroce
accusation par une ironie analogue : « Dans ie camp d'Antoine on compte
deux anciens préteurs, l'un Annius philadelphe, l'autre GalliusTimbécille. »
Annius philadelphe, c'est, par antonomase, Annius meurtrier de son frère,
comme l'indique encore l'épithète innocens, attribuée à Gallius, en oppo-
sition à philadelpbus . On peut soupçonner que le frère d'Anniusest ce Cimber
Tillius qui joua, d'après Suétone, le premier rôle (primas partes egit) dans
le meurtre de César. Les deux Cimber suivaient donc deux partis politiques
hostiles. Tillius, celui de Brutus, Annius, celui d'Antoine. Les meurtriers
de Caesar furent tous condamnés, dit Suétone. C'est alors qu' Annius trouva
une occasion favorable d'assassiner son frère légalement, ainsi que le fait en-
tendre Cicéron. Il fit un mélange de ces mots antiques « qui donnent au
discours une sorte de sainteté 1 et envoya à Antoine la dénonciation em-
poisonnée
« ista omnia, ista verba miscuit fratri. »
Voilà ce qu'on peut tirer de plus probable des renseignements trop rares
sur le triste personnage qu'aflétri Virgile comme écrivain et comme homme.
Cimber, fils .de Lysidicus, était romain, peut-être d'origine grecque ; il
286 J.-F. Cerquand.
n'était pas rhéteur dans le sens propre du mot ; il avait suivi la carrière
des emplois publics et était arrivé à la préture. Son frère, ami de Brutus et
de Cassius, était aussi sans doute un homme considérable.
L'historien de la Bretagne, d'où qu'il eût tiré ses renseignements, savait
ce qu'était le Tau galUcum ; mais ses lecteurs pouvaient l'ignorer ; il en
faisait parade, conformément aux principes de son école, si bien indiqués
par Quintilien ; il en assommait les gens.
) . Il faut joindre aux autels anépigraphes de Nîmes une série considé-
rable, et non épuisée encore, d'autels où figurent une inscription et un marteau
Ils sont tous dédiés à Silvanus, qui dans le S. O. de la Gaule parait avoir
été spécialement assimilé à Taranous. Il n'y a aucune nécessité pour notre
thèse d'en dresser la liste. Je veux seulement faire remarquer que les mar-
teaux sculptés sur ces monuments revêtent une très grande variété déforme,
depuis celle du maillet, qui est sans doute la primitive, jusqu'à celles qu'af-
fectent les ex-voto d'Uriage, où la fantaisie s'est donné pleine carrière.
GENTILICES EN lUS EMPLOYÉS AU FÉMININ DANS
LA GÉOGRAPHIE DE LA GAULE.
[Pour remplir un blanc que laisse forcément la mise en pages, nous in-
sérons ici une note supplémentaire à l'article qui a paru dans la livraison
précédente, p. 153-167.]
ATTEIA.
Ateia, dans une charte de l'année 907 concernant l'abbaye
de Saint-Martin de Tours, désigne Athée, Indre-et-Loire (Ma-
bille, La pancarte noire, p. 218, cf. p. 183). Ateia, dans une
charte du xii^ siècle (Léon Maître, Dictionnaire topograpbigne
du département de la Mayenne, p. 6) est aujourd'hui Athée,
Mayenne. On trouve aussi ce nom au pluriel: Ateias dans
des chartes, en 877 et en 880; ces deux mentions s'appliquent
à deux localités différentes : l'une du département de l'Yonne, .
l'autre de la Côtc-d'Or; la première concerne Athée, com-
mune de Tonnerre (Quantin, Dictionnaire topographique du
département de l'Yonne, p. 5); la seconde est Athée, près
d'Auxonne (Garnier, Nomenclature, p. 13, n° 46). Aties,
1131, aujourd'hui Athies, Aisne (Matton, Dict. top. du dép.
de l'Aisne) semble n'être qu'une autre notation d' Ateias.
Ateias lui-même doit s'être prononcé primitivement avec un
t double, autrement cette dentale ne subsisterait pas aujour-
d'hui. Ateia est donc la forme féminine d'un genùWce Atteius.
Comme exemples de l'orthographe par double /, nous ci-
terons deux épitaphes trouvées à Rome. L'une est celle de G.
Atteius Antiochus, l'autre, celle de Atteia Fortunata (CI. L.,
VI, 12573, 12577). M'^is l'orthographe ordinaire est Ateius
par un seul t. De la gens Ateia, le membre le plus «onnu
est le jurisconsulte G. Ateius Capito, consul suffcctus l'an 5
après J.-C., et mort en 22. Il laissa un ouvrage de droit inti-
tulé Conjectanea et qui contenait au moins neuf livres.
ANCIENS NOELS BRETONS
Traduction ' .
IX ^
128 Noël ! chantons et fesons fête !
C'est la nativité de Jésus ;
Honorons la Dame de tout bien;
Noël! chantons, ne tardons plus.
129 Rendons grâce à l'Enfant joyeux
Qui est venu nous racheter de peine,
En sortant du corps de la douce Marie
Par laquelle nous sommes réjouis.
130 II est à Bethléem maintenant
Le petit Enfant nouvellement né.
Oui, sûrement dans une étahle.
Dans le lieu où vivent les bêtes.
131 Doucement et courtoisement, cette Vierge,
Quand le petit Enfant fut né,
L'enveloppa dans du foin vert,
Et elle le mit dans son giron.
t>^
132 Et puis, de son lait précieux
Qui avait une vertu surnaturelle,
1 . Voir le commencement de cet article aux pages 1-49 du prtsent volume.
2. L'air de cette [pièce]-ci est populaire.
ANCIENS NOELS BRETONS
Texte.
IX :
128 Nouel ! quenomp ha greomp joa !
Da natiuite a lesus !
Maestres an Tensor enoromp ;
Nouel ! quenom, ne tardomp muy.
129 Rentomp gracçaou dan Map laouen
So deuet don daspren a penet
A corff, hep mar, an goar Mary
Maz oump dreyzy rejouysset.
130 Ema en Bezleera a breman
An Map byhan neuez ganet,
En un presep net a detry,
En lech maz idy an milet,
131 Flour ha courtes, an Guerches man,
Pan o'an Mabic bihan ganet,
En dastumas en touez fouen glas,
Hac en laquas en he goasquet.
132 Neuse, gant he laez precius,
Aioa vertuzus dreyst musur,
I. An ton so'commun a houmman.
290 H. de La Villemartjué.
Un certain temps, — ô grand mystère ! —
Marie le nourrit, c'est certain.
133 Devant Joseph parfciitement bon
La sage Vierge l'emmaillota,
Et l'honneur ne fut pas petit
Qu'il fit à la mère qui l'enfanta.
134 Cet Enfant, certes, nous racheta;
Et très horriblement versa son sang,
Sur la montagne, devant les Juifs
Qui, sans pitié, l'accablèrent de coups.
135 Avec des fouets et des barres de bois,
Très cruellement ils l'ensanglantèrent ;
De la plante des pieds jusqu'au sommet de la tète,
Ils lui déchirèrent la chair et la peau.
136 Et ils le mirent sur une croix de bois,
Où il fut si rudement étendu [ses jambes
Qu'il ne resta aucune articulation de ses bras et de
Qui ne fut disloquée à cause de notre péché.
1 1
I
137 II est né le Dieu, le Maître et le Roi de toute Créature ;
A cause de notre péché il est venu — ô bonheur! —
Faire pénitence pour payer notre rançon,
Pour nous enlever tous au malheur où nous étions :
Ainsi, réjouissons-nous, pleinement, de toute façon,
Noël ! crions, chantons, tant que nous pouvons chanter,
En l'honneur du vrai Roi de la terre.
Qui, par affection.
1 . Noël dont l'air est populaire.
J
Anciens No'cls bretons. 291
Vn spacc a amser, mister bras,
Mary en maguas, a tra sur.
133 Dirac losep, mat ha natur,
An Guerches fur en mailluras,
An meuleudy ne voe byhan
A geureu dan mam en guanas.
134 An Map man certen bon prenas,
Ha peur dyfflas a scuillas goat,
Dyrac luzeuien, en menez,
Hep nep truez en labezat.
135 Gant scourgezaou ha barraou coat,
Quezquen dyfflat en en goatsont ;
A plant an troat bet bar an pen,
Quic ha crochen en dispensent.
136 Hac en lequesont^ en croas pren
Mas voe quezquen tenn astennet
Ne mennas joendr en garr na brech
Na chenchas lech dre bon pechet.
137 Ganet eo Doue, Maestrha Roue pcp noeancc;
Dre hon pechet ez eo deuet, caezret chancç !
En penitancc da auancc hon rancçon,
Flam don lamet a morchet maz edoamp :
Rac se pep guis, fournys, reyouysomp ;
Nouel ! guehiomp, canomp, drez quelhomp son,
Da Roue'n tyr guiryon;
Dre affection.
1 . Pour y en laças.
2. Nouel pe a Iieny an ton se commun.
2Q2 H. de La Villemarcfué .
Pour nous délivrer
Est descendu en enfer,
Oui, certes, au fond de l'abîme
Pour porter la peine de notre crime
Et pour nous racheter.
138 Les Prophètes, livrés aux peines les plus rudes,
Poussaient des cris, et, suppliant.
Gémissant, songeaient qu'il fallait
Que chaque âme, rejetée en arrière, pleurât
En mille tourments sûrement et souffrît
Dans les ténèbres, subitement, à cause d'une pomme.
Le Roi de la terre pour nous sauver
Est maintenant né ;
Il nous a été envoyé
Et il est venu — de quelle façon admirable ! —
Porter remède aux humains ;
Et pour que les habitudes changent
Entièrement chez ses Serviteurs.
139 Une fille vierge, courtoise, pleine de raison.
Certes, comblée de mille perfections.
Fut le moyen que prit le Roi du Ciel pour venir
Jusqu'à nous ; et si nous le voulons, nous sommes
— Quelle qu'ait été notre erreur parl'effet de la fatale pom-
Réconciliés par Marie avec le Roi tout-puissant, [me —
Quand nous étions tous perdus
Par la faute d'Adam, puni
A cause de ses péchés ;
Voici venir l'Enflint, à l'heure
Où nous sommes, dans le monde.
Pour nous tirer de blâme
Et de tous nos péchés.
140 La nuit de Noël, douce et pure, sans mentir,
L'innocente Marie enfanta très respectueusement
Notre vrai Seigneur, sans lumière allumée,
Ni sans être souffrante, aussi pure que le pur cristal,
Anciens Noëls bretons. 29 J
Don dyprisoniaff
So deuet en lym,
Hep goap, dan abym,
Da douen poan hon crym
Ha don redimaff.
138 An Proffedet, en penet caletaff,
A ioa en cry, hac y oz suppliaff,
Oz hiruoudaff, oz songaff bezatf ret
Cacc pep eneff diadre[f ] da leuffal
E mil tourmant, suramant, ha scandai
Dre un aual, ractal, dan teualtet.
Roue'n tyr don miret
So breman ganet ;
Diguacçet entromp
Ha deuet, caezret guis,
Remet dan bedis
Ha ma chencho guis
Fournys de guysion.
139 Un merch guerches, courtes, leun a raeson,
Carguet detry a pep perfection
A voe moyen da Roue'n Tron da donet
Rez entrezomp; mar queromp ez omp ny
— Dr'en aual glas mar bras vo'en fantasy —
Ouz Roue'n velly gant Mary alyet.
Pan voamp oll collet
Dre Adam blammet
Dre fet pechedaou ;
Deuet en Map a prêt
Breman, voar an bet,
A blam don lamet
Net a pechedaou.
140 Nos Nedclec, douce ha chuec, n'en de gaou,
Mary dinoas a ganas peur hasaou
Hon guir Autraou, hep goulaou enaouet,
Na bezaff trist ; qucn hn mistr ha cristal,
294 ^- ^^ ^^ Villemarqué.
Elle enfanta notre Roi particulier,
Sans maison ni palais, entre des animaux.
Par l'haleine des bestiaux.
Il fut seulement réchauffé.
Pour le tenir chaudement
— Sauf du lait pour le nourrir —
Aucun vêtement très bon
Assurément ne fut trouvé
Pour l'emmailloter convenablement.
141 Quand il naquit, il n'en fliut pas douter,
L'air et la ville vinrent à briller très vivement,
A s'illuminer, en premier témoignage.
A minuit, quand la nuit était presque close,
Dans le ciel une étoile très pure
Fut aperçue, sachez-le bien.
Les Bergers, je l'atteste.
Providentiellement firent fête.
Comme l'Ecriture l'assure
En visitant, — voyez-vous —
Le Roi du monde, quels cris !
Quels cris de joie en marchant
Dans la nuit noire, à travers les rues [de la ville] !
142 Et quand Gaspar vit la grande étoile
Ainsi que Melchior, au Dieu Roi du ciel, notre ami
Et Balthasar, ces trois rois, ces trois amis parfaits.
Apportèrent très joyeusement, certes.
L'or, la myrrhe et l'encens, trésor et précieuse offrande;
A notre vrai Créateur, dans l'espoir de retour.
Un jour, — bienheureuse destinée! —
Ce fils nouveau-né
Nous tirera tous
De la tempête et de la misère
[Où nous sommes] par la faute de notre père Adam
Et de notre mère Eve ;
Il nous tirera de blâme.
Anciens Noëls bretons. 295
Ez ganas hy hon Roue ny spécial
Hep ty na sali, entr'en aneualet.
Gant azlan loeznet
Rez e goarezet.
Clet de goasquedaft,
— SaufF laez de maezur —
Nep dillat natur
Ne cafset quet sur
Pur de mailluraff.
141 Pan voa ganet, ne fel quet e douetaff,
Ez deuez an ear han caer da bout sclerhafF,
Da goulaouaff, da veza quentaff test.
Da hanter nos, pan voa hogos closet,
En gouabren un steren quezquen net
A voe guelet, estimet, credet prest.
Pastoret, me dest,
Dre didin, ez grent fest,
Dre ma test an Istoar.
Da guelet, — chetu, —
Roue'n bet, caezret hu ! —
Drez deuent, ez grent hu,
En nos du, dr'en ruaou^ !
142 Ha pan guelas an steren bras Jaspar
Ha Melchyon da Doue Roue'n Tron, hon car,
Ha Balthasar, try roe, try car parfet,
A dygacas gant joa bras hac a scier
Aour, myr, esancc, cheuancc hac offrancc qucr,
Don guir Crouer en esper a clicr net.
Vn dro, guen hon bet !
An Map m an ganet
Net hon remedo
A tempest estlam
Dre hon tat Adam
Hac Eva, hon mam;
A blam hon lammo.
I . Prohal'Iement pour ru kear.
296 H. de La Villemarqué.
\
\
XP
143 Chantons et soyons fervents! Noël au Roi des Anges
Qui est venu en ce monde aujourd'hui dans la misère;
Jésus, par grand'pitié,
Avec désir et amour
Est venu, — oh! la belle condition —
Avec foi nous sauver.
144 Offrons nos chants et nos prières de tout cœur à Marie,
Qui enfanta sans douleur notre Roi véritable,
Le Roi du ciel en un lieu sombre
Entre deux animaux;
Ce ne fut ni en salle
Ni en palais de roi.
145 Joseph, tout naturellement fut très émerveillé
Quand il vit dans le clos l'Enfant, sur du foin vert :
Mais l'Ange lui révéla,
Qu'il était né — oh ! la belle achoison ! —
Ce Fils de l'homme, qui nous racheta
Certes avec grand bonheur.
146 Sitôt que vint dans ce monde le vrai Roi des saints.
Vinrent jusqu'à sa demeure, du côté de l'Orient,
Trois rois, et non de faux [rois],
Lesquels dans leur sagesse
Honorèrent le Roi des mers
En lui offrant des largesses.
147 Et les Bergers, heureux, gambadant, très joyeux.
Pressés, doux et humbles, instruits par l'Ange blanc
Et par la clarté de l'étoile.
Dans le pays au-dessus de leurs têtes,
I . Sur l'air de Courtoises dames.
i
Anciens Noëls bretons . 297
XI
143 Quenomp ha bezomp hael! Nouel da Roue'n Aelez
A so deuet en bet man breman en bihanez ;
Jesu dre meur truez,
Gant choant ha carantez
A so deuet, — caezret stat ! —
Gant feiz don euezat.
144 Greomp can ha letany da Mary cordial
A ganas hep casty hon Roue ny spécial,
Roue'n neaff e lech teffal
Entre daou aneual;
Ne voa quet nac en sal
Nac en pales real.
145 Josep, dre guir effet, a voe net souezet bras
Voar an fouen glas, en quel, an Buguel pan guelas :
An Ael a reuelas
Bout ganet, — caezret cas ! —
Map den nep hon prenas
Gant joa bras, a tra sur.
146 Pan voa deuet en bet man buhan guyr Roue an sent
Ez deuez plen bet' en ty dyouz party'n Orient
Try roue, ha ne voe fent;
Hac y dre hoz squient
Roue'n mor a enorent
Pan proffent larguentez.
147 Han Pastoret, hactus, ebatus, joaius tcn,
Tiz ha cuff hac vuhel, dre reuel an Ael guen
Han sclerder an steren
En bro a dyouch ho pen
I . Voar ton Courtes itroneset (cf. Noël IV).
Revue Celtique, X iO
^98 H. de La Villemarqué.
[Vinrent] pour voir, croyez-le bien,
Le Roi du monde [couché] sur du foin.
148 Après sa sainte naissance, il fut battu cruellement;
Sa chair, à cause de nous, fut horriblement flagellée.
Oui, Jésus — oh! la belle cure! —
De plein gré, par son plaisir.
Mourut certainement
Pour nous rendre tous heureux.
[monde,
149 Prions, n'y manquons pas, pour qu'après les choses de ce
Nous allions ensemble, par la grâce du Saint-Esprit,
Tous sans exception
Sans faute, grands et petits.
Et bien loin de Satan,
Dans la gloire du Roi des Saints.
XII
150 Noël! Noël! A la Nativité,
Au fils du Roi du ciel, en langue bretonne.
Chantons avec ardeur, sans nous lasser :
« Il est né le Dieu, notre vrai Roi. »
151 Du corps d'une fille en sa virginité
Le fils de Dieu est né dans ce monde.
C'était annoncé anciennement.
« Il est né le Dieu, notre vrai Roi. »
Noël sur l'air de 0 Gtorîosa Domina.
Anciens Noëls bretons. 299
Da guelet, credet ten,
Roue'n glen voar an fouen pur.
148 Goude glan maz ganat en cannât dynatur,
Maz scourgezat eusic e quic, voar bon sygur.
lesu net, — caezret cur ! —
E grat, e plijatur,
A maruas, a tra sur,
Maz omp pur eurus.
149 Pedomp, ne fellomp quet, goude fet an bet man
Maz ebomp entromp net dre grac an Speret glan
Commun, guytibunan
Hep sy, bras ba byban,
Ha pellbaf dyouz Satban,
Dauet [Doue] Roue'n sent glan.
xn
150 Nouel ! Nouel ! Da Nedelec,
Da Map Roue'n Tron, en brezonec,
Quenomp choantec, hep dieguy :
Ganet eo Doue, hon guyr Roue ny.
151 A corff un mercb en be guerchdet
Map Doue en bet man so ganet;
Coz profecyet ez aedy.
Ganet eu Doue, hon guyr Roue ny.
1 . Kouel voar ton O ghriosa Domina.
5 00 H. de La Villemarqué.
152 Par Gabriel il fut annoncé
Quand Jésus, le Roi du ciel, fut conçu,
[Il fut annoncé] à la bonne Vierge qu'il allait être en
« Il est né le Dieu, notre vrai Roi, » [elle.
153 A Bethléem, sans nul retard.
Dans une écurie sans aucun abri
Il naquit, n'en faites pas de doute.
« Il est né le Dieu, notre vrai Roi. »
154 Certes, Jésus plein de miséricorde.
Lui, le Roi des saints, dans la pauvreté !
Dans la peine, dans la misère ! quel abaissement !
« Il est né le Dieu, notre vrai Roi. »
155 Ce ne fut ni en châteaux, ni en donjons
Que naquit le Dieu, le roi des peuples, Y
Mais dans une crèche, notre Seigneur,
« Il est né le Dieu, notre vrai Roi. »
15e Sans aucune souffrance, — quelle chance!
Cette vierge l'enhmta saintement;
Elle n'eut ni douleur, ni mal.
« Il est né le Dieu, notre vrai Roi. »
157 Trois rois d'Orient
Pour offrir des dons à Dieu, le vrai roi des saints,
S'acheminèrent jusqu'à sa demeure.
« Il est né le Dieu, notre vrai Roi. »
158 Le roi Melchior, le sage,
Offrit de l'encens qu'il présenta
Au Dieu parfait, quand il arriva.
« Il est né le Dieu, notre vrai Roi ! »
159 Le roi Gaspar, sans nul fracas,
Offrit de l'or, sans crainte de bhâme ;
Au petit Jésus, notre véritable ami.
(( Jl est né le Dieu, notre vrai Roi ! »
Anciens Noéls bretons. 301
152 Dre Gabriel ez reuelat,
lesu Roue'n eff, pan conceuat,
Dan Guerches mat e bout gat y.
Ganet eu Doue, hon guyr Roue ny.
153 En Bezleem, hep nep remet,
En merchaucy dyabry net
Ez voe ganet, na lequet sy.
Ganet eu Doue hon guyr Roue ny.
154 Certes lesu leun a truez,
Hac enff Roue'n sent en paurentez,
En poan, byhanez, pebez bry!
Ganet eu Doue, hon guyr Roue ny.
155 Ne voe e questell, tourrellaou
Ez ganat Doue, Roue an ploueaou,
Hoguen en craou, hon Autraou ny.
Ganet eu Doue, hon guyr Roue ny.
156 Hep anquen en bct, — guelhet cas!
An Guerches man glan en ganas ;
Ne defïoue gloas na noas casty.
Ganet eu Doue, hon guyr Roue ny.
157 Rouanez try dyouz Oryent,
Da proff da Doue, guyr Roue an sent
A dcuez gant an hent bet' en ty :
Ganet eu Doue, hon guyr Roue ny.
158 An roue Melchyon, raesonnet,
A proffas esancc auancet
Da Doue parfait, pan voa deuct dy.
Ganet eu Doue, hon guyr Roue ny.
1)9 An Roue laspar, hep saffar tam,
Aour a proffas, ne fcllas bhun,
Da lesu flam, hon guyr amy,
Ganet en Doue, hon guyr Roue ny.
302 H. de La Villemarqué.
1 60 Le roi Balthasar, sans dire mot,
Fit une belle offrande [tesse.
De myrrhe; c'était le [signe] de sa profonde tris-
ce Il est né le Dieu, notre vrai Roi ! »
161 Et Hérode, — qui, certes était rebelle —
Les pria doucement, par malice,
De revenir chez lui à leur retour :
« Il est né le Dieu, notre vrai Roi ! »
162 S'ils avaient pris leur droit chemin vers lui,
Il les eût fait tuer, hélas !
Hérode était malade d'envie.
« Il est né le Dieu, notre vrai Roi ! »
163 Hérode, en apprenant la bonne nouvelle
Qu'ils étaient passés sans nul accident.
Devint enragé de colère.
« Il est né le Dieu, notre vrai Roi ! »
164 Les petits enfants, alors sans pitié
Il les tua tous ; — quelle folie ! —
Les enfants à la nourrice ! Quels cris !
« Il est né le Dieu, notre vrai Roi ! »
165 Jésus mourut sur ime croix de bois,
Où il souffrit qu'on l'étendît,
Et c'est pour nous qu'il s'y plaça.
« Il est né le Dieu, notre vrai Roi ! »
166 Pour nous, comme un saint ami,
Il souffrit une langueur incomparable
Hélas ! sans nul doute, sur le Calvaire.
« Il est né le Dieu, notre vrai Roi ! «
Anciens No'els bretons. 303
160 Roue Baltasar, hep saffar tam ^
A proffas spes dre doneson,
Myr; se voa don e melcony.
Ganet eu Doue, hon guyr Roue ny.
161 Ha Herodes, — certes hesent^ —
Ho pedas sacçun, dre un fent,
Pan dystrosent deuzyent de ty :
Ganet eu Doue, hon guyr Roue ny,
162 Maz az yent reiz an hent dezaff,
Ez grase, syouaz! ho lazaff:
Herod a ioa claff gant auy.
Ganet eu Doue, hon guyr Roue ny.
163 Herodes, peur dreao pan cleuas
Ez oant tremenet hep quet noas,
.A arraigas gant fantasy.
Ganet eu Doue, hon guyr Roue ny.
164 An mybyen, chetu, dytruez
A lazas oll ; pebez foUez !
Hac y voar ho lacz ! pebez cry !
Ganet eu Doue, hon guyr Roue ny.
165 Jésus a maruas en croas pren,
Hac a gouzaouas e asten.
Ha dre hon pen ez aez enn y.
Ganet eu Doue, hon guyr Roue ny.
166 Euyd omp, santel euel car.
En deffoue un languys dyspar.
Allas! hep mar, e Calvary.
Ganet eu Doue, hon guyr Roue ny.
1 . Lw^ son.
2. Aujourd'hui amzint.
304 H. de La VilUmarcjué.
167 Nous tous qui avons été baptisés dans la foi,
Si nous crovons en Dieu, le Roi du monde.
Nous sommes tous sauvés sans faute.
« Il est né le Dieu, notre vrai Roi ! »
168 Prions, tous jusqu'au dernier.
Qu'après notre vie de ce monde,
Nous allions heureusement au ciel.
« Il est né le Dieu, notre vrai Roi ! »
XIII
169 Joyeusement chantons, entre nous, n'y manquons pas,
Tous tant que nous sommes, avec consolation, peuple du
En toute humilité, et d'un cœur généreux: [monde,
Noëlii
A la douce Marie louanges à foison;
A cette bonne Dame, notre véritable avocate,
A cette sainte Reine du palais céleste.
1 70 Cette Vierge fut engendrée si sainte,
Si parfaite et si digne était son origine;
[Elle était] si bonne, si brillante, si supérieurement par-
Si excellente et vaillante de toute façon, [faite,
Que rien assurément ne fut formé d'aussi pur qu'elle,
Rien d'aussi humblement sublime, n'en doutez pas.
171 A cause de sa bonté et de son humilité,
Fut envoyé un messager vers elle.
Avec commission de la cour céleste,
Devant sa face, par faveur de message. -
Si bien qu'elle s'émerveilla, n'en doutez pas.
Quand elle vit Gabriel devant elle.
I . Ce mot semble devoir revenir après les trois premiers .vers de chaque
couplet.
Anciens Nocls bretons. 305
167 Quement so en Feiz badezet,
Gant cridyff en Doue, Roue an bet,
Ez omp oU saluet, hep quet sy.
Ganet eu Doue, bon guyr Roue ny.
168 Pedomp, commun, guytibunan,
Goude bon oll fet an bet man,
Maz ayimp glan dan letanv.
Ganet en Doue, bon guyr Roue ny.
xin
169 Lauen quenom entromp, na fellomp quet,
Guytybunan, gant dyboan, pobl an bet,
Dre vuheltet parfet, a caudet bell :
Nouel !
Dan goar Mary meuleudy a lyes !"
An Itron mat, bon guir aduocades,
Glan Rouanez an pales celestel.
170 An Guercbez man quen glan a voe ganet,
Quen anteryn ba din oryginet,
Quen mat, quen net, quen parfet a detry,
Hac excellant ba vayllant pep andret,
Dre he ^ quen pur ne voe assur furmet
A vubcltet goarnisset, na gret sur 2.
171 Dren madelez ban bumblez a nezy
Ez dycaçat un cannât dauet y
En gueffrydy an ty celestyell,
Dyrac be face dre grâce a legacy.
iMaz voe meurbet maruaillct, na ret sy,
Pan guelas by diraz y Gabriel.
1 . Probablement pour Nep tra.
2. Liseï sy.
îo6 H. de La Villeman^ué.
172 Alors l'Ange quand il la vit si humble,
Sans gabe ni bruit la salua poliment
Avec des paroles choisies ; et lui parle ainsi :
« Chaste Marie, noble fille, ne t'eftraie pas,
Car dans ton corps béni est vraiment descendu
Jésus le Roi du monde, pour recevoir le jour.
173 Le fils de Dieu le Père, de son plein gré.
Jeune fille, prend en vous une chair, image
De sa puissance même, de sa condition propre. »
Quand elle entendit, elle consentit à la chose,
^ La Vierge brillante, parfaite et vénérée.
Dévotement, très agréable et sainte.
174 Elle porta, sans mal, avec patience.
Dans son corps très chaste, pendant quelque temps,
Jésus, le Roi des astres, notre souverain Sauveur.
Nous ne trouvons pas un seul instant où elle déchut;
Fille et Vierge, Reine de courtoisie,
Au dessus toutes [les femmes], elle demeura certainement.
175 De sorte que, sans mentir, l'Enfant vint à bien.
Dans la nuit de Noël, plein de douceur et de suavité :
C'était le terme fixé pour sa naissance;
Et à l'heure même qu'il avait choisie
Il naquit, croyez-le, entre les humains.
Dans un lieu bas, sans honneur, sans beauté.
176 Quand il naquit, avec mille louanges,
Vinrent ensemble le voir, n'en doutez pas,
Trois rois du côté de l'Orient,
Pour lui rendre visite et honneur;
Et les pieux Bergers, sans regarder à la peine,
Chantaient tous avec consolation.
177 Et ensuite, lorsqu'il lui plut, humblement
Il vécut, mais ne voulut pas [vivre] longtemps;
Et quand vint l'heure — comprenez sa leçon —
1
•i
Anciens No'els bretons. 307
172 Neuse an Eal vuhel pan he guelas
Hep goap na brut astut he saludas
A comsaou bras; hac a lauaras sur:
« Mary dynam, merch flam, na estlam quet,
Rac ez corff guen ez eo cren dysquennet
lesu Roue'n bet, da bout net ganet pur.
173 Map Doue an Tat, e grat, e pligadur,
A commer quic en och, merchic, figur
E gallout pur, e statur naturel. »
Pan ententas, dan cas ez voe assant
An Guerches sclaer antyer ha reuerant,
Deuotamant cals plesant ha santel.
174 Hy en dougas, hep noas, gant habaster
En he corff flam dynam, un spacc amser,
lesu, Roue'n ster, hon saluer souueren,
Ne contom pas un pas ne goazhas hy ;
Merch ha Guerches, Maestres a courtesy
Dreyst pep heny ez manas hy dyen.
175 Maz deuez, hep fabl na goap, an Map a plen
Nos Nedelec, douce ha chuec ne voe quen,
Voe an termen a certen de guenel
Ha dan heur se maz care de dyuys
Ez voe ganet, credet, entr'en bedys.
En lech dysprys, dizcoantys, a isel.
176 Pan voa ganet, parfet gant meuleudy,
Ez deuez gueffret de guelct, ne gret sy,
Rouanez try dyouz party Orient,
De visiraff ha de enorift" glan;
Han Pastoret partit, hep sellet poan,
Guytybunan gant dyboan ez canent.
177 Ha goude se, quentre caras, asquet
Plen ez reonas, pell bras ne flillas quet;
Ha pan voe prêt, — ententet e qucntcl, —
3o8 H. de La Villemar(jué.
Couché sur une croix, il mourut assurément
Par amour pour l'homme, dans l'angoisse, un vendredi,
Notre Rédempteur, notre éternel Sauveur.
XIV ^
178 Noël bien humblement à Dieu le Père sans hésitation !
Et à son fils, notre Dieu, notre appui, notre Créateur;
Et, à l'Esprit-Saint tout-puissant,
Le Sauveur des siens.
179 Depuis cinq mille sept ans dans l'angoisse et le doute,
Etait la race d'Adam ; elle était horriblement punie,
Pour avoir mangé la pomme, elle souffrait une peine dure;
Elle restait dans l'effroi.
180 La porte du Paradis jour et nuit était close;
A aucune espèce de gens la porte n'était ouverte;
Tous les trépassés étaient dans l'abandon,
Oui tous gémissaient.
181 Certes, sans ménagement, dans l'enfer en masses
Ils étaient jetés pour souffrir et gémir dans la flamme ar-
Pour un seul péché, ils étaient retenus en prison, [dente;
Dans la douleur, dans l'abyme.
182 Et par la grcîce toute divine de la Trinité
Jésus, par un effort de sa bonté, est venu
Se faire homme, dans l'angoisse et la douleur,
Pour que nous ne fussions pas tous perdus.
183 Quand vint dans Marie notre Roi, le Messie,
L'ano-e Gabriel le lui annonça :
I . Noël sur l'air Ut queant Iaxis.
Anciens No'cls bretons. J09
A chuen en croas ez maruas a tra scier
Drc caret den, gant ancquen, dezguener
Hon Dasprener, hon Saluer éternel.
XIV ^
178 Nouel vuhel mat [da] doue'n Tat hep atfer !
Ha de Map, hon Doue, hon appoue, hon Crouer,
Ha dan Speret sant omnypotent antyer;
Saluer e querent.
179 Seyz pemp mil blyzyen en anquen ha penet
Ez voe hat Adam ; iftam ez voe blammet,
Rac dybri naual en ditfoue poan calet,
E saouzan manet.
180 Porz an Barados deiz nos a yoa closet;
Da nep seurt cosquor an nor ne dygoret ;
An ol anaffoun a ioa abandonnet.
Ha tout hyrvoudet.
181 Certes, hep espern, en Iffern a bergnaou
Ho quacet en poan ha queynuoan dan tan glaou;
Euyt un pechet, dalchet en arretaou,
En glachar, voar naou.
182 Ha dre grâce diuin anteryn an Dryndet
Ez eo deuet lesus, dre c gracyusdet,
De ncm laquât den, en ancquen ha pcnet,
Na vemp oU collet.
183 Pan dcucz e Mary, hou Roue ny, Mcssias,
An Eal Gabriel dezy en reuelas ;
I . Noucl voar ton Ul qiieant Iaxis.
^[0 H. de La Villemarqué.
Celle-ci était Vierge, lorsqu'elle enfanta ce Fils,
Et pure elle resta.
184 Et l'Ange blanc lui dit en accomplissant son message :
« O Marie bénie, ô heureuse que tu es ! crois ceci :
Tu concevras et tu enfanteras le Dieu
Qui est vraiment notre Roi. »
185 — A Dieu, dit-elle, Marie est consacrée;
Je suis sa servante, comme tu le dis qu'il soit tait ».
Alors le Roi du Ciel est conçu en elle,
Surnaturellement formé.
186 Dans une étable à bêtes, il naquit certainement
Auprès de Joseph dans une simple crèche ;
Sûrement sans maillots, ni langes, dans une étable froide,
Dès sa jeunesse dans la douleur!
187 Hélas ! gens du monde, songez, ne laites que cela;
[Songez] à la peine qu'il eut, — laquelle était pour nous, ce
[Dieu-homme
Jusqu'à ce qu'il mourût cruellement, couché sur la croix
Par notre faute. Amen !
XV
188 Noël au Roi des cieux joyeusement!
Que chaque vrai chrétien chante en l'honneur du Christ!
Il est temps que chaque homme se livre à la joie;
Jésus est venu nous réjouir.
189 II est né le Dieu, le vrai Roi des peuples,
Pour notre amour il est venu ici-bas ;
Rendons grâces au bon Seigneur;
Jésus est venu...
Anciens No'éls bretons. ^ 1 1
Guerches voa houman an Map man pan ganas,
Ha glan ez manas.
184 Maz comse'n Eal guen dezy pan quemenne :
« Mary beniguet, guen da bet, ha cret se :
Te a conceuo un dro a gano Doue
So guiryon hon Roue. »
185 — Da Doue, emezy, Mary so dediet;
Me so e matez, dr'en leuerez, bezet. »
Neuse Roue an euff so enn y conceuet,
Dreyst natur furmet.
186 En craou an loeznet ez voe ganet certen
Hogos da losep, en un presep hep quen ;
Sur. hep mailluraou na trezyaou, en craou ien,
laouanc en anquen !
187 Allas ! tut an bet, contemplet, na gret quen.
En poan en deffoue, — euyd omp voe, — Doue den
Bete maz maruas dyfflas en croas a chuen,
Dre hon blam. Amen!
XV ^
188 Nouel da Roue'n effaou, laouen
Ganet 2 da Christ pep guir Christcn !
Prêt eo da pep den laouhennat;
Deuet co lesus don joayushat.
189 Ganet eo Doue, guir Roue'n ploueaou,
Dre hon caret eu deuet ouz traou ;
Rentomp graccou dan Autraou mat.
Deuet eu Jésus...
1 . Nouel voar ton Vexilla Régis.
2. Liseicuncx.
512 H. de La Vilkmarqué.
190 Nous étions dans la douleur, sans soutien,
Si le Fils [de Dieu] Dieu, et homme, n'était venu
Vers nous pour nous donner toute joie.
Jésus est venu...
191 Du corps d'une Vierge, notre sainte maîtresse,
Féconde par le Saint Esprit,
Il est né dans ce monde.
Jésus est venu...
192 Marie belle au-dessus de toute mesure.
Aimable au-dessus de toute créature.
Fut pour nous l'image du bonheur.
Jésus est venu...
193 En un lieu dégoûtant, en une étable
Est né, sans nul doute, notre Seigneur;
Voilà, peuple, de bonnes nouvelles !
Jésus est venu...
194 Par un ange blanc fut ordonné
A des gens d'honneur, à des bergers.
De venir bientôt le voir.
Jésus est venu...
195 Trois rois d'un pays lointain, après un pénible voyage.
Vinrent certainement jusque là,
Avec des richesses à offrir au Roi du monde.
Jésus est venu...
196 Quand ils vinrent jusqu'à la bienheureuse Marie,
Ils louèrent Dieu, le vrai roi du monde;
Ils furent guidés par une étoile.
Jésus est venu...
Anciens No'éls bretons. j i j
190 Edoamp en hyruuot, hep souten,
Pan na deuzye Map Doue ha den
Daued omp plen don laouhennat.
Deuet eu lesus...
191 A corff un Guerches, Maestres glan,
Carguet meurbet an speret glan,
Voar an bet man en enganat.
Deuet eu lesus...
192 Mary gratius dreyst musur,
Hegarat dreyst pep crouadur,
A voe deomp figur eur mat.
Deuet eu lesus...
193 En lech disacçun, en un craou,
Ez ganat, hep faot, hon Autraou ;
Chetu, tudaou, quehezlaou mat !
Deuet eu lesus...
194 Dr'en Eal guen ez voe quemenet
Dan tut a enor, pastoret,
Donnet de guelet a prêt mat.
Deuet eu lesus...
195 Try Roue gant trauel a pell bro
A deuez certen bet eno
Da proff da Roue'n bro, gant ho glat.
Deuet eu lesus...
196 Pan deuzont y hcte"^ Mary guen,
Ez meulsont Doue, guir Rouen an glen :
Dre un steren ho quelennat.
Deuet eu lesus...
I . Lisez bet. .
Revue Celtique, X il
j 1 4 H. de La Villemarqué.
197 Or, Hérode que le dépit transportait,
Détestait le Fils de Marie :
L'envie le tourmentait.
Jésus est venu...
198 Et de tout côté les petits enfants impitoyablement
Perdirent la vie, voyez-vous :
Sans miséricorde on les massacra.
Jésus est venu.
199 Marie, la mère de Jésus, se retira
En Egypte, et s'y sauva :
A son fils, dans le malheur, elle tint bon.
Jésus est venu...
200 Pour nous, grands et petits.
Il souffrit en ce monde la douleur,
L'affliction et la peine, depuis sa naissance.
Jésus est venu...
201 Couché sur une croix, sur la montagne.
On cloua Jésus sans pitié,
Et sa vie finit.
Jésus est venu...
202 Le Paradis était fermé,
La porte en a été ouverte par Jésus ;
Avec son sang il l'a racheté et bien payé.
Jésus est venu...
203 Nous tous, Léonnais, sans tristesse.
Prions Jésus, dans sa grande miséricorde,
De nous donner aussi une bonne mort.
Jésus est venu...
204 Et notre bonne Dame, notre avocate,
Prions-la aussi bien souvent :
Elle est mère et Vierge dans la cour du Père.
Jésus est venu nous réjouir.
Anciens Noëls bretons. j i j
197 Ha Herodes dre frenezy,
A ioa dyguar ouz Map Mary;
Edoa affuy ouz e gryat.
Deuet eu lesus...
198 An Mybyen peptu hep truez
A collas, chetu, ho buhez;
Hep trugarez ho labezat.
Deuet eu lesus...
199 Mary, Mam lesu, a tuhas
En Egypt, hac em acuy tas :
De Map allas ez dalchas mat.
Deuet eu lesus...
200 Euyd omp ny, bras ha byhan,
En deffoue penet en bet man,
Trauell ha poan, a pan ganat.
Deuet eu lesus...
201 En un croas a chuen, en menez
Ez tachât lesu dytruez,
Hac e buhez a finuezat.
Deuet eu lesus...
202 An Barados a ioa closet,
Gant lesus e'o nor dygoret ;
Dre e goat prenet, paeet mat.
Deuet eu lesus...
203 Entr'omp, Leonys, hep trystez,
Pcdomp lesu, dre mcur truez,
Da rcyft" deomp yuez finuez mat
Deuet eu lesus...
204 Han Ytron mat, aduocades,
Yuez pedomp y alyes ;
Mam ha Guerches e les an Tat.
Deuet eu lesus don joaiushat.
p6 H.de La Viilem arqué.
XVP
205 Noël ! Noël ! Noël 1 Noël !
Il naquit doucement et humblement
L'Enfant à [son] heure, la nuit de la Nativité.
206 Jésus, le fils de Dieu, le vrai Roi des Saints,
Nous préserva de tout souci,
Jésus, le vrai Roi des saints, à [son] heure.
207 Son corps, son sang, bellement, sans regret.
Tous ses membres, notre doux Seigneur
Les employa avec ardeur à nous sauver.
208 Par son amour divin, l'Innocent,
De chagrin, de molestation et d'effroi
Nous tira tous par véritable amour.
209 Oui, nous avons été tirés de toute espèce de langueur.
Par Dieu, le Roi du monde, au cœur aimant :
Jésus nous a bien vite secourus.
210 Hélas! dans l'angoisse et la sueur glacée,
Et l'extrême fatigue, avec beaucoup de douleurs.
Il nous a rachetés par la froide mort.
211 Pour nous tous, petits et grands,
Sur la croix de bois il s'étendit.
Sur la croix il souffrit ses douleurs.
212 II y fut Hé si rudement
Que, de la tête aux pieds, il était tout en sang.
Ce Roi du monde, à cause de nos crimes.
I . Noël dont l'air est populaire.
Anciens Noëls bretons. 3 r
XVI I
205 Nouel ! Nouel! Nouel ! Nouel!
Ganet voe en enff^ hac vuhel
Map e quentel, nos Nedelec. .
206 Jesu, Map Doue, guir Roue an sent,
Hon gueureu salo a pep baluent,
lesu, guyr Roue'n sent, e quentel.
207 He corff, e goat, caezr, hep aezrec,
E holl mempraou hon Autraou chuec
A laquas choantec don recour.
208 Dre carantez diuin, Dynam,
A queuz ha molest ac estlam
Hon lamas flani dre guir amour.
209 Lamet omp franq a pep langour
Gant Doue, Roue'n bet, a caudet flour,
Jesu presour hon sycouras.
210 Allas! en angoes ha chues yen,
Hac en scuys stanc, gant meur ancquen,
Dre an maro ien hon dazprenas.
211 Euyd omp glan, bihan ha bras,
En croas pren en em astennas,
En croas ez gouzaffas gloasaou.
212 Quen tcn cnn y ez voe gryet,
A pen dan troat maz voe goadet.
Roue an bet, dre hon pechedaou.
1 . Nouel pc a heny an ton so commun.
2 . Liseï cU'tT.
ji8 H. de La Villemarqué,
213 II fut attaché outrageusement avec des clous,
Tiré, au point que l'on comptait ses articulations ;
Par tous les membres on le cloua.
214 En tous ses membres des plaies profondes,
A la tête, au front et au cœur.
De toute manière on l'accabla.
215 Quand il fut étendu sur la croix de bois,
Sur la montagne, ses deux bras disloqués.
Pour nous tous il pria.
216 Et Marie, sa mère, tressaillant
De regret et de douleur, en le voyant,
Avait le cœur grandement affligé.
217 Jésus mourut d'une mort cruelle;
Il inclina sa tète divine
De douleur, en nous rachetant.
218 Le cœur de Marie était navré;
D'un glaive de douleur il fut traversé,
Qiumd on le descendit vers elle.
219 Et versant des larmes amères,
Elle contemplait les blessures
Les traces des clous, les grands trous.
220 Hélas ! quand il était en croix sur la montagne.
Il ne resta ni dans ses jambes ni dans ses bras
Une seule goutte de sang qui ne fût tarie!
221 Par la douleur de votre Passion,
Jésus, pardonnez à tous les Bretons,
Surtout au peuple Léonnais,
(A suivre.)
i
Anciens Noëls bretons. 3 1 9
213 Staguet voe outraig gant tachaou,
Tennet, maz contet e joentaou;
Dr'en oll mempraou en enclaouat.
214 En oll mempraou, goulyaou don;
En pen, en tal, hac en calon.
En pep facçon en estonnas^
215 Pan voa en croas pren astennet,
Oz crech, e dyoubrech dylechet,
Euyd omp geuffret ez pedas.
216 Ha Mary, e mam, estlammet
Gant ceuz ha trauel, oz sellet,
A voe he caudet ceuzet bras.
217 lesu a maro garo a marnas;
E pen diuin a anclynas
Pan bon prenas, gant dyufflaster.
2 1 8 Calon Mary a voe gryet ;
Gant clezLi a ceuz esteuzet,
Pan voe dysquennet de nietaou.
219 Hac, en un gouelaff gant caffiiou,
Ez selle hy an goulyaou,
Roudaou an tachaou, toullaou bras.
220 Pan voa en croas, allas ! ouz cnech.
Ne chommas barr en guarr na brech
Goat un bannech na dysechas !
221 Dre an casty ho Passion
lesu, pardonnct pcp Breton,
Dreyst pep nation Leonys.
1 . Liseï estoïiat.
NOTES
ON
WELSH CONSONANTS
BY DR. M. NETTLAU
(Suite')
56. Irrational syllables containing m are: yn 'myddangos,
C. few. T., p. 56, mae' myddangos, yn rhwbeth mygenach
p. 258 (yn mgenach p. 309; amgen), yn myddanos p. 481
(ymddangos). Cf. mysangu to trample, a standing metathese
for ymsangu (but what is maesing ?); on this word and other
synonyms see Y Cymmr., IX, p. 81, n. i.
57. Real metatheses of r and 1 seem to exist in the follo-
wing words, a part of which is peculiar to certain dialects.
I. vowEL + L, R -f- coxs. : Latin pullicantus becomes pyl-
gain in South W., plygain in NorthW., as stated by D. S.
Evans, Uytbr., Rlu's, ArcJ). Cambr., loamuordss. v, pullicantus,
Spurrell, o'm;;/?;/.5 99;pylgainin Glamorgansh., YGcnincn III, .
p. 19; cf. pilgeint B. of Carm., p. 8, 35, 37. — Hughes
1822 : NorthW. crybwyll — SouthW. coffhau ; Sp. : cyr- cor-
cry- cre-bwyll; B. ofCann. Sk. 28 kirpuill, B. ofTal. kyrbéyl-
letor Sk. 4), kyrb6ylleis, a gyrbôyllei B. of Herg. col. 633;
nyscrybwyllir yno LI. Giv. Rh. p. 31, a rygyrbwyllassei
p. 2, etc. — dyrchafael and drychafael occur both in Middle-
welsh manuscripts ; certain SW. texts seem to prefer dry-
chafiiel, but in most of the greater texts both are used so in-
discriminately that statistics of the frequency of their oc-
curence seem to be the only means to trace some rules in this
I. Voir t. IX, p. 164; t. X, p. 105.
Notes on Welsh Consonants. 321
matter. Cf. arderchauel A p. 15 ; a dirchafuy B. of Carm.,
Nr. 18; L. p. 167 dyrchauel — R dyrchauael — I, O, P,
O, 5 drychafel ; L p. 215 drychauel ; S p. 544 drychafael;
T = Harl. Ms. 958 has d}Tchauel f. 4 b, but drychauel nearly
always besides this case, as also V (Harl. Ms. 4353); LL Gw.
Rh. dyrchauawd p. 247, dyrchafyssant p. 123, etc., darchauel
p. 246. Sal. N. T. derchafael f. 400 h, darchefwch f. 123 a;
drychafyssant f. 382 a, drychafont, drychafasant (Huet). Add.
Ms. 14986 drychef f. 27 b, ac yn ychel drchefwch f. 29 a (cf.
14974, f. 75 a i brnhawnfwvd : f . 78 b dan hyrnhawnvwvd);
Add. Ms. 14973 (Rees Prichard) ymddrachafo f. 85 b, pan
drachafer f. 89 b; CyC, 1672: derchefwch p. 513, dercha-
fiad etc., gan eu drycha tu ar mynydd (marg. derchafu)
p. 116, etc. — Occasional metathese : naskadranhao: kadar-
nhau Ms. L. f. 94 b. — ffyrlling and ffryllyng ffeordling),
Powel. — Cf. also pylor : pluor : powdr gwn and pluor : dwst :
powdr in W. Lleyn's \ocahuJary ; yn dwst ac yn blwr Ll. Giu.
Rh. p. 3. golud and gloud, Spurrell, graiiiinJ 99.
58. II. L, R + vowEL + CONS. : prydnawn, B. of Herg.
col. 745 a phrynha6n, col. 726 a phrynha6ng6eith ; Add. Ms.
12193 (15 12) pyrnhawn f. 16 a, 16 b (four times) ; Sales-
bury, dict. Kino echwydd ne pyrnhawnfwyt, nonemeat; Y
Gzuyl. 1823, I, p. 141 pyrnhawn is printed several times from
a Ms. of Angharad Llwyd; on Ms, 14974 see § 57. — Addit.
Ms. 14913 Gryffydd f. 84 b, Gyrifydd ib. (1609). — ysco-
lucthuMs. BoiBrudy Tyw. p. 124 : ysclyfaethu, B. ofHcrg.;
3'sglyfaeth Sp. — entrych and entyrch Davies, dict. — try-
dcdd or tyrdedd. Byegones 1883, p. 234. — dorstau, dorstaô
for drosta6 in Mss. E and S, see Y Cyiiiuir. VIII, p. 130. —
trwstan, alicubi twrstan, infelix, infliustus Davies, dicl.
59. r seems to be in certain positions of weak articulation
in the spoken language since it is often omitted in popular
tcxts;cf. wth (wrth) often in Yr Arw., common in Ncath ;
ty'd for tyred, tyr'd, Yr Arw. ; see Sweet, p. 428-9: sddwn
in Neath satwn, siswn but plur. sis'irna ; but garddwn (=ard-
dwrn), pi. garddana (the unstressed form was her generalizcd);
kwlit (coverlet). Merionethsh., C. feiv. T. wrth gw's (of
course), Rhisiat; yny palment (also Addit. Ms. 3 106 1 f. 49 a);
^22 Neitlau.
S. C. yn arfe'u I p. 292. pétris (Powel) = pertris LL Giv.
p. 125, cf. also partrissot Didr. Casgl. p. 234, 238, patrissot
p. 235 (Oâericus' travels), — In Mss. of the i6th-i8th cent,
thèse coUoquial forms also occur, though a part of them evi-
dently can not be discerned from scribal errors; cf. Add. Ms.
14986 (i6th cent.) onestwydd f. 27 a, bénin f. 33 b, y por-
thor f. 37 a, ymadd (ymladd) f. 37 a, Sioseff barniathia
f. 20 b — bamathi f. 21 b; Add. Ms. 14973 dvw Mawth
f. 61 a (1628); Add. Ms. 14919 pudan f. 139 a, o gythrev-
liaid f. 139 b — y kythevliaid f. 140 a (a Ms. oi Piirdan Pa-
dric) ; Add. Ms. 15038 mastr pothor f. 60 b = y Meistr Por-
thorin Ms. 14973 etc. Every single example may be doubted
at, taken separately, but taken together they prove the same
tendency as in the modem language, to pronounce indistinctly
or to drop chiefly the unstressed r and 1.
60. Some groups of consonants containing r and 1 are
either separated by svarabhakti or altered in varions ways by
metatheses, assimilations etc. Especially the altérations ofsome
dentals are of interest. The examples which I collected are :
r-l : ri becomes rll (cf. also the English loanwords garlleg,
ffyrlling, Powel), liable to become 11 : in the compounds with
the préposition gor- rll and 11 arise ; cf. gullevin, gulleugin L.
Landav. ; yg golle6iga61 eigaén B. of Herg., col. 3 i ; goUewin
and gorllewin Sp., cf. also dr6y othrymder Ms. S f. 66 b,
hep othrymder f. 86 a; gorymgu (ch later inserted) in Add.
Ms. 19709, f. II a; in modem compounds the destitution of
the second élément has been introduced by analogy, cf. gorlif
etc., D. S. Evans, Ilythr., § 124, 3. — SouthW. allwys =
arlloesi, see Beitr. § 106. — an}' dallenasoch, Sal. N. T. —
erllynedd and ellynedd, anno praeterito Davies dict., cf. yr-
llyned, B. of Herg. col. 757 (3), yr llened, col. 757; eleni
ib. ; léon, hevlene,: cornouaill. hellène, R. C. VII, p. 309,
VIII, p. 504; leni : blynydd reminds of trefi: trefydd, and
the 2nd sing. près, in -i and -ydd etc. ; leni is probably a
casus obhquus of blynydd, but this is for blyddyn (blyddyn-
edd, D. S. Exàns, dict., corn, blithen, bret. blizenn); bhvydd,
bhvyddyn, bhvyn (ene uuluyn, Ms. A of the Laivs, pp. 3, 9),
blwynydd, ir. blladain bave the original diphthong*ei kept,
Notes on Welsh Consonants. 32 j
which became *i in case of the accent being on the termi-
nation of this old n-stem. The metathesis of d and n can only
hâve given blynydd, so -i in eleni is an analogical imitation
of the declension of those nouns in -ydd which are old stems
in -)0-. From this \ve may conclude that they had -i in this
casus obHquus. elenid seems to contain a deictic affix Hke
ucho, uchod, iso, isod. — Sweet p. 429 gives gerUig for gel-
laig, ellaig (pcars) ; it may be a wrongly reconstructed form,
since other 11 sprang really from rll.
61. r-b. r-p : rff is also liable to become fF: cf. y kyuaffei,
Clcop. B. 5, f. 80 b; daffar : darparu, W. Lleyn's vocabulary ;
goffwyses (gorphwysais) is mentioned in Y Giuladgarivr
(Aberdare), 6, 10, 1860.
;/; daru for darfu is fréquent in the NorthWelsh dialects,
cf. be haru chi hyiddiw = pa beth ddarfu i chwi heddyw, Yr
Ariv. 17, 7, 56; be haru ti, C. f'eiu. T. p. 337. — o Gna-
fron for o Gaernarfon occurs, Yr Anu. 30, 10, 1859.
62. //' ; In a certain part of Ms. A^ in which sh and h for
th are often used, kereis p. 57, kereiht p. 77, kereishiaul
p. 58 etc. occur besides keuerit, p. 63 andkefreihtib. — cyfry-
sedd Sp. ; cywyrsedd, dimet. crwysedd (Sp.), contentio Da-
vies dict. — llwfr and llwrf coward, Bycgones 1883, p. 234,
Sp. ; Hanes yjfydd, 1677, gloss. NorthW. Uyrfion (plur.) = di-
galon, diog; LL y Resol. NorthW. llyrfder = gwangalondid.
fl : On NorthW. taflu : SouthW. tawlu see § 97. —
NorthW. taflod = SouthW. tawlod f. a loft, Rhys, Arch.
Cambr. loanwords s. v. tabulatum. — cofleidia and cowleidia,
Sal., N. T. — côl for cofl in Williams" (Pant y Celvn)
hymns, cf. Y Tracth. 1870, p. 413 ; côl in SouthW., Hughes
1822. — Sp. has gwarthafl and gwarthol, stirrup ; in Middle-
Welsh texts cf. warthaflcu B. of Hcrg. col. 812, gwarthaulcu,
yny warthafyl etc. LL Giv. Kh. p. 56, 68, 127. gwarthol may
contain the suffix -ol, cf. penwag and pennog herring, but this
assumption is not necessary. — syflyd and sylfyd, to move, to
be moved. Richards dict. — Yr Amserau : mi cvwlogodd 9,
10, 1849 ; ib. brecwcst; cwleustra, cwarfod, tawiud, wel ene,
camddewnyddio, 23, i, 1850; cweithu (cyfieithu) 27, 8,
185 1 ; cwarwod 31, 12, 185 1.
324 Neîilau.
63 . ;■//; ; I cannot explain the following words quoted hère
from W. Lleyn's vocahulary, whence they are given in the
dictionaries : aelgaeth, aelgeth, aelgerth : gên, clicied gên (the
cheekbone, the jawbone) ; elgeth : aelgeth : gên, boch; Davies
dict. aelgerth, aelgeth, aelgaeth, elgeth, mentum, maxilla; el-
geht, corn, vocab. ; bret. elguez CathoL, elgez.
rd ; SouthW. cerdin = cerddin, see § 39. — Engl. mur-
der : dimet. mwrddwr (Powel). — Final rd became rt (the
same).
tr : final tr becomes t : e. g. cebystr Zeuss, Gr. Celt. 2,
p. 176; L. Morris, Add. Ms. 14944, f. 56 a: cebystr vulgo
cebyst in Anglesey a sheat, a part of the 'plough ; elsewhere a
stilt; the sensé of halter is only preserved « in an obsolète
curse : y cebyst am eich gwddw, the halter about your neck ! »
Also final thr and dr become th and d ; cf. Sal. N. T. f. 8 a
marg. odieth, angwanec, f . 7 b o ddyethr (onid); Yr Arw.
fewyth 13. II. 56 ; arad etc. Thr is also transposed into rth :
cf. 5" = Addit. Ms. 22356 e6yth(r written above th).) f. 115 b,
na nai nac e6rth f. 115 a ; ytbrâid dy ewyRîhr û iwyf, Stowe
672, f. 183 b; the cvnghanedd requires ewythr, but ewyrth
the scribe evidently had in mind. Y Drych crist., 1585 : mywn
gwlad dierth Di ; talmithr : tamyrth (sic) : ebrwydd W. Lleyn;
hence Davies dict. : obsolète talmithr, corrupte talmyrth im-
provise, repente, subito ; oddieithr and oddigerth, Rowlands
gramm.^, p. 116; ewyrth, ewrth, dierth occur in ail modem
dialects; also oddigerth. — Cf. also maleithr, malerth, blain,
kibe Sp. dict.
64. The groups dl and dn are variously altered ; the den-
tals afford the most interest, since d changes often with dd;
some of thèse dd are So»thWelsh and perhaps the early de-
velopment of the svarabhakti into a fuU vowel in the Southern
dialects is the cause of this change, d being posed at an early
period between vowels and regularly becomingdd. Thèse phe-
nomena are very fréquent in Breton, cf. e. g. Welsh hydref
— cornouaill. miz edro, miz hère — vann. miz ezre — léon.
miz here(Troude) etc. ; much examples are given in Ernault's
article in Revue Celt. V, pp. 124-8.
65. Cf. E. Lhuyd, Arch. Br. s. v. tenax : gwydyn, SouthW.
Notes on Welsh Consonanh. ^2 S
gwyddyn (gwydn, gwyddn tough, clammy Richards, dict.) —
gwadn, gwaddn base sole, Sp. ; godentruit, planta. Corn, vo-
cah. — cadno, the SouthWelsh word for fox, Ckop. A 14
(Ms. IV), f. 102 a, kadno f. 90 a; cadnaw, cadno, dimet.
canddo Davies dut.; L. Morris, Add, Ms. 14923, f. 134 a
SouthW. cadno, cedni = NorthW. Ihvynog, -od; the same is
stated in Y Gîuyl., 1828; Jones, Hist. of. Breconsh. I, p. 2:
cadno, pronounced canddo is the only word for fox used in
SouthWales; Ll. Achaii 1602, p. 19 kadno where also y wadd
occurs, (cf. Y Geninen III p. 19 : Glamorgansh. y wadd =
Northw. twrch daear (mole).)
66. The same altération of dn as in cadno took place in
the name of the town of Brecon Aberhonddu. Cf. the follo-
Nving références for the names of thèse rivers : Nicholas, History
of Glainorgansbtre, 1874, p. 40 prints from a document: et
mémorandum quod filii Morgan Cadewalthan (= Cadwallawn)
habent Glynrotheni; ib. p. 134 (from the ijth-iSth cent.
GIa))wrgansbire-pedigrees, éd. by Th. Phillipps) : Glynrondde ;
Glynroddney in Merricks Hist. of Glam., éd. Th. Phillipps,
p. 25, the well knowm Rhondda Valley. Hodni and Honddu
are evidently identic with *Rhodni, Rhonddu, see § 48. Cf.
the article on Llanthony Priory in Monmouthshire (by G.
Roberts, Arch. Cambr. I, i, p. 201-245 where Landevvi Nan-
thotheni, Nanthonddye (Leland, V, p. 69) etc. are given ;
bet hodni, L. Lmidav. ; Lantodheni (Ms. R. B. Lanthodheni)
Gir. Cambrensis, VI, p. 9 ; ib. ÇRoll's édition) p. 20, note :
the river Hodni or Honddu ; Aberhodni or Aberhonddu, the
city of Brecon (cf. o Dre Aberhonddi, L. Dwnn, Her. Fis. I,
p. 112). L. Morris in Celtic Remains (éd. by D. S. Evans)
quotes from poets : Hodni a'i/raint — hyd «ef/ry (Huw Cae
Llwyd); Rhyd ynglynn — Rhodm yngwlad (Llewelyn Goch).
Edn khtr Yiodni o/\iith, GiuaithL. GI. Cothi, p. 6.
67. Hoedl life, « the ancient said hoeddl » Richards dict.
probably taken over from Davies dict. which I cannot ascertain
at this moment. The older poets indeed ordinarely use hoed-
dyl, anaddyl, ceneddyl, chweddyl, etc. Numerous examples
could be given from Add. Ms. 14869. — Ywethel, Ms. Tit.
D 22 (sce rC.-III); Addit. Ms. 14921 chweddcl f. 46 b;
p6 Nettlaa.
achweddl, achweddl =^ chwedl Davies dict. ; chweddl is said
(and proved by the texts to be quoted) by D. S. Evans, llythr.
to be Southw. ; cf. CyC. 1672 chweddel p. 198, cam-
weddle p. 419; chwedleua, to speak occurs B. of Herg.,
col. 801 ; ymddidan (marg. hwedleua) Sal. A^. T., a chwed-
leyawdd f. 381 b (Huet); L. Morris, Add. Ms. 14944:
chwedleua sermonem cum aliquo habere, to discourse etc.,
dimet. dialect f. 62 a; Add. JMs. 14923: SouthW. chwed-
leu, whedleua to discourse == NorthW. siarad, ymgomio
f. 133 b; dd is totally lost in the Gwentian dialect, cf. pan
boi yn weleia, Y Bcd. 1849, VIII, p. 147 (Monmouthsh.) ;
a pha beth i chi'n wlya, Y Tyiu. a'r G. (Llanelli) 1856, p. 94;
peidwcharosi wleua (Glamorgansh.) =p. a. i siarad (North-
wales), Y Gcnimn III, p. 19 ; wedes wrtho am beidio wleua
yn y ffordd hyna sha fi, Y Fellten, 28 b, 1871; whedlia 14,
I, 47, Yr Ams. ; u, i for eu as in crulon, Uuad etc. ; in Neath :
wlya and gweddal (chwedl); on the latter see Sweet.
68. dd in the interior of words is also lost in cered for cerd-
ded, cf. Addit. Ms. 14986 (i6th cent.) kered ipt., f. 16 a;
Seren Goiiicr 185 1 : cerwch p. 99 (Glamorgansh,); also in Y
Bed.Vlll, p. 174; ipt. cerad, Yr Arw. 30, 10, 59; Sweet
gives ker, kerad, kersoch. Perhaps dd was first dropped in
the ipt. cerdd, go !, a form of this verb perhaps oftener used
than others, and *cer was thence transferred by analogy in
the interior of the word ; for final rdd becomes commonly r,
cf. i'ncyfvvrni, Yr Arw. 24, 2, 59 (cyfwrdd, cyhwrdd, cwrdd),
y fïor bach hono, y ftor 26, 2, 57; ftor 'hyny C.f'ew. T.; bwr,
pi. bàrdda, i ff"wr, pi. ff"yrdd, Sweet p. 429, 436. Cf. also ager
and agerdd aestus, vapor Davies dict. and the old Elidir cos-
coruaur .i. magnae familiae, Ms. Vesp. A 14, f. 11 a {de
situ Brech.; cosgorddfawr).
69. On ddl cf. SouthW. anvollon (U is not Welsh 11) =
anfoddlon, E. Lhuyd, Arch. Br. p. 226 c; also in Y Traeth.
III, p. 8 Northw. boddlon = Southw. bo'lon ; cf. S. C. yn
folon I, p. 212, bolon, anfolon (Aberdare); wy'n folon, Y
Bed. VIII, p. 108. — bodlon : Sal., N. T. dda iawn, marg.
vodlondda, bodlon, Y drych chr., f. 44 b; Yr Amserau 2, 8,
1849; boddlawn, corrupte bodlon, Davies, dict.: ffy'londeb,
Notes on Welsh ConsonanU. Î27
C. few. T. p. 338 (ffyddlondeb) ; ffytlon, Ms. Ckop. B. 5,
f. 55 a, ffythlondeb f. 104 b.
70. Final 1 in -dl, -gl -bl is commonly dropped ; also r in
-dr. Cf. anadl (léon. alan, vann. anal), banadl (kyn uelynet
a blodeu y banadyl, a comparison often used in the Mabi-
nogion, cf. cols. 558, 559, 689, 824; léon. balan, vann. belan,
banal; on mac'h-bonal : léon. baz-valan, see Rev. Celt. VIII,
p. 30); danadl (urtica) : * danal of which I hâve no examples,
and danad, cf. banad Sp., morddanad (white horehound in
Cardiganshire, L. Morris Add. Ms. 14944, add. to Davies
hotanolog.); g6reid y dynat coch, Medd. Myddfai, B. of Herg.
§ 12 (roots of the red nettle). Add. Ms. 14912, f. 89 b marru-
biuw rubcu;;/ y mordynat koz; f. 93a urtica: dynhaden. E.
Lhuyd, A. Br. p. 230 b: Kadwalad, amherod; possib (pos-
sible); he gives : Northw. banhadlen, banadl, Southw. ban-
hallen, pi. banal ; of *danal I hâve no example, but itis the
form from which dalan sprung, cf. dalan poethion (mentioned
by Schuchardt, AugshurgQV Al Igemeine Zeitung, 1876, p. 2554
b); banhaddlen: Add. Ms. 14912, f. 37 b ryw bren yssyd
debic yr banhatlen ; cf. ib or g6ynt y anaddyl f. 64 a, hiddyl
f. 58 a; t = dd.
71, So danadl, danad and dalan occur; Davies dict. has
dynadl, dynad urtica; the etymological connection of this
Word with the following ones from other Celtic languages is
not clear to me : Ir. Neanaid .i. ncantôg O'Cl., nenaid Corm.
B, see Windisch dict. ; neanaidh, neantôg, néant and neantôg
Lhuyd, Arch. Brit., mairbhneanntog, deadnettle, blind nettle
P. O'Conor; deantôg. feantog, neantôg OReilly^; gael-
eanndag, feanndag, eanntag, conntag, ... teag, ianntag Arm-
strong s. v. nettle; deanntag (Shaw), more frequently written
ionntag; eandag, in some parts of the Highlands fcandag :
ionntag, neanntag, id. ; eanntag, deanntag, eanntagach, Mac-
1. I hâve searched several of the Irisli médical Mss. to find other forms
of this Word but did not succccd. Cf. c. g. de uritica .i. doHiieandtoig, ...
brochai! neanta, ros na nenta, ... duillebur na ncnta (Ms. H 2, 17, 292a)
and the gloss nena .i. dubach uel nenat .i. nentocc (Ms. H 4, 22, 516 a).
At any rate I am certain never to liave found dentog, fentog or *cntog in
one of thèse Mss. nor in other glossarial collections.
528 Nettlau.
leod 1853 ; feanndag, -aige, -an f. id. Maux undaagagh, on-
daagagh. Breton linhadenn; inSarzeau lêrad (= leinad), Rev.
Celt. III, p. 55; Cornish linhaden, Y\n?iz{yoc., Lhuyd). It can
hardly be assumed that Welsh danadl arose by means of dissi-
milation from *nanadl. (ir. nenaid), since ir. deantôg besides
neantôg contains also d; I think therefore that the Irish
forms are combinations of the équivalent of Welsh danadl
and ofthe old nenaid; danadl, if connected with dant, would
require an Irish word commencing with *dët-, which was by
the influence of*nent altered into *dent- ? Is linhadenn for *din-
hadenn ? Or are the words for fiax and nettle mixed up ? Eanntag
and feanntag would présent smaller difficulties, if they were
noth occurring in Irish anâ Gaelic both and in Manx too. —
Welsh dialects show interesting forms : drynid, drynitan in
Neath, dyne?;tyn in parts of Carmarthenshire : a most curious
form, pointig perhaps to the former existance in Welsh of a
form like Irish nenaid. — The most obvions explanation
seems to be to hold deanntog, danhadlen, (linhadenn ?) to
stand for *neanntog, *nanadl, (*ninhadenn) ; only the occur-
rence of d in hoih Irish and Welsh must then be held to be
of a purely accidentai character, which I am not yet prepared
to believe. Certainly the dialects still contain forms which
may throw light on this question as dynewtyn evidently does
in a certain degree.
72. gl, bl: corwg, acakaseofmutton, Cardigansh., L, Morris
Audit. Ms. 14944, f. 54 a (trunk, carcase Sp.), cwrwg or co-
rwgl, a carcase of méat, Cardigansh., ib. {.56 a. mwswg,
mwswgl, mwswn, mwsogl (moss, Sp.). C.yC, 1672 perig
p. 136, dysgib, mwnwg in rhyme with golwg p. 8 (cf. m5'n-
wg^d Ms. Clcop. 5 5, f. 24 b, mwnwgl (marg. wddwg) Sal. N.
T. f. 28 b, ei wdhwg neu ei fynwgl, Y drychcr. f. 17 b, tûth
milgiaidd, kefngochwys, mynyglflew, garw allt etc., Add.
Ms. 31055 f. 3 6 a (Araith Gwgan) ; Rhaesus, orainru, 1592 ma-
niigyl, pi. managleu et septentrion, dialecto mwnwgyl). Sweet
p. 429 : hiddig, perig, rhisg, posib, but anadl, banadl, etc.
73 . Other groups containing liquids are occasionally altered,
cf. seldrem a bundle, « some say sedrem « (Richards, dict.) ;
S ■== Add. Ms. 22356 ar 6r eléissic f. 100 a, egl6ys ib. ;
Notes on Welsh Consonanîs. 529
Add. Ms. 15038 itrvyn yngynion y brenhinodd o gwlen a de-
chre ynglynyon y grolith f. 62 a (englynion, croglith); Add.
Ms. 14986 enlyn (englyn) f. 8 b, arglwydd and arlwydd Da-
vies o-;-. p. 198; E. Lhuyd,Arch. Br. s. v. dominus : SouthW.
arlwydd (corn, arluit Voc, arluth P.; f. arludes Voc, cf. in
Add. Ms. 1492 1 (Gwent. dialect): argwyd (sic) f. 32 b, h-ag-
Iwydd f. 15 a — arlwydd f. 44 b, arlwyddes f. 49 a, yr hvydes
(= i'r arglwyddes) f. 50 a, Iwyddes also f. 49 a (thrice),
f. 49 b., at yr Iwyddes f. 4 b. Other forms occuring in this
dialectal text are : crisnogaeth f. 17 a (st-n), cf. Add. Ms. 14973
(1640) crisnogaid f. 69 b, yn grisnogaidd f. 100 b, etc.; mârfol
f. 2 a : marolaeth f. 1 1 b ; elwys (as in 5) f. 16 a ; yslys f. 1 1 b
(ystlys f. 12 a) ; in the end of words : mwnwc f. 11 a, mywc
(sic) f. 33 a, yn bossyb f. 26 a, dierth f. 6 a, 56 b, dinyst
f. 19 a, ffenest f. 15 b etc. — masnach trade, in some places
masgnach (Richards, dict.-, from Davies), cf. Add. Ms. 14986
(i6th cent.) masgnach f. 27 b ; Pwy m mysg ein peu imsg-
nach, lolo, Add. Ms. 14944, f. 123 a; grwnach = grwgnach
Sp. etc.
74. In the following w^ôrds metatheses, omissions etc. of r and
1 occur : crwybr, al. cwybr Davies, dict.; cf. Powel in a note
to the text printcd from Ms. Tit. D 22 in Y C. III : crwybr
scum, a honeycomb, in parts of SouthW. hoarfrost (llwydrew
— NorthW. barug) — llewych and Uewyrch, Davies gramiu.
p. 197; Gr. Roberts gramiu. , p. 71: llewrch tros lewych ;
mein llywychedic 5. of Herg. col. 658; Ll. y Res. : NorthW.
llewych = Uewyrch. — bretheirio belche Sal. dict.; bretheirio,
brytheirio, bytheirio Davies dict., E. Lhuyd, Arcb. Br. s. v.
ructo : dimet. brytheirio ; blytheirio Sp. ; gan fytheirio S. C.
III p. 604. Chwefror and chwefrol, see § 23. ysgrawhng and
ysglowring, Richards dict. Alistodlus Add. Ms. 14913, f. 71 a;
Alcsdottlys, Y Brylhon 1860, p. 4 (from a i6th cent. Brit.
Mus. Ms.); — moron, sing. moroncn et corrupte mororen,
pastinaca, pastinago, cara radix, Davies, dict.; serrigl, id. quod
nuncsienigl, lacerus, contritus, ib.
(^A suivre). Nettlau.
Revue Celtique, X. 22
THE FER DIAD EPISODE
OF THE TAIN BO CUAILNGE.
(IL. 82a2i — 88 b 52.)
I hâve collected the texts or variants of the principal Dub-
lin and London Mss. of the Tain Bo Cuailnge and the Togail
Bruidne D.i Derga and propose to publisli in a number of
articles thèse materials and the conclusions as to the compo-
sition of thèse texts which they enable us to draw.
It is known that Prof. Zimmer has stated elaboratelv and
exhaustively his opinion on the composition of thèse and
other texts oiLU. (Kuhn's Zeitschrift, XXVIII, pp. 416-689).
I shall first expose in what points of principle I disagree with
him with regard to the Tain Bo Cuailnge, without going into
détails hère and without anticipating wdiat the resuit of my
examination of the other Mss. of this text is.
The work he did can be divided into two parts. First he
compared the LU. and LL. texts, deducted LL. from LU.
and pointed out that the surplus materials in LU. were, when
also told in LL. in another way, other versions or when not
occurring in LL. additions from another source. Résides thèse
plain, mechanical results he sometimes identified différent
épisodes with différent persons etc. in LU. and LL. on ac-
count of some internai similarity. I do not think he is always
right hère. If there had once existed a perfectly uniform, ar-
tistically arranged text of the T. B. C. and wt knew that our
The Fer Diad Episode.
•) 1
Mss. représentée! corrupted versions of this idéal text, then
such reasoning from a more or less esthetic standpoint
might be required. But ail probability is against this. We
know so little of what amount of Irish traditions existed still
when thèse texts were first written down, and how much had
already been lost or corrupted and confused then and later
on down to the time of our Mss., that we hâve no right be-
forehand to identify épisodes the présent similarity of which
may as well be the conséquence of some later esthetising and
relining labours spent on our text. Zimmer f. i. identifies Cu-
chuhnn's (LU. 67 b 17-25) and Sualtam's (LL. 93 a 31 etc.)
warningsto the Ulstermen (/. c, pp. 480-81). The LU. pas-
sage corresponding to LL. 93a is not kept, but in the YcIIoiu
Book of Lecan (H. 2, 16) an account about like that in LL. of
Sualtam's warning and death is given to which is added :
« ciasi bivad alailiu is i;;na cotlud roboi so f(or)si«dliaic
7 isde dorochair f(or) asciath oc diuchtrad ». Would Zimmer
hâve assigned this version of Sualtam's death on the « stone
of the hosta2:es » to the third source which be admits so-
metimes or, as in so many other cases, to tiie x- version? In
the second case he would not hâve identified both épisodes.
Cuchulinn sends Loeg to the Ulstermen after the killinij; of
Loch, and according to Ms. //. 2, 12 he wanted to send him
there also duringthe fight with Fer Diad (see below, 7;). We
might as well identify ail thèse four reports. In my opinion
the old sources contained ail thèse materials and the onlv ar-
tificial work we are able to trace is that the author of the LL.
version omitted the first account (^LU, 67 b) believing it pro-
bably to be to similar to the second.
The second part of Zimmer's work are his efibrts to prove
that a certain scholar whom he even names (Flann iMainis-
trech) composed the LU. texts, in our case the T. B. C.
text by combining and amalgamating two difRrent separately
existing versions, namely the aa version (as I shall call the
LL. version « used » in LU., which is not identic with that
contained in /.Z,.) and the x- version, difiering in almost
cvcry point from the aX version ; in some cases he used other
Mss. sources too. It is another thing to state the palpable fact
^ ^ 2 Nettlau.
that such anJ such différences exist between the LU. and £1,.
texts and another thing to explain the genesis of the LU. text
relyiiîg ourselves in this work on the LL. text; for the fact
must first be proved that the LL. text can be used at ail for
this purpose. This question dépends on whether the remarks
of Zimmer (pp. 549-551) on the language of the x- version
are deemed sufficient characteristics of the différence of both
« texts » (LL. and x- versions) ornot^ For otherwise, Zim-
mer's aX version is not the LL. text, and is not kept, neither
is the x- version, So he composes LU. from two imaginary
sources,, one of which is assumed to hâve contained but about
the LL. text. If \ve kiieiu that two such Mss. existed, nothing
would be more simple than his démonstration of it. But as \ve
know nothing about that, his démonstration is nothing more
than the merely spéculative statement of one out of the many
abstract mechanical possibilities. The compiler assumed by
him might just as well hâve found this or that amount of
amalgamation of différent versions already done in the Ms.
or the Mss. he used, and subséquent rédactions may hâve
destroyed traces of composition, which perhaps one column
of a fortunately kept Ms. might hâve reveiled to us.
The fact which I wondered at long since is.not that LU.
contains différent versions or what appear to be combined
versions, but that LL. contains only one « version » or, as it is
better to say, tells every thing only in one way. This appa-
rently uniform version contains in my opinion more indi-
vidual work than LU. Does anybody really beHeve this ho- ,
mogene, uniform LL. version to be old and to prove any-
thing as to the original composition of the Tain? We must,
I should think, assume, that when thèse texts were first
written down, the Mss. assumed soon the character of an ac-
I . So instead of assuming with Zimmer the occurrence of cocloth nf
Fergus etc. to be characteristic of the x- version (p. 550), we might as
well assume that the author of the LL. text choose not to use this phrase
when he found it in his sources; in support of this may be mentioned that
in the Siège of Howth LL. 115 b 31 has : cocuala CuchCulainn) whilst Ms.
Harl. 5280, f. 55 b reads : Coclos ni Cucul(ainn). So the absence of this
phrase is perhaps a better characteristic of the LL. text than its occurrence
is one of the x- version.
The Fer Diad Episode. 3 3 3
cumulation of différent accounts of the single épisodes, dou-
blets, confused and contradictive reports, the naturalattributes
of every collection of materials in thèse credulous and naive
times. We cannot belief that an uniform version like xhtLL.
text has been collected thcn b}^ people compétent to judge au-
thentically what belonged to the same « version « and v\'hat
not, and that such a text should hâve been handed down to us
nearly (cf. Zimmer, p. 537) not influenced by other Mss.
sources. And not only this, but that also another text, being
in nearly ail parts, we must say, purposely the contrary or the
négation of the LL. text, has been kept unaltered in the same
way, namely Zimmer's x- version. The slightest proof we
might require for this is that the existence of versions be
proved at ail. Versions oî cvery épisode existed of course, but
no versions of the whole text, requiring every single épisode
to be told in the same way, from a certain internai reason.
What is now seducing to farreaching conclusions, the uniform
character oftheLL. text, is clearly nothing of old, but a secon-
dary, purely individual artistic production. Hère esthetic con-
sidérations may set in to try to find out why the LL. man
selected in every single case just his and not another version
of every part of the text from the larger materials his Ms. or
Mss. contained. As to the LU. man, he condensed and sim-
plified the more copions materials of an older Ms. or or iMss.
and was anxious to make his work as short as possible, for
we can by no means assume from mère good naturedness that
the other versions of parts which he tells similar to LL. con-
tained no différent materials and that he omitted nothinii.
Mss. E^. 93 and H. 2, 12 contain facts not recorded in LL.
and LU. (and YtJJow Bock of Lecan).
This is my standpoint in this question, before I acceed to
the examination of the other T. B. C. Mss. I do not say that
Zimmcr's results inusl be wrong but I disagree with his me-
thod of looking at the Irish texts as if they were the delibe-
rate work of artists in which case it would be natural that the
simple account of things was older and more genuine than an
apparent conglomeration of doublets etc.
The Ms. standing ncxt to LU. is Ms. Eg. 1782 from which
^^4 Nenlaii.
Eg. Î14 is copicd. Ms. H. 2, 16 (Lcc.) is of the LU. cha-
ractcr but independent from it. I know no exact copies of
LL.; the young Mss. containing a modernised LL. text as
Stowe Ms. 984, Add. Ms. 18748, Eg. 209 show some small
LU. or Lee. influences. A third class of Mss. is represented
by Mss. £"0^. 93 and LI, 2, 17 (the latter of which I could not
yet copy); they agrée, often Verbatim, partly with LL.,
partly with LU. but sliow on the whole LL. influences be-
sides many points in which they stand alone. It is a pity
that they are only fragments. Ms. H. 2 12 contains a part
of the Fer Diad épisode diflè^ing from LL. and the other Mss.
(see below). The Fer Diad épisode is besides kept in a num-
ber of Mss. (see d'Arbois's catalogue) of which I copied Ms.
£"0-, 106. The few extracts I made from the Fraiiciscan Con-
o
vent copy show that thèse young Mss. too do not agrée
amongst themselves.
For the Fer Diad épisode then I used Mss. H. 2 î6 (Lee),
H. 2, 12, Eg. 209 and 106.
The following articles shall contain : 2. the B. of Lecan
and Eg. 1782 texts, 3. the Eg. 93 and H. 2, 17 texts, 4. the
younger LL. texts, 5. on the Mss. of theTogail Bruidne Da
Derga.
[i]. Eg. 106 : ComhracFhirDhiaet Chon ccoluinn. Bhadur
cheithre hoil choi2;idh Eirion« on luân ria samhuin 00 céud
aoin iarniombolg ré hncht acheile. 7 Cù chohiin;/ mhac Su-
bhaltaioh. 7 cjan cet foghla na dibhfeirge acasan ar coimib
Uladh Et Ul(aidh) uile san cheis naoidh(en). 7 ConallCernach
comhromhach accriochuibh anaitlmidh allmhunfM ag tabhach
ciosa. 7 cânaUI(adh). Ba môrdmh dûagh Et dochar Con cco-
luinn frisin ré sin oir ni raibhe la na adh(aigh) gan comhrac
nertmhur naimhdighe doror/;/uin.' 6 flieroibh Eirionn. gon(adh)
an;î romharbh Cailitin con(a) shear/;/ mdcoibh ficiod Et ro
mharbh Fraoich m(ac) Fiodh(aigh) Et môran der/;/aibh Et
daitheas(aibh) nach ami>ibther :m)i so.
Ba dur et ba doil(igh) ré Meidhbh Et hOilioU an ni sin.
The Fer Diad Episode. 3 3 5
[2]. LL. 81 a 21-31. — Lee. : ^-^. (21 ciafer bad tualai^g
di;/gbail C. c. dib. adb(er)tsadar 7 ronertsadar 7 ronaidsetar
ceithri coicid hE(renn) cia bad choir dothabairt forath in;migid
Con. c. Atrubartadar uili corbe incongenchnesach ahirr«5
Do/;/n(a)7zd. infeidm na(ch)fLiilingtlier 7 inbairi;7d lecc bratha
aderb chomalta dil dichra fodeis/;/; 30 cid nidar leosoni bai ai-
ciseom asechna 7 aimdegail fair daig coiJgnaidhi i///bi noconis-
gebdis airm na ilfebair).
Est. 106 : =; 22 tar eis gach neithc dhiobhsin dodhe-
namh. Adubhradfl'/- maithe bfher nEiren// daitheasg aoinfliir
gc»/-bhe — ; 25 oir asag aôii bhuime do ronz/sad cerdchagoile.
Et gaisgc dfhoghluim {Eg. 209 a bfoghlaim a cccarda goile et
gaisgidhc); 29 barr gaisgidh (Eg. 209 iomarcadh); 30gidhfdh
on bâ tuairgain darach gho do dhorn(aibh). 7 bd lamh anedd
nathrach. Et ba leim na leab( ) ar leomli(ain) do chu-
r(adh) no do chathmhil(idh) isin chruin/^e taobh amuigh do
C. c. tccht do ciiumlirac no do chomhlan;/ ré Fer Dia s:i bc
dth no abhoinn no in//blier forasaithfo//; asgiath.
Eg. 209 : =.
[3]. LL. 81 a 32-45. — L^r. ;:---. (3 4 daig — 36V;37filid
7 ass dana 7 a^s glamtha gruaidi arachend f();/nder»tais a
xrad 7 a aithised 7 a ainfialad conafligad inad achi;/d forbith
cotisad ipupall Mcd(ba) 7 Aililla for tana; 43 hisi» uamu/î
aimdcrctha doib ; 43 daig — 45 V).
Eg. 106 : = (37 iar^j-... ar ollamhnuibh an dun(aidh); 38
go ndcrndaois ghlamh(adh) et aghriosadh, a a6r(adh) 7
aathaisiugh(udli)).
Eg. 209: = (37 draoighthc et oUamhnadh an dunagli;
38 a ghlamadh et aidlirugha [cf. 45 aoidhre = aire], et athai-
siugha — 41 oin et aimnhe et easbliuidhe. muna ttisiugh leo;
41 nnir — 42 nomaidc V /;/ Eg. 106 and 209).
[4]. LL. 81 a 45-81 b 3. — Lee. Tucad ¥ind abair i(ngen)
Med(ba) 7 Aill(illa) f(or) a ieath laim. isi ind [Eindjabair si// no-
gobad laim ar cach cuacii 7 arcacii copan dl-hir Diad. isi no
beired teora poc fria cach copan dib si// do. isi no dailed ubla
firchubra darseolach alened fair. is(edh) adberead si ba {eol.
610) he aleandan 7 atoga tochmairc do fheraib intxgail Fer
Diad. INtan robo saithech subach so[tjarbailig Fer Diad is and
336 -Nettlau.
adb(er)t Med(b). maith aile a Fhir Diad i;/fetairsco ciafath
maradgoired isi;^ pupullsa. nadedarsa on om ar Fer Diad acht
degmaithi fer nEri;/d and. cid ecoru mobeitlise and anas cach
deg lajch. naded on am or Med(b). acht dathobairt charp(at)
tri MU. c(u)OTai dait 7 ti7//thac/;/ dafiier deac 7 cutriu//a Maigi
Murthemne domin Moigi Au 7 bith aCruachai/z dogrcs 7 fin
do daii f(or)t and. sairi dochlai;zdi 7 docheniuil dog;rs gan-
chain cenchobach. moduileand dealc oirsea duit ifaiiet .x.
fichit uùga 7 .X. fichit leath uùga 7 .x. fichit crosach 7 .x.
fichit cetramthan. Fi/îdabair mi;2gensa 7 ingen Aililla do oen
mnai dait 7 comaid domsliasaidsea diaris aléas airsi/z anuas fo-
geba.
Eg. 106:=; (45 anûair dochon;/airc Meadhbli. 7 Oilioll
é. do ghabh luthghair môr Idnadhbhal iad. Et dochuuctar
mar araibhe antaois fcY//;ma. Et fritheoilte é (46); 47 Et mar
fuair Meadhbh. Et F(er) D(iad) ar chaoi mheisge. Et mherai-
ghthc. ro fhùraik/ar comhadha môra dho ara dhul do chpmh-
r(a)c ré C. c. .i. thri Cas in Lcc.) shccht ccomhal do dheargôr;
5 1 gan chiôs gan cliain no chosnamh creiche. no cean?zach do
hcith aramhac na ar aua go bruin/ze bratha (i) ; 3 agarabhaduir
iomarc(adh) do bhuaidhuibh fair).
Eg. 209 : = (51 g(a)?/ chios gan cain. gan chabhlach. gan
dunagh. gan sluaghadh. gan eigin dail do fein. no da niliac
(i) ; 49 carp(a)t thri sheacht ccomhail (LL. cethri).
[5]. Lcc. (nadeiris [..] orcach). is mora na comada s'ui 7 na-
haiscedha s'in. is fir on or Fer Diad. is admora 7 cid admora
chena a Med(b). is acot so fo deisi» faicfidther ma dula domsa
inaidd mochomalta dochomrac.
Eg. 106 (ajter thc first pocm, LL. 81 b) : Asmôr na comh-
adha sin ar cach. gidh mor ar Fer Dia as ag Meidhbh bheid
uaimsi Et ni haccamsa ré dul do chomhr(a)c re C. c. .i. ré
mô chomhdhalta Et mfer cad(aidh) 7 cummnn Et comhghais-
gidh.
Eg. 209 : = Eg. 106 Cafter tJje first poevi) ; ni budh ha-
gamsa air chamhr(a)c do dheana;;//; le mo chomhdhalta et re
mfear cadaid etc.
[6]. Eg. 209 : (aflcr j) et a dubhairt an laoigh : (^l'his pocm
occurs also in Eg. 106 in theplacc of the pocm in LL. 82 b).
o
The Fer Diad Episode. j Î7
1. Feaidhm is mo. on feidhm is mo. camhracle Cuchulain»
chrô. truagh nach deich (Eg. io6 dha) ccead dfearaibh fail. tig
(do thuitf(cdh)) a mo (um) dhailfa dhô.
2. Truagh an treas. on trwagh an treas. do bhearas me et
eu na ccleas. teasgflimaid fuil (2) et feoil (i). gearrfamaid
cuirp et cuis(cnes).
3. Truagh adhe. on tr/iagh a dhe. toighear/;/ (tear/;f) do
mhnaoi eattraw is e. leith mo chroidhe (chroidhesi) an eu
gan chol. et leith croidhe na coin me.
4. Dair mo sgiath. on dair mo sgiath. da marbhaim (mar-
bhthar) eu ath cliath. saithfe me mo chloidheamh caol. tre
mo chroidhe (trém thaobh trém chroidhe) tre mo (trém)
chhabh. (^slr. 5 in Eg. 106).
5. (£V. 106: 6) Dair mo cholg. on dair mo cholg. da
marbhaim (marbhthur) eu ghlinne bolg. nimhuirfcat duine da
eis. noeh a tabhair bcidhm tair bhorb (bhord).
6. (£V. 106 : 4) Dair mo laimh. on dair mo laimh. da mar-
bhaim (marbthur) eu ghlinne sgail (an sgail). muirfeat Mead-
hbha cona sioigh. et ni bhus mo (nisa mho) dfearaibh fail.
7. Dair mo gho. on dair mo gho. da marbhaim (mar-
bhthur) eu ath cro. adhlaefar (adhluicair) mi se an?^ a feart.
bhus hionanu lear/;/ dha/;//;sa is dho.
(8. not in Eg. 209 : Fearr liom arm. on fearr liom arw.
dom mharb(adh) san ghleô gharbh. na eàg do chum h[ ]
na con. do bhiathadh gach sgol sgach badhbh).
9. Abair fris, on abair fris, ris an ecoin go ceaoimh enis
gur tharngair Sgathaighe gan sgath. mise air ath do thuiteam
leis.
10. Mairg do Mhcidhbhe a deirm(ôn mairgdoMhcadhbh).
ro imir a ecluidhthe forain/z (oruinn an dcilbh). mise do ehur
cean;z a eeean/i, is Cuehulainu is tean» teidhm (asfearr feidhm.
feidhm).
[7]. Lcc. A firu tm orsi or Mcdb \.ri choirnindlaig 7 imeo-
saidi is fîr inbriathar asb(er)t C. e. marna eloised Fer Diad
it(cr). Ceguth cis(idh)e aMedbor Fer Diad. adrubairt [..iaromj
orsisi impad furail Icis dothuitiw siu ina airigid gaiseid leis isin
choiccd irragadh. nir bo eoir dosoH arad on. daig ni hc mo
t/'/amnass na mo midlochos riam allô nach i/maiehdi rothidir
3 38 Nettlau.
orm. Toi?zgimsa 7 rl-a corobmisi c(etna) fher roficfa is'vi mai-
tin imbarach cohath inchomlaind. dotria buaid 7 hendarbtahi
or Medb 7 ferr leamsi;/ na t;7amn[as] 7 midlochos dofagbail
occot daig condolb cach mod amed fodesi/z. Cid coro dosow
sochur Ul(ad) dodenam arapa amathar dib i;/das duitsiu so-
char choicid G;;machtdaig at m(a)c rig Connacbt adca:;mnacair.
Eg. 106 : = Lee. (... thuigiw ar si gorab fior na briathra
adub(air)t C. c. créd lad briathra sin ar Fer D. Adub(air)t
nach b(adli) leis do tliuitimsi angaoibli aglioile Et aghaisgidli.
Nior choir uair ni hi mo mhetacZ;^ na mô mhiolaochdhar/?/.
ro Ihidir fhormsi aria/;//;. Et ni abruimsi aleith^'/siwleision. uair
ni fhuil se agamréradh ris chomhraicfes ... fri5. acbt gidh
doil(igh) Hom é as ferr ... na timé na taircuisne do dhe-
namh dhuit orrt f(ci)//. uair as bdghach nech inathir fein. 7
gidh cora dhosa les Ul(adh) do dhenanih inadhuitsi les Chon-
naebt).
Eg. 209 : r= Lee. ( a naradhaibh a ghaisgidhe is an tir a
ttiaghadh. nior choir mo mheatachtsa no mo mhiodh-
laoch//i- luidheamse fo marmuibh goile socharUladh
ete., = £V. 106).
[8]. Eg. 106 (after 7) : As an// sin ro chuir M. F(er) Dia
ar chaoi mheisge. Et mheruighthe.
[9]. LL. 81 b 3-42 = Lee. = ISamlaid robadar som oc
naidni acor 7 andala 7 doriwgset laid and. Rotfia ete. (8 only
atted uas cach anail is coir dait agabail (9) ; 1 1 bid huas dam
atheid///; 12 ni hulaiig ni hurisa afhulang is amnas anurrand
is tairpthech (13); 14-20 V; 22 doradsad; 23 nachad fuirfe
daig rofes co/7/uirte in fher (24) ; 26 i[ar]lîadhnaisi int[s]luaig.
danamtora mard[ar]c cen copcein coco///nart rachad isi//cho///-
rac. coCoi//culai//d cruaid ; 29-32 V; 33 cerb cai///e; 35 gairg-
nert tue da///thor is tairced med ro[t]fiirced dam; 36, -]- 29-
32 Gcb brugaid gcib oirgni 7 oes na bairdne rod fiaso ce-
nacht. fonaisc Gebadsa naratha dothobairt frim lama ge-
bad ecnairc oChoi// culai//d chruaid + 37-40, 37 IStusu ;
38 dro///lach rotfia uai/// fado///nach. niba 38 + 41, 42).
Eg. 106 : ^^ (afler 4.) : IS cumha rô bhaoi dhd radha 7
adubhairt na briathra so sios an;/ ;
Rod fia lùach môr don mhuigh : ar chomhrac con an chleas-
The Fer Diad Episode. ?39
ruigh. is biaidh Fion;/abhair dhuit de : amheic Damhain m(i)c
Daire. Da bfliaghuin?/ Fion//abhair do mhnaoi : Crûachd is
Mdgh Aoi nanéas. asa fanamhuin gachrénuair: natriall uaibh
go coin na ccléas. lonann gaisgeadli dhamhsa is dô : ar Fer Dia
ni hiomurghô. ionan;/ buimeadha rô oil [ ] : is aga ndcrna-
bhair foghluim. Ni deagla an domhuinaigh : ainghen Eoch-
(aidh) Fheidhligh fhail. nach deunuinn comhrac risin ccoin:
acht mo ciiroidlie ar na gliuin dd ghrddli. Dogheubhoir a laoigh
na lan/z nglan»: eich aigneadh uallach iodhan. do gheubhoir
fearon/i Et (onn : is gan fhanamh 6n ecomhiann. Muna bheitii
aslach Mheidhbhc on magh : is tengtha na nglamh dar ngrio-
sadh. ni racliuinn ar chomhaidh cruidii . do chomhrac ûaibh
rcmionmhuin.
Amcic Damhain na ngrùadli ngcal : da ccoisgthea cù na
ccuradh. mairfîdh dô clû seal ni as sia : ar nccbt dhuit ô dth
Fhir Dia. Rod.
Eg. 209 : =; 29-42 V (5 mor maidne; 70 a niu go di an
bhraith ; 8 a throith guin is gabhail ; 12 budh amhnus a nur-
raim; 14 nocha radha air a dhala eich ana a do bhearthar id
lamha a Fhir Dia a nagha; 16 is duine ; 16 seach gach cean-
«ach cana; 18 gâcha ratha uaibh do; mairidh ; 19 geibh eistc;
19 dom reisge la muir et tir; 22 dot lamha; 23 neach ro
ttuilfe; cuince; 24 ro feasa go mairbhthe; 28 congna me camh-
rac re Cuchulain/z 7 ri-.).
[10]. Afler j, y, S in Eg. 106 (^m/ /, 6, 7 in Eg. 209) :
Eg. 106 : Et roghabh a bhriathar fliir a bfhiaghn///i-e chaigh
fil chomhrac ré Coin ccoluin;?. uair ba mhaith rc Meadhbh
dâ ndech(aidh) ¥cr D(ia) na chois sin ïiaghnuisc dho bheith
aicc air. ioniius go mbeith rc rddh aice go mddh eada no
uamh(an) do bheradh fair dol nachois.
[11]. LL. 81 b, 43-50. — Eg. 106 : 43-46 V; Roghabli
F(cr) D. rdtha et urr(aidh)c ar M. um na comhadha rô ghcall
do dia ttug(a)dh Ce. lais. Et tug M. sin dô go rô ull( ).
Eg. 209 : 43-46 ■= LL. ; 46-50 = Eg. 106 (43 IS ann sin
roghaibh Mcadhbha ratha et urradha air Fear Dia um cam-
hrac le seisear (44) — da ttuitfadh Cuchulain;/ leis).
|'i2[. /,/.. 81 b 40-82 a 9 — Lee: ^ Robai \ccch amra
do Uhaib hiliadhnaisi na coraidef/;/a sin 7 robcis(idh)c Fcrg/z^
340 Neîtldu.
m(a)c Roig. Tanic Fergus co[a]pupall. Truag limsa ingni»i
dognither isin maidinsea imbarach or FergMJ. Cia gn'wi andsi?^
for lucht na pupla. mo deg daltan Ce. domarbad. maith aile
cia nad maidenn on. ni(nse). achowalta dil dichra fodeisi?/
.i. Fer Diadh m(a)c Dam(ain). Cid nab(er)id mobendachtain
ar Ferg/a 7 tn^t nech uaib corrobud 7 conairchisecht do
Choi7Zchulai;zd dus i;/facbad i»nath ïs'vi maiti;z imbaracli. Dar
ar cubais f(or)siad cid tusu fen nobeitli forath incliomlai72d
noclioricflimis do ti;7sais;id conici. Maith a cilla for ¥cis.us
geib du« ar neocha 7 i7îdill incarp(at). Atracht ingilla 7 rogab
na heocho 7 roi;?dill in carp(at). Tangadar rempo cohath
incowlai/zd ait i;;;bai C. c. Oenchairp(at) chucaïnà sunn aCu-
chacan or Loegh. daig is amlaid bai ingilla 7 adrui/n friathi-
gerna do bered leth brand aigei:/;^a 7 fichillachta fora thi-
gerna fer f(or)aire 7 forco/neta for cheithri airdib liErind os'in
amach. Ciiidus carpad annsïn aie or C. c. Carp(at) imbarrig-
raith romoir i:o;/achuingib dronordaib ^c/zatarbclar u;;zaide
cons. fheir[t]sib credu/zzaib rozzacreit croes tana croes tirim cleas
aird colcda cloc at[c]ai?z curata for dib echaib diiba denmecha
s[...]trigsigh sogobaltach sodai/y^ inagrmdib allib afhen. Oen
oclach rigda rosclethan biichu[i]nsclaig in charp(at). Ulcha
dualach deghablanach fair ro/zsoiched darmasth ichtar amœth
imlen;/sis/ra/. 612/sel seachtair roz/naingebad. 1. loech illo doi-
?n;/di 7 dertain bith fo thromfhoithin aulcha i/moclaich. Crom-
sciath gel scab al(ainn) brec fair cotri radaib rodenma cotoil-
fedh osair chosair cethora ndroija; ndeichenbair fathairr lethar
in sceith fil foro thairr sceo thaul[]lethan iznioclaich. Claid(eb)
fota feburchruaid d(er)glethan hitruall fichthi fithi fi/zdarcait
uaschroeb(aibh) achuis chathchalma. Sleg thren thredruiw-
nech cofcthan 7 cofonascaib arcaid bain oengil ace tarsi/z car-
p(at). Niduilig aithni for C. c. mopoba FergzYJ dothajt and
corrobad 7 conairchisecht damsa re ceithri coicedaib Er(enn)
uile. Doriacht Fergus 7 tarblaing asacharp(at).
7 ferais C. c. failti fris, fochen dothiachtain amopopa a
Fhergais bar C. c. IS tairisi lizzd izzn[f]ailti for Fergzz5 {LL.
81 a 52-82 b 2)is tairisi daidse[a] o;z or C. c. Diatoichle lat[ ]
ena inmag rodbiaso cadan coleith araile. Dia toichle iasg anin-
b(er)aib) rodbia eo coleith aroile glac biroir 7 glac fochlachta
The Fer Diad Episode. 54I
7 glac thcmar 7 deog usqi. Fuair gainmidi inadeghnid isi» tho-
iïlaçra in chuidhsi/; ar Yqx£ius. isfir on is cuid foglada acu///sa
f(or) C. c.
Daior atasa on luan iarsawfai// cosi;/ tansa nidechadsa aid-
chi naidider/7/a ictren fastud fer nErend artaiu bo Cuail(gne)
donchursa (Z-L., 82 a, 13-15).
Damad dosiez tismais ar Fergwi robad ferdi linn afagbail 7
nido tangamar. Cid nichena motangabar or C. c. diai;?disiu
daitsiu Irech dothasd doco/;/rocc 7 doco?;zlond ardochendso
isiwmaitinsa i;;/barach for Yexgiis. fi»dam 7 clui«eam uait dô
for Cucluil(ainn). Dochomalta fadein .i. Fear Diad m(a)c
Dam(ain). dararmbreithir am nochon a;z andail isdech lend
noragmais ar C. c.
Eg. 106 : = LL. (8 dar mochubhfl'/V amh ar C. c. ni hé
b(adli) maith liom do ûiQcht do chomhr(a)c f/'/om),
Eg. 209 : = LL. (5 1 go harm a mbi Cuchulain?^ da insinw
diio an Fear Dia bheitli tlioigheacht do chumhrac leis (52); 9
ni a ndail comhr(ai)c is maith Hn/ze an Fear sin do thoi-
gheacht).
[13]. Lee. : 7 nochon ani o;;/un cena acht armet agrada
lind. is coir cela de or Fergzvj daig cnes congnai izzzbi occo/zz-
roc frifer nochon nosgabaid airzzz nafiEbair.
Eg, 106 : Et ni ar aegLasa na ar auamhai;2 d.cht arméd
aghrdidh Hom. Et as beag n(a)ch ferr homsa me f(ei)zz dothui-
tizzz leis an laoich sin ina athuitimsion Homsa. Na haboir n(ach)
b( )fa egla ort ar Ver'ghus. oir as coiregla et uamhan do bheith
roimh chomhr(a)c Fhir. D. oir ata cz-zos chom^fZ/czingen chath
bhuadhach codhna uime Et nocha gabhaid airm naid iolfhao-
bhair ré huair deabhtha na dibfhcirge é. oir as bragh leom-
hain Et as maidhm dibfheirg é. Et as barranzî brdtha. Et is
tonn bhaidhte biodhb(adh) é.
Eg. 209 : et[ni]air uamhain ach ar a gradh et air ansacht. is
coir uamhain roimhe uair ati cneas coinea^na uime et
nidhearg(a)d reanna no faobhair flxir.
[14]. Lee. : naraidsiu it(cr) on or C. c. daig luigizzz luigis
mothuath coroboigithir fri boigsibizzd for lar aba cach naît 7
cach naigide fodeis mochloid(ib)sa dianataiselbai ocnfecht
damsa forath.
^2 NetîLiu.
Eg. io6 : Nahabair id/V a Fhergrtw ar C. c. oir luidhimsi
fom airmuibh gaisgidh ndch b(adh) luaithe boîgsibhin/z alar
buinwe na gach ait. 7 g(ach) aidhé de fodheis mochloidhimhsi
dd ttegadhamh arath an chomhruic è.
oir ni ghabhann brég daingen dn/adh riomsa ré marb(adh)
do ghrés. uair \sum eolachsa archlesoibli draoighaf/;^a Yir D.
oir as cian os aithn(igh) dhuinw acheile. agUath(aigh). Et ag
Aoife. Et ag Sgath(aigh).
[15]. LL. 72 a II (ni marcach) — 17 — Eg. 209 =.
[16]. LL. 82 a 17-18. — Lee. : isamlaid robatar ag aradsiw
7 dori«gsed in laid and.
Eg. 106 : leig ds adhaltain air Férgh^i". ni mur f[ ] ttai-
nig do Cbonnacbtuihh F(er) D. m(a)c Damhain dreichd(cir)g.
7 adub(air)t an laoidhann.
Eg. 209 : et is amhluidhe do bhi da radh. nar bhi eagla Fir
Dia bu doilgeas leis. ach a ghradh. et do bhi Feargas ag agall-
amh leis um ncartmhaire Fhir Dia. go ndubhradar an laoigh
eotorra.
[17]. LL. 82 a 19-43. 20: LL. atd sund chucut ra ferg =
Eg. 209 ta sunn chugad re feirg : Lee. Euil sund chucad re
feirc; Eg. 106 sûl ti chugad aran leirg.
23 : LL. ni rucus ... va\g=^ Eg. 209 ni tugas ... troith;
Lee. niberim troig = Eg. 106 sni bheirim troigh.
24: LL. Amnas — crôdeirg = Eg. 209 (.... dolos ...);
Lee., str. 5, /. i, 2. IScalma allam dialai fe[i]rg allos aclaid(ib)
cruaid d(eir)g; Eg. 106, str. 5, /. i, 2 Amhnuis lamh an
laoich go bfheirg : alosa chloidhim chroidheirg. Str. 3 in
Lee. : Nido tobairt tr/amnaid leath a Chu c. clothmiadach.
cneas conhgnai im F(er) nD. nandrwig. risnageb cath 110 com-
lond (£V. 106 cnes chodhna. Eg. 209 neart coineagna).
26 : Sir. 4 in LL., Eg. 209 = Str. 6 in Lee., Eg. 106.
27: LL. nochon eco?;zlo«d ; Eg. 209 ni ba heagcamMan/z;
Jee. ni ba hanborrlond; Eg. 106 ni ba hanbfliorlan;/.
28 : Str. 5, /. I, 2 in LL., Eg. 209 = Str. 3, /. i, 2 in
Eg. 106 (Amhnus an fer as géar gai : nocha nurûsa athraoi-
thadh(adh) wheieLec. bas : Ni do tobairt ete., see l. 24.
29 : LL. ningeib rind = Eg. 209 nighaibh nwn; Lee. ni-
gon rind {j=.Eg. 106).
The Fer Diad Episode. ^4J
31 : Str. 6 in LL., Eg. 209 = Str. 4 in Lee, Eg. 106, see
l. 26.
32 : Z. and LLcc. ferggach ; Eg. 106 and 209 : frithir,
3 5 : Str. 8 and 9 in LL (with the leîters h and a addcd in the
margin to mark ihat îhey ought to be transposed) =: Str. 8 and
9 in Eg. 209, but str. 9 and 8 in Lee; in Eg. 106 Str. 8 and
10 do not occur.
37. LL. Atiursa brethir cowbaig. gon cowmaithse ocim-
marbaîg; Eg. 20^ Atbearsa breith go mbaidh. cean gombiusa
air iomarbhaidh ; Lcc. Dober mo cobais cenchain acljt nimai-
thse di;;iarbaig ; Eg. 106 Do bheirim briathair go mbaidh:
gion go mbéudsa ag iomurbhaidh.
38 : LL. is; Eg. 106 and 209 gorab ; Lee. com[b]a-.
41 : LL. Rafi-iil gniw is mô bardlaim ; Lcc. Ita fedm ismo
adlaim ; Eg. 106 Oataoî ag tabhairt do lamh; Eg. 209 O a ti
ag gabhail do laimh.
[18]. Lcc. Asahaithlisin cid imvaon tanacais amopopa a
Fergais or C. c. is \s\n mothoisc or Fergwx. Maith sen 7 solad
f(or) C. c. nach nech aile doferaib hEr(enn) tanic irism toise
acht mani daildis ceitn coicid hEr(enn) uile inoen[fJtT/;/nephni
lem robad re nen L-ech dam.
[19]. Eg. 106, Doghluais Ferg//j- roimhé conachabradaois
fir Eirionn go m(adh) diambrath no dia ttreigion/; do bhîadh
se da mbeith se ni b(adh) sia na si;z ag agallamh ConccuVxmn .
Et do cheileabr(adh) cach dâ cheilc dhiobh.
[20]. LL. 82 a 44. Lee, Eg. 106, Eg. 209 =.
[21]. Lcc. im//.<-[?] 7 imthz/ja Conculi//d. Cid ni dogenaso
inocht or Loeg. Cid on it(er) or C. c. isamlaid doraga Fer
Diad doti^dsaigidso fonuamaisi fliigi 7 b(er)tha 7 fhoilci 7 fo-
thraicthi 7 .iiii. coicid hE(renn) lais dofhegad incho?//lai«d.
Robail domsa do dulasu cohait afuigbithea incorug(u)d cetna
f(or)t cotici fail hi fil Emer fholtchain coCairthcnw Cliiana Da
Dam hi SliabFuait. TaiilcC c. i/znaichisiu dl conicisi/z 7 rofai
re banchclc fodeisiw. Aimth//ia os'vi amach nocho mad chcs[t]-
naighther sund colleic.
Eg. 106 (afler LL. 82 b 34). lomthusa Chon. c. tar cis
¥erghais àimihcchi uadha adub(air)t ré Laoigh m(a)c Ri an
ghabhra. créd as coir dhuinn do dhcnamh anois a Laoigh arse.
J44 Nettlau.
do fhedursa sin a[r] Loigh. Asamhl(aidh) roichfes F(er) D.
dothion/zsuighe fa nuamhaisi foilce. 7 fothmigthe. 7 robail
liomsa thusa do dhul mur abf(uil) Eimher i(nge)ii Forghoill
Mon(aigh) mur abhihuighir aleitheid c(et)na sin. As coir sin
do dhenamh ar C. c. Ro ghluais C. c. a nadh(aigh) sin go
Dûn Dealgan. Et dorinMedii umhal ftîos(aidh). 7 fritheoilté
dhô. Et robhadur an» go deïredb oidhche. (Thcn foUows LL.
82 b38 etc.)
[22]. LL. 82 a 45-51. — Lee. Achtimtw^a Fhir Diad tawic
coapupull.
Eg. 106 = LL. (44 Iomth//j-a F(ir) D. do bherar gôsaird.
7 do luidh roimhé dha phuball. Et din;/is doibh cuir. Et ra-
tlia doghabail do M. fair uma dhol dochomlirac ré C. c. Et
dinwis doibh mmr an cc^^na na cuir do ghabsun ar M. um na
comhada do gheall si dhô do chomhall iris dà iimiedh C. c.
leis.
Eg. 209 = LL. = Eg. 106 ( um camhrac le seisear
trenfhar air na mharach no camhr(a)c le Cuchulainn a naon-
fhar da mfusa leis
[23]. LL. 82 a 52-82 b 6. — Lee. : =---, ro bo cendgru-
ganach mertnech lucht pupaill Fir Diad inaidchisi». demi?z
leo bhaili icowrecdais da uaitne chomlai;/d int[s]rEgail combad
co;;/thoiti;« doib no di inm robiad de cowbad he atigerna fen
do fethsad ann. Daig nocho soreidh co/;n"ac fri Con. c. for
tanaich.
Eg. 106, Eg. 209 = LL. (2 da uaithneagha. Et iorghuile
bfher n Eirion?; in Eg. 106 and 209; /. 6 V in Eg. 209),
[24]. LL. 82 b. 7-1 1. — Lee. Batar imsniwa mora for men-
mam Fhir Diad inai[d]chi sin fo/wreilcset cotlud do. Ba dia
imshnimaib mora intairces do setaib do 7 indiwgen dolegud
uad arapa co;;/ru[i]cc fri hen flicr. manidernad comrac frisiw
noenfher sin dî comrac frisna se curadaib Çeol. 6i4)arnaba-
rach. IMsnin/. robo moo aicisom andas sin danataiselbad oen-
fhecht forath doChoin.c. demin lais nobiad coinmus achind
nacha anma aici bodein asahai[th]li 7 aatracht Fer Diad moch
trath arnabarach. Maith agilla foreisim geib dun arneocho 7
indill incarp(at).
Eg. 106 and 209 : = LL.
/
The Fer VLui Episode. î 4 <,
[25]. LL. 82 b II, i2 = £V. 106 and 209 {Eg. 106
ag toirmiosg an tsiobhuil somh. et a dub(air)t rô b(adh) ùrr
dhuinn an(adh) na dhol ann sin arse ; Eg. 209 go madh
fearr dhuibh fuir(e)ch no dhol an??.
[26]. Lee. darambreithir em f(or) ingilla. ni lia molas
duind lecht inturwja [so] and asan(em)dula.
Eg. 106. uair ni mô niholais dhuinu dhol anw na dhio-
raolais.
Eg. 209. oir ni mo mholaim dhuit e. no a dhiomolaim air
se.
[27]. LL. 82 b, 13 = Eg. 106 bi do thosd a ghioUa ar
F(er) D. oir ni fhuil feidh?V ag toirmiosg an tsiob(ail) sm
umuinw.
Eg. 209 = bi thocht a ghioUa uair ni ghabhaim toir-
measo; o chach um an tsiubhalsa.
[28]. Eg. 106 : uair an geall(adh) thugam^^;;- do M. ydOi-
lioll abfhiaghnz^/se bhftr nEiren» as ndr lin?; dol na chois,
uair adeurthaol go m(adh) uamh(an) nô imegla do bheuradh
oraw é, 7 dar mo chubha/j dmh ni môr nach ferr liomsa mé
f(ei)« do thuitim ré C. c. ina a thuitimsi?z riomsa don chursd.
7 da ttuitfé'J/;. C. c. riomsa ardth an chomhr(ai)c. tuitf(edh)
M, 7 ûrmhôr bhft'r nEirion;î liomsa do bhrioghan gheallta do
bhcnadur dhiomh. 7 mé archaoi meisge. 7 meruighthe 7 adu-
bhairt an laoi an«.
Feidhm as mô etc., (see 6).
[29]. LL. 82 b 13-25. = Lee. robaisojn icacallai?» in;zda-
rad 7 dorigni in laid mbicc and acgresacht anarad : Tiagam
etc. (15 corcosno?n; 16 forscara ; 17 trecherd; 19 dund (cf.
Eg. 106, [2j] dhuinn); 19 ni bareid barm[b]agar; 23 Ecoir
am(ail) raidhi nocho dluig ali ...).
[30]. LL. 82 b 26-28. — Lcc. ^^; Eg. 106, Eg. 209 =
LL. {Lee. Rogob ingilla na heocho 7 roi;/dill incarp(at) 7
tancadar rempo asin longport imach) ; Eg. 106, 209 : sûl do
Idn fl-ioills(igh) an la fair.
[31]. Lee. a gilla for Fer Diad nicoir i/zdenmhait dula ccn-
celcbrad do fheraib hEr(enn). impo dund agaid aeach 7 in-
charp(ait) for fcraib hEri/zd. ro impo in gilla aigcd nanech 7
'ncharp(ait) oiri fri fcraib hEr(cnn). I Sand dorala Mcdb ic
Revue Celtique, X 23
^(} Nettldu.
sriblad afuail forurlar inpupaill. incotlud do Ail(ill) innosa or
Medb. naded amh ar Aill(ill). inglui?ze docliamain nua acce-
lebrad duit. anedh dogniso/» on ar Ail(ill). is(edh) ec'in f(or)
Medb acht luigi?;/sa aluigend mo tuath natic arnacosaib c(et)na
chucaibsi in fer dogni incelebrad ut. Araba matairemar da des:
cleamnas dî or Ail(ill) acht cotœthsad C. c. lais fo ïmn ce
mad chomthotim. ane robad ferrdi li»d Fer Diad do thernow.
Tanic Fer Diad remi co hath incho;//lai7zd. fegaiat agilla or
Fer Diad in .fil C. c. forsi« nath. nad fil am or ingilla. fega
lat comaith dun or Fer Diad. ni brod bec afolach C. c. ait am-
biad foringillai. IS fir agilla nochocualaid Ce. deg loech no
deg fer dothiachtaiw ina agaid cosi/z n[d]iu fortain bo Cuail-
(gne) 7 inthrath adchualaid foracaib i/zath.
Mor in liach Ce. doecnach ina[fe]gmais. daig in c(u)?;miw
latsu intan tucsabair in cath do German Garbglas {cf. LL. 88 a
46) uas eochair imlib mara Toirrian rofliacbaiseo (col. 615)
doclai(deb) ocnasluagaib corobe C. c. romarb c. loech ica-
rochtain 7 tucastair daithe 7 in cumai» lat carabamar anaid-
chisin ari;zgilla. nad[f]edar or Fer Diadh. do thig rechtairi Sca-
thaigi oringilla 7 dochodaisiu cosoi?îd[ ] sogenda remond isiw
teach artMi-. dob(er)t intaithech beim donduasl trebemiach
dait himidbach dodrowa cotarlaic irchor dit dar i^dorwi-imach.
Tanic C. c. isteach 7 dob(er)t beim daclaid(ibh) donduai-
thech ro//nderna da nordai;/ de. misi roborechtaire daib eret ro
badbair ïs'in baili dambad inlasin niepertha co?»bad adferr do-
loech anna C. c. Ecoir in dernais agilla for Fer Diad daig ni-
ticfaind aramus inchomlaizzd dambad anus adbertha fn'm.
Mardi 18, 1889.
Max Nettlau.
(A suivre).
MÉLANGES
I.
NOTES SUR LE VOYAGE DE MAEL DUIN.
P. 449. « The incident of thc lady drawing hack her de-
parting lover by means of a tliread » se trouve aussi dans
Campbell, t. III.
P. 450. La ressemblance entre l'incident du chapitre xii où
les brebis changent de couleur selon qu'elles se trouvent en
deçà ou au delà d'une barrière avec un incident du Mabinoa;i
de Peredur est beaucoup plus grande que ne le donne à en-
tendre M. Stokcs.
P. 450. Le Sanct Brandan publié par Schrôder diffère sensi-
blement du saint Brandan publié par Jubinal, Voir mon Grail
Lef;end, p. 264.
P. 487, c. XVI. L'île où l'on mange un mets magique au-
quel chacun veut trouver le goût qu'il préfère et dont la jeune
fille tutélaire possède un petit « vessel » dont le contenu enivre
pendant un laps de temps à la fin duquel on se réveille loin
d'elle, rappelle le château où se montre le Graal. Voir mon
Grail Lcgend, c. ix.
P. 489, c. XVII. Cette aventure est plus ou moins une va-
riante de la précédente. Elle ressemble d'une manière frap-
pante à plusieurs des contes que j'ai cités dans le chapitre ix
de mon Grail Legcnd, notamment à Campbell, n" x, Thc three
soldiers. Là comme ici, le héros et ses compagnons arrivent
dans une maison solitaire, conversent avec des jeunes filles
qui leur donnent à boire et à manger et dont ils sont séparés
348 Mélanges.
à la fin par le fait que le héros adresse intempestivement la
parole à l'une d'elles. S'il n'avait pas parlé, elles auraient été
délivrées de leur enchantement. C'est bien un conte pareil,
quoiqu'un peu remanié dans un sens chrétien, qui est au fond
de ce récit.
M. Stokes fait bien d'insister sur la parenté des voyages de
Mael Duin et de saint Brandan. J'ai signalé (p. 264 de mon
Grail Legmd) de curieux rapprochements entre le voyage de
Brandan et la légende du Graal. Il est donc fort intéressant de
constater qu'il y a aussi des rapports entre cette légende et un
ouvrage qui appartient manifestement au même cycle que le
Brandan,
Alfred Nutt.
II.
AMLIW.
En gallois, la particule am = *ambi, en composition, se
présente parfois avec l'idée de variété, diversité, comme l'a re-
marqué Silvan Evans dans son Welsb Dictionary; l'éminent
grammairien cite, entre autres exemples, amryiu, amliw. A
mon grand étonnement, j'ai entendu, au mois de septembre
dernier, emplover tout justement le mot amliiu par une per-
sonne du Faouêt (Haute-Cornouailles, sur les limites du van-
netais, dans le Morbihan), avec le même sens qu'en gallois :
de couleurs diverses, multicolore. L'expression est courante dans
la zone deFaouët. Je ne l'ai jamais entendue ailleurs et je ne
me rappelle pas l'avoir rencontrée dans aucun texte.
J. LOTH.
m.
LA 2^ PERSONNE DU SINGULIER DU PRÉSENT DE
L'INDICATIF ACTIF (GALLOIS YDD, CORNIQUE
YTH, ARMORICAIN EZ OU ES).
Dans ses intéressantes observations sur les verbes gallois (7
Cymmrodor, IX, I, p. 56 etsuiv.), M. Max Nettlau, après avoir
fut remarquer qu'Evander Evans dans ses Studies in Cymr.
Mélanges. 349
Phîlology avait, le premier, reconnu la terminaison ydd du gal-
lois, comme une 2^ pers. sg. correspondant à la terminaison
comique ordinaire yth, eth, et armoricaine e:;^, suppose avec
raison, ce semble, que les deux terminaisons galloises en -i et
en -ydd pour cette personne {ceri, giuneydd^ sont des doublets
propres aux thèmes verbaux en j-, comme / et ydd, cdd, le
sont pour les thèmes nominaux en jo-, jâ. Ni M. Evander
Evans ni M. Nettlau n'ont remarqué que la terminaison f:^ ou
mieux es est commune à tous les dialectes armoricains ; or la
spirante dentale sonore en syllabe finale est tombée dans tous,
moins le dialecte de Léon; ce qui, en passant, prouve une fois
de plus combien il est dangereux de citer des formes armori-
caines sans connaître les traits principaux au moins des dia-
lectes de Vannes et de Léon.
S'ensuit-il que le rapprochement à priori si naturel des ter-
minaisons galloise et comique avec l'armoricaine soit con-
damné? Je le crois au contraire très fondé. La loi qui veut
que toute spirante dentale sonore, en syllabe finale, tombe
dans les dialectes de Vannes, Cornouailles et Tréguier, n'a
pas son effet, lorsque la syllabe finale est suivie d'un mot com-
mençant par une consonne, mot formant corps plus ou moins
étroitement avec le mot précédent : ex. comique byîhqueth,
vannetais hiskwac'h, ailleurs hiskwas ; en moyen armoricain
beigoa::^, biscoa:^. Byth a fini par devenir bis en armoricain et
amener la provection de gw à qiu. Il est probable que la spi-
rante sourde dans bith était devenue sonore devant gweth et
que c'est sa situation de finale qui l'a assourdie de nouveau.
Un phénomène analogue s'est passé pour le o:{^ du moyen
breton, pronom possessif de la 2^' pers. du plur.; il est resté
encore bous en haut-vannetais devant les voyelles. En bas-
vannetais de même, on dit bien mahuac'h (niaIlo~), bemuach
(benno:^) quand ces mots sont isolés, mais dans la forme malé-
diction de Dieu, bctiédiction de Dieu, on dit souvent maies Tou.
C'est un phénomène de ce genre qui se sera passé pour la
terminaison de la 2'' pers. du sg. Il n'aura eu lieu d'abord que
devant la nola augens te (ti), puis il se sera généralisé; la spi-
rante devenue sourde devant ie aura évolué en s.
J. LOTH.
3 jo Mélanges.
IV.
UXISAMA, SENA, VINDILIS, SIATA, ARICA.
La géographie de l'Armorique gallo-romaine, déjà fort mal-
traitée dans l'antiquité, grâce surtout aux scribes, est devenue
de nos jours, chez certains historiens et archéologues, un vé-
ritable chaos. Les îles ont été particulièrement éprouvées. Il
s'est abattu sur elles une véritable tempête d'hypothèses et de
controverses. On admettait généralement, en adoptant l'ordre
évidemment géographique de l'Itinéraire d'Antonin, qu'Uxi-
sama ou Uxantis était Ouessant, Seiia, Sein, VindiJis, Guedel
ou Belle-Ile, Siata, Houat et, probablement, Arica, Hédic.
M. Le Men, le premier, bouleversa tout, sous l'empire de je
ne sais quelles rêveries moitié linguistiques, moitié archéolo-
giques, aussi fondées les unes que les autres. M. Longnon,
pour l'amour de la fameuse théorie de Vexacte et hermétique
superposition des évêchés sur les civitates, lui emboîta le pas :
on transporta Sena à Ouessant, parce qu'on était gêné par les
textes qui mettaient Seiia en face du territoire des Osismii : si
Sena était Sein et par conséquent, la côte, en face, osismienne,
le pénible échafiiudage de la superposition s'écroulait : il n'y
avait plus de civitas Corisopitum devenant évêché de Quimper,
et il se trouvait que la Civitas Osismiorum s'était superposée
non plus à un, mais à deux ou au moins à un évêché plus
trois quarts d'évêché. Quant à Uxantis, on la fondait avec
Sena, sur la foi de la variante Uxantisina. M. Desjardin, à
l'autre extrémité de la péninsule, voulant à tout prix que la
bataille navale entre César et les Vénètes eût eu lieu du côté
du Croisic et du bourg de Baz, n'hésita pas à transformer
toute cette zone en archipel vénétique, et fit de Siata, le
Croisic, et de Guérande, Arica. On a opposé à toutes ces
bizarres hypothèses, au nom de l'histoire et de l'archéologie,
d'excellents ara;uments. MM. de la Borderie et de la Mon-
neraye en ont fait justice (on trouvera la discussion résumée,
avec quelques arguments à l'appui de la thèse de M. de la Bor-
Mélanges. ] 5 1
derie, dans mon travail sur l'Emigration bretonne). La cause est
jugée historiquement. Je veux aujourd'hui rechercher les formes
véritables des noms de ces îles et montrer avec quelle facilité
on peut identifier les noms anciens avec les noms modernes.
I. — UxiSAMA. Cette forme est donnée par Strabon, 1. I,
c. 74. On trouve ce nom à l'accusatif rç/ 0j;'.7â;j/r;v (s'accor-
dant avec v/j-ov, féminin) et au génitif rq; Ojl:zi[j:Q:. PHne
(H. nat., IV, 16(30), dit Axantos, l'Itinéraire d'Antonin,
Uxantis. Les formes Axantis, Uxantis, ne concordent nulle-
ment avec le nom breton d'Ouessant. La vie de saint Paul-
Aurélien, écrite au ix*" siècle, l'appelle Ossain (insulam). On
trouve Ossa dans un pouillé de Léon du xvi*^ siècle : on l'ap-
pelle, actuellement, en Cornouailles et à Ouessant, Eussa. Ces
formes peuvent très bien se rapporter à Uxisama.
Le second volume du Gnindriss der vergleichcnden Gram-
matik de Brugmann, pp. 158, 159, suivant la doctrine de
Thurneysen, fait venir les superlatifs irlandais en -cm, et
bretons en -ani, d'une combinaison du comparatif en -is et du
suffixe -mmo; l'irlandais dikm = dilis-mmo-, comme le latin
puJccrrimus = puJccrsinio = pulcrsenio = pulcr-is-emo; le
vieux gallois Innbam, le plus vieux, supposerait un plus ancien
senisam = * seii-is-nviw. La raison que donne M. Thurneysen
de la présence d'un s dans ces formes n'est pas sans réplique
pour le breton ^ ; il remarque que la ténue ancienne reste in-
tacte devant ce suffixe. Or, ce phénomène se produit en gal-
lois devant l'accent, et ïh en est l'indice. Cependant, l'una-
nimité ici de tous les dialectes bretons, surtout si l'on consi-
dère qu'en léonard, par exemple, l'accent a dû abandonner le
suffixe -am, af de très bonne heure, puisque dans ce dialecte
am échappe à la nasalisation, est une sérieuse présomption
pour la présence d'un s ancien. Uxisama vient à l'appui de
cette théorie. Il y avait, en Espagne, d'après Ptolémée, une
ville d'Uxaiiia (Uxama Barca) qu'on peut traduire, avec
M. Rhys, lu haute ou la plus haute Barca (Celtic Britain,
2'-' éd., p. 280). Uxama est identique au superlatif gallois
I . Il me semble qu'on peut aussi expliquer autrement les formes irlan-
daises en -em.
3 $ 2 Mélanges.
uchaf, le plus haut. Une forme Uxama eût donné pour Oues-
sant, en vieux breton Ucham, en moyen breton uchaf ou eu-
chaf, îicha, et actuellement tichan, ncha. Uxisama, au con-
traire, se sera, de très bonne heure, réduit à Ux'sama. Us
aura été protégé par Yx ou I'a- par ïs (par un phénomène ana-
logue Isaca, Isca, aujourd'hui Wysc). Uxisama serait donc
une sorte de superlatif de Uxama et signifierait Uxama la plus
haute ou la plus au nord. Il me semble que nessa, nessan, le
plus proche, h prochain, s'explique de môme : une forme
nexamo = * nexinmo, eût donné nechaiu, ncchaf; nessam sup-
pose *nexisamo = *nexismmo. L'irlandais nessam s'explique, au
contraire, parfaitement par nexramo et peut être identifié avec
l'ombrien-osque nesimo = nccsimo. En résumé, les formes
bretonnes supposent Uxisama. Du même coup, la situation
d'Uxisama est certaine; en douter, serait un outrage au bon
sens ^.
II. — Sena. Le nom de Scna apparaît pour la première fois
chez Pomponius Mêla, III, c. vi : Sena in britannico mari
Osismiacis adversa littoribus. J'ai montré par des exemples
tirés des géographes anciens que VOceanus britannicus dési-
gnait la mer entre la Grande-Bretagne et la Loire, voire même
jusqu'aux Pyrénées {L'Emigration bretonne, p. 53) : ce terme
est facilement explicable par une erreur de cartographie com-
mune aux géographes et historiens de l'antiquité. Géographi-
quement, Sena, étant, dans l'Itinéraire, entre Uxantis (Oues-
sant) et Vindilis (Belle-Ile, comme nous le verrons), ne peut
être que l'île actuelle de Sena. Au point de vue onomastique,
le nom ancien Sina ou Sena n'a rien de commun avec l'ancien
nom breton: Seidhun (Cart. de Landévennec); insula Si:^init
(Cart. Corisop., Bibl. Nat. 9891, fol. 43 recto, xiV siècle). Le
nom du cap et de la paroisse en foce, sur le continent, repro-
duit le nom de l'île : Budoc-cap-sidum (A'ïém. de la Société arch.
d'IIIe-et-Vilaine, XVII, p. 18, XI), Bodoc-cap-Sidun, Cart.
I. Le côté faible de cette théorie pour Uxisama, c'est qu'on peut sup-
poser que les Bretons émigrés ont pu se trouver au ve-vi>^ siècle en pré-
sence d'une forme Ussaiiia. On pourrait aussi objecter que nessam a pu être
formée sur nés.
f
Mélanges. j 5 J
Coris. 9890, fol. 2 verso, 1220, Bo~oc-cap Si:{^un ; Cart. Coris.
9891, fol. 24 verso, 1296; Bue::^ec-Cap-Suiun, Cart. Coris.
9892, fol. 56 recto, 133 1. Il est évident que Sena n'a rien à
faire avec Seidun. Sena a dû rester dans les documents officiels.
Quant à son évolution en Sein, elle est impossible phonéti-
quement, au point de vue breton, ainsi qu'au point de vue
français. Sein est une orthographe quelconque forgée sur
Sena, à moins que ce ne soit une tentative pour représenter la
prononciation bretonne. L'écriture Su~un a dû précéder de
bien peu la prononciation Siin, actuellement en usage. La
chute de la spirante dentale a dû être plus prompte entre deux
voyelles //'. Sn)i a dû sonner à peu près comme sun, sin, aux
oreilles françaises. Un portulan du xvi^ siècle, reproduit par
M. Desjardins dans sa Géographie de la Gaule, I, pi. vi, donne,
non point Sein ni Sain, mais Saim : serait-ce pour Saun ou
Saiun (= se-iin^} (M. Desjardins a mal lu sa propre carte).
IIL — ViKDiLis. La situation géographique de Vindilis entre
Sena (Sein) et Siafa (sans l'ombre d'un doute, Honat) s'ap-
plique clairement à Belle-Ile. Avec un ensemble surprenant,
tous les géographes ont vu dans Mndilis, Belle-Ile, et cela
parce que cette île est appelée Gucdel dans le Cart. de
Redon, à l'année 1026, Guezel en 1146, et Guezel dans les
Actes de la canonisation de saint Vincent-Ferrier (xV s.). Or,
nos connaissances actuelles en phonétique bretonne ne nous
permettent en aucune façon de supposer que Vindilis ait pu
évoluer en Gue:^el'^. Vindilis, en supposant i bref, eût donné
Guennel ou Guentel, suivant l'accentuation; avec ï long dans
-di- on eût eu Guennil ou Guentil. Il me semble qu'une très
légère correction peut tout arranger : il faut lire Vidilis, et
nous avons régulièrement Guedel, Gue::el. Le scribe de l'Iti-
néraire aura commis une erreur fort commune dans les ma-
nuscrits en lisant Vindilis au lieu de Vidilis. On a rapproché
à tort le nom de Guezel, d'une commune en face sur le con-
tinent, Guidel : l'I est long et on prononce nettement d. Une
forme plus ancienne est Guidul, ce qui suppose, au ix*^ siècle,
Witol.
\ . A moins qu'on ne parte d'une forme gallo-romaine Fidilis.
^ 5 4 Mélanges,
IV. — SiATA. La forme intermédiaire entre Siata et Houat
est Hoiat : Hoiata insula, dans la vie de saint Gildas, écrite au
xi^ siècle (Boll. saecul. I, p. 139). La marche de Siata à Hoiat
est la même que de ïsaruo- au vieil-armoricain hoiarn, plus
tard houarn. Hoiat, Houat est à Siata, comme hoiarn, houarn
est à Isarno.
V. — Arica. Il est assurément impossible de faire sortir
Hédic d'Arica. D'abord, quelle est la prononciation bretonne
du nom de cette île? Je tiens de M. l'abbé Buléon, qui l'a en-
tendu prononcer par les habitants, que l'on prononce Hcdic
ou Edic Ç-ic prononcé à la façon du haut-vannetais -éc avec c
iotacisé). Hédic dont 1'/; ne présente pas plus de difficulté que
celui de ac, bac, remonte mathématiquement à une forme
Atlca. Il est manifeste que le scribe a mal lu, par une erreur
encore focilement explicable. La prononciation actuelle montre
que la forme He:^ic qu'on trouve dans les archives du château
de Kerfily n'est pas exacte. Hœdic, orthographe actuelle, est
une mauvaise plaisanterie des étymologistes du cru qui veu-
lent voir dans Hedic un diminutif de Houat : Hoedic, la petite
Houat !
11 faut donc lire : Uxisama, Sena (nom breton Sidun, Si-
zun), Vidilis, Siata, Aiica; ce sont les îles de Ouessant, Sein
(nom breton Sizun, Sun), Guedel puis Guezel (Belle-Ile),
Houat, Hédic. J'espère avoir prouvé encore une fois que la
linguistique celtique peut être utile à quelque chose, même en
histoire et en géographie, ce qu'on a toujours de la peine à
foire comprendre à certains historiens français.
J. LOTH.
V.
LE LLECHWAEW GALLOIS ET LE LIA LkiMHÉ
IRLANDAIS.
On rencontre l'expression Uechwaeiv trois fois dans le récit
de Kulhwch et OKvenS une fois dans celui de Peredur : Kul-
I. Mabin., éd. Rhys-Evans, p. 118, 119.
Mélanges. î S 5
hwch a réussi à pénétrer dans le palais d'Yspaddaden Penkawr
pour lui demander sa fille. Au moment où il sort avec ses
compagnons, Yspaddaden leur lance un des trois Ucchiuacw
qui étaient à portée de sa main. Les écrivains gallois ont tous
traduit par dard, javelot.
Plusieurs semblent avoir lu Uiichwaau qui en effet signifie
lance de jet, javelot. Il est bien invraisemblable que le copiste
auquel le mot llucbwaezu devait être familier l'ait changé trois
fois de suite dans le même passage en Uechwaew. Si le mot,
comme c'est probable, existe réellement, il ne peut être tra-
duit que par lance de pierre- plate. On ne peut songer à voir
dans llech la même racine que dans le verbe llechu, être aux
aguets, en embuscade, se cacher. On conçoit en effet très bien
un mot composé pour désigner deux termes fréquemment as-
sociés par l'usage, mais ce ne peut être ici le cas, si on at-
tribue à llech ce sens. L'existence d'une arme de pierre chez les
Gallois me semble d'autant plus vraisemblable qu'une arme du
même genre a été en usage, à l'époque historique même,
semble-t-il, chez les Irlandais. O'Curry cite de nombreux
textes irlandais où il est question d'une arme de pierre, dési-
gnée sous divers noms, mais le plus souvent sous celui de lia
lîiinihc, pierre de main, ou de leacàn laoich milidh, la pierre
semi-plate du soldat. Elle se portait souvent cachée dans le
creux du bouclier (O'Curry, On themanners, II, p. 277). Elle
est décrite avec une précision qui ne laisse rien à désirer dans
un curieux poème cité par O'Curry; c'est une invocation à
l'arme elle-même par le druide Ceanmhor au moment de com-
battre Lurga, un des chefs des druides du roi Cormac Mac
Airt. Je me contente de relever les expressions : pierre plate,
pierre étroite, pierre épaisse, mince % etc.
L'usage de cette arme est d'autant plus remarquable que
toutes les armes mentionnées dans la poésie épique irlandaise
sont en métal; de même chez les peuples bretons. On a déjà
constaté, il est vrai, la persistance de certaines armes ou outils
en pierre chez différents peuples en possession du fer et du
I. O'Curry, On the viatitiers, II, p. 280, 28 1. La traduction paraît sur
certains points dclectueuse.
î^6 Mélanges.
bronze et n'employant guère que ces métaux. Les nombreux
noms propres bretons-armoricains en maen, pierre, sont pro-
bablement un souvenir de l'époque lointaine où le trait de
pierre était encore employé, en particulier dans : Maen-uue-
then^, qui combat avec la pierre; Maen-finit-, qui lance la
pierre ; Finit-uucthen, qui combat en lançant ou avec la fronde;
Maen-uuoret, qui défend avec la pierre ou pierre qui défend ;
Maen-uuolou, pierre brillante, etc. C'est un legs sans doute
des populations qui ont précédé les Celtes. Une étude minu-
tieuse des fouilles des dolmens du Morbihan, par exemple,
amène à cette conclusion que les populations qui inhumaient,
dans cette partie de l'Armorique, sous dolmens, ne se servaient
que d'armes de pierre. Le bronze a été trouvé en assez grande
quantité dans cette région, mais presque toujours à la surfice
du sol, très rarement, sous dolmens. Les statistiques sur les
monuments mégalithiques de la Bretagne ont été faites très
légèrement, les fouilles mal étudiées et les conclusions aussi
hâtives que fausses.
Le récit transforme le Ucchii'aew en une arme de fer; on parle
même de l'enclume sur laquelle elle a été forgée, mais cela ne
prouve qu'une chose, c'est que le sens du mot était inconnu à
l'époque de la rédaction du récit, et l'instrument depuis long-
temps hors d'usage. Dans Peredur, c'est un addanc, animal
flibulcux, qui en fait usage.
J'ajouterai que Yspaddaden Pen Kawr me paraît offrir des
traits de ressemblance caractéristiques avec le Balôr des Ir-
landais : celui-ci sert même à expliquer l'autre. Pourquoi en
effet Yspaddaden a-t-il habituellement les paupières rabattues
sur les yeux? Sans doute parce que, comme Balôr, il avait le
mauvais œil. Ce n'est pas la seule ressemblance qu'offre le
récit gallois. Balôr est tué par son petit-fils Lug; Yspaddaden
par son neveu Goreu (le meilleur). Il est remarquable aussi
1. Uueten est pour tniethen ; cf. Weitnoc^X Jt'dhenoc, Cart. de Red.; IVe-
thien et Weidien, ibid. {GueilJjç^en, Cart. de Landaflf, p. 136). Pour giteith
évoluant en giiueth, cf. Giieih Ronan ou la bataille de Ronan (Dom Morice,
Preuves, I. p. 367, 368), gall. o-tm/A.
2. Finit paraît dérivé d'une racine spend, lancer; cf. ffonn et sonn. Il est
vrai que le gallois, pris à part, peut représenter le \dX\afunda.
I
Mélanges. 357
que Lug tue Balor avec son lic-tailme, mot à mot pierre de
fronde. Les légendes galloises et irlandaises ont d'ailleurs des
liens plus étroits qu'on ne croit. Le récit de Kulhwch fait
mention d'un Kubert, fils de Daere; c'est probablement une
erreur, et il faut supposer Curoi au lieu de Kubert. Corroi est
l'objet d'une élégie de Taliessin portant le titre de Mariunad
Corroi m. Dayry (Skene, Four ancient Books, II, p. 198).
L'auteur de ce poème n'a pas pris sa légende dans les livres,
comme le montre sa transcription du nom du meurtrier de
Corroi, Cocholyn {Cuchulaiiï). Il est probable aussi que le
Lltidd Law ereint de Kulhwch doit être pour Niidd law ereint
ou Nudd à la main d'argent {ereint = * argentios), qu'il faut
identifier avec le Nuada à la main d'argent, le célèbre chef
des Tuatha Dé Danann. Je ne rappelle pas la légende des en-
fants de Llyr qui est aussi galloise qu'irlandaise. Dans certains
cas, on est en présence d'emprunts aux légendes irlandaises,
dans d'autres, comme pour Yspaddaden, on retrouve des
débris du patrimoine commun des Gaëls et des Bretons.
J. LOTH.
VI.
SUR UNE FAUTE D'UN COPISTE DE UHISTORIJ
DE NENNIUS.
Dans la partie de la compilation de Nennius connue sous
le titre de Genealogia, on remarque le passage suivant : Tune
Dutigirn (vers 547-559) in illo tempore fortiter dimicavit
contra gentcm Anglorum. Tune Talhacrn Tataguen in poe-
mate claruit et Neircn et Taliessin (apud Pétrie, Mon. hist.
Brit., p. 75 c). Au lieu de Neiren, il n'y a pas le moindre
doute qu'il ne faille lire A neiren, le poète bien connu. Cette
faute me semble établir avec certitude que le compilateur avait
sous les yeux un original breton: Talhaern... aneiren; il aura
pris a pour la conjonction ac, a et l'aura transcrite par ^/^ tandis
que c'est la première syllabe du nom du poète. Un autre pas-
sage de VHisloria me semble encore plus probant. Chap. LX\'I :
Ida filius Eobba tenuit regiones in sinistrali parte Humbri
maris XII an«is et junxit arcem id est Dingueirin et Gurbir-
5 j 8 Mélanges.
nerth (var. gurdbirneth) : quae duae regiones fuerunt in una
regione, id est, Deur a Berneth, anglice Deira et Bernicia. Ce
passage est éclairci par un autre inséré dans la GeneaJogia
(Pétrie, p. 85 B): Ida filius Eobba tenuit regiones in sinistrali
parte Britanniae, id est Umbri maris et regnavit annis XII et
uncxit (lis. junxit) Dyiiguayrdi Guuerthberneich (var. guerth-
Bermihc). Le compilateur me semble n'avoir pas compris le
texte breton qui portait : [il joignit] Dingueirin guurth Bre-
neich, c'est-à-dire il joignit D à Breneich, ce qui fit que
ces deux régions furent réunies en une seule. Ici le breton
n'a même pas été traduit, et le compilateur a pris guurth Bry-
neich pour un nom propre. La généalogie n'est pas de source
bretonne, mais on y a annexé des faits bretons (sur cette
question, v. De la Borderie, Nennius, et Heeger, Ueher die
Trojanersage der Britten^ Munich, 1887). J. Loth.
VIL
DARGUID, DERJVYDDON, CYFARWYDDON.
Dans mon vocabulaire vieux-breton, j'ai analysé darguid en
iu -\- are + vïd, qui sait avant, prophète, et rapproché ce mot
du gallois moyen derwyddon. Cette opinion a été généralement
adoptée. On pouvait seulement hésiter entre darguid et dor-
guid. La forme denuyddon ainsi que le sens du mot suffiraient
à faire préférer darguid, mais il )'■ a un mot gallois dont la
composition des plus transparentes doit faire disparaître toute
hésitation, c'est cyfanuyddon. Ce mot est évidemment com-
posé de com -\-are -j- vid...; or, il est employé dans les Cam-
peu Charly maen du rév. Robert Williams avec le sens de
sortilèges, enchantements : y brenhin a dy wat vot yn tebic gantaw
y mae trwy gyvanuydon y gwnaethoed ef hynn ; « le roi dit
qu'il lui semblait que c'était par des sortilèges qu'il avait fait
cela (il s'agit des exploits des compagnons de Charlemagne).
Nyt tebic y welaf i y hwary namyn y gyvanuydon (XVII,
p. 16, 17). Dans le même chapitre, ceux qui accomplissent
ces exploits fabuleux sont qualifiés de ^«^c/j'o», enchanteurs.
J. Loth.
Mélanges. 559
VIII.
Monsieur,
Dms le dernier numéro de la Revue Celtique, vous dites :
« une localité du nom d'Aculia dans le pays des Vosges est
mentionnée en 713 par une charte de l'abbaye de Wis-
sembourg », et vous regardez cet Aculia comme le féminin
du gentilice Aculius. Me permettrez-vous de retirer ce nom
de votre liste, en rappelant qu'il n'est pas isolé dans les Tra-
ditioncs Vir::;iburgenses, qu'on trouve dans ce recueil encore à
la date de 713 : super fluvio Aquila, super pluviolas Aquilas,
sub anihas ripas Aquilas, et qu'il s'agit de la petite rivière du
Bas-Rhin, l'Eichel, sur laquelle je me suis étendu dans un
mémoire: la Marche d'Aquilée, Bull, de la Soc. des Mon. d'Al-
sace, 1884, et dont M. Box vient de décrire le cours dans sa
Notice sur le pays de la Sarre, Metz, 1889.
On ne trouve de mention de ce cours d'eau (comme de
beaucoup d'autres) sous sa forme latine que dans les textes du
moyen âge, mais on peut tout de môme y retrouver l'élément
celtique Çgil « eau »), car, comme l'a dit Ernest Desjardins,
les sociétés, avant même d'être organisées, ont nommé les
sources et les rivières qui satisfaisaient aux premiers besoins
de l'homme et à ses usages les plus variés, et ces antiques ap-
pellations sont conservées ' .
P. RlSTELlIUBER.
1 . La rédaction de la kn'tie Celtique ne prend pas la responsabilité de
l'étymoiogie contenue dans ce paragraphe.
BIBLIOGRAPHIE.
ZiMMER, Keltische Beitraege I.
Professer Zimmer's paper in the 32"'^ vol. of the Zeitschrift
fiïr Deiitschcs Alterthum, pp. 196-334, has been dealt with by
Mr Alfred Nutt in the A rcbaeological Review for December 1888
in some of its literary aspects. I hère propose to criticise some
of Z.'s linguistic contributions in that paper. The staple of
my criticism will be a list of corrigenda.
While every Celtic scholar fully acknowledges thegood work
which \ve owe to the professor at Greifswald, a work that is
not impaired by the véhémence of his criticism on each one
of them, perhaps one may be permitted to regret that the
ebullitions of his temper do not subside with advancing years.
The weaker éléments of his work, apart from his temper,
cannot be dismissed so lightly. In the interests of his chosen
audience, students of Teutonic philology and literature, once
more Zimmer must be taken to task for carelessness in trans-
cribing, for tampering \vith texts to secure translations, for
hasty conclusions, for fanciful and flimsy conjectures, tor
want of critical tact and judgment. This gênerai caution on
his work is not needed by Celtic scholars, so frequently has it
been urged by Stokes, O'Grady, Jubain ville and others.
In this paper I shall first deal wirh Z.'s treatment of his
texts, secondly with his translations, and lastly with his list of
loanwords from Teutonic languages.
First, as to the texts. Most of thèse had been already pub-
lished in facsimile, and it was easy to transcribe them with-
Bibliographie. 3:6 r
out serious blunders. Yet Z, in printing them has com-
mitted grave inaccuracies. Some of thèse may be merely mis-
prints (I hâve taken care to omit obvious misprints), others are
due to carelessness in transcribing ; but a large number re-
mains to show the arbitrary manner in which Z. is accusto-
med to deal with his sources. He ieaves out words, or alters
them at his pleasure, he extends contractions wrongly, and
ail this without a word of warning. The following is a list of
the more important mistakes.
P. 205, l. 4: foroeglass. Fcs. forroeglass.
5 ; gedofaethaistcsu. Fcs. gedofaethaîV.
P. 206, 1. 6 and 7 : déchois. Fcs. dechoiss.
26 : Osait. Fcs. 'Osait.
29: hiforcipul. Fcs. hiforcepul.
P. 208, 1. 23 : cenfinna. Fcs. ctch finna.
20 and 31 \ fairge. Fcs. fairgge.
31 : assachlocond. Fcs. asachlocond.
35 : tibra. Fcs. tibre.
39: nanfuigiub. Fcs. nac/; fuiciub.
P. 209, 1. 9: vuiinhad. Fcs. nit^ubad.
27: isintulaich frit. Fcs. isintulaig fritt.
P. 210, 1. 4: mochomluuâ . Fcs. mochu;»lond.
16: sund ahudni. Fcs. sunda budni.
17 : na Germane. Fcs. nag<?rmane («0 nagleorainne).
217, 1. 4: adalta laa. Fcs. adalta .i. xnac natn'fiwdewna laa.
8: roshûgî. Fcs. rosûg(i).
20: assrôna. Fcs. asrona.
21'. so accohraite. Fcs. soaccobraite.
P. 220, 1. 7: nan Gall : coAmlaib. Fcs. nangall .i. co Amldib.
P. 221, 1. Il: ralûtar rompu. Fcs. ralotar sin rompu.
13: barridnachîalar.Ycs. barridnachtatarsom.
22: techtacoacharddib. Fcs. techta uad coacharddib.
24: dano y raglinnigit. Fcs. àana et rohellamaigit
allonti leosom da«a 7 raglinnigit.
aloma. Fcs. allontra.
31 : 7nac Uîh. Fcs. mac \xû\idir.
37: alracht. Fcs. atr^acht.
38: atrachtatar. Fcs. atraachtatar.
Revue Celtique, X 24
^6i
P. 222,
Bibliographie.
P. 223,
232,
240,
P- 257,
P
P
P
261,
274.
305.
P. 309,
last 1. : indliter carpait 7 chethirrlad. Fcs. indlit^r car-
Tpait c/;et/;irnad.
4: coDûn drcchsohis. Fcs. codun ïidrechsolus.
17: longport. Fcs. longphort.
j: jtigilavit. Ms. iugulauit.
4: nainsi. Fcs. naninsi.
17 : dondân amal. Fcs. dondûn iarsin amal.
I : olsc. Fcs. olsi.
24: dollud. Fcs. dolluid.
37: isdéôl. Fcs. isdeôl.
fin. BennaBoirche. Fcs. Benna Bairche.
9: Fingin. Fcs. fingin .f., [f. é. fathliaig].
14: inâig. Fcs. innâig.
22: arcrôcotaig. Fcs. ar crô cotaig.
3 5 : fosnessa sleig culind hicoiss coturargah. Fcs. îor-
nessa sleig culind isi;zg]i/zd hicoiss concu-
laind coturargab.
37 : insleig niarnaide. Fcs. insleig niar«m.
38: conérmadair . Fcs. co^érrmadair.
39: tarants. Fcs. taraaiss issanglend.
5 : idassaih achulad condechaid. Fcs. iclassaib achu-
laid conndechaid.
1. 15 and note 1. 8: diafairnicFcs. diatairiuc.
Any scholar who deals thus arbitrarily and carelessly with his
texts mustbe expected to come to grief in his translations. The
fréquent misreadings and omissions lead to serions mistakes.
But such mistakes are pardonable compared with those mis-
translations based on « conjectural readings », as Z. would
call them. In trying to extract some meaning from passages
obscure to him, Z. passes oiF the merest guess-work as a bona
fide translation, reminding one sometimes of the Irish trans-
lators of bygone times; in almost every instance of the kind
he violâtes grammar and common sensé.
P. 197, note : go hindraic « wûrdig ». Translate « faithfully ».
P. 205,1.9: étaige allmarda ingantacha « wilde ungeheuer-
iiche gewânder ». Transi. « strange outlandish
garments ».
P. 207, 1, 4: teora 7nàla foraib « drei glatzen auf ihnen »!
P. 311
P. 3
5 72
Bibliographie. 36^
Transi. « three cropped heads on them ». Hère Z.
œnÎMSQS mâle {inôile, L Br. 175'', 30) « baldness »
with the nom. pi. of the fem. mal « a cropped or pol-
led head », a word still used in Gaelic. In LL. 68 a,
when the fifty yellow lock that adorn the head of Cu-
chulaind from one ear to the other (côica urla feg-
buide on chludis go 'cheile dô) hâve just been de-
scribed, the narrator proceeds : msél gle find fair
mar bo ataslilad « a shining fair cropped head on
him, as if a cow had licked it ». Ib. 1. 11 : et ra-
sudiged in mac eter da choiss Conchobair et rogab
in ri ic sliachtad a mdile, « and the boy was set
down between Conchobar's two feet, and the king
began to smoothe his cropped head ».
Ib. tri lénti « drei mântel ». Transi. « three shirts ».
P. 210, 1. 31 : oldâs gcsca ralach rodîrge « als die âste hoher
eichen ». Transi. « than the branch of a very
straight oak » .
P. 211, 1. 5 : contibed-som a mangfâitbiud gaire « und er lachte
sein hirschkalbgelachter der freude ». Transi. « and
he would laugh his deceitful laugh ». HereZ. con-
fuses mang « a fawn » with mang « deceit ».
1.3: na rûadràma is translated by « der roten ruder »
instead of « der starkcn ruder ». An absurd expia-
nation of this mistranslation is given in the notes.
P. 212, 1. I : Owing to his misreading cen finna (instead of
cech Jinna) Z. has translated this whole passage
wrongly. The meaning is « like the tether of an
untamed buU was each hair, scdgy, rough, tossed »
(samalta comchubrech daim amriata ccch finna
sescnidi imluati acarb). The simile is not unusual
in Irish litcrature. Cf. ba remidhir slabradh iairnn
cach finna da tult, LBr. 279b, 74.
1.8: aie is hcre and throughout the paper rendered
by « jûngling » instead of by « kricgcr ». Compare
the use of Lat. iuvenis.
1. 19 : m mag « den ort » instead of « die ebene ».
1. 21: albiur fom sciath « ich sage dir untcr meincm
364 Bibliographie.
schilde » instead of « bei meinem schilde ». For
the use of /o in oaths see O'Don. Suppl. s. v. sois-
cel, Cath Finntr., note on 1. 149, and Trip. Life,
p. 432, 14. ^
1. 23 : co fesser in me a chomlond « damit ich erfahren
werde, ob mir sein kampf (gilt) » ! Transi. « that
I may know whetlier his figiit wiil break » . Me is the
subjoinedformof the3'''^ sg. of the s-fut. oïmaidim.
P. 213, 1. 5 : w/ labair dana frisin co Làeg « er erwiderte ihm,
dem Laeg, nichts ». Translate: « auch darauf er-
widerte er dem Laeg nichts » .
L 9 : cairet imrecaim do sét? « warum hast du deinen
Weg unternommen ? » Translate : « wohin geht
dein weg ? » Imrecaim is the 3rd (not the 2nd) sg.
s-aor. of immecmain^im.
Note, colla to explain which Z. brings in « Paddy
and his pig », is simply the Imperative oî com-la.
Cf. escomla.
P. 216, 1. 8: Transi. « I and great Goll of the plain. Goll
fell upon the shore, and this is his head which
thou seest in my hand ».
P. 218, L 4 : is ta doroacht « du bist es, den ich ertappte » !
Transi. « du bist es, zu dem ich gekommen bin ».
Cf. « is dot indsaigiW tancamair, cia roncraidis »,
Tochm. Emire, Stowe MS. 4. 2, fo. 84 a, 2. This
refers to the assignation which Derbforgaill, the
daughter of Ruad, king of the Isles, had with Cu-
chulaind. Their meeting is related in the Tochmarc
Emire, Stowe MS, 4. 2. fo. 84 a, i. Betham 145,
p. 126. Harl. 5280, fo. 24**, I. Z. does not know
this and draws one of his usual hasty conclusions.
See p. 248.
P. 219, 1. 3 : ni ha soaccohraîte on « dies war nun nicht er-
wûnscjit (angenehm) ». Transi. « sie war darum
nicht begehrenswerter » .
P. 225 ,1. 20 : for sruthair na Mâile Chind Tiri « ûber die strô-
mung am eingang der bucht ». Transi. « across
the stream of the MuU of Kintyre ».
Bibliographie. ^65
P. 223. Leôdûs is the isle of Le\\-is, msi Cadd are the Shet-
lands, lit. isles of Caithness, while Z.'s Insi Gàid
are Cadiz!
P. 224. Tlie Sciggire (O. N. skeggjar, so called from skegg
«. beard •>)) are the inhabitants of the Faroe Isles.
See Cleasby-Vigfusson, s. v.
P. 225, 1. 4. After veranstaltet insert « und ihre Vorrate wur-
den dann von ihnen bereitet ».
P. 240, 1. 26 : dodeochaid Ci'ich. iarsin ina lunga « C. bestieg
darauf seine schifîe ». Transi. « C. then went in
his ship ».
1. 27 : is iat robo îucht ôenlimga dô « folgendes (sic)
war die mannschaft eines seiner schiffe ». Transi.
« The following were in the same ship with him » .
1. 30 : do tbig Ruâid ri g na n-insi. Z. reads na insi,
probably not knowing that insi is a Gen. Plur.
Transi. « to the house of R., king of the Isles ».
His note that a sentence must hâve dropt ont thus
falls so the ground.
P. 227, 1. 9. After tuol nun insert « o meine Seele » (a m'anim^.
P. 241, 1. Il '. na hi sund for a cind na n-ecland « und es fin-
det sich hier kein recke, der ihnen entgegen-
trete » ! Transi. « Do not stay hère awaiting the
outlaws ». I should like to hear the learned pro-
fessor parse this sentence. His translation implies
a mistake as bad as if in Latin a schoolboy were to
confuse ne sis with non est.
1.12: îarassair and iarumfor a citid « er trat ihnen
nun darauf entgegen ». Transi. « He remained
thcre awaiting them ».
P. 243, 1. 14: a fhir ocharimmil chuicid Ulad « o held der
uferzackigen provinz Ulster ». Very imaginative,
but wholly wrong. Fer does not mean « held »,
ocharimmcl is not an adjective (cf. bratt gleiind immi
co n-achdrimUb argit oengil, LL. 267 b, 31), and
the cpithet « uferzackig » would least apply to
Ulster of ail the provinces of Ireland. Transi. « oh
man of the march of the province of Ulster ! »
366 Bibliographie.
P. 306, 1. 6: Hère the proper name Dam is translated by
« ox ».
1. 1 1 : àanaisc ar mummi go m-blad ar crô cotaig is ôen-
tad « es knûpfte unsere ruhmvolle pflegemutter un-
sere blutfreundschaft und einhelt ». Z. mistakes the
Genitivesro/az>(Nom. cotachm.') and ôentad (Nom.
ôentu) for Accusatives, and invents a compound crô- jj
chotach. The use of the verb nascim forbids us, I Jl
think, to translate crô by « blood ». I would ra-
ther adopt Stokes' rendering (Tog. Troi, II, 560)
« a bond of league and union », taking crô « hoop,
ring », in a metaphorical sensé. Cf. the similar
use of cengol, e. g. LBr. 276, marg. inf. That the
Irish made treaties by mixing blood there can be no
doubt, but it is equally certain that they did not
borrow this practice from the Norsemen^ as Z.
wants to make out. The following passage refers to
a league between the Hûi Néill and the Cianachta
\vhich S. Cairnech ratified about A. D. 500: do-
gniter iarum codach annsin eturru 7 cumaiscid
Cairnech a fuil i n-oenleastar dib linib 7 scnhhus
amail doronsat in codach annsin. H. 2. 16, p. 316,
cited by Pétrie, Tara, p. 97 note. The practice pre-
vailed in the Highlands down to the last century.
See Martin, Western Islaiids, p. 109. Nor is it
confined, as every body knows, to the Ccltic and
Teuton ic races.
1. 12 : etir fini ûnd-Elga « unter den findeJga-xer-
wandten ». Transi. « among the tribes of fair
Elg ». Elga is the gen. oi Elg (.i. Eire, Ireland,
Egerton 88, fo. 69 a, i).
P. 310, 1. 2; What with his deliberate omission^ of the
words isin glind (twice) and Concidaind, and several
grammatical mistakes of the worst kind, Z. has
1 . The omission of thèse words can scarccly be owing to carclcssness
in transcribing. Surely it is customary to indicate and explain the omissions
of important words from the professed transcription of a MS.
Bibliographie. 367
wholly distorted the meaning of this passage.
Translate : « The spike of a holly-tree in the glen
pierces Cuchulaind's foot, so that its point went
up to his knee. He draws it out. « Do not go, o
Fer Baeth, till thou seest the find I hâve found ».
« Throw it from thee », said Fer Baeth. There-
upon CuchuLaind threw the spike after Fer Baeth, so
that it struck the hoUow of the two sinews of his
neck, and passed through his mouth in front. And
he feil backward into the glen ». Hère, among
other things, Z. translates fônùarsa « which I
found » by « sofort », taking ïiar as the Dat. or
Ace. of ûar, which is ûair ! Slcig ciilind he trans-
lates by « der untenspitze speer » (as iîcûI-UkT). For
culcnd « holly », W. celyn, cf. LL. 64 a, 8. Rawl.
502, fo. 60 a, I : gonit coincuiHnn caiss « twisted
hollybushes wound hounds. »
P. 311, 1. 6. This passage has to be modified in the same
wav as the last one.
P. 318, note: ina caipaib ciach « in ihren nebelkappen ». Ex-
cept in the very worst Mss. of this and the last
century a spelling like caipaib for caipib or capaib
is unheard of. Caipaib is from càep f., a wellknown
Word. Transi. « in their masses of mist ».
P. 324, 1. I : « wenn er aufhôre » (Z. reads dia tairnic).
Transi. « for his provision », « zu seiner Verpfle-
gung » (dia iairiuc).
Lasth'', I would offcr the following remarks on Z.'s list of
Tcutonic loanwords as well as on some of the Irish words,
themeaningand etymology of which Z. discusses incidentally.
P. 245, allmuir should not be compared with ailcthir. It re-
presents the M. W. aUinyr and dénotes people
from bcyond or ovcr the sea, not from anothersea.
P. 272. Amor « wail, lament » seems a genuine Celtic word
like the cognate W. ajar. It occurs in the Tocbm.
Emirc, Stowe 4. 2, fo. 82 a, 2 : rochualatar nafir
a, n-amhor ina noi umaidi « the men heard their
lament in their brazen boat ».
368 Bibl ographie.
P. 273. ammor also seems a genuine Irish word. In spite of
Z.'s assertion to the contrar}^ it does occur in the
taies of the heroic cycle, apart from the compound
smirammair . LL. 54 a, 33 : tucad chucu a n-ena 7
a n-dahcha 7 a n-iarnlestair, a milain 7 a lôthom-
mair 7 a n-drolmacha. « Their mugs (^iaiï) and
their vats and their iron vessels, their urns and
their slop-pails and their pitchers were brought to
ihem ». Cf. LBr. 213^, 45 : lothomurin taige aiged
co n-MSce na haidche remi ind « The slop-pail of
the guest-house with the water in it of the night
before ».
P. 275, note. « Das im fcs. deutlich geschriebene popp ist
kein wort ». popp or papp means « a sprig », and
though not found in the glossaries, is of fréquent
occurrence in the texts : e. g. cona n-duUib oir,
cona papib cristail, Alex. 5 82. ro»drfacsat déis cruith-
nechta na pupu oenchoire do finemain, LBr. 127 a,
pappe 7 blatha na finemna, LBr. 38''. The word is
still living in the Highlands and the Isle of Man
as pah, bab « a tuft, tassel ». It is the Lowland
Scotch loanword hab « a posy, nosegay ».
P. 278. That Irish ailén should hâve been borrowed from the
O. N. eyland seems very questionable. It is unlikely
that the diphthong ey should hâve bccome short a
in the Irish word, for the i merely represents
umlaut.
P. 279. Borg is not directly borrowed from any of the Teu-
tonic languages, in which the word (O. N. borg,
A. S. burJj) is féminine. The Irish borg (Gen. and
Nom. PL buirg) on the other hand is always mas-
culine. It is the Low Lat. burgus.
P. 289. Biror « ist vielleicht ein nordisches wort = einem
bjôrhdr « bierhaar » ? lautlich steht nichts im
wege ». Perhaps not, but the meaning mightshock
a fastidious palate.
P. 293, note: « a stacks », the Professor's English for « a
stag's ».
Bibliographie. 369
The following undoubted Teutonic loanwords may be
added to Z.'s list.
assan F. « hose », gl. caliga, Ir. Gl. 72, borrowed like W. bo-
san F. from the oblique case of A. S. hosa F. (gl. caliga
vel ocrea, Wright's Vocab. I, 8r, col. 2).
beôr F. « béer », from A. S. beôr. The word has become fémi-
nine like so many old neuters. The Gen. béori, beoiri oc-
curs LBr. 215 b, 14. 215 a, 42.
bordd, bord.
(i) « the margin between the rim of a vessel and the
liquid », e. g. ar borddaib dabach, LL. 256 a. dar borddaib
(se. na dabchd), ib. 254 b, 11.
(2) « board, table », e. g. dobered praind for bord, LBr.
233 b, 40. Borrowed UkeW. bwrdd from A. S. or O. N. bord,
conung « king », from O. N. kommgr. O'Don. Three Fragm.
pp. 126, I. 228, 21.
fuindivg F. « window », from A. S. wîndeàge N. As the mo-
dem form shows, the word must hâve been borrowed at a
time when final g had already become gh.
iarla « earl », from O. N. iarl.
scot « shcet », mlin-scot « linen sheet » (Atkinson, Pass. and
Hom. Ind. s. v. lin III), from O. N. skaut.
stàic « steak » (Rev. Celt. VIII, p. 369) from O. N. steîh.
starga « shield » (LL. 265 a, 18), from O. N. targa, with
prosthetic s as in stiïag, stiiigen, etc. The Welsh borrowed
their tarian from the oblique case.
I take this opportunity ot adding a new explanation of the
curions word ierngnala (Wind. Worterb. s. v. giial), which
I owe to a private communication of Stokes. He suggests
that ierngi'iala (which is masc, Gen. Oc ôl ind ierngiïali UJ.
121 b) is a loan from a Teutonic « afteryule », A. S. se aftera
gcôla (Skcat, s. v. yulc). The usual explanation (LL. 107 b,
II, 258 b, 18. Egerton 1782, fo. 70 a) rests on a fanciful po-
pular etymology of the word, Connecting it w'nh g/'ial « coal »
(gen. tene guail, LL. 258 b, 17. co n-dath guail, LBr. 258 b,
62).
Kuno Meyer.
Liverpool, April, 1889.
570 Bibliographie.
Cours de littérature celtique, par H. d'Arbois de Jubainville et
par J. LoTH, tome IV; les Mabinogion, par J. Loth, tome II.
Dans la dernière livraison, p. 257-258, nous avons rendu
compte du tome III de ce recueil qui est en même temps le
tome I des Mabinogion traduits en français par M. Loth. Nous
sommes heureux d'annoncer la publication du volume qui con-
tient la fin de cette traduction. On y trouve les trois contes
d'Owen et Lunet ou la dame de la fontaine (p. i), de Peredur
ab Efrawc (p. 45), et de Gereint ab Erbin (p. m), accom-
pagnés tous trois de notes critiques (p. 173). Le volume se
termine par un appendice qui comprend les morceaux suivants :
1° Les triades historiques et légendaires des Gallois (p. 201).
Ces triades sont de diverse provenance qu'indiquent les titres
sous lesquels elles sont rangées : triades des chevaux du Livre
noir de Caermarthen, p. 203 (publié par M. Skene, Four an-
cient Boohs of Wales, t. II, p. viii); triades du Livre Rouge,
p. 207 (publié par MM. Rhys et Gwenogfryn Evans dans leur
édition des Mabinogion, p. 297); triades du ms. de Hengwrt
537, p. 254 (Skene, Four ancient books of Wales, II, p. 454-
465); triades de la Myfyrian arcbaiology of Wales, p. 257
(2^ éd., p. 390-494).
2° Généalogies (galloises) de la fin du x" siècle, p. 302
(tirées du ms. Harléien 3859).
3° Extraction des hommes du Nord, p. 325 (traduit d'après
Skene, t. II, p. 454-457, qui reproduisait le ms. Hengwrt
536)-
4° Division du pays de Galles en caiilref et en cyninvwt au
temps du dernier roi des Gallois, 1246-1282, p. 327 (d'après
Myfyrian arcbaiology, 2^ éd., p. 735).
5° Annales Canibriae, p. 345 (reproduction du texte de
M. Egerton Phillimore dans Cvniinrodor, IX, I, p. 152-169,
d'après le ms. Harléien 3859).
Ce volume se termine par un index général des noms pro-
pres contenus dans les deux tomes.
La traduction de M. Loth présente les mêmes qualités que
dans le volume précédent; nous insisterons encore sur son
exactitude et sur sa précision ; l'apparente négligence du style
est le résultat de la fidélité rigoureuse à laquelle M. Loth s'est
Bibliographie. 57 î
astreint, se refusant partout le facile plaisir de corriger par des
embellissements les défauts de l'original.
N. QuELLiEM. Chansons et Danses des Bretons. Paris, chezMai-
sonneuve, 1889; i vol. in-8, 111-300 p.
Cet. ouvrage est divisé en trois parties: notes de voyage,
p. 1-56; chansons bretonnes populaires, avec traductions et
commentaires, p. 57-238; airs notés, p. 239-296.
Un critique sévère, M. A. Le Braz, a trouvé que dans la
première partie « les observations intéressantes ne manquent
pas » et que dans la seconde M. Quellien « a enrichi la col-
lection de nos chants populaires peut-être d'une vingtaine de
documents » (^Annales de Bretagne, IV, 543-546). C'est aussi
mon avis.
Les principaux défiuts signalés dans cette publication par
M. Ga'idoz {Revue criiique, XXlll" année, n*" 17, p. 334-339;
n° 18, p. 353-360) et par M. A. Le Braz sont: trop peu de
concision et de précision dans le style; mauvais choix dans
les documents nouveaux et manque d'indications de sources
imprimées, pour les autres; emploi du mot « barde » pour
désigner les poètes populaires actuels de la basse Bretagne.
Concision et précision, c'est en effet un idéal à proposer à
tous ceux qui exposent le résultat de leurs recherches scienti-
fiques. M. Quellien aurait facilement augmenté la valeur de
son œuvre, sans la rendre plus volumineuse, en serrant davan-
tage le tissu de son style, et en remplaçant certains commen-
taires ou développements personnels par des textes pris dans
la tradition. Il en a recueilli plus qu'il n'en donne; on peut
trouver qu'il réserve trop pour l'avenir, et que poussé sans
doute par l'honorable scrupule de meltre du sien dans son livre,
il ne s'efface pas assez devant la muse populaire. Le meilleur
moyen de ne plus s'exposer à voir blâmer ses choix, c'est de
\\\n faire aucun, et de publier tout, je veux dire tout ce qu'il
a de nouveau.
Il fera son profit aussi des critiques relatives à l'absence ou
à l'insuflisance de ses indications bibliographiques. Il eût pu se
dispenser de rééditer tout au long des versions orales de pièces
déjà éditées sur feuilles volantes ou autrement. Ces réim-
372 Bibliographie.
pressions ne sont pas dénuées de tout intérêt : elles permettent
de constater la popularité de certaines poésies d'origine plus
ou moins littéraire, et le's changements de toutes sortes que
subissent celles-ci efl passant par des bouches souvent illettrées.
De plus, la littérature bretonne des feuilles volantes est très
rarement accompagnée de traductions. Malgré cela, l'auteur
pouvait se contenter de noter les variantes les plus importantes,
pour courir de préférence après l'inédit.
Quant à la désignation de « bardes » donnée aux auteurs
et aux chanteurs actuels de poésies bretonnes, elle peut
donner lieu à des idées très fausses, contre lesquelles M. Gaidoz
a protesté à bon droit. Mais l'éminent critique reconnaît que
ce mot est employé, sous sa forme armoricaine baix, par les
« bourgeois » et les « demi-lettrés qui écrivent des vers
bretons »; d'un autre côté, ces poésies de bourgeois ou de demi-
lettrés deviennent quelquefois populaires, comme le constate
M. Quellien, p. i6. Je ne crois donc pas que l'expression de
« barde breton » soit fausse en elle-même.
Les textes publiés par M. Quellien sont en général bien
écrits et bien traduits. Cependant on peut signaler quelques
foutes ; comme goud-ouz^-och, vous savez, p. 86, 88, ^onr goud
ouxpch (Uttéralement « savoir vous savez, cf. Rcv. Celt., IX,
245); d'ain dostik, tout près, p. 132, pour daiiidostik {dam- est
un préfixe, composé de deux prépositions) ; taol a rent diwar
'n hi\ ho tan ne veut pas dire « ils jetaient d'eux leur feu »,
p. 118, mais « du feu », lisez diiuarm^o tan ; n'a ra ket taillo
deme:(el (lisez na ra) ne signifie pas « elle ne (se) fait pas une
taille de demoiselle », p. 223, mais « elle ne £iit pas de gri-
maces comme une demoiselle », cf. Bar:^a:^ Brei^, 166; peur,
p. 167 ==:.« tout à foit », et non « à peu près ». Ann-obstant
ini:( oc'h, quoique vous soyez, p. 74, est noté comme une
expression extraordinaire, on lit pourtant enostant ma, p. 228;
cf. Rcv. Cch., IX, 383. La remarque sur tri mab Heri, les trois
fils de Henri, p. 195 = Rev. Celt., VI, 501, me paraît n'avoir
aucun sens conciliable avec les faits de la grammaire bretonne.
Ce n'est pas seulement dans la dernière partie qu'il est
question de musique. L'auteur s'en montre constamment
préoccupé; là est l'originalité, et sans doute le principal mé-
Bibliographie. 5 7 5
rite de son œuvre. Mon incompétence m'interdit de le juger
à cet égard : je ne puis que constater le zèle louable dont il a
fait preuve pour compléter en cela le recueil de M. Luzel, et
pour noter des airs de danse sans paroles. Sur l'histoire de la
musique bretonne il n'est pas toujours de l'avis de ses rares
devanciers; il combat, par exemple, des opinions de M. Bour-
gault-Ducoudray, p. 18, 32.
Il est à souhaiter que M. Quellien ne se -décourage pas,
comme quelques-uns de ses collaborateurs en pays bretonnant,
dont il parle p. 46 ; mais qu'il continue à explorer et à faire
connaître à tous les trésors cachés du folklore breton.
E. Ernault.
Galatarum res in Graecia et Asia gsstae usque ad mé-
dium secundum saeculum ante Ghristum, thèse de doctorat
présentée à l'Université d'Amsterdam le 17 janvier 1888, par Hendrik van
Gelder. Amsterdam, J. -H de Bussy, 1888, 'm-8^, 302 pages.
Ce travail est divisé en sept chapitres qui traitent : 1° des
Gaulois avant leur entrée en Grèce; 2° de leurs premières
expéditions en Grèce, 281-279 av. J.-C. ; 3° des Gaulois dans
la péninsule grecque de 278 av. J.-C. au deuxième siècle de
notre ère; 4° des Gaulois en Asie jusqu'à leur défaite par
Attala, 278-225 ; 5° de la Gahitie (étudiée au point de vue
géographique) et des mœurs des Calâtes ; 6° de l'histoire des
Calâtes jusqu'à l'époque où Cn. Manlius, vainqueur, leur im-
pose les conditions de la paix 225-188; 7° de l'histoire des
Calâtes sous la domination romaine jusqu'à la fin de leur auto-
nomie, 188-25 ^'''- J-"C.
Le sujet de cette thèse est à peu près le même que celui
de l'intéressante « Histoire des Gaulois d'Orient » de iM. Ro-
bioLi, qui remonte à 1866; l'auteur de la thèse a donné à la
chronologie plus de soin que M. Robiou et il a gagné par là
plus de clarté dans son exposition ; d'autre part, il a profité
des progrès de l'érudition moderne et il connaît ainsi mieux
que le savant français une partie des questions qu'il traite.
Nous ne trouvons pas chez M. van Gelder le chapitre sur
^-7 4 Bibliographie.
■> /
les Cimméricns par lesquels commence M. Robiou, qui croit
à l'équation Cimmerien = Cymro, c'est-à-dire Gallois. Cela
ne veut pas dire que le premier chapitre de M. van Gelder
qui traite des origines soit en tout parfait ; ainsi, p. 4, il fait
dire à Tacite que les Osi sont des Gaulois, quand le grand
écrivain nous apprend que les Osi étaient illyriens : Cotinos
gallica, Osos paniionica liiigua coarguit non esse Gennanos (Ger-
mania, 43), et dans le même passage, il conserve pour le nom
des Coiini la vieille orthographe Gotini, aujourd'hui rejetée.
Il paraît, p. 11, vouloir faire supporter aux Senons vaincus
par les Romains une partie de la responsabilité des dévasta-
tions commises en Grèce et en Asie par les Gaulois qui, de
Pannonie et dlllyrie, se précipitèrent sur la péninsule des
Balkans et de là en Asie Mineure, au troisième siècle avant
notre ère : Ildcnlur Scnones cuncti, c Boiis haud pauci, inbospi-
îam lialiaiii dereliquisse trans Alpes in Pannoniani, in lUyridem
nhiisse. Il renvoie à Strabon ; or, que dit le célèbre géographe ?
Il dit que les Romains finirent par exterminer entièrement,
i';sç;6£'.pxv ja-rsscv -.ihiu):, les Senons et chassèrent, ïlùazx'i, les
Boies, qui allèrent s'établir dans la région Danubienne (liv. V,
c. I, § 6, éd. Didot, p. 177, 1. 17-20). M. van Gelder étend
aux Senons détruits ce que Strabon affirme des Boii fugitifs.
Le plus étrange est p. 4, une citation de César, De hcUo gaJIico,
VI, 24, qui aurait parlé des Vokae Tectosages établis en
Germanie, in ut raque Mari fluvii ripa ; cette indication topo-
graphique ne se trouve pas chez César. Le jeune auteur a
donc travaillé beaucoup trop vite et n'a pas pris le temps de
lire les textes qu'il cite. Mais il a eu de bons maîtres ; on le
voit par exemple au début de son étude sur les expéditions
des Gaulois en Grèce de 281 à 279 ; il se préoccupe de savoir
à quelle source a puisé Pausanias, notre principal auteur
aujourd'hui sur ce sujet. Dans l'opinion de M. van Gelder
Jérôme de Cardie, écrivain contemporain de cette guerre, est
l'historien auquel on doit faire remonter la première rédaction
du récit abrégé par Pausanias. L'école a laquelle appartenait
M. Robiou avait une méthode différente : « La tradition
nationale recueillie par Pausanias racontait... » {Histoire des
Gaulois d'Orient, p. 40). La tradition nationale ! On se con-
Bibliographie. 375
tentait alors de peu en France pour expliquer comment
s'étaient composés les récits des historiens grecs.
M. van Gelder comprend qu'il tant chercher à être plus
précis. Qu'à l'avenir, il prenne la peine de bien comprendre
et de bien copier les auteurs grecs et latins sur lesquels il
s'appuie et il pourra devenir un historien. Tel qu'il est, son
livre est sur nombre de points supérieur à celui de M. Ro-
bion. Seulement on fera bien de ne pas s'en servir sans vérifier
les citations d'auteurs anciens sur lesquels il prétend appuyer
ses doctrines.
H. D'A DE J.
CHRONIQUE
SOMMAIRE: I. Un gouverneur inconnu delà Gaule. — II. Nouvelle édition des West-Highland
Taies. — III. Le gaélique d'Ecosse suivant le journal Thi Citizen de Chicago. — IV. Publi-
cation du mystère de saint Guennolé par M. Luzel. — V. Une rédaction de la vie de saint
Guennolé dans un ms. du xiii' siècle au Musée Britannique. — VI. Gloses irlandaises inédites
publiées par M. Whitley Stokes. — VII. Etude de M. A. Nutt sur le Mesca Ulad édité par
Hennessy. — VIII. Deux stèles funéraires (dont l'une avec inscription ogarique), deux sé-
pultures par incinération et la croyance aux fées en Irlande. — IX. Récits légendaires irlandais
et bretons dans la Revue des traditions populaires. — X. Les gentilices romains d'origine
non latine en Gaule. — XI. Mémoires de M. Cartaillac sur l'orfèvrerie d'or gauloise et de
M. Hoernes sur la nécropole de Hallstatt (Autriche). — XII. Publication nouvelle sur trois
stèles funéraires déjà connues datant du ix= siècle (?) et appartenant au pavs de Galles. Décou-
verte de trois stèles inédites dans la même région. — XIII. M. S. Reinach et les Gaulois dans
l'art antique. — XIV. Le poète gallois Dafyd ap Gwilym. Corbilon ne serait-il pas Saiut-Nazaire?.
XV. Le journal Vlrish Echo de Boston. — XVI. Critique par M. Whitley Stokes du livre de
M. R. Atkinson : The passions and the homilies in the Leabhar breac. — XVII. L'histoire la plus
ancienne de l'Irlande par M. Charles de Kav dans le Cnitiiry Ma^aiiiic de Xew-York. —
XVIII. Les ohclisques ihèrcs d'Aristote sont-ils des cromlechs? — XIX. Acquisition d'une ins-
cription lépontienne dn Tessin par le musée de Milan.
I.
M. Cagnat, professeur d'épigraphie latine au Collège de France, et dont
le nom est bien connu des lecteurs de la. Revue, nous a signalé dans les No-
ii^ie degli scavi, 1889, p. 9, une inscription intéressante, parce qu'elle nous
fait connaître les noms d'un gouverneur de la Gaule inconnu jusqu'ici.
C'est Cn. Pullius Pollio, proconsul de la Narbonnaise, légat d'Auguste dans
la Gallia comata et en Aquitaine. Ce nom ne se trouve pas dans la liste des
gouverneurs de la Gaule sous Auguste qu'a donnée Ernest Desjardins, Géo-
graphie historique et administrative de la Gaule romaine, t. III, p. 246, 247.
II.
Nous apprenons avec plaisir qu'il va paraître une nouvelle édition des
contes des hautes terres occidentales d'Ecosse, West Highland Taies, par
Campbell. On trouve encore en librairie les tomes III et IV de ce recueil,
mais les tomes I et II sont depuis longtemps épuisés.
m.
Le journal irlandais The Citi'^en qui paraît à Chicago, Etats-Unis, con-
tient dans son numéro du 13 juin un article où est traitée la question de
savoir à quelle date chez les Gaels d'Ecosse la langue littéraire a cessé d'être
identique à l'irlandais littéraire. L'auteur de cet article prétend que la révo-
Cfironi^jue. 577
lution d'où a résulté la séparation actuelle des deux langues s'est produite
subitement au milieu du siècle dernier et qu'elle a eu une cause politique.
Suivant lui, la notation adoptée en Ecosse serait arbitraire, ne représenterait
pas la prononciation réelle, et comme exemple il donne la notation de l'ar-
ticle au génitif pluriel : « Livre des droits » s'écrit en gaélique d'Ecosse
Leahhar nan Ceaii, tandis qu'en Ecosse on écrit Leahhar tm gceart. La diffé-
rence principale des deux notations consiste dans le second n de l'article
gaélique nan. Ce second n n'existe pas en irlandais dans cette formule, et
on ne -le trouve dans aucun texte, quelque ancien qu'il soit, quand le mot,
que l'article précède, commence par la lettre c. Cet n ne peut donc être
que préhistorique, dit l'auteur irlandais de Chicago, qui paraît ne pas ignorer
la grammaire celtique. La question pour nous est de savoir si, en Ecosse,
la prononciation aurait rétabli cet n par analogie, puisque Vn final de l'ar-
ticle se maintient en irlandais devant d, g et les voyelles.
IV.
Le bulletin de la Société archéologique du Finistère pour l'année 1889
(tome XVI, livraisons 2 à 5) contient le texte et la traduction du mystère
de saint Gwennolé, texte breton, et traduction en français. Il a existé de ce
mystère une rédaction du xvie siècle que Le Pelletier a cité trente-cinq fois
dans son dictionnaire de la langue bretonne, 1752; mais l'auteur de l'édi-
tion que nous annonçons n'a eu à sa disposition qu'une copie moderne, cet
auteur est M. Luzel, dont les travaux sur la littérature bretonne sont si
justement estimés; son édition du mystère de saint Gwennolé arrive à
point, au moment où viennent de paraître deux éditions de la vie latine du
célèbre abbé breton : l'une par le Père de Smedt, l'autre par M. de La Bor-
derie.
V.
En annonçant l'édition de la vie de saint Gwennolé, dans les Anakcta
BoUandiaiia, par le Père de Smedt, chronique d'octobre dernier (tome IX,
page 496), j'ai commis une grosse omission dont je fais amende honorable
au savant jésuite ainsi qu'aux lecteurs de la Revue Celtique. Je n'ai pas dit
qu'outre le manuscrit de la Bibliothèque Nationale de Paris lat. 5610 A, le
Père de Smedt s'est servi d'un manuscrit du Musée Britannique Cotton.
Otto. D. VIII, qui, bien que postérieur de plusieurs siècles à celui de Paris,
contiendrait dans la pensée du savant éditeur une rédaction plus ancienne.
En tous cas, cette rédaction est beaucoup plus courte. Dans l'édition due
au P. de Smedt, la différence des caractères typographiques permet de dis-
tinguer : 1° ce qui est communaux deux manuscrits, 2° ce qui ne se trouve
que dans celui de Paris. Si je ne me trompe, M. de la Borderie considère le
texte de Londres comme un abrégé de celui de Paris qui est, comme on
sait, peu différent de celui de Q.uimper. Il est difficile de nous prononcer
sur cette questioij avant de connaître les raisons que le savant breton croit
avoir pour ne pas admettre l'hypothèse du P. de Smedt.
Revue Celtique, X 25
Î78
Chronique.
VI.
M. Whitley Stokes a publié dans VAcademy du 25 mai dernier, pp. 561-
362, de fort intéressantes gloses irlandaises extraites d'un manuscrit du Va-
tican, fonds palatin 68. C'est un manuscrit latin écrit par une main irlan-
daise au ixe ou au x^ siècle; ces gloses sont au nombre de seize.
VII.
L'abbé Duchesne vient de faire paraître un volume d'un haut intérêt pour
toutes les personnes qui désirent connaître l'histoire de la liturgie chrétienne
chez les populations celtiques; ce volume est intitulé : Origines du culte
chrétien, étude sur la liturgie latine avant Charlemagne. Il a paru chez Thorin,
7, rue Médicis, à Paris. On y trouvera par exemple, aux pages 148 et 149,
une savante appréciation du missel de Stowe et de l'antiphonaire de
Bangor.
VII.
Dans V Archaological Revieiu de mai 1889 (tome III, pages 206-214),
M. Alfred Xutt a publié une très intéressante étude sur l'édition du Mesca
Ulad donnée par Hennessy et dont il a été rendu compte dans le présent
volume, pages 244-247. Suivant M. Nutt, les deux fragments publiés par
Hennessy appartiennent à deux rédactions différentes. La doctrine de
M. Nutt sur ce point spécial se rattache à la doctrine générale de M. Zim-
mer sur les sources les plus anciennes de la littérature épique irlandaise.
VIII.
Le journal de l'Association historique et archéologique d'Irlande, n" 77
(tome VIII, p. 505), contient une note sur une pierre ogamique que
M. Charles Elcock a trouvée dans le comté de Cavan et qui lui semble
n'avoir pas été signalée jusqu'ici ; cette pierre est connue sous le nom de
Cîoch Stucha et les gens du pays croient que c'est une stèle funéraire : « Un
grand homme », dit-on, « a été enterré sous cette pierre ». Malheureuse-
ment, il parait que l'inscription ogamique est illisible. — M. Thomas
O'Gorman n'a pas été beaucoup plus heureux pour une tombe chrétienne
qu'il a trouvée dans le cimetière de Meelick, au comté de Mayo : il n'a pu
lire que les trois premières lettres du nom du défunt : gri. Il suppose qu'il
s'ao-it d'un certain saint Grégoire qui vivait dans les premiers siècles du
christianisme {ibidem, page 495). — La notice, par le colonel Vigors, sur
une tombe à incinération trouvée près du village de Royal Oak, comté de
Carlow, me paraît plus intéressante, c'est une contribution importante à
l'histoire la plus ancienne de l'Irlande (/7'/'(/. , p. 491). — Le n" 79, t. IX,
Chronicjue. ]-jc)
p. 19, contient un mémoire de M. French sur une découverte analogue à
Adamstown, comté de Wexford ; et p. 59, un recueil de notes colligées
par le Rev. Brenan, qui attestent la persistance de la croyance aux fées chez
les paysans irlandais.
IX.
Dans la Revue des traditions populaires d'avril 1889 (tome IV, p. 217-
224), M. Loys Brueyre a terminé la publication de la traduction en français
du mémoire inédit de M. David Fitzgerald sur quelques récits légendaires
irlandais. — Dans le numéro de mai, tome IV, p. 276-281, de la même
revue, M. Buléon a donné cinq récits légendaires recueillis à Carnac (Mor-
bihan); le héros de ces cinq récits est le personnage mystérieux connu sous
le nom de CoUé-Porh-en-Dro. — Dans le numéro de juin 1889 (tome IV,
p. 358J, M. Le Carguet a inséré la légende bretonne des chats et des rats
incendiaires.
Les comptes rendus de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, bulle-
tin de janvier-février 1889, contiennent, pages 27 à 2g, une note sur les
gentilices romains d'origine non latine dans les noms de lieu de la Gaule.
XI.
On remarque, dans la Revue d'Anthropologie du 15 mai 1889, tome IV,
p. 274-292, une étude sur « For gaulois », par M. Emile Cartailhac. Cet
article est accompagné de dix-neuf figures intercalées dans le texte, repré-
sentant divers bijoux trouvés dans la Bretagne continentale, dans la Côte-
d'Or, la Haute-Garonne, le Tarn, la Marne, l'Alsace, etc. Il peut donner
une idée générale de l'orfèvrerie gauloise avant la conquête romaine. —
Trop courte est malheureusement l'intéressante notice de M. Maurice
Hocrnes sur le cimetière de Hallstatt, en Autriche, et sur les notions his-
toriques qui résultent des fouilles e.Kécutées dans ce cimetière, même livrai-
son, pages 328-336. Cet article contient une notice bibliographique et de
courtes indications, principalement statistiques. Aijisi : « sur neuf cent
quatre-vingt-treize tombeaux, quatre cent cinquante-cinq contenaient des
os calcinés, cinq cent vingt-cinq des squelettes entiers; dans treize, les corps
semblaient avoir été en partie brûlés et en partie enfouis entièrement. A
Watsch (Carniole), on a fait de pareilles observations, mais l'incinération
y prédomine considérablement : sur deux cents tombeaux, il n'v en a que
dix à squelettes. Une autre diilérence consiste en ce que le mobilier funé-
raire (à Watsch, régulièrement plus riche chez les squelettes et surtout
contenant des armures qui, généralement, manquaient dans les tombes à
crémation), ne permet à Hallstatt aucune profonde distinction entre les
sépultures si diversement arrangées. Probablement, à^\'atsch, l'inhumation
était l'usage plus récent et adopté d'abord par les gens riches et puissants.
Il n'est pas nécessaire de supposer, avec le prince de Windischgraetz,
qu'en cet endroit deux différentes nations ont vécu ensemble, l'une, la
380 Chronique.
subjuguée, brûlant ses morts, tandis que l'autre, le peuple dominant, les
ensevelissait sans crémation. Dans cette supposition, à Hallstatt, les tombes
à inhumation appartenaient plutôt à la race conquise, tandis que celles à
crémation contenaient les restes de la race régnante. Car, d'une manière
générale, les squelettes sont accompagnés d'un mobilier un peu moins riche
que les cendres ; les objets de parure en or, les armures en bronze et en
fer proviennent le plus fréquemment des tombeaux à incinération, les vases
en bronze en proviennent presque exclusivement. Ce n'est que l'ambre jaune
qui domine chez les squelettes. » (Page 330). Dans l'opinion de l'auteur,
la civilisation de Hallstatt n'est pas celtique, mais illyrienne, et c'est une in-
vasion gauloise qui l'a détruite.
XII.
ISArchaeohgia Camhrcnsis d'avril 1889 contient, p. 1 18-126, une étude
de M. J. Roniillv Allen sur trois stèles funéraires qui existent encore à
Llantivit major, Clamorganshire. Ces monuments sont pourvus d'inscrip-
tions qui nous font connaître les noms des personnes sur les tombes
desquelles ils ont été élevés, ou aux tombes desquelles ils ont été destinés.
Le numéro i a des inscriptions sur deux foces. L'inscription gravée à
l'Est nous apprend qu'elle a été posée par les soins d'un certain Samson :
Sduison posiiit haiic criicein pro ainiiia ejtis. La face occidentale contient
quatre noms, chacun dans un cartouche séparé. Iltel, Samsonis régis, Sa-
muel, Elizar. Iltel est précédé d'une croix, Samuel et Elizar sont chacun
suivis d'une croix ; aucun signe n'accompagne dans son cartouche le nom
du roi Samson. On doit, ce me semble, reconnaître dans ce monument la
continuation de l'usage romain suivant lequel on voit si souvent quelqu'un
faire graver une épitaphe pour des parents morts et pour lui-même encore
vivant : viviis sibi (\e « vivant » est le roi Samson). La même observation
pourrait s'appliquer au numéro 3 (?). Le numéro 2 a été élevé par les
soins d'un certain Houelt pour Res, son père. Le numéro 3 a été dressé et
gravé par ordre d'un certain abbé Samson, pour lui, pour le roi luthahel et
pour un certain Artmal Tec. On attribue ces monuments au neuvième
siècle. L'article de M. Romilly Allen est accompagné de cinq planches. Ces
monuments ont déjà été reproduits dans le Lapidariiini JVaUiae de West-
wood, planches 3, 4, 5, 6, 7 ; et une étude sur eux se trouve dans le texte
du même ouvrage, p. 9-14. Les planches de M. Romilly Allen sont un
peu meilleures que celles de Westwood.
Ce qui est plus intéressant, c'est (p. 176-177) la découverte de trois
stèles avec inscriptions à Egremont et Llandilo, South-Wales. Les inscrip-
tions consistent simplement en noms propres : 1° Naniacui ; 2° Andaseta ;
3'^ Coiniagni tilii Caveti. Des deux noms propres contenus dans la dernière
inscription, l'un est un dérivé du gentilice Connius qui n'est pas rare sous
l'empire romain ; et ce dérivé a été formé à l'aide du suffixe -gnus étudié
par M. Rhys, Lcxtures on JVelsh Philohgy, 2'^ éd., p. 31. L'autre, Cavetus.
paraît prochainement apparenté au Cavo de l'inscription de Llanfor (Rhys,
Chronique. 38 r
Lectures on Welsh Philohgy, 2^ éd., p. 374). Andaseta... semble un composé
dont le premier terme serait identique au premier terme d'Andagelli de
l'inscription de Gelli-Dyv/yll (Rhys, lectures on Wehh Philology, p. 388) et
au premier terme Ando- du nom d'homme Ando-rourus conservé par une
inscription de Vézénobres, Gard (C. /. L., XII, 2891).
XIII.
Les numéros de la Revue archéologique de janvier- février et de mars-avril
1889 (troisième série, t. XII, p. 11-22; 187-203) contiennent la continua-
tion du savant mémoire de M. S. Reinachsur les Gaulois dans l'art antique.
Nous voyons avec regret l'excessive lenteur avec laquelle paraît cette ins-
tructive publication ; c'est le premier travail d'ensemble dont aient été
jusqu'ici l'objet les nombreuses représentations de Gaulois éparses dans une
foule de monuments de l'art grec et romain et dans un grand nombre de
collections publiques et privées, françaises ou étrangères.
XIV.
Les Annales de Bretagne ont publié dans leur numéro d'avril la traduction
par M. Le Gai d'un mémoire de M. Cowell sur le poète gallois Dafydd ab
Gwilym, 1328-1400(1. IV, p. 387-419). — On trouve ensuite un mé-
moire de M. Léon Maître qui prétend prouver que ïemporium gaulois de
Corbilon n'est autre que Saint-Nazaire. Corbilon était situé sur la Loire.
Quand Polybe voulut avoir des renseignements sur la Bretagne afin de con-
trôler ceux que donnait Pythéas, il s'adressa à des ambassadeurs que les
habitants de Corbilon avaient envoyés à P. Cornélius Scipio Africanus le
jeune, probablement vers l'année 134 avant J.-C. Nous le savons par
Strabon (livre IV, c. 2, § i ; éd. Didot, p. 158, 1. 1-9; Teubner-Meineke,
t. I, p. 259, 1. 10-19; "^f- Polybe, édition Didot, t. II, p. 115-116). Ni
César, ni aucun auteur postérieur n'ont parlé de cette localité. — Dans
cette livraison, M. Loth a continué la publication de sa chrestomathie,
dont nous parlerons avec détail quand le tirage à part aura paru.
XV
Le journal The Irish Echo paraît toujours mensuellement à Boston. Une
partiedecette feuille continueà être occupée pardes réimpressions. Lesleçons
d'O'Curry sur les matériaux manuscrits de l'ancienne histoire d'Irlande
et les vieux romans celtiques, Old-Celtic romances, de Joyce en font prin-
cipalement les frais. Le plus utile est un cours élémentaire d'irlandais mo-
d.'rne à l'usage de ceux qui veulent apprendre cette langue sans maître.
XVI
La Philologkal, Society vient de publier la critique par M. Whitley Stokes
de la savante et utile publication que M. Robert Atkinson a intitulée : The
^82 Chronique.
Passions and homilies front Leàbhar Breac, text, translation and glossary. Les
critiques de M. Whitlev Stokes portent un peu sur le texte et sur la tra-
duction mais principalement sur le glossaire.
Commençons par le texte. M. Whitley Stokes regrette que M. Atkinson
n'ait pas employé le caractère italique pour les lettres qui dans le texte ori-
ginal sont indiquées par des signes abréviatifs et qui par conséquent restent
souvent douteuses. Je partage complètement ici la manière de voir du
savant critique. Mon avis n'est pas le même quand il reproche à M. Atkinson
d'avoir séparé les différents termes des composés : la principale utilité d'un
texte facile comme celui des « passions » et des « homélies » est de servir
à l'instruction des commençants, et pour eux il sera toujours utile d'employer
les signes typographiques à l'aide desquels on peut rendre distincts au
moins les différents éléments d'un composé syntactique.
Quant à la traduction, M. Whitley Stokes y a relevé un certain nombre
de contre-sens ; les contre-sens dans les traductions sont un défaut inévitable
et celui qui les corrige rend à l'auteur comme au lecteur un service dont
ils doivent tous deux être reconnaissants.
L'étude sur le glossa ire est divisée en huit articles :
a. mots qui n'existent point.
b. cas obliques donnés pour des nominatifs.
c. signe de la longue mis sur une vovelle brève.
d. omission du signe de la longue.
c. deux articles pour le même mot.
/. confusion de deux mots différents qu'on a réunis dans le même
article.
g. traductions erronées.
/;. étvmolo2;ies fausses.
Ceux qui possèdent un exemplaire du livre de M. Atkinson feront bien
de reporter ces corrections en marge. Par là ils augmenteront beaucoup la
valeur scientifique du volume. Mais je me permettrai de plaider en certains
cas pour l'auteur les circonstances atténuantes. Ainsi une partie des mots
imaginaires se trouvent dans le manuscrit et ils doivent leur existence à un
phénomène phonétique : la confusion du i et du o^ « aspirés » dont la pro-
nonciation était identique, au quatorzième siècle comme aujourd'hui : ainsi
iariiaige « de fer « représente exactement le même son que iarnaidc qui
est la bonne leçon ; fiiigcll, mauvaise leçon ^oin fuidcU « reste «, donne lieu
à la même observation, etc.
XVIL
M. Charles de Kay a publié dans le Century Maga-;ine de New-York,
janvier et février 1888 et mars 1889, trois articles sur l'histoire la plus an-
cienne de l'Irlande païenne et chrétienne. Son style est clair, élégant et
facile; de jolies gravures accompagnent le texte. On pourra regretter que
l'auteur paraisse attribuer une valeur historique aux récits par lesquels com-
mencent l'histoire d'Irlande deKeating et les Annales des Quatre Maîtres. Au
siècle d'Auguste, les Romains ont cru descendre d'Enée; au moyen âge on
Chronicjiie. ]S^
a donné aux Francs une origine troyenne, mais il y a longtemps que l'éru-
dition a fait justice sur le continent européen de ces patriotiques rêveries.
Il est regrettable que l'état d'esprit qui les a produites persiste encore chez
tant d'Irlandais.
XVIII.
La Revista archeohgica de Lisbonne, no de mai, juin et juillet 1889
contient un article de M. Borges de Figueiredo qui croit reconnaître des
cromlechs dans les obélisques, ooîÀ{î/.oj; de la Politique A' Ansiolt (Uvre VII,
c. 2) : le célèbre philosophe parlant des Ibères « race belliqueuse » dit que
chez eux l'usage est de planter autour de la tombe de chaque guerrier
un nombre d'obélisques égal à celui des ennemis que le mort a tués. M. de
Figueiredo n'est pas le premier qui ait remarqué ce texte et auquel l'idée
soit venue que ce passage d'Aristote pourrait justifier l'attribution des mo-
numents mégahtiques aux Ibères. Seulement la difficulté est de savoir ce
que désigne le mot grec oôaÀi'jy.o;, obélisques (?). Ce peut être une broche
quelconque, d'une matière quelconque, par exemple de bois, et il n'y a
aucune preuve que ce soit une pierre levée.
XIX.
L'Archivio storico Lonibanh du 31 mars 1889 contient en regard de la
page 200 la photogravure d'une inscription pré-romaine de la Gaule cisal-
pine qui vient d'être acquise par le musée national d'archéologie de Milan.
Cette inscription, trouvée à Stabbio, canton du Tessin, a déjà été publiée
par MM. Fabretti, Poggi et Castelfranco, le premier dans son troisième
supplément aux inscriptions antiques de l'Italie (p. 73, planche i, fig. 2),
le second dans le Bullettitw di corrispoiiden~a archeohgica, 1875, p. 201; le
troisième dans le Bulkltino di paletnologia, 1879, n°^ i et 2. Telles sont les
indications bibliographiques données par VArchivio; elles ne sont pas com-
plètes, car cette inscription a été aussi éditée par Gamurrini dans son sup-
plément au Glossaiiuni. italicuin de Fabretti, pi. I, n» i ; et enfin par Cari
Pauli, Die luschriOcu JiordetrusJciscben Alphabets, Leipzig, 1885, pi. I, fig. 17.
Suivant M. Pauli, il faut lire Koiuoneos Varsileos (c'est la lecture de Fa-
bretti), Konioneos est un prénom, Varsileos un nom de famille, et les deux
mots désignent un défunt de la tribu des Lepontii laquelle aurait été cel-
tique (p. 9, 72-74, 92, 94, 95, 96 de l'ouvrage précité de C. Pauli).
Paris, le 3 juillet 1889.
H. d'Arbois de Jubainville.
CORRIGENDA
p- 239,
p. 24.0,
p. 241,
22, for eisbuith, read eisbn//;.
29, ftw indised, the ms bas ( wrongly) indise/.
I, for ingen, read mgine.
12, for atchomairc, read at/;comaire.
29, for cumachtai, read cximhachvii.
32, for ol, read al.
13, for dolbic, nW doUeig.
W. St.
Le Propriétaire-Gérant : E. BOUILLON.
Chartres. — Imprimerie DURAND.
TARANOUS ET THOR
ADVERSAIRES DES FLEAUX.
Voir le premier article, p. 26^ et suivantes. — Les notes sont rejetées à la fin
de l'article.
IV.
La Guerre.
Soixante-dix ans avant Gallus, Sidoine Apollinaire avait
inauguré les Rogations dans la cité Arverne (474). La Gaule,
abandonnée par l'empire, tentait un dernier effort. Ewaric, roi
des Wisigoths, se préparait à ajouter l'Arvernie à son royaume
de Toulouse, quand Glycérius trouva habile de rejeter sur la
Gaule les Ostrogoths qui avaient envahi l'Italie. Ewaric prit à
sa solde les Ostrogoths, et vint avec eux assiéger la ville.
Ecdicius s'y était jeté avec dix-huit cavaliers, et c'était la seule
troupe régulière qu'il pût opposer aux Goths. Avec eux il réa-
lisa des prouesses telles qu'en ont chanté plus tard les romans
de chevalerie. Sidoine, de son côté, prêchait d'exemple à ses
ouailles, partageait leurs dangers et leurs privations, se mon-
trait avec son beau-frère, à la fois soldat et capitaine, ainsi
qu'il le dit lui-même. Il écrivait à Mamert de Vienne : « Quoi-
que notre courage n'ait reculé devant aucune témérité, nous
n'attendions notre salut ni de nos murailles entamées par l'in-
cendie, ni des palissades pourries, ni des défenses usées par
la poitrine des sentinelles; nous fondions notre seul espoir
Revue Celtique, X. 26
586 J.-F. Cer quand.
sur les Rogations instituées par toi, accueillies avec enthou-
siasme par nos Arvernes qu'elles soutiennent encore contre les
menaces de nouvelles épreuves ^ »
Les Rogations de 474, qui avaient si heureusement su as-
socier l'esprit religieux au patriotisme, ne pouvaient être l'objet
d'une opposition payenne. Sidoine le constate, et en le cons-
tatant, nous apprend qu'une telle opposition a eu lieu autre-
fois. Quoique les Rogations de Mamert datent de cette année
même 474, l'Église avait de tout temps célébré des suppli-
cations. « C'était, écrit Sidoine, des cérémonies désordonnées,
tièdes, sans grande assistance et irrégulières, que troublaient
les chants des festins. 5) Il ajoute avec assez d'irrévérence,
malgré les réticences de son texte : « Le but de ces suppli-
cations était d'obtenir surtout le beau temps ou la pluie, au
risque de mécontenter ou les jardiniers ou les potiers de
terre. » Puis, revenant aux festins bruyants, des payens sans
aucun doute, il ajoute : « Pendant les Rogations actuelles,
nous jeûnons, nous prions, nous psalmodions, nous pleurons
(nos fautes). » Et il finit en invitant son ami Aper à venir par-
tager avec lui cette fête du repentir.
La lecture de la lettre de Sidoine montre sa préoccupation
de donner tout son relief au contraste des deux rites : les chré-
tiens s'humilient, les payens boivent : Thoro lybatur. Il s'agit,
il est vrai, des supplications pour la pluie et le beau temps.
Nous reviendrons sur ce point lorsqu'il en sera temps, et nous
poursuivons la piste de la guerre Fléau.
Quand nous disons aujourd'hui : le fléau de la guerre, la
guerre est un fléau, nous ne l'entendons pas au sens qu'eût
donné à de telles propositions l'Eglise du v^ siècle. Alors le
fléau venant de Dieu devait avoir un caractère surnaturel.
C'est ainsi que Salvien avait considéré l'invasion dès le com-
mencement, et la parole qu'il porte aux Vandales qui, en
deux ans, avaient dévasté la Gaule et envahi l'Espagne, ré-
sume bien sa pensée : « l'œuvre que nous accomplissons n'est
pas la nôtre ; c'est la volonté divine qui nous pousse et nous
talonne : Ipsi àenique fatebantur non suum esse quod facerent,
agienim sedivino jussu ac perurgeri. Mais cette doctrine absolue
de Salvien ne fut pas admise ; elle aurait paralysé tout effort.
Taranous et Thor. 387
Peut-être a-t-elle atténué la résistance au commencement.
Lorsque Mamert institua les Rogations (452-474), les ter-
reurs de la grande invasion avaient bien diminué. Les Van-
dales, les Alains, les Suèves n'avaient fait que traverser la
Gaule ; les Huns, à peine arrivés au bord de la Loire, avaient
fui. Les Goths et les Burgondes, ceux-ci surtout, s'installaient
sur la Garonne et le Rhône, dressaient des codes, vivaient fa-
milièrement avec les vaincus, montraient de la vénération aux
Evêques. Vus de près, ils perdaient l'aspect fatal des fléaux de
Dieu. On voyait qu'ils faisaient la guerre avec les moyens
ordinaires : la guerre cessait d'être un châtiment divin pour
rester une misère humaine. Dès lors, l'opportunité des Ro-
gations pour repousser la guerre ne paraissait plus. Et de fait
les Rogations de cette catégorie sont de rares exceptions. Il y
en a un seul exemple sous les Mérovingiens, un seul pendant
le règne guerrier de Charlemagne. Les Rogations de Cler-
mont, les premières de toutes, puisqu'elles sont contempo-
raines de iMamert, paraissent le produit d'un enthousiasme
subit et irréfléchi, sans influence sur l'avenir. Il faut chercher
ailleurs les raisons d'ordre surnaturel qui justiflent les ex-
ceptions-.
Nous les trouvons dans les Rogations par lesquelles Charle-
magne inaugura la guerre Avarique (791). Il n'y avait pas
songé dans ses guerres contre les Saxons, les Lombards, les
Maures ; il n'y songea plus après ; et la solennité dont il
voulut les environner montre quelle importance il y attachait.
Il nous en a conservé le programme dans une lettre à Fas-
trade. L'armée et le peuple devaient prendre part aux jeûnes,
aux processions ; les prêtres et les clercs avaient un rôle déter-
miné; les dispenses étaient rares et devaient être justifiées,
puis rachetées par des aumônes. La France occidentale était
associée à la pénitence ordonnée. Les grandes Rogations de la
peste de Rome ont seules un aspect aussi imposant, quoique
moins universel.
C'est qu'il s'agissait des Avars, de ces cousins des Huns qui
avaient hérité du fâcheux renom d'Attila et de ses bandes.
Après des forrunes diverses, les Avars s'étaient emparés des
lieux où Attila avait jadis élevé son palais de bois près du Da-
388 J.-F. Cerquand.
nube, avaient soumis les contrées centrales de la Germanie
jusqu'à la Thuringe. Là ils s'étaient heurtés aux Francs d'Aus-
trasie. Battus une première fois, ils revinrent à la charge :
« Sigebert marcha contre eux avec son armée et une multitude
de vaillants guerriers. Mais^ au moment de combattre, les
Huns, habiles dans les arts magiques, évoquèrent aux yeux
des Francs diverses apparitions (fantasias) et les mirent en
déroute » (Gr. Tur., Hist. Franc, livre IV, c. 29),
Rapprochez des Avars magiciens les Huns d'Attila, nés,
comme le disaient les Goths, de l'accouplement des sorcières
et des démons, rappelez le titre de Fléau donné à Attila par les
légendaires, et les Rogations de 791 sont expliquées. En 410,
les Burgundes s'étaient résolus au baptême pour attaquer les
Huns, sans avoir à craindre leurs prestiges de sorcellerie. Char-
lemagne en 791 est encore animé du même esprit. Les Roga-
tions le mettront à l'abri des apparitions qui ont mis en fuite
l'armée de Childebert, et sans souci de ce côté il tombera sans
crainte sur les Avars 3.
Grégoire de Tours nous laisse ignorer la nature de ces ap-
paritions, de ces fantômes qui glacèrent le courage de l'armée
austrasienne. Mais on ne peut douter que les Gaulois et les
Francs qui la composaient n'y reconnussent les Pouvoirs du
mal appelés par les prestiges de leurs ennemis. La croyance
aux prestiges de sorcellerie des armées ennemies est commune
en ce siècle. Grégoire de Tours nous en donne un exemple
très curieux en ce sens que les deux armées en présence, Goths
et Francs, pris d'une même frayeur, s'éloignent l'une de l'autre
sans en venir aux mains ■^.
Il est présumable que Sidoine -ApoUinaire attribuait aux
Goths une puissance de ce genre, et que c'est pour ce motif
qu'il institua les Rogations de Clermont. Les Visigoths
n'étaient pas payens comme les Huns : ils étaient Ariens, titre
pire aux yeux de beaucoup d'Evêques de ce temps.
Là où nous trouvons les Puissances du mal agissantes, nous
pouvons chercher le dieu qui a pour fonctions de défendre les
hommes contre leurs agressions, ou sinon le dieu, du moins
quelque trait qui le caractérise. Ce trait existe, suffisamment
clair, dans le surnom Martel donné à Karl, père du roi Pépin.
Taranous et Thor. ^89
On a fait cette observation que le surnom Martellus paraît
pour la première fois dans un document du commencement
du XI*" siècle, c'est-à-dire près de 300 ans après l'événement
(1029-732). D'où on tire la conclusion que le surnom n'a
pas été donné à Karl pour sa victoire sur les Maures, mais
pour ses victoires en général. Dans ce cas le surnom n'aurait
pas une origine populaire, c'est-à-dire perdrait toute signifi-
cation mythologique.
Il est vrai qu'Isidore de Béja, l'historien contemporain, dans
le beau récit qu'il a écrit de la grande bataille, ne mentionne
pas le surnom ; mais Isidore est goth, probablement, et ne
connaît pas le nom. Son abréviateur, Roger de Tolède, dit :
Carolus dictus Marcellus. D'ailleurs, le texte d'Adémar ne
laisse aucun doute sur la question : « Le prince Karl apprenant
que les Sarrasins, après avoir pillé et brûlé la basilique de
Saint-Hilaire, arrivaient en hâte pour renverser la maison de
saint Martin de Tours, arrangea son armée, se jeta sur eux
près de Poitiers, détruisit leur camp, coucha leur armée par
terre et de sa main tua Abderame leur roi. C'est depuis ce tetrips
que tous commencèrent à l'appeler Martel : Et extunc omnes
coeperunt eum cognominare Martellum. Ex tune se rapporte
bien à la bataille, et omnes désigne assurément le peuple.
Le titre d'honneur accordé au prince Karl par la voix popu-
laire est devenu un outrage dans les mains du clergé, ou
plutôt d'une partie du clergé. Charles Martel avait dépossédé
de leurs sièges Eucher d'Orléans et Rigobert de Reims, hos-
tiles à sa cause. Entre Orléans et Reims se créa bientôt une
légende dont on retrouve à cette époque plusieurs analogues.
« Eucher, écrivait Hincmar, fut ravi en esprit dans l'autre
monde. Entre autres choses que lui montra l'ange qui le
guidait, il vit Cari tourmenté dans les enfers. Les saints qui
assistent aux conseils de Dieu ont décidé que sa condam-
nation précéderait le jugement dernier et que sa peine com-
mencerait avant la résurrection des morts. Aussi les démons
ont-ils ravi son corps ; sa tombe est vide à Saint-Denys, ainsi
que s'en est assuré Eucher lui-même. » Sans doute on ne pou-
vait nier la victoire de Poitiers; mais le mérite n'en était poiut
à Karl; il' avait été, comme Nabuchodonosor, comme Attila,
jc)o J.-F. Cercfuand.
l'instrument de la colère de Dieu. L'acte accompli, il rentrait
dans son néant. Il n'est plus Martellus; il est Malleus, comme
les fléaux de Dieu : Malleus orhis, Malleus universae terrae. Tel
est le symbolisme du titre, que des écrivains ecclésiastiques
ont appliqué à Karle. L'un d'eux est poète, et il exulte à la
pensée que le nouveau fléau de Dieu, son œuvre accomplie,
a été rejeté, condamné et damné :
« Ce orrand écraseur a été ensuite écrasé lui-même : en
même temps qu'il écrasait les ennemis, il écrasa l'Eglise ; et
maintenant un juste châtiment l'écrase à son tour. Des mots
tundi et tundere il a tiré son nom actuel Tudites ; c'est Mal-
leus pour le peuple. Il a été à la fois le Malleus de lui-même
et de l'univers écrasé. »
La traduction ne vaut pas le texte :
« Et quia contusor tantus, contusus et ipse
Deinde fuit, qui dum Christi contunderet hostes
Ecclesiam tutudit, nunc carcere tunditur idem
Poenali merito. A tundi seu tundere verbo.
Nota magis laïco sermone vocabula sumpsit,
Dictus Tudites : vulgari malleus ore :
Ille sui simul et contusi malleus orbis. »
Je ne puis m'empêcher de penser que ce symbolisme né
dans l'ombre des cloîtres n'a été si injuste et si violent que par
antagonisme à celui qu'avait imaginé le peuple, non sans un
retour vers les croyances payennes. Le patriotisme d'un Sidoine
Apollinaire lui aurait montré les fléaux de Dieu dans ces nou-
veaux Ariens, dont la propagande par le sabre était autrement
redoutable que celle des premiers. Le peuple du moins l'a com-
pris ainsi. Les Sarrasins lui rappelaient mieux que Karl les
fléaux des siècles précédents. En remontant à des souvenirs
plus lointains, mais non eff"acés, il retrouvait les Puissances
du mal dans ces cavaliers au teint noir qui, à peine descendus
des Pyrénées, avaient poussé leur razzia diabolique jusqu'à
Arles, Lyon et Autun, tuant, pillant, brûlant et disparaissant
aussitôt avec leur butin. Par suite, le vigoureux guerrier qui
avait martelé les Sarrasins prenait peu à peu la figure du Dieu
dont les traditions populaires redisaient encore, dans les mé-
tairies écartées, les exploits sur les ennemis des hommes. Telle
Taranous et Thor. 391
est la vraie origine du symbolisme populaire qui a associé au
nom du prince franc celui du marteau de Taranous.
V.
Suite de la guerre. Les Puissances du mal en action contre
les hommes.
Il fout nous contenter de cette image, d'ailleurs suffisam-
ment nette, de l'adversaire des Puissances du mal, et recher-
cher comment, de leur côté, résistent et attaquent ces mêmes
Puissances; il nous a, en effet, été possible de constater leur
présence parmi les Huns, mais elles n'ont pas agi sous nos
yeux.
Cette fois le lecteur doit se transporter bien loin de la Gaule,
à Delphes, où l'espoir d'un riche butin a entraîné Brennus et
ses compagnons. Pausanias nous a laissé le récit de l'attaque,
où le réel et le surnaturel se mêlent comme dans une bataille
d'Homère.
« L'engagement avait à peine eu lieu, que le Dieu témoigna
sa colère par les prodiges les plus significatifs. Toute la partie
du sol occupée par les Gaulois s'agita violemment et sans in-
terruption tout le jour ; le tonnerre grondait ; les éclairs se
succédaient sans relâche ; la foudre frappait les uns ; le bruit
empêchait les autres d'entendre les ordres. Le feu du ciel ren-
versait les groupes de guerriers et les consumait tout armés.
Les Figures des héros apparurent en ce désordre.
« La nuit fut plus rude encore pour les Gaulois. Le froid
se fit plus rigoureux, la neige tomba en abondance. Des
pierres énormes arrachées du Parnasse roulaient sur eux
comme si elles les prenaient pour but et les écrasaient, non
pas isolément, mais par compagnies entières, là où ils s'étaient
réunis pour la veille ou pour le repos.
« Au point du jour, l'armée grecque harcela l'arrière-garde
gauloise pendant que les Phocidiens, suivant les crêtes du Par-
^q2 J.-F. Cerquand.
nasse, lançaient leurs traits sur les fuyards, sans courir eux-
mêmes aucun risque.
« Brennus et ses compagnons, l'élite des Gaulois pour la
force et le courage, protégèrent la retraite jusqu'à ce que
Brennus tombât grièvement blessé. On l'emporta à demi mort,
et aussitôt ses compagnons lâchèrent pied comme les autres
et ne s'arrêtèrent plus qu'à la nuit close. Alors se voyant sans
chef et sans défenses, ils furent saisis d'une de ces terreurs
aveugles dont on attribue la cause à Pan. Cela commença par
un petit groupe de guerriers affolés qui s'imaginèrent entendre
le galop des chevaux et le tumulte d'une poursuite. Leur éga-
rement gagna tout le reste. Ils reprennent leurs armes, se
mettent à leurs rangs de bataille, en face les uns des autres, et
s'attaquent mutuellement sans s'apercevoir qu'ils parlent même
langue, portent même costume et se couvrent de mêmes bou-
cliers. De loin, des bergers furent témoins de ce qui se pas-
sait et avisèrent les Phocidiens.
« Brennus avait survécu; il pouvait guérir; mais la crainte
du ressentiment des Gaulois, ou plutôt la honte d'avoir con-
seillé cette désastreuse expédition l'accabla. Il se saoula de vin
et se tua ainsi. »
Aux yeux des Grecs, les prodiges qui amènent la défaite
des Gaulois sont dus aux divinités protectrices de Delphes.
Aux yeux des Gaulois il n'en peut être ainsi. En admettant
que le nom d'Apollon ne leur fût point inconnu, ils n'avaient
sans doute jamais entendu parler d'Yperochos, de Laodocos,
de Phylacos, de Pyrrhus et de Pan. Les figures qui leur sont
apparues et qui ont commencé la déroute, comme les phan-
tasiae mêlées aux Huns ont effrayé les Austrasiens de Sigo-
bert, n'ont pu leur rappeler que les Puissances malfaisantes
liguées avec les Grecs. En effet, les Grecs restent indemnes au
milieu des désastres, et les prodiges frappent les Gaulois seuls;
feux du ciel, froid, faim, lapidation, terreurs nocturnes. Le
fait ou le prodige le plus remarquable est ce tremblement du
sol sous les pieds des Gaulois, qui épargne les Grecs. Deux
jours et deux nuits se passent pendant que les prodiges se suc-
cèdent avec une intensité croissante : le' découragement, puis
le désespoir arrive ; et lorsque Brennus, moins accessible peut-
Taranous et Thor. 595
être aux terreurs religieuses, est tombé, toute résistance cesse
et la débandade commence.
Parmi les prodiges quelques-uns appartiennent dès mam-
tenant aux Puissances malfaisantes, les fantômes, la faim, le
froid, la lapidation; les autres apparaîtront dans la suite. Ce
ne sont pas les lotnes qui manquent à la bataille de Delphes,
mais bien Taranous; nulle part en effet n'apparaît le détenseur
des hommes ; les Gaulois sont absolument abandonnés. Si le
Dieu a fait au commencement retentir son tonnerre, il s'est
plus tard retiré. Peut-être a-t-il été vaincu, comme il le sera
un jour ? Peut-être dort-il ? Peut-être est-il irrité ? Le mas-
sacre de la troisième nuit s'expliquerait ainsi, par la nécessité
d'apaiser le dieu, de l'éveiller, de l'évoquer. Les Gaulois sem-
blent, en effet, dans leur folie meurtrière, procéder à un sacri-
fice humain, dans les proportions grandioses que César nous
a dites. Et Brennus procède également à un sacrifice, lorsqu'il
vide, avant de se tuer, cette dernière coupe de vin que la pitié
des hommes octroie à ceux que leur justice a condamnés.
Les Grecs, qui ont échappé aux prodiges du jour, n'ont
pas été témoins des terreurs de la nuit. Il suit que le récit de
Pausanias, quoique emprunté à des documents grecs, est
fondé, en définitive, sur les dépositions des prisonniers gau-
lois, c'est-à-dire que ce récit nous conserve les impressions
mêmes des Gaulois pendant la bataille. La bataille sans doute
est historique, mais il est très probable que le récit surnaturel
est purement mythologique.
On peut, à ce point de vue, le comparer au récit que nous
donne Grégoire de Tours d'une bataille qui eut lieu en 537,
entre les fils de Clovis, dans la forêt de Brotonne.
« Childebert et Theudebert levèrent une armée et se prépa-
rèrent à marcher contre Chlotachaire. Celui-ci, averti de leur
projet et ne se sentant pas assez fort pour résister, se retira
dans la forêt d'Arelaunum, y fit faire de grands abattis d'arbres
et se remit pour le reste à la miséricorde divine. La reine
Chrotechilde, informée de ce qui se passait, se rendit au tom-
beau du bienheureux Martin, s'y prosterna en oraisons et y
veilla toute la -nuit, priant Dieu qu'il ne s'élevât point de
guerre intestine entre ses fils. Cependant les deux rois étant
394 J--P'- Cerquand.
arrivés avec leurs hommes cernèrent Chlotachaire pendant la
nuit, disposés à le tuer le lendemain. Et voilà que, le matin
venu, une tempête éclata où ils étaient, emporta les tentes,
dispersa les bagages et mit partout le désordre. Des éclairs,
accompagnés de tonnerre et d'une pluie de pierres, descendaient
sur leurs tètes. Ils se jettent à terre, tournent le visage contre
le sol couvert de grêlons. En vain ils s'abritent sous leurs bou-
cliers, ils ne sont pas préservés de la mitraille des pierres, et
craignent en outre d'être consumés par le feu du ciel. Les che-
vaux s'échappent çà et là jusqu'à une distance de vingt stades
et beaucoup furent perdus. Enfin, meurtris par les pierres et
toujours prosternés, ils demandent pardon à Dieu de leurs
mauvais desseins contre leur sang. Sur l'armée de Chlota-
chaire il ne tomba pas une goutte de pluie, aucun tonnerre
ne retentit; on ne sentit aucun souffle de la tempête. » {Hist.
eccks. Fr., III, 28)5.
L'analogie entre les deux récits est telle que, le second
n'ayant pu être copié sur le premier, il faut que tous les deux
se rattachent à une forme plus ancienne, d'origine mytholo-
gique. Et c'est sur cette forme que les Gaulois, à 800 ans de
distance, saisis d'une même superstitieuse terreur, ont modelé
les deux batailles commencées pendant une tempête. Le fait
surnaturel le plus curieux est l'immunité de l'une des armées
pendant les épreuves de l'autre. Après cela vient la chute des
pierres, ou plutôt la lapidation. Si déjà à Delphes le caractère
surnaturel se manifestait par la précision divine qui portait les
pierres sur les groupes épars des Gaulois, dans la forêt de
Bretonne, nous voyons que les soldats sont frappés sous le
bouclier. Les feux du ciel paraissent également dans les deux
récits distingués de la foudre. Dans la forêt, nous ne voyons
pas, il est vrai, le sacrifice homicide du défilé du Parnasse ;
mais les Gaulois de Childebert et de Théodebert sont chré-
tiens ainsi que les Francs. Ils prient, s'humilient et se recon-
naissent justement punis.
Taranous et Thor. 395
VI.
Les débordements.
La mythologie norraine distingue dans leurs causes et leurs
eflx;ts l'inondation produite par l'envahissement des eaux de
l'Océan, et le débordement des fleuves. L'inondation marine
est du fait d'Iormungand seul et vise à la destruction du
monde actuel; le débordement fluvial est un fléau passager, dû
aux lotnes en général. Il en était ainsi sans doute dans la
Gaule payenne. Mais lorsque les légendes nous permettent de
retrouver les mythes correspondants aux mythes norrains, le
christianisme a sinon éteint, du moins fort obscurci la doc-
trine, en sorte que le serpent qui entoure la terre se montre,
contre toute vraisemblance, resserré dans la Seine et le Rhône,
et même dans leurs affluents. Ces légendes appartiennent au
vii^ et au viii^ siècle de notre ère. Les documents historiques
que nous étudions maintenant appartiennent au v^ et au vi^ ;
ils évitent la confusion où sont tombées les légendes posté-
rieures et ramènent la doctrine gauloise aux termes de la doc-
trine norraine.
Le premier cas de débordement se produit à Arles pendant
l'épiscopat de Césaire (501-542), Deux des homélies qui ont
été conservées de ce saint sont consacrées aux Rogations qu'il
établit à propos de débordements répétés du Rhône. Je trans-
cris les passages les plus intéressants pour notre étude :
« Voici qu'approchent, frères bien-aimés, les jours saints et
spirituels (spiritalcs) qui apportent la médecine à nos âmes.
Quiconque désire guérir les plaies de ses péchés ne devra pas
en mépriser les salutaires médicaments. Est-il un seul de nous
en cfl'ct qui, sur l'arène de ce monde, puisse se flatter de
n'avoir reçu aucune blessure du diable? d'avoir résisté nuit et
jour à des milliers de démons ? d'avoir été assez bien armé
pour déjouer toute leur habileté? Or, frères très chers, puisque
^Ç)6 J.-F. Corquand.
le diable nous assaillit de tous côtés, soit par des coups, soit
par des caresses plus redoutables que ses coups, tâchons d'avoir
toujours sous la main et obtenons de Dieu les remèdes spiri-
tuels, c'est-à-dire les bonnes œuvres qui guérissent nos plaies.
Suivons le conseil du saint apôtre qui nous dit : « Prenez le
bouclier de la foi, la cuirasse de justice, le casque de salut et
le glaive de l'esprit (ad Ephes., 24, 2). Contre de telles armes
défensives, les armes offensives du diable ne prévalent point.
Il vient contre vous avec l'incrédulité, l'orgueil, la débauche,
les persécutions, la colère, l'avidité, la gourmandise. Résistez-
lui avec la foi, l'humiHté, la chasteté, la patience, la pitié,
l'abstinence. Dans tous les cas, opposez aux attaques du diable
les armes contraires aux siennes. Ainsi vous mettrez en défaut
son habileté. Ayons recours à l'arsenal que nous offre la mi-
séricorde de Dieu, aux jeûnes, aux veilles, aux prières...
« Pendant ce triduum soyons tout à Dieu. Prions-le sans
relâche de nous pardonner nos foutes, d'avoir pitié de nous et
de nous délivrer de ces débordements répétés du fleuve. Te-
nons en effet pour certain que si nous mettions un terme à
nos péchés, sa miséricorde éloignerait de nous les fléaux dont
il nous punit. »
Voilà bien la doctrine de Salvien, la doctrine de l'Eglise
mise en res;ard de celle des grentils. C'est aux Dieux de Rome
et de la Gaule que pense Césaire quand il parle du diable,
quand il oppose l'esprit aux appétits. Bientôt en effet il met
ses auditeurs en garde contre les pratiques des gentils à l'ap-
proche du fléau. D'après ce qu'il vient de dire, le rituel chré-
tien sera en tout l'opposé du rituel payen. C'est ce qui arrive,
et les allusions percent sous chacune de ses prescriptions et de
ses défenses.
« Pendant ce triduum, ne pensez à aucun emploi servile
de votre temps, et ne le perdez point en entretiens oiseux. Que
ceux d'entre vous qui, pour honorer Dieu en vérité, viennent
à l'église de bon matin et y restent jusqu'à la fin du jour, per-
sévèrent dans cette louable pratique. Pour ceux qui arrivent
tard et qui se retirent avant la fin des offices, qui, dans l'in-
tervalle, se livrent à des propos frivoles, qui, au lieu de prendre
part aux chants pieux, empêchent les autres de chanter et de
Taranous et Thor. ^c)-j
prier, ceux-là, je les engage à s'amender au plus tôt, s'ils ne
veulent trouver la mort là où ils pouvaient se procurer la vie.
Oui taies sunt cito se corrigant ne sibi in loco praeparent mortem
ubi invenire poterant vitam. »
« Faites-vous apprêter des collations comme en temps de
carême (conviviola). Ne versez pas le sang des animaux; re-
poussez la coupe qu'on vous tend : Nano aiit sanguinem toUat,
aut potiones accipiat. Cherchez dans la prière et la psalmodie un
réconfort spirituel pour vos âmes plutôt que dans les festins
une satisfaction grossière à vos appétits. Crachez comme un
poison mortel les bavardages futiles et mondains. Ne vous
laissez pas aller à ces rires désordonnés, aux éclats inconvenants
et convulsifs (que donne l'ivresse ;) car Dieu a dit : malheur à
vous qui riez. »
Ce ne sont point là des défenses vagues et indéterminées.
Césaire vise évidemment des abus existants, qu'il voudrait
faire cesser. Son langage plus coloré évoque à nos yeux les
sacrifices, les festins, les chants dont, au témoignage d'Adam
de Brème, les Svéons faisaient suivre les supphcations à Thor.
Car le sacrifice même parait indiqué dans les trois mots un
peu obscurs et vagues de Césaire : Nemo sanguinem toUal. Et
sous chaque défense on sent l'allusion aux pratiques payennes.
« Ne parlez pas en vain à l'église comme les gentils ; ne festinez
pas comme les gentils ; ne chantez pas, ne buvez pas comme les
gentils. »
Césaire, d'ailleurs, s'adresse aux gentils eux-mêmes ; c'est ce
qui explique le vague de ses paroles : il ne veut pas blesser
ses auditeurs, même payens. Toutefois c'est à eux que va le
blâme sur ceux qui troublent les chants des fidèles par des
conversations mondaines. Des chrétiens pénitents ne se per-
mettraient pas de telles irrévérences. La présente des payens
aux prédications des Evêques mérite bien d'attirer l'attention
des historiens. Parmi ^es moyens de propagande employés par
les missionnaires, la promiscuité des auditeurs fut d'abord une
nécessité : l'usage s'en conserva parce que l'utilité en était ma-
nifeste. Pour les payens de bonne foi, les instructions fami-
lières des Evêques, les manirestations nouvelles de la piété, la
direction des pensées, le langage, les actes sanctifiés, la charité
398 J.-F. Gerquand.
enfin des néophytes devenait un exemple et un stimulant. On
se tromperait si l'on attribuait à ces temps les farouches anti-
pathies religieuses qui ont affligé les temps modernes. Les
convertis ne rompaient pas toutes relations avec leurs amis
restés payens. Au moment où Césaire recommandait la dé-
cence aux gentils d'Arles qui venaient l'entendre à l'église,
les gentils d'Orléans invitaient leurs amis et parents chrétiens
à leurs sacrifices et aux festins qui suivaient, et les chrétiens
acceptaient l'invitation (475).
Si les allusions de Césaire visent les festins et les chants qui
caractérisent le culte de Thor, il faut se rappeler que Sidoine
Apollinaire a relevé aussi à Clermont l'indécence de ces festins
qui troublaient les supplications. « Maintenant, ajoute-t-il,
nous jeûnons, nous prions, nous chantons des psaumes. Jcju-
7iatur, oratur , psallitur . » Sidoine prend donc, comme le recom-
mande Césaire, le contre-pied des manœuvres de Satan.
Ces prescriptions des deux Evêques sont bien conformes à
la doctrine de l'Eglise. Le concile de Tours, 567, déclare que
l'abstinence e^le jeûne sont ordonnés aux chrétiens pour faire
opposition aux fêtes des gentils : « Les moines jeûneront tout le
mois de décembre jusqu'à Noël. De Noël à l'Epiphanie tous
les jours sont de fête, sauf pendant le triduum des litanies
(Rogations) que nos pères ont établi aux calendes de janvier
pour anéantir la fête accoutumée des gentils. « Excipitur tri-
duum illud quo, ad calcandam gentilium consuetudinem pa-
tres nostri statuerunt privatas in Kal. Januar, fieri Htanias. »
La fête du solstice d'hiver, de Vanguilané, par laquelle les
Gaulois inauguraient l'année, appartenait, dans le Nord, au
culte de Thor; elle appartenait, en Gaule, on peut le conjec-
turer, au culte de Taranous.
Le concile d'Orléans, qui nous a montré les chrétiens mêlés
aux gentils dans les festins des fêtes payennes, a en vain lancé
l'excommunication contre ces fidèles trop tolérants. Trois
siècles plus tard, en 858, alors qu'il n'y avait peut-être plus
un seul adorateur de Taranous dans la Gaule devenue France,
les fêtes payennes continuaient à faire obstacle aux Rogations
chrétiennes, et Hérard, de Tours, édictait cette défense dans
ses instructions (capitula). « Nous voulons que les Rogations
Taranous et Thor. 399
soient célébrées avec attention et respect et qu'on en bannisse
les entretiens et les jeux obscènes. Que personne, durant le
triduum, n'aille, d'une maison à l'autre, prendre part aux fes-
tins et banquets (payens), et vider une coupe dans chaque
maison : De diebus Rogationum ut reverenter atque studiose,
absque turpibus jocis et verbis celebrentur. Ut nullus in eis
prandia atque comessationes, diversasque potiones per diversa
loca praesumat. »
« Quand un fléau est imminent, on boit à Thor », disait
Adam de Brème. Autant en font les Gaulois.
Mais quoi ? Ces prandia, ces comessationes, ces tournées de
buverie, ces paroles licencieuses, ces jeux obscènes, c'était de
la religion ? Oui, c'était de la religion. Avant de livrer bataille
aux puissances du mal, ne fallait-il pas restaurer le dieu, le
fortifier, le mettre en belle humeur ? Ses fidèles qui devaient
le soutenir dans la lutte prenaient des forces avec lui.
Un passage resté célèbre du livre de gubernatione Dei est
celui où Salvien a prétendu retracer l'énervement des Gaulois
de Cologne à la première invasion :
« La passion enragée du vin, dit-il, les avait amenés au
point que les premiers de la ville ne se levèrent pas de table
lorsque déjà les barbares avaient forcé les remparts. J'ai vu là
des choses lamentables. Entre vieillards et enfants il n'y avait
plus de différence. Mêmes bouffonneries, même légèreté,
mêmes excès coupables dans la dépense, le vin, la débauche;
et tout cela ensemble, jeux, ivresse, querelles sanglantes,
licence sans frein. Des vieux qui avaient parcouru toute la
série des honneurs, à qui il ne restait que le souffle, retrou-
vaient des forces pour boire; perclus des jambes, ils ne laissaient
de hausser le coude; incapables de faire un pas dans la rue, ils
essayaient de danser. Ceux que l'ennemi avait épargnés, la
ville prise, succombaient à leurs propres excès. Et après cela?
Est-ce qu'il peut y avoir quelque chose après cela? Qui pour-
rait sonder cet abîme de démence ? Un petit nombre de patri-
ciens avaient échappé à la ruine. Pour remédier à l'anéan-
tissement de Cologne ils demandaient à l'Empereur de rétablir
les jeux du cirque. » ^
Les historiens ont pris à la lettre cette tirade éloquente. Il
400 J.-F. Cerquand.
eût été plus juste de reconnaître une cérémonie religieuse dans
ces festins qui ne pouvaient surprendre qu'un chrétien détaché
du monde et du temps, et qui aspirait à Lérins. Au moment
où s'approchent les fléaux avec les Puissances malfaisantes, les
Gaulois invoquent le défenseur des hommes. Est-ce qu'on ne
voit pas que ces enfants qui boivent, et ces vieillards qui dan-
sent accomplissent un rite ? Et où sont les hommes faits, dont
Salvien ne parle pas ? Les femmes aussi sont absentes ; elles
auraient seules caractérisé l'orgie désespérée. Salvien savait
parfaitement à quoi s'en tenir sur ces festins in extremis ; mais
pour Salvien le caractère religieux de la fête n'était pas une
excuse. Sa haine pour le paganisme n'avait d'égale que sa par-
tialité pour les barbares qui sont ariens. Ses jugements en
ont été souvent faussés. C'est ainsi qu'il nous présente comme
un pur acte de folie, de débauche et de lâcheté ce qui est acte
de fanatisme, c'est-à-dire de religion.
Tels que les entend Salvien, les banquets de Trêves seraient
une monstruosité unique dans l'histoire. L'invasion de la
Gaule, si peu que nous en sachions, dément le récit du prêtre
marseillais, non quant aux faits, mais quant à leur interpré-
tation. Le désespoir aveugle et l'énervement ne sont pas con-
cevables au début lorsque nous voyons des actes de vigueur,
tels que la bataille de Châlons et le siège de Clermont, se pro-
duire après cinquante et soixante ans de résistance. Même le
rétablissement des jeux du cirque demandé à l'empereur avait
un caractère religieux. Aux plus beaux temps de la république
•romaine le Sénat n'agissait pas autrement que les Trévères
et, pour repousser la peste, ordonnait des jeux de danseurs et
des joueurs de flûte. Les Romains étaient donc fidèles aux sou-
venirs du vieux paganisme, comme les Gaulois aux habitudes
traditionnelles de leurs fêtes religieuses. C'est ce que Salvien
constate très bien quand il appelle ces retours des superstitions.
La nécessité d'épuiser ce qui concerne le festin de fête des
Gaulois pour éloigner les fléaux nous a écartés de notre route;
nous revenons aux débordements des rivières et aux céré-
monies qui accompagnaient le festin. Le document que nous
allons utiliser ne paraissait guère propre à éclairer un point de
mythologie. Mais un compte de dépense est de l'histoire.
Taramas et Thor. ^o\
Celui dont il s'agit concerne les dépenses que faisaient tous
les ans l'évèque d'Avignon pour donner un repas aux gens de
la rivière le jour qui précède l'Ascension, c'est-à-dire le dernier
jour des Rogations. Par une exception qu'on peut croire
unique, la procession se faisait ce jour-là sur le Rhône, et
c'étaient les mariniers du port qui en étaient les acteurs les
plus importants ; ils transportaient sur leurs barques les reli-
ques et les vertus, dit le texte, des saints de l'église d'Avignon.
Le compte, ou plutôt les trois comptes, se rapportent aux an-
nées 1364, 1365, 1366, mais ils portent la mention que le
repas est de coutume, consuetmn, ou de tradition, ut est moris.
L'originalité de la cérémonie en recule en effet l'origine à
l'origine même des Rogations, alors que la liturgie du triduum
n'était pas fixée et restait à la disposition des Evèques. Les
comptes, oeuvre d'un maître d'hôtel consciencieux, notent la
dépense par le menu, ce qui nous apprend que le dîner était
maigre, et donne le chiffre de 200 comme celui des convives.
Un seul registre qui nous a conservé ces renseignements est
le seul qui ait échappé à la destruction des archives de l'évêché
d'Avignon; tous les autres, antérieurs et postérieurs aux an-
nées 1364-1366, ayant disparu. Aucun autre document ne
parle non plus de la procession sur le fleuve, en sorte que
l'institution et la fin échappent absolument aux recherches, la
tradition même restant muette. Toutefois il y a beaucoup à
tirer du livre de comptes/.
Remarquons d'abord qu'à Arles les collations, repas maigres,
doivent être préparées à chaque foyer, et que Césaire laisse
percer la crainte que les repas en commun dégénèrent en orgie.
Hérard est aussi formel sur ce point. Mais le prélat, quel qu'il
soit, qui a ordonné le cérémonial d'Avignon, est plus hardi.
Non seulement il permet le repas en commun, mais il en paie
la dépense, le £iit préparer che;^ lui, par ses gens, et y convie
la partie de la population la plus grossière de tout temps et
que son ignorance a rendue la plus fanatique. Il est vrai qu'il
a pris ses précautions contre les excès gaulois. La nourriture
est mesurée, comme le vin ; mais il y a exactement ce qu'il
faut de l'un et de l'autre, tant de pains, tant de poissons salés,
tant de poissons frais, tant d'épinards. Le dîner, préparé à
Revue Celtique, X. 37
402 J.-F. Cerquand.
l'Evêché, devait être servi non loin de l'Evêque, peut-être
dans son palais même, grande garantie et aussi grand honneur
pour les pauvres gens qui venaient de jouer un rôle en vue
dans une grande cérémonie et qui se sentaient tenus de se
montrer décents. On pourrait difficilement imaginer un pro-
cédé plus habile et plus honnête pour substituer sans violence
l'esprit des Rogations chrétiennes à l'esprit des fêtes payennes
qui avaient précédé. Après dix ans de cette pratique, les gros-
siers mariniers du port devaient oublier les orgies antiques, la
gloutonnerie, l'ivresse, les rixes et les disputes, et les chants
profanes.
Comme la collation maigre des Rogations suit parallèlement
le repas excessif des gaulois -payens, il semble qu'on doit con-
clure que la procession sur le Rhône reproduit en opposition
ou en contraste l'antique cérémonie payenne. Nous savons en
effet que Thor poursuivait dans les eaux les lotnes auteurs
des débordements; nous savons, d'autre part, que les Gaulois
opposaient à l'envahissement des vagues l'épée et le boucher.
N'est-il pas naturel de penser que les chrétiens d'Avignon,
conservant le rituel, se contentent maintenant d'opposer les
forces spirituelles aux armes matérielles. Ils affrontent encore
les flots débordés, mais leurs seules armes sont les chants et
les prières pénitentes. Et à la place du dieu barbare qui se
jetait au combat après s'être repu de victuailles et largement
abreuvé de bière, voici les reliques, voici les vertus des saints
portées paisiblement sur le fleuve ; voici l'esprit qui éteint la
fureur des lotnes.
Si tel est le sens des cérémonies avignonnaises des Roga-
tions, il me semble qu'on peut, au moyen du singulier docu-
ment que nous publions, reconstruire la cérémonie payenne
que les Rogations ont abolies avec peine, puisqu'il en restait
encore des traces au viii^ siècle.
Taranoas et Thor. 40^
VII.
Les Fléaux météoriques et souterrains.
Les fléaux de cette catégorie se sont déjà montrés à Del-
phes et dans la forêt de Brotonne, mais au second plan, la
bataille occupant le premier. A Vienne ils sont au premier
plan, et c'est eux que conjure Mamert par l'institution des
Rogations. L'historien de ce grand événement est Avitus, se-
cond successeur de Mamert sur le siège de Vienne, et succes-
seur immédiat d'Isychius, son père. S'il n'est pas certain
qu' Avitus ait été témoin des désastres qu'il raconte, il en avait
été instruit bien évidemment par Isychius et par Mamert, son
père spirituel, et au moment où il prononce l'homélie qui
prescrit les détails de la fête prochaine, beaucoup de ses audi-
teurs, à ce qu'il nous dit, avaient été témoins et des fléaux et
de la terreur excitée. L'émotion de son récit en atteste la sin-
cérité. Après avoir revendiqué pour l'église de Vienne l'hon-
neur de l'institution des Rogations, Avitus continue ainsi :
« Lorsqu'une ineff"able nécessité courba vers ^humilité et la
prière les cœurs alors rebelles des Viennois, notre église
trouva dans la pratique des Litanies des secours plus assurés
que ceux des magistrats (primatum). Je sais que beaucoup
d'entre vous se rappellent l'origine des terreurs de ce temps,
alors que des incendies répétés, de fréquents tremblements de
terre, des bruits nocturnes et des apparitions fantastiques de
bêtes sauvages présageaient la ruine de la cité. On voyait en
effet des formes d'animaux errer au milieu de la foule. Etait-
ce une illusion de la vue ou bien des prodiges réels ? Dieu le
sait. Mais que ce fût l'un ou l'autre, il paraissait également
extraordinaire que les coeurs farouches de ces bêtes se fussent
apprivoisés à ce point, ou que de vains fantômes s'offrissent
sous ces formes effrayantes aux regards des Viennois épou-
vantés. Dans le peuple comme dans la noblesse les avis étaient
4O4 J.-F. Cerquand.
partages. Un petit nombre seulement n'osait se prononcer.
Ceux-ci, pour dissimuler leurs craintes d'un danger réel, fei-
gnaient d'attribuer tout au hasard ; les autres, dans un esprit
plus sain {saJubris), interprétaient ces nouveautés abominables
comme un signe de maux prochains. Qui en effet aurait pu ne
pas redouter, au milieu des incendies, les feux de Sodome ?
ou, sentant le sol osciller sous ses pieds, ne pas craindre la
chute des palais dans la terre entr'ouverte ? Qui, en voyant
— et chacun croyait bien voir — les cerfs naturellement
timides se glisser par l'étroitesse des portes jusqu'aux larges
espaces du forum, pouvait ne pas frissonner comme devant la
menace d'une destruction qui ferait de la ville une solitude ?
« Au milieu des terreurs publiques et des inquiétudes par-
ticulières, on arriva aux solennités de la veille de Pâques.
Tous attendaient la fête comme un secours assuré, comme la
fin des fléaux (malorum). Elle arriva cette nuit vénérable dont
les cérémonies avaient fait naître l'espoir d'un pardon uni-
versel. Tout à coup retentit le tonnerre avec un bruit croissant
à chaque coup jusqu'au dernier dont l'éclat, comme d'un
coup de fouet, eut une telle intensité que tout le monde se
dit qu'après cela il ne pouvait arriver que le chaos. Le palais
pubHc, dont les hautes constructions couvraient le sommet de
la citadelle, prit feu vers l'aube. A la nouvelle de ce désastre
la joie de la fête est interrompue. Le peuple épouvanté quitte
l'église, chacun craignant pour sa maison la chute de quelque
poutre enflammée. Mais l'évèque saint Mamert resta inébran-
lable devant l'autel paré pour la solennité. Enflammant l'ar-
deur de sa foi, par un fleuve de larmes il enleva à l'incendie
sa puissance, et peu à peu le feu s'apaisa. (Calorem fidei suae
accendeus, flumine lacrymarum ignibus potestatem, incendio
abscedente, compescuit).
« La terreur se calme, on rentre à l'église et l'éclat des
cierges efface les dernières lueurs de l'incendie. L'Evêque ré-
solut de n'apporter aucun retard au remède de la pénitence.
Seul avec Dieu, dans cette veille de la fête de Pâques, il mé-
dita le plan des Rogations et régla les psaumes et les prières
que maintenant chante l'univers chrétien. »
Deux points doivent être relevés dans cette scène historique,
Taranous et Thor. 405
si bien peinte par Avitus : d'abord les opinions diverses des
Viennois sur les fléaux, ensuite les apparitions d'animaux.
Le premier groupe est celui des esprits forts, payens ou
chrétiens. Avitus en parle non sans ironie. Leur scepticisme
est un masque pour cacher leur effroi. Le second groupe pro-
fesse la doctrine romaine qui admet les prodiges, non comme
un châtiment, mais comme un avis de châtiments, que des
rites particuliers peuvent éloigner. Horace ÇOd., liv. i, 2) ar-
gumente exactement comme Avitus. Avitus est indulgent pour
cette doctrine, parce qu'elle repose sur la Providence. Elle est
plus saine que la première, salubrior.
Mais le groupe de ceux qui ont vu les bêtes sauvages sur le
forum, n'est certainement ni chrétien ni romain ; il ne peut
être que gaulois. Remarquez que de détails entasse Avitus sur
ces apparitions, de quelles précautions de langage il use pour
excuser, si l'on peut parler ainsi, ceux qui ont vu et ceux qui
n'ont pas vu, et quelle indécision il laisse planer sur le fait. Ce
sont des figures de bêtes, domesHca ferarum species (Grégoire
disait fantasias à propos des êtres évoqués par la magie des
Huns pour mettre les Francs en fuite.) « Etait-ce, dit Avitus,
une illusion ou un prodige réel ? Dieu le sait. » Avitus le sait
aussi, mais il ne lui plaît pas de le dire. Lorsqu'il parle, il y a
peut-être plus d'un sénateur qui l'écoute et qui y croit. Pour-
quoi le blesser ?
Quels sont cependant les animaux capables d'inspirer de
telles terreurs? ces silvesîrium ferarum species? ces immania
corda ferarum ? ces phantasmata horribiliter ficta territorum cons-
peclibus ? Ce sont des cerfs, pavidi mituraliler ccrvi, des cerfs
naturellement timides. Ou bien Avitus cède à une distraction,
ou bien nous n'avons pas ici son texte exact.
Mais plus tard, Adon, qui fut aussi évêque de Vienne, ra-
conte aussi le fait, en suivant exactement le texte d' Avitus,
sauf en ce qui concerne les apparitions. Il n'oublie pas les cerfs,
cervi naturaliter pavidi; mais il y joint les ours et les loups :
ursi, lupi. Grégoire de Tours omet les ours, mais mentionne
les loups ; et il connaît l'homélie d' Avitus qu'il copie sur ce
passage : « Cervorum atque luporum feritas portas ingressa,
totam, ut scribit Avitus, urbcm,- nihil metuens, obcrrabat. »
4o6 J.-F. Ccrquand.
Un usage cérémonial, qui date sans doute de l'origine même
des Rogi^tions, voulait que pendant les processions des repré-
sentations d'ours et de dragons fussent portés au sommet
d'une perche, pour rappeler l'événement d'où ces processions
étaient nées.
Il n'y a pas à hésiter. Il faut rejeter le texte d'Avitus où la
mention des cerfs est incompatible avec la peinture de l'effroi
qu'ils inspirent, et il faut accepter les autres qui rétablissent
l'harmonie entre les membres de la phrase d'Avitus. Les hé-
sitations de l'historien sur la réahté des apparitions ne font
que reproduire celles des Viennois. Ces loups, ou plutôt ces
fantômes de loups que les uns voient, que les autres ne voient
pas, c'est-à-dire qui paraissent et s'effacent, ont un caractère
surnaturel évident : ils sont sorciers ou magiciens et dès lors
s'assimilent aux flintômes que les Francs de Sigebert ont
aperçus mêlés aux Huns, et qui les ont fait fuir de frayeur.
Ils s'assimilent aussi aux Géantes sorcières d'Utgard, que les
poèmes eddiques appellent des louves, en sorte que, dans la
Gaule aussi bien que dans le Nord, les pouvoirs malfaisants
peuvent se manifester aux yeux des hommes sous forme de
loups. On explique aussi la frayeur des Viennois : car si les
pouvoirs malfaisants ont pu quitter Utgard, c'est-à-dire
échapper au Dieu qui les surveille, c'est parce que le Dieu a
été vaincu et que le monde touche à sa fin. Or, c'est ce que
dit précisément Avitus : « Au milieu des flammes s'allumant
de tous côtés, qui n'aurait pas redouté les pluies de feu de
Sodome ? Qui, sentant le sol osciller sous ses pieds, pouvait
ne pas craindre la chute des palais dans les abîmes souterrains ?
Qui aurait pu ne pas voir comme une menace de destruction
et de solitude l'audace des animaux sauvages à pénétrer dans
la ville ? »
Rien n'est plus d'accord avec ces conclusions que la parure,
inexpliquée jusqu'ici, de la peau de loup qui, dans certaines
représentations figurées, couvre la tête et les épaules du dieu
au marteau. C'est un symbolisme identique à la peau de lion
que porte Hercule. L'un a été vainqueur du lion de Némée,
l'autre vainqueur des loups.
J.-F. Cerquaxd.
Taranoiis et Thor. 407
NOTES.
I . Sidonius Apro suo salutem, V, 14, cf. :
Quicquid illud est quod vel otio vel negotij vacas in urbem tamen, ni
fallimur, rogationum contemplatione revocabere. Quarum nobis solemni-
tatem Mamertus pater et Pontifex, reverentissimo exemplo utilissimo expe-
rimento, invenit, instituit, invexit. Erant quidem prius (quod salva fidei
pace sit dictum) vagae. tepentes, infrequentesque, utque sic dixerim, osci-
tabundae supplicationes, quae soepe interpellantum prandiorum obicibus
hebetebantur, maxime aut imbres, aut serenitatem deprecaturae. Ad quas
(ut nil amplius dicam) figulo pariter atque hortulano non oportuit conve-
nire. In his autem. quas suprafatus summus sacerdos et protulit pariter et
contulil, jejunatur. oratur, psallitur, fletur. Ad haec te festa cervicum hu-
miliatarum, et sternacium civium sulpiriosa contubernia peto : et si spiri-
talem animum tuum bene metior, modo citius venies, quod non ad epulas,
sed ad lacrymas vocaris.
Sidonius D. Papae Graeco salutem, lib. ep. VII, i :
Siquidem nostri hic nunc est infelicis anguli status ; cujus, ut fama con-
firmât, melior fuit sub belle, quam sub pace conditio. Facta est servitus
nostra pretium securitatis alienae. Arvernorum, proh dolor! servitus : qui,
si prisca replicarentur, audebant se quondam fratres Latio dicere, et san-
guine ab Iliaco populos computare. Si recensiora memorabuntur, hi sunt,
qui viribus propriis hostium publicorum arma remorati sunt ; cui soepe po-
pulo Gothus non fuit, clauso intra moenia formidini, cum vicissim ipse
fieret oppugnatoribus positis intra castra terrori. Hi sunt qui tibi adversus
vicinorum aciem tam duces fuere, quam milites. De quorum tamen sorte
certaminum, si quid prosperum cessit, vos secundo solata sunt : si quid
contrarium illos adversa fregerunt. Illi amore republicae Seronatum bar-
baris provincias propinantem non timuerelegibus tradere; quem convictum
deinceps respublica vix praesumpsit occidere. Hoccine meruerunt inopia,
ferrum, pestilentia, pingues caedibus gladii et maeri jejuniis praeliatores ?
Propter liujus tamen inclytae pacis exspectationem, avulsas muralibus rimis
herbas in cibum traximus : crebro per ignorantiam venenatis graminibus
infecti, quae indiscretis foliis succisque viridantia, saepe manas famé con-
color legit. Pro his tôt, tantisquc devotionis experimentis nosiri (quantum
audio) facta jactura est.
Pudeat vos, precamur, hujus fgederis, etc.
4o8 J.-F. Cer(juand.
Sidonius D. Papae Mamerto salutem. Epist., VII, i :
Sed animositati nostrae tam temerariae, tam periculosae non nos
ambiistam murorum faciem, aut putrem sudium crateni, aut propugnacula
vigilum trita pectoribus contidimus opitulatura ; solo tameii invectarum te
auctore rogationum palpamur auxilio : quibus inchoandis instituendisque
populus Arvernus, etsi non affeetu pari, affectu certe non impari coepit ini-
tiari, et ob hoc circumfusis necdum dat terga rumoribus.
2. An 791. Ad Fastradam, Reginam conjugem.
Karolus gratia Dei — dilectae nobis et valde amabili conjugi nostrae Fas-
tradae reginae, salutem
Scientem te enim facimus quia gratias Deo sani et salvi sunius.
Missus quidem dilecti filii nostri Pippini, nomine ille, nobis nuntiavit de
ejus sanitate ac domni Apostolici, vel de salvatione confiniorum nostrorum
illis partibus positorum : unde valde laetificati extitimus. Et insuper retulit
nobis qualiter illae scarae, quas prius de Italia jussimus pergere partibus
Avariae, in illa confinia residendum, pervenerunt inira fines ipsorum X ka-
lendas septembris, et inierunt pugnam cum eis ; et dédit eis Deus omni-
potens pro sua misericordia victoriam; et multitudinem de ipsis Avaris in-
terfecerunt in tantum, ut dicunt, quod in multis diebus major strages de
ipsis Avaris facta non fuit. Et exspoliaverunt ipsum vallum et sederunt ibi-
dem ipsa nocte, vel in crastina usque hora diei tertia. Et acceptis spoliis re-
vers! sunt in pace : et centum quinquaginta de ipsis Avaris vivos compre-
henderunt, quos reservaverunt, ut nostra fiât jussio qualiter exinde agere
debeant
Nos autem. Domino adjuvante, tribus diebus Litaniam fecimus, id est
Nonis septembris, quod fuit Lunis die, incipientes, et Martis et Mercoris,
Dei misericordiam deprecantes ut nobis pacem et sanitatem atque victoriam
et prosperum iter tribuere dignetur et ut in sua misericordia et pietate nobis
adjutor et consiliator atque defensor in omnibus augustiis nostris existât.
Et a vino et carne ordinaverunt Sacerdotes nostri eos qui propter infirmi-
tatem aut senectudinem, aut juventudinem abstinere poterant, ut absti-
nuissent: et qui redimere voluisset. Quod vinum licentiam habuisset bi-
bendi ipsis tribus diebus, ditiores et potentiores homines in unaquque die
solidum unum dédissent, minus potentes, juxta possibilitatem ipsorum, et
qui amplius dare non poterat et vinum bibere volebat, saltem vel unum de-
narium donasset : eleemosynam vero unusquisque secundum propriam
atque bonam voluntatem, vel juxta possibilitatem fecisset. Et Sacerdos unu-
quisque Missam specialem fecisset, nisi infirmitas impedisset : et Clerici qui
psalmos sciebant, unusquisque quinquaginta cantasset, et intérim quod ipsas
Litanias faciebant, discalceati ambulassent. Sic consideraverunt Sacerdotes
nostri, et nos omnes ita aptificavimus, et Deo adjuvante complevimus.
Unde volumus ut tu cura illis et illis vel ceteris fidelibus nostris conside-
rare debeas. qualiter ipsae Litaniae ibidem factae fiant. Tu autem juxta
quod tua infirmitas perm'ittit, in tuo committimus arbitrio. . .
Taranous et Thor. 409
Gregor. Tur. lib. IV, 29 :
« Chuni vero iterum in Gallias venire conabantur : adversus quos Sigi-
bertus cum exercitu dirigit, habens secuni magnam multitudinem virorum
fortium. Cumque confligere deberent, isti magicis artibiis instriicti diversas
ds fantasias ostendunt et eos valde superant. Fugiente autem exercitu Sigi-
berti, ipse inclusus a Chunis retinebatur, nisi postea, ut erat elegans et ver-
sutus, quos non potuit superare virtute praelii, superavit arte donandi.Nam
datis muneribus, foedus cum Rege iniit, ut omnibus diebij^ vitae suae nulla
inter se praelia commoverent : idque ei magis ad laudem, quam ad aliquod
pertinere opprobrium juxta ratione pensatur. Sed et Rex Chunorum mulia
munera Régi Sigiberto dédit : vocabatur autem Gaganus. (a. 569.) »
Greg. Tur. lib. III, 29 :
« Post haec Childebertus Rex in Hispaniam abiit. Quam ingressus cum
Chlothachario Caesaraugustanam civitatem cum exercitu vallant atque ob-
sident At illi in tanta humilitate ad Deum conversi sunt, ut induti ciliciis,
abstinentes a cibis et poculis, cum tunica beati Vincentii martyris mures
civitatis psallendo circuirent : mulieres quoque amictae nigris palliis, disso-
luta caesarie, superposito cinere, ut cas putares virorum funeribus deservire,
plagendo sequebantur. Et ita totam spem suam locus ille ad Domini mi-
sericordiam retulit, ut diceretur ibidem Ninivitarum jejunium celebrari : nec
aestimareturaliud posse fieri, nisieorum precibus divina misericordia inflec-
teretur. Hi autem qui obsidcbant, nescientes quid obsessi agerent, cum vi-
dèrent sic murum circuiri, putabant eos agere quid maleilcii. Tune
adprehensum unum de civitate rusticum, ipsi interrogant quid hoc esset quod
agerent. Q.ui ait : « Tunicam beati Vincentii déportant, et cum ipsa, ut eis
niisereatur Dominus, exorant. » Quod illi timentes, se ab ea civitate re-
moverunt. Tamen acquisita maxima hispaniae parte, cum magnis hi spoliis
in Gallias redierunt. » (a. 552).
Le nom de Rogations (litaniae, Rogationes) n'est pas écrit, quoique la
cérémonie reproduise à peu près l'économie des Rogations : la pénitence,
le jeûne, la procession autour des murs, le chant des psaumes. L'allusion
aux Ninivites pénitents est fréquente dans les instructions des Evèques sur
les Rogations. La tunique de saint Vincent qui figure dans la procession
annonce d'ailleurs une cérémonie catholique dans Sarragosse au pouvoir
des Goths ariens. Mais les femmes avec leurs cheveux épars, leurs manteaux
de deuil, couverts de cendres, et leurs cris, me semblent un peu sortir du
rituel adopté par la Gaule.
5. Cf. Socrat. VII, 50; Orosc, VII, Jornand, 35, et Ammien Mar-
cellin, 38, 6.
Les Burgundes habitaient d'abord au pied des monts hercyniens, où ils
s'occupaient des travaux de menuiserie, etc., analogues à ceux des habitants
actuels de la forêt Noire. Une portion du peuple pénétra en Gaule en 407
et se fixa a l'ouest des Helvètes. L'autre poition, restée dans son ancien
cantonnement, y fut attaquée par les Huns qui la battirent et dévastèrent
410 J.-F. Cer quand.
le pays. Les Burgundes, poussés à bout, firent un meeting où ils déposèrent
leur roi et leur grand-prêtre, puis ils demandèrent à Tévéque de Trêves de
leur assurer la protection du Dieu des chrétiens, puisque leurs Dieux les
abandonnaient. L'Evëque ordonna un jeûne de sept jours, après quoi il
baptisa tous les Burgundes.
M. Aug. Thierry, qui raconte avec beaucoup d'agrément cette histoire de
la conversion des Burgundes, regarde comme invraisemblable qu'elle ait
compris toute lajjeuplade. Cependant les Islandais n'ont pas agi autrement
en l'an mil. A la suite d'un meeting où la chose fut gravement discutée,
ils renoncèrent à Odin et à Thor et se firent baptiser.
4. Cf. Grég. Tur., Historia Francorum, livre III, c. 29. « Childebert,
roi, et Chlotaire entrèrent en Espagne à la tète d'une armée et assiégèrent
Sarragosse. Les habitants se tournèrent vers Dieu avec humilité, se cou-
vrirent de cilices, s'abstinrent de manger et de boire ; puis prenant la tu-
nique du bienheureux 'Vincent martyr, ils firent le tour des murs en chan-
tant des psaumes. A la suite venaient les femmes, vêtues de manteaux noirs,
les cheveux dénoués et couverts de cendre, criant et pleurant comme si
elles eussent mené le deuil de leurs amis. La ville toute entière avait si bien
mis tout son espoir en la miséricorde du Seigneur qu'on eût dit qu'elle re-
nouvelait la pénitence des Ninivites. . .
« Cependant les assiégeants, qui ne comprenaient pas ce que faisaient les
assiégés, s'imaginèrent que cette procession autour des murs était une sorte
de maléfice. Ils prirent donc un paysan et lui demandèrent ce que c'était
qu'ils faisaient. Il leur dit : « Ils promènent la tunique du bienheureux 'Vin-
cent, et avec elle ils prient le Seigneur d'avoir pitié d'eux. » Les Francs
furent saisis de crainte et s'éloignèrent. Toutefois ils ne regagnèrent les
Gaules qu'après avoir acquis la plus grande partie de l'Espagne d'où ils ra-
menèrent un grand butin. » (a. 542).
5 . Une légende bretonne du ix" siècle (Albert le Grand, Vie de saint
Conveyon, XII), reproduit encore, mais bien amoindris, quelques-uns des
incidents mythologiques que nous venons de voir :
« Les Normands et Nortvèsrues entrèrent dans l'embouchure de "Villaine
jusqu'à Rhedon, bien résolus de saccager la ville et piller le monastère de
Saint-Sauveur. En cette subite allarme et eff'roi, tous les Moynes éperdus
de crainte ne pensaient 'qu'à quitter le couvent et à se retirer en quelque
place forte pour évader la furie de ces barbares. Mais saint Conveyon les
retint et ayant fait sonner le chapitre, les exhorta à subir constamment la
mort, si besoin en estait. Puis les menant à l'Eglise, y passa la nuit avec
eux en prères et oraisons. Sur le point du jour, les barbares jettèrent hors
leurs chaloupes et batteaux pour mettre du monde à terre, ce qu'ils firent
en moins d'une heure et se rangèrent en ordonnance pour marcher vers le
couvent.
Taranous et Thor. 4 1 1
« Mais saint Conveyon et ses religieux redoublant de prières, le Ciel
tout subitement commença à leur faire la guerre. L'air se chargea de nuages,
une grêle pierreuse mêlée de foudres et d'éclairs les martelle. Les uns sont
écrasés du foudre, les autres sont assommés de la gresle. Autres pensant se
sauver vers leurs vaisseaux se jettent à la nage et sont engloutis dans la ri-
vière, laquelle esmue extrêmement de ses vagues ronflantes attaque les na-
vires de ces pillards, rompt leurs câbles et amarres, etc. »
6. Il faut lire là-dessus la fin du vi'' livre de Salvien (de gubern. Dei)
et spécialement la diatribe qui concerne Trêves. La phrase qui suit montre
que Salvien ne méconnaît pas le caractère religieux des festins qu'il a
décrits :
« Ludicra ergo publica. Trever, petis? Ubi, quaeso, exercenda? an super
busta et cineres. super ossa et sanguinem peremptorum? Quae enim urbis
pars his malis omnibus vacat? Ubi non cruor fusus, ubi non strata corpora,
ubi non Concisorum membra lacerata ? Ubique faciès captae urbis, ubique
horror captivitatis, ubique imago mortis. Jacent reliquiae infelicissimaeplebis
super tumulos defunctorum suorum et tu circenses rogas ! Nigra est in-
cendio civitas et tu vultum festivitatis usurpas! Lugent cuncta, tu laetus
es I Insuper inlecebris flagiliosissimis Deum provocas, et siipcrstitionihus pes-
siiiiis iram divinitatis inritas ! »
7. Archives de Vaiicluse, Fonds de VEvèché d'Avignon, GG. — Recueil
des Comptes et dépenses de l'Evêché, ann. 1 364-1 366.
I». — po 18. Expense facte pro prandio facto Ribayreriis, qui portaverunt
virtutes et reliquias ecclesie Avenionensis per flumen Rodani, in vigilia As-
ccnsionis Domini anni praedicti 1364.
Et primo : Expensi pro spinargiis, XV sol.
pro alecibus, XXXII sol.
pro juvcrto, IIII sol.
pro speciebus, VII sol.
pro C et L pomis, VI sol.
pro piscibus reccntibus, VII lib. X sol.
Item solvi pistori domini mei pro C. VI. (600) panibus computatis pro
centcnario. valent. IV lib. III sol.
Item prologuerio C. C. scissorium, CC. scutellarum. CC. gretzaletorum.
X.W pigcriorum tcrrae, CCIIII gobeletorum vitri, et pro pcrditione et
fraccione alicujus partis dictarum,rcrum, et pro loguerio duorum barra-
lium vini pro tencndo et administrando vinum et pro portu et reportu dic-
tarum rerum, XXXI sol.
Summa dicti lituli XVII lib. mon. currcntis.
41 2 J.-F. Cer quand
2". — F" 57. Expansé facte pro prandio Ribeyreriorum qui portaverun.
virtutes et reliquias SS. ecclesie Avenionensisin vigilia Ascensionis Domini
per flumen Rodani anno praedicto millesimo trecentesirao sexagesimo
quinto :
Et primo : Tradidi die décima Nona Maii frati Raymundo Guiraudi, do-
nato hospitalis Sti Benedicti (Benezet), etjohanni dePenestrione pro dicto
prandio faciendo, videlicet pro piscibus et aliis necessariis in dicto prandio,
exceptis pane et vino : XV flor. de cornu.
Item. Dicta die tradidi Johanni Florentini pistori dni Cardinalis Guil-
lerni, pro CGC panibus ponderantibus quolibet XI uncias pro dicto
prandio : III flor. de cornu.
Item Tradidi dicta die Vigilie Ascensionis Domini Magistro Geraldo
Ozilli, notario meo, pro emendo vinum pro dicto prandio, scilicet pro
quinque barralibus vigi quolibet XLVI pigeriorum vini, singulis pigeriis
computatis et emptis precio XII denar. XI flor. crucis
(quolibet) pro XXI sol.
Et ultra pro X pigeriis XVI sol. VII den.
Summa dicti tituli. XVIII flor. de cornu XI fl. de crozeta
qualibet petia XXI sol. XVI sol. VII den.
3°. — po 119. Expense facte pro prandio fieri consueto singulis annis
per dictum dominum meum Avenionensem Episcopum Ribayreriis qui por-
tant reliquias SS. in vigilia Ascensionis Domini per flumen Rodani.
Expense facte pro prandio Ribayreriorum et Nautoneriorum qui porta-
verunt virtutes et reliquias Sanctorum ecclesie Avenionensis in vigilia As-
censionis Domini per flumen Rodani, ut est moris, anno praedicto
MCCCLIVI.
Et primo : Expendi dicta die vigilie Ascensionis Domini, que fuit dies
XII mensis Maii praedicti anni per manus magistrorum Pontii Loberii et
Guiraudi Ozilli, familiarium continuorum dicti Domini mei Episc. Aven,
scilicet pro piscibus : VII flor. auri Reg.
Item, solvi pistori domus ipsius domini mei pro una saumata panis annone
empto pro dicto prandio XI fl. et med. camere.
Item solivi pro speciebus VII sol. VII denar.
Item solvi pro spinargiis et aliis herbis emptis per manus dicti Pétri
coqui. XIV sol.
Item solvi pro CXXX pomis. ' XVI sol.
Item solvi pro loguerio vaicelle, iscutellarum, scissoriorum grazaletorum
et ollarum de cupro et pigeriorum de terra, in quibus dabatur vinum et
mensis I flor. reg.
Item solvi pro vaicella perdita et fracta XVIII sol.
Item solvi pro loguerio maparum, alios XVIII sol.
Taranous et Thor. /, i j
Item solvi pro portu et reportu omnium praedictorum, inclusis XVIII de-
nariis datis Picardo et cuidam alteri Solhardo : VI sol.
Item solvi per manus dicti magistri Pontii Loberio pro oleo empta a Jo-
hanne Johannis Veyrerio XXIII sol. XI den.
Item dedi amore Dei et similiter pro ipsorum labore Petro et Terrisse ac
Johanni, coquis dicti Domini mei, de consensu et ordinatione Magistri
Pontii : XII soi.
Summa dicti capiiuli est : VIII fl. aur. Reg. II fl. et med. caméra
Vlib.XIsol.
414 L'abbé Eiig. Bernard.
ISTOIR D'EUS A CREATION AR BET-MAN
AR FORMATION AN DEN HAC HE VUE
AR HENTAN PHILOSOF A VOA ADAM, HAC HE VARO
HA BUE AR PROFET HENOC HAC ELI
AN DILUJ
HA BUE NOE HAC HE VARO
(Suite).
Ar bevare proloc a comans a.
Auditoret santel, m'ho supli humblamant
Da continuin hoas da vesan passiant,
Hac e voelet disclerian aman, en gênerai,
1390 An istoiriou trajidic so hoarveet guesall.
Neuse e formas Doue ar Maro digar er bet,
Evit lahan Adam hac Eva he briet,
Ha quement a deuje james d'eus ho ligne,
Ha dimeus ho natur da comeret bue.
a. M. Luzel, avec une bienveillance dont nous ne saurions trop le re-
mercier, nous a communiqué un manuscrit du Mystère de la Création du
Monde, qui date de 1760. Ce n'est peut-être que la copie d'un autre ma-
nuscrit remontant à 1663, car nous trouvons cette date de 1663, et de plus
celle de 1752, consignées sur Fun des feuillets. Les premières et les der-
nières pages sont malheureusement dans un état si lamentable, qu'il nous
La Création du monde. 41 j
HISTOIRE DE LA CRÉATION DE CE xMONDE
LA FORMATION DE L'HOMME ET SA VIE
LE PREMIER PHILOSOPHE FUT ADAM, SA MORT
LA VIE DU PROPHÈTE HÉNOCH ET CELLE D'ELIE
LE DÉLUGE
LA VIE DE NOÉ ET SA MORT
(Suite).
Le quatrième prologue commence.
Pieux auditeurs, je vous supplie humblement de nous con-
tinuer encore votre patiente attention, et vous verrez se dé-
rouler sur la scène, l'histoire des événements tragiques qui se
sont autrefois accomplis.
Alors Dieu créa la Mort impitoyable et l'envoya sur la terre
pour frapper Adam, Eve, et tous ceux qui de leur race et de
leur sang naîtraient jamais à la vie.
est presque impossible de les déchiffrer. Ce manuscrit ne contient que le
prologue du commencement et l'cpilogue de la fin du mystère. Il présente,
comparé à celui que nous empruntons à la Bibliothèque Nationale, quelques
différences assez intéressantes à signaler : nous les reproduirons avec la tra-
duction en regard.
4i6 L'abbé Eug. Bernard.
1395 « Maro cri, eme Doue, deus breman da sevel.
a Da vont da bourinenin dre ar bet en antier.
« Te a laho an holl hep cavet nep true,
« Bete mont er pales da vit ar rouane. »
Ar Maro en deus eur horf a so scan ha hjer,
1400 Hac a ia dre ar bet en nebeut a amser.
Monet a ra dre vor quercouls a dre douar,
Biscoas ne voe guelet den quen cri ha digar.
« Ma Doue, eme-han, me a rent d'ec'h graço,
« D'am bout laquet er bet, ma hanvoet ar Maro.
1405 « Voar vor ha voar douar me a ielo, certen ;
« Birviquen evid-oun na ve pardonet den. »
« — Ar bet, eme Doue, a vo es ta mani,
« Me ra d'it ar pouvoir voar ar pes so en-hi.
« Rac-se Lar da Adam, da Eva, he briet,
1410 « Em eus soign d'eus anhe, evit n'am guelont quet. »
Da vit hon tat Adam ec'h a prest da Hebron,
Hac Eva, he briet, a voa eno o chom.
Pa clevjont dira-he he-man o parlant %
Daoust d'ho faourente, ho defoa epouvant.
141 5 « Ah! loen epouvantabl, te so hardi meurbet! »
Ho galono gant spont a voa epouvantet.
— Adam, na sonje mui er bet nemert poanian**. —
« Te ra d'hon sperejo donet hoas da troublan. »
Ar Maro tamporel voa, me lar gant guirione,
1420 A deu da separin ar corf hac an ine.
Hi hac ho ligne holl a renquo mervel,
Pa arrio an amser, na vo quet a apel.
« Lar d'in, eme Eva, petra halles bean ?
« Pa clevan da gomso e teuan da spontan.
1425 « Nao ar sujet a teus da dont bete aman.
« Lequet ec'h eus da flecho ha d'am halon treujan.
a. Le scribe avait d'abord écrit sous la dictée: Pa clevjont 0 parlant dira-
he. Il a ensuite effacé les mots o parlant, pour les rétablir à la fin du vers.
Nous notons ces détails pris sur le vif du manuscrit, afin de bien établir que
notre Mystère s'est transmis de mémoire.
b. Ce vers nous semble mieux à sa place à la suite du vers suivant, qui
complète l'exclamation de terreur échappée à Adam à l'aspect de la Mort.
C'est évidemment aux lacunes survenues dans la mémoire de celui qui
La Création du monde. 417
« Mort cruelle, dit Dieu,
« lève-toi maintenant, va te promener à travers le monde en-
« tier. Tu tueras tout sans aucune pitié : tu iras jusque dans
« les palais emporter les rois. »
La Mort est douée d'une nature subtile et légère : elle par-
court l'univers en un instant, traversant les mers sans plus de
peine que la terre, et jamais rien ne parut ni si dur ni si
funeste. « Mon Dieu, s'écria-t-elle, je vous rends grâces de
« m'avoir mise au monde et appelée la Mort. Sur terre et
« sur mer j'irai, je vous le promets, et jamais auprès de moi
« personne ne trouvera grâce. » — « L'Univers, dit le Sei-
« gneur, sera ton domaine assuré, je te donne pouvoir sur
« tout ce qu'il renferme. Va donc trouver Adam et Eve, son
« épouse, et dis-leur que j'ai soin d'eux, bien qu'ils ne me
« voient pas. »
Sans tarder la Mort se rend à Hebron, vers Adam qui avait
fixé là sa résidence avec Eve, son épouse. Quand ils l'enten-
dirent parler devant eux, quelle que fût leur pauvreté, ils de-
meurèrent saisis d'épouvante. « Ah ! bête affreuse, tu es bien
« hardie! s'écrièrent-ils le cœur glacé d'effroi. » — Adam ne
pensait plus qu'à travailler sur la terre. — « Tu viens encore
« jeter le trouble dans notre esprit. »
C'était la mort temporelle, je le dis en vérité, qui amène
la séparation du corps et de l'ân.ie. Eux et leur race entière,
ils devront tous mourir lorsque le moment sera venu, il n'y
aura pas à en appeler de cette sentence. « Dis-moi, reprend
« Eve, que peux-tu bien être ? Lorsque je t'entends parler,
« je me sens saisie d'effroi. Dis-moi le motif qui te conduit
« jusqu'ici. Tu as décoché des traits qui ont transpercé mon
« âme.
dictait, qu'il faut attribuer les vers passés sous silence, et rétablis en marge
par une autre main, exemple le vers 681 :
Hoc hen dihoUis cren en creis an Ifern don,
et aussi les vers écrits d'abord, effacés ensuite pour être transportés en
meilleure place, comme au troisième acte, les six v<'rs notés au v. 1248.
Revue Celtique, X. 28
41 8 L'abbé Eug. Bernard.
« O Doue, eme-s-hi, ha houi a permette
« E ve o;ant eul loeii e collen ma bue ?
« Pa eo he-man ar xMaro, epouantabl meurbet,
1430 « Eusin ra ma halon pa deuan d'he sellet. »
« — Me eo ar Maro, eme-s-han. Caer hoc'h eus est-
ce Pa vo arri an heur, ractal en eum guefin. [tammin.
« Me ho lamo a boan, ho pet pasiantet ;
« N'ho po nemert tourmant entre veet er bet.
1435 « Panevert da pehet, eme-han, er jardin,
« — Eno e fachout Doue an Tat divin, —
« Na vijes quet breman o soufrin ar poanio,
« Hac e voas immortel, exant d'eus ar Maro. »
Adam a ies neuse da ober pinijen,
1440 Hac hen monet ractal en tu rivier Jourdren.
Er spas a tregont de e chommas d'he avis,
Hac he priet Eva en quichen dour Tigris,
En eun toul, er rohel, e voa he demeurans.
Bras voe ar supHço balamour d'an ofans.
1445 « Me ho suph, eme-han, a beurs Roue an Envo,
« Teulet pie ous Satan, mar guel, hen ho tromplo. »
Aman a voe hirvout, pa voe an disparti :
Hen a ies da Jourdren, hac hi da dour Tigri.
« Adieu, eme Eva, da pep contantamant !
1450 « Birviquen tréma vin, ne bo nemert tourmant. »
Pa voa et d'an Tigris da ober pinijen,
Hac Adam e-unan da tal rivier Jourdren,
E teuas an aëraouant, hac a deuas en pen
D'he has da vit Adam da tal rivier Jourdren.
1455 An diaoul o laret e voa cannât Doue%
« Me so deut, eme-han, a he beurs ho pete,
« Evit ho suplian demeus a vouir galon ^,
« Da dont da vit Adam, ma eet da Hebron. »
« — Me ia, eme Eva. Gant reson e sentin,
a. Le scribe ayant ici effectué la syncope de Lavarct en laret, le vers n'a
plus que onze syllabes. Nous nous contentons de cet exemple entre mille,
à l'appui de l'observation que nous avons faite dans notre introduction.
La Création du monde. 419
O Dieu, continua-t-elle, est-ce que vous permettriez
« à cette bête féroce de m'ôter la vie ? Puisque c'est la Mort,
« l'épouvante l'accompagne, et mon cœur tressaille d'hor-
« reur, lorsque je m'arrête à la regarder. »
— « Oui, c'est moi la Mort, dit-elle, vous avez beau vous
« exclamer. Lorsque l'heure aura sonné, aussitôt j'apparaîtrai,
« je vous tirerai de peine, prenez patience. Vous n'endu-
« rerez que tourments tant que vous serez sur la terre. Sans
« le péché, ajouta-t-elle, sans le péché que vous avez commis
« au jardin, — là, vous avez encouru la colère de Dieu, le
« Père tout-puissant, — vous n'auriez pas maintenant toutes
« les peines à souffrir, vous seriez immortels, à l'abri des
« coups de la Mort. »
Adam s'en fut alors foire pénitence, et aussitôt il dirigea ses
pas vers le fleuve du Jourdain. Il prit la résolution d'y de-
meurer l'espace de trente jours, pendant qu'Eve, son épouse,
resterait sur les bords du Tigre, où une grotte dans un rocher
lui servit d'asile. Grand était leur châtiment à cause de l'of-
fense commise. « Je vous supplie, Eve, dit Adam, de la part
« du Roi des Cieux, prenez garde à Satan, s'il peut, il vous
« trompera. » Les sanglots éclatèrent au moment de la sépa-
ration : il se rendit au bord du Jourdain, elle alla du côté du
Tigre. « Adieu, s'écria Eve, adieu à tout contentement ! Dé-
« sormais tant que je vivrai, je n'aurai que des peines. »
Ils partirent donc faire pénitence, Eve sur les bords du Tigre,
et Adam vivre seul auprès du Jourdain. Sur ces entrefaites, le
serpent se mit en tête d'envoyer Eve rejoindre Adam sur les
rives du Jourdain. Le Démon déclarait être le messager de
Dieu : « Je viens, dit-il, vers vous de sa part, pour vous aviser
« de bon cœur, de vous en aller trouver Adam, car il est re-
« tourné à Hébron. » — « J'y vais, répond Eve. Il est rai-
b. Un espace' blanc, ménagé par le scribe après Evit, paraît attendre
quelques mots qui ne se présentaient pas, au moment, à la mémoire de celui
qui dictait.
420 L'abbé Eug. Bernard.
1460 « Pa'n d-oc'h a beurs Doue, da vit Adam ec'h inn,
« Heii-nes, sur, a garan evit ma gouir briet,
« Me gret, gam Doue an Tat 11a vesin quet blamet.
Adam a grias fors voar an diaoul digar
A voa deut adarre evit tentin he bar.
1465 « Perac, eme Adam, e voa-hu sortiet,
« Pa ne voa en antier an tregont de closet ? »
Adam hen conjuras a beurs Roue an Tron :
« Lavar d'in, eme-han, pe sort ambition
« Ac'h eus a bep amser, ebars en hon andret ?
1470 « Rac ni n'omp quet caus d'it da vesan tourmantet. »
« — Me a lar, eme-lian, pa deus d'am conjurin
« A beurs Doue an Tat a so adversour d'in,
« Hen en deus da crouet d'eus a lim an douar,
« Hac e prêtantes mont da jouissan ar gloar. »
1475 Adam a pet neuse Doue, Roue an Tron,
Da sellet a drue ous Adam, he vignon,
Da rei d'eshan ar c'hras, ma halje en em difen
Ous an tentationo a dai d'eus an Ifern.
« Adam, eme Doue, n'es abandonin quet,
1480 « Mes soufrin a rcnques entre ma vi er bet.
« Tiegues a dilhi gant da briet Eva,
« Bete fin da vue te a vo en extrenvoa. »
« — Adam, eme Doue, quent evit ma varvi,
« Unan as bugale d'ar plas-hont a quissi,
1485 « D'ar Barados terestr, liac e quifi remet,
« Goude da soufranço eur voes vi sauvetet.
« Teir grien as peso dimeus a un aval,
« Ma savo teir gueen diferant d'ar re ail,
« Hac a formo eur groas da vont voar ar Halvar,
1490 « Da laquât map Doue. Neuse ec'h i d'ar gloar. »
Mont a rejont ho daou adarre da Hebron,
Oc'h houlen assistans digant Roue an Tron.
Eur malhur voe bijcoas ma tepjont an aval.
Sujet voent d'ar poanio, ha cals d'eus ar re ail.
1495 Ma comansas Adam neuse da hadan ed,
Eva da venajin evit preparin boet.
Grouiou, lousou mat, hac ive saladen,
La Création du monde . 42 1
« sonnable d'obéir puisque vous venez par ordre de Dieu. Je
« pars donc rejoindre Adam. C'est lui assurément que j'aime
« comme mon cher époux, et j'espère ne pas encourir le
« blâme de Dieu le Père. »
Adam s'emporta contre l'Esprit mauvais qui avait de nou-
veau tenté sa compagne : « Pourquoi, dit-il, avez-vous quitté,
« lorsque les trente jours n'étaient pas entièrement écoulés? »
Adam conjura le démon au nom du Roi des Cieux : « Dis-
« moi, demanda-t-il, quelle jalousie tu nourris de tout temps
« à notre endroit ? Nous ne sommes pas cause si tu es dans
« les tourments. » — « Je te l'avoue, puisque tu m'as con-
« juré au nom de Dieu le Père; il est mon adversaire. Il t'a
« créé du limon de la terre, et tu as la prétention d'aller
« jouir de sa gloire. »
Adam prie alors le Roi des Cieux de jeter un regard de
pitié sur lui, Adam, son ami, de lui accorder la grâce de pou-
voir se défendre contrJ les tentations qui viendront de l'Enfer.
« Adam, dit le Seigneur, je ne t'abandonnerai pas, mais
« il te faudra souffrir tant que tu seras au monde. Tu tien-
« dras ménage avec Eve, ton épouse, et jusqu'à la fin de ta
« vie tu seras un exilé sur la terre. Adam, ajouta Dieu, avant
« la tin de ta carrière, tu enverras ici, au Paradis terrestre,
« un de tes enfants, et tu trouveras le remède qui te procu-
« rera le salut après toutes tes souffrances. Il te sera apporté
« trois pépins d'une pomme qui donneront naissance à trois
« arbres différents des autres : ils serviront à former une croix
« à laquelle, sur la montagne du Calvaire, sera attaché le fils
« de Dieu. A ce moment, tu entreras dans la gloire. »
Adam et Eve retournèrent tous deux à Hebron, demandant
assistance au Roi des Cieux. Ce fut à jamais un malheur qu'ils
eussent mangé la pomme.
Adam se mit alors à semer du blé : Eve faisait le ménage et
préparait la nourriture. Racines, herbes choisies, salade, voilà
422 L'abbé Eug. Bernard.
A voa rct da dibrin, p;i ne voa netra quen.
Adam a damalas alies he briet
1500 Balamour ma voa hi a voa caus ha quiriec.
« Ne voa quet ar sort-se a debremp gueachall,
« Er Barados terestr pa depjomp an aval. »
Rac-se ho suplian, mar be ho chante,
Da dont d'hon iscusin, mar be ho polante.
1505 Anfin, auditoret, breman c'houi remerquo
Ar pes am eus laret, dre ar personajo.
Senne I.
Doue an Tat a crou ar Maro, hac a coms.
Me formo ar Maro a vo gardis meurbet ^
Hac a laso Adam hac Eva, he briet,
Ha quement den james a deui d'eus ho ligne,
15 10 Ha dimeus ho natur, da comeret bue.
Maro cri, me comant d'it breman sevel.
Ha mont da pourmenin dre ar bet en antier.
Te a laso an holl hep cafet nep true,
Bete mont er pales da vit ar rouane.
15 15 Te obeisso ractal, pa vo d'it comandet,
Rac na cos na iaouanc achap ne haUint quet.
Te a ielo en nos quercouls evel en de,
Evit hirvout, na cri, ne quemer nep true.
Te a peso ur horf a vo scan ha lijer,
1520 A ielo dre ar bet en nebeut a amser.
Te a ielo dre ar mor quercouls ha dre douar :
Biscoas na voe formet den quen cri ha digar.
Te a peo flechou hac a vo violant,
El lec'h ma antrei te laquai epouvant.
Voici les principales variantes qu'il nous plaît de relever entre les deux
manuscrits.
I . Me a formo eur mal.
La Création du monde. 42 ^
ce qu'ils étaient obligés de manger, puisqu'il n'y avait pas
autre chose. Adam reprocha bien des fois à Eve, son épouse,
d'en être cause par sa faute. « Nous ne nous nourrissions pas
« de cette sorte jadis, au Paradis terrestre, lorsque nous
« avons mangé la pomme. »
Je vous supplie donc, faisant appel à votre charité, de nous
excuser, si vous le voulez bien. Enfin, Auditeurs, vous allez
voir ce que je vous ai dit, mis en action par les personnages.
Scène I.
Dieu le Père crée la Mort.
Je créerai la Mort qui sera ce qu'il y a de plus impitoyable,
et qui tuera. Adam, Eve, son épouse, et tous les hommes qui
de leur race et de leur sang naîtront à la vie.
*t)
Mort cruelle, je t'ordonne maintenant de te lever et d'aller
te promener à travers le monde entier. Tu frapperas tout, sans
jamais prendre pitié, et tu iras jusque dans les palais emporter
les rois. Tu obéiras au moment où tu en recevras l'ordre,
car ni vieux, ni jeune ne sauraient échapper à tes coups. Tu
t'en iras le jour aussi bien que la nuit, sans te laisser toucher
par les larmes ou par les sanglots. Tu auras une forme légère
et subtile, tu parcourras l'univers en un instant, tu traverseras
les mers aussi facilement que la terre, jamais rien n'aura été
ni si cruel, ni si funeste que toi. Tu seras armée de traits d'une
portée sans égale, et partout où tu entreras, tu sèmeras l'épou-
vante.
Je créerai un mal.
424 L'abbé Eug. Bernard.
Ar Maro a coms.
1525 Ma Doue, ma C'hrouer, men a rent d'ec'h graço
D'am bout laquet er bet-man, ha ma hanvet Maro.
Voar vor ha voar douar men a ielo, certen,
Birviquen evid-oun na vo pardonet den ^
Pa ret d'in ar pouar voar bue pep-hini,
1530 Pa arrio an heur, caer ho defo recuH.
Me ia da Hebron, da vit an tat Adam.
Hac he briet Eva, a so eno o chom,
Evît laret d'eshe bepret en em prepari.
An heur so incerten d'eus bue pep-hini 2.
1535 Me gret, pa em c'hlevint dirag-he o parlant,
Daouest d'ho faourente ho defo epouant,
Dre n'am anavont quet. Hou-man eo ar voes quentan
D'in, d'ar plas-se da vont d'ho bisitan.
Doue an Tat a coms.
Ar bet-hont en antier a vo es da mani,
1540 Me ra d'it ar pouar voar quement so en-hi.
Rac-se lar da Adam ha da Eva, he briet,
E-meus sonj aneshe, evit n'am guelont quet.
Senne II.
Adam hac Eva.
Antre ar Maro a ia d'ho hafet, ha neuse a coms.
Autro, terubl es oc'h mintin... 5
Me so deut d'ho cafet a beurs bon Tat divin.
1 . Na n'efFe pardon den.
2. An heur so inconnu d'eus a varo pep-hin.
3 . Salud d'ac'h, Autro.
La Création du monde. - 42 5
La Mort.
Mon Dieu, mon Créateur, je vous remercie de m'avoir
mise au monde et de m'avoir appelée la Mort. Sur terre et
sur mer je m'en irai assurément, et jamais personne ne trou-
vera gnâce auprès de moi. Puisque vous me donnez puissance
sur la vie de chacun, lorsque le moment sera venu, on es-
saiera en vain de reculer.
Je vais à Hébron me présenter au père Adam et son épouse
Eve, qui ont établi là leur domicile, leur dire de se tenir tou-
jours prêts, qu'elle est incertaine l'heure où doit se terminer
toute existence. Je crois qu'en m'entendant leur adresser la
parole, malgré leur pauvreté, ils seront saisis d'eôroi, parce
qu'ils ne me connaissent pas encore. Cette fois est la première
à moi d'aller en ce lieu leur rendre visite.
Dieu le Père.
Ce monde en entier sera désormais ton domaine ; je te
donne pouvoir sur tout ce qu'il renferme. Tu diras à Adam
et à Eve, son épouse, que je pense à eux, bien qu'ils ne me
voient pas.
Scène II.
Adam et Eve.
La Mort entre et va les trouver.
Seigneur, vous êtes tout à fait matinal... Je viens auprès
de vous de la part de notre Père céleste. C'est moi qui suis la
1 . Personne n'obtiendra miséricorde.
2. L'heure est inconnue de la mort do chacun.
3. Salut à vous, Seigneur.
426 L'abbé Eug. Bernard.
1545 Me eo, certen, ar Maro, rac-se ma intentet :
Dre urs Doue an Tat es oun deut d'ho cafet^
Rac-se me eo ar Maro, ne pardonin da den.
Dre ma dorn, ma sut quer, c'houi a renquo mervel^.
Adam a coms.
Ah loen epouant, te so gardis meurbet!
1550 Ma halon gant ar spont a so epouantet.
Me ne soufren aman, allas ! nemert poanio ^ :
Te deu hoas aman da troublin hon sperejo.
Birviquen, m'ho assur, ne ran joa er bet-man,
Pa'n d-e te, efroiabl, a rei d'in finissanJ.
Ar Maro a coms.
1555 Me eo ar Maro tamporel, me lar gant guirione,
A deui da separin da corf ha da ine.
Ha da priet Eva a renquo ive mervel'',
Pa arrio an heur, na vo quet da apel.
Eva a coms.
Lavar d'in, tra digar, petra halles bean,
1560 Na petra a ra d'it donet bete aman ?
Pa glevan da comso, e crenomp gant estons.
Laquet ac'h eus flecho da antren em calon.
O Doue, ma Crouer ! He-man eo ar quelo d'imp-nin >,
E ve gant al loen-man e renquomp finissian ?
I . Evit discleria d'ac'h e vo fin d'ho bue,
Palamour dho pec'het, an eil hac eguile.
2. A renquo tremen.
3 . Tra efroiabl.
4. Pa clevan da cotnso, brenian em eus eston,
O laret e teus flecho a treusio ma calon.
5 Ha c'hui a permette
Ze vo gant al loen-man e quelfomp hon bue !
^. Le mot tourmant avait d'abord été dicté, puis il a été effacé par le
scribe et remplacé par poanio qui rime avec sperejo.
La Création du monde. 427
Mort, n'en doutez pas. Ecoutez-moi Jonc. C'est sur l'ordre de
Dieu le Père que je me présente à vous : t'est moi qui suis la
Mort, et je ne ferai grâce à personne : c'est de ma main, mes
pauvres gens, qu'il vous faudra mourir.
Adam.
Ah ! bête effrayante, tu es ce qu'il y a de plus cruel. Mon
cœur est saisi d'etfroi. Je ne souffre, hélas! ici, que peines
de toute sorte, et tu viens encore jeter le trouble dans mon
esprit. Jamais, assurément, il n'y aura de joie pour moi en ce
monde, puisque c'est toi, monstre affreux, qui mettra fin à
mon existence.
La Mort.
Je suis la Mort temporelle, je le dis en vérité, je viens sé-
parer le corps de l'âme. Eve, ton épouse, est aussi condamnée
à mourir: lorsque sonnera l'heure, il n'y aura pas à en ap-
peler.
Eve.
Dis-moi, chose sans entrailles, ce que tu peux bien être?
Qu'est-ce qui t'amène jusque dans ces lieux? A t'entcndre
parler, nous tremblons et nous sommes stupéfaits. Tu as fait
entrer tes traits dans mon cœur. O Dieu, mon Créateur !
voici pour nous une nouvelle, qu'il nous faudra mourir de la
main de cette bête féroce !
1 . Pour vous déclarer que votre vie prendra fin, à cause de votre péché,
aussi bien pour l'un que pour l'autre.
2. Faudra trépasser.
3 . Chose effroyable.
4. A t'entendre parler, maintenant je demeure stupéfaite, lorsque tu dis
avoir des traits qui transperceront mon cœur.
5 Est-ce que vous permettriez que ce soit cette bête féroce qui
nous fit perdre la vie?
''. Dans ce vers, après a renqiio, le mot couls a été effacé et remplacé par
ive.
428 L'abbé Eug. Bernard.
1565 Penos houi e ar Maro, epouantus meurbet ?
Faian ra ma calon, pa deuan d'hen clevet^
Ar Maro a coms.
la, me eo ar Maro! Caer ac'h eus estlamin^.
Pa vo arri an heur, timat en eum guefin.
Me as lamo a poan, ma po pasiantet ;
1570 N'as po nemert tourmant queit a ma vi er bet.
Panavert da pehet, as poa groet er jardin,
O terrin gourhemen Doue, an Tat divin,
Na vijes quet breman o soufrin ar poanio,
Hac e voas immortel, exant eus ar Maro.
1575 Rac-se me a lar d'ac'h a beurs ar gouir Doue,
E vo ho condition labourât nos ha de,
Ha pell vevoet hoas. Me a ia d'ho lesel,
An heur so incerten, me n'en d- ann quet a-bell.
En eum rejouisset, me ia divoar ho tro,
1580 Rac-se sonjet erfat eo me e ar Maro.
Ar Maro a ia quit.
Adam a coms.
En eum rejouissan... Allas! ne quet!
Me a so er plas-man, nos ha de, o poaniet^
Maleur voe d'it an heur ma voas crouet, Eva !
Allas ! te a so caus ma s-omp en extrenvoa.
1585 Te debras an aval, hac hep goulen ous-in,
Neuse te am laquas couls ha te da dibrin :
Ha me dre ho caret, chetu me en miser,
Er plas-man, nos ha de, hac ive en danjer.
Hoas vo ret d'imp niervel, pa sonjomp nebeutan,
1590 Hep cafet nep remet, renonsin d'ar bet-man.
I . Euzin a ra ma calon p'an deuan d'he sellet.
2 Nos ha de en penet.
Maleur voe d'in an heur ma voen crouet, Eva.
». Ce vers se termine par les deu.x mots estlamin et âcdamin, écrits l'un
au-dessus de l'autre par une main différente.
La Création du monde. 429
Comment ! c'est toi la Mort, tout ce qu'il y a de plus épou-
vantable ! Mon cœur défaillit rien qu'à l'entendre.
La Mort.
Oui, c'est moi la Mort. Tu as beau t' exclamer. Lorsque
l'heure sera venue, vite je me trouverai là. Je te tirerai de
peine si tu sais prendre patience. Tu n'auras que tourment tant
que tu seras au monde. Sans ton péché, par toi commis au
jardin, en transgressant le commandement de Dieu le Père
tout-puissant, tu ne serais pas maintenant condamnée à souf-
frir : tu étais immortelle, à l'abri de la Mort.
Je vous déclare donc de la part du vrai Dieu, votre condi-
tion sera de travailler nuit et jour, et vous vivrez encore
longtemps. Je vais vous laisser : l'heure est incertaine, je ne
m'éloignerai pas beaucoup. Réjouissez-vous, je quitte vos pa-
rages, mais rappelez-vous bien que c'est moi qui suis la Mort.
Adam.
Me réjouir... Hélas! je n'en puis mais! Je suis ici jour et
nuit dans la peine. Malheur à toi, Eve, pour l'heure où tu as
été créée! Hélas! tu es cause si nous sommes en exil. Tu as
mangé la pomme, sans me le demander, et tu m'as amené à
en manger comme toi. Et moi, pour t' avoir aimée, me voici
nuit et jour, ici, dans la misère et aussi en péril, car, de plus,
il nous f:iudra mourir quand nous y penserons le moins, et,
sans pouvoir y échapper, il faudra abandonner ce monde.
1 . Mon cœur est saisi d'horreur lorsque je la regarde.
2. Nuit et jour en souffrance. Ce fut un malheur pour moi, Eve, que
l'heure où je fus créé.
430 L'abbé Eug. Bernard.
Eva a coras.
Guir eo, sur, ma friet, dre ma frajilite
E coiis en pehet, ha c'hui quercouls ha me^
Allas ! me so breman voar ar bet o soufrin !
Dre ma vanquis quentan, houi a ra ar blam d'in.
1595 Adam, ma faradur, m'ho pet, n'am blamet quet,
Me eo, sur, an hinin a gle bout punisset.
Me a debras an aval hep ho consantamant,
Maleur bras e voe d'imp, dre ali ar serpant.
Ah! ma friet Adam, me ho pet, ma fardonet,
1600 Me am eus groet ar faut, allas ! me so quiriec! ^
Adam a coms.
O ma friet Eva, heuliomp argourhemen.
Me ia breman ractal a da rivier Jourdren,
Er spas a tregont de e chommin d'am avis.
C'houi renquo mont ive da rivier an Tigris :
1605 Un toul so er rohel, a vo ho teumeurans.
Hon suplis a so bras, palamour d'an ofans.
Rac-se ho suplian, a beurs Roue an Envo,
Teulet evoes ous Satan, rac mar guel, ho tromplo,
Na ces na de, na nos, bep heur ha bep momet,
16 10 O clasq coU hon ine, siouas! gant ar pehet.
Eva a coms.
Demeus a beurs Doue, me bromet d'ac'h, Adam,
Birviquen en nep guis ne goein mui en blam,
Hac e clefen mervel dre ar suplis violant,
Me resisto bepret ous drouc an aëraouant>.
1615 Rac-se, me ho supli, dre lesen an natur,
Nin gle en em garet evel daou paradur.
N'en deus den nemerd-omp crouet voar an douar;
Ma oun bet miserabl dre sujet an aval 4,
I Ha c'hui a pec'has ive.
2 . Allas ! n'em blamet quet.
3 . Me evoesseo bepret.
4. Ma z-omp en miser bras dre sujet un aval.
La Création du monde. 4^ 1
Eve.
Oui, certainement, c'est vrai, mon époux, par ma faiblesse,
je suis tombée dans le péché, et vous aussi bien que moi.
Hélas ! je suis maintenant sur la terre pour souffrir ! Parce que
j'ai failli la première, vous m'en faites un reproche : Adam,
mon époux, je vous en prie, ne m'accusez pas. Je suis, certes,
celle qui mérite d'être punie : j'ai mangé la pomme sans votre
permission, et ce fut un grand malheur pour nous, à l'insti-
gation du serpent. Ah! Adam, mon époux, je vous en prie,
pardonnez-moi; j'ai commis la faute, hélas! c'est moi qui suis
coupable.
Adam.
Oh ! Eve, mon épouse, obéissons au commandement. Je
m'en vais à l'instant, sur les bords du Jourdain, et j'y res-
terai, à mon avis, l'espace de trente jours. Vous, vous irez sur
les rives du Tigre : une caverne dans un rocher y sera votre
demeure. Notre châtiment est grand à cause de notre offense.
Je vous supplie donc, de la part du Roi des Cieux, prenez bien
garde à Satan, car, s'il peut, il vous trompera; il ne cesse ni
jour, ni nuit, à toute heure, à tout moment, de chercher à
perdre notre âme, hélas ! par le péché.
Eve.
Au nom de Dieu, Adam, je vous promets de ne jamais, en
aucune façon, retomber en faute. Quand je devrais mourir
dans les plus violents supplices, je résisterai toujours aux at-
taques de l'Esprit mauvais. Je vous en supplie donc, par la loi
de la nature, nous devons nous aimer comme deux époux.
Il n'y a personne autre que nous, créée sur la terre : si j'ai
été misérable en mangeant la pomme, je suis devenue par ma
1 . Et vous, vous avez aussi pcchô.
2. Hélas ! ne m'en blâmez pas.
3 . Je me tiendrai toujours en garde contre.
4. Nous sommes eu grande misère à cause d'une pomme.
4î2 L'abbé Eug. Bernard.
r
Me so bet ar soursen dre ma frajilite,
1620 Am eus meritet poan, siouas ! d'hon bugale,
A deui dre hon natur, da vevan voar ar bet,
Ha, siouas ! dre ma voint concevet er pehet.
Adam a coms.
Guir eo, certen, Eva; mes pa'n d-eo promettet
Ar pardon evid-omp, ar joaio an Drindet^,
1625 Dre he visericord ha dre he drugare,
E teui d'hon pardonin quercouls hon bugale.
Allas ! dispartian, ar voes-man, a so ret,
An amser a dinij a voa d'imp distinet.
Adieu, ma guir briet, Doue d'ho conduo,
1630 En traonen a Hebron arre nin n'eum voelo.
Eva a coms.
Adieu d'ec'h, ma friet, pa'n d-e an disparti,
Houi a ia da Jourdren, ha me d'an dour Tigri.
Adam a sorti.
Eva a ia d'ar rohel, hac a coms.
He-man an disparti ! Adieu d'am holl joaio!
Pa sonjin nebeutan, ar Maro a arrio;
1635 Dre lescn an natur a ra d'in da gredin,
Balamour d'am pehet, eur veach e varvin :
Ha pa consideran quercouls em bugale,
QjLiement a deui er bet, a varvo couls ha me,
A vo contribuant dimeus ho mam Eva,
1640 Pehinin dre he faut, a rai d'he extrenvoa.
Ha chetu ar rivier, me gleo moes an dour.
Me ho pet, ma Crouer, deut breman d'am sicour,
Ha da rein d'in an ners da dont da repoussin
Quement tentation en em. presanto d'in.
1645 Ebars er plas-man e vo ma deumeurans,
Er spas a dregont de, daouest d'am holl ofans.
I . En quefren an Drindet,
La Création du monde. 43 ^
faiblesse, la source des peines réservées aux enfants qui, de
nous, sur la terre, naîtront à la vie, par cela même, hélas ! qu'ils
seront conçus dans le péché.
Adam.
C'est parfaitement vrai, Eve. Mais puisque le pardon nous
est promis avec les joies de la sainte Trinité, Dieu, par sa
miséricorde et par sa bonté, nous fera grâce, à nous aussi bien
qu'à nos enfants.
Hélas ! il fiut cette fois nous séparer, le temps s'envole qui
nous était accordé. Adieu, ma chère épouse, que Dieu vous
conduise! Dans la vallée d'Hébron nous nous retrouverons
de nouveau.
Eve.
Adieu, mon époux, puisque c'est l'heure de la séparation.
Vous allez, vous, du côté du Jourdain; je vais, moi, sur les
bords du Tigre.
Adam sort.
Eve se dirige vers le rocher.
Oui, voici la séparation! Adieu à toutes mes joies ! Quand
j'y penserai le moins, la mort viendra : c'est la loi naturelle,
et elle me laisse à croire qu'à cause de mon péché, une fois
il me faudra mourir. Et quand je songe à mes enfants, à tous
ceux qui naîtront au monde, ils mourront comme moi et
ils partageront le sort de leur mère Eve qui, par sa faute, en
a fait des exilés.
Voici la rivière, j'entends le bruit de l'eau. Je vous en prie,
mon Créateur, venez à mon secours, pour me donner la
force de repousser toutes les tentations qui viendront m'as-
saillir. Dans ce lieu sera ma demeure l'espace de trente jours,
à cause de ma faute.
1 . Dans la compagnie de la Trinité.
Revue Celtique, X. 29
454 L'abbé Eug. Bernard.
Roue ar firmamant, breman ec'h oun er bet,
Ebars en ,paourente, balamour d'am pehet,
Reit d'in ar sclerijen, rac me sant ma speret,
1650 Quercouls ha ma ine, siouas! a so troublet.
Adieu a lavaran da bep contantamant,
Birviquen n'am bo mui er bet nemert tourmant.
Satan a coms, hac ia d'he haet.
Eva, mam evurus, arri eo an amser.
Me a so un El guen a beurs an Eternel,
1655 So deut da laret d'it, ma queres ma credi,
Achu eo an amser da chom en dour Tigri.
Doue, an Eternel, en deveus proinettet
E eo bete vreman pardoner ho pehet.
Rac-se sorti hardi, ha que bete Jourdren
1660 Da cafet da priet ; housin ne ra quen.
Eva 3 coms.
E leal, ma mignon, ahann ne flachin quet :
Gant Doue éternel eo d'in comandet,
Hac avertisset mat gant ma friet Adam,
Ma teujen da quitat, em bije cals a blam.
1665 Rac guesall er jardin, e sentis re vuan,
Pa voen eno tromplet ha tentet gant Satané
Quen a voint achu, james ne sortian :
Neuse me a ielo da cafet ma friet,
So er rivier Jourdren, couls ha me, eur pennet^.
Satan a coms.
léyo N'ho peset dout a-bet, me eo cannât Doue3,
So deut expressamant a he beurs ho pete.
Guir eo pevar devoes a so cals ha nebeut.
Mes ho faut bete-henn a so d'ec'h pardonet.
1 . Pevar de am eus c'hoas da chom er plas-nian.
2. Couls ha me, en penet.
3 . N'ho peset drouc er bet.
La Création du monde. 4^5
Roi du firmament, maintenant je suis au
monde en proie à la misère, châtiment de mon péché, donnez-
moi la lumière, car je sens mon esprit et mon cœur, hélas !
remplis de trouble. Je dis adieu à toute satisfaction, jamais à
l'avenir je n'aurai plus que tourment sur la terre.
Satan va la trouver.
Eve, mère heureuse, le moment est arrivé. Je suis un ange
du ciel, et je viens de la part de l'Eternel vous dire, si vous
voulez m'en croire, que vous avez fini le temps de votre sé-
jour sur les bords du Tigre. Dieu a promis que votre péché
était à présent pardonné. Sortez donc hardiment, et allez au
Jourdain rejoindre votre époux : il ne fait plus que se mor-
fondre.
Eve.
En vérité, mon ami, je ne bougerai pas d'ici, cela m'est
commandé par l'Eternel, et j'ai été bien avertie par mon époux
Adam, que si je quittais ces lieux, j'en aurais beaucoup de re-
proches. Autrefois, au jardin, j'ai obéi trop vite, lorsque je
fus tentée et trompée par Satan. Avant donc que les jours ne
soient écoulés, je ne sortirai point: alors j'irai rejoindre mon
époux qui, comme moi, reste quelque temps sur les bords du
Jourdain.
Satan .
N'ayez aucune inquiétude, je suis le messager de Dieu, et
je viens expressément vers vous de sa part. Quatre jours, il
est vrai, sont peu et beaucoup. Mais votre fimte vous est à
présent pardonnée.
1 . J'ai encore quatre jours à passer en ces lieux.
2. Aussi bien que moi, dans la souffrance
3 . Vous n'aure;; aucun mal.
436 L'abbé Eug. Bernard.
Me so bet gant Adam, me lar d'ec'h guirione,
1675 Hac en deus ma fedet da donet ho pete,
Evit ho suplian dimeus a voir galon,
Da donet d'he cafet, he man et da Hebron.
Eva a coms.
Pa'n d-oc'h cannât Doue, ha dimeus an Envo,
So deut d'am honsolin a greis ma guir boanio,
1680 Me ia guen-ac'h ractal. Gant reson eo sentin,
Pa'n d-eo a beurs Adam e teut da laret d'in.
Hen-nes, sur, a garan evel ma guir briet.
Me gret gant Doue na vesin quet blamet.
Ma eont da cafet Adam.
Adam a coms.
Fors ! Fors ! Voar boes ma fen voar an diaoul digar,
1685 A so deut adarre evit tenti ma far!
Eva, ma faradur, perac out sortiet,
Pa ne voa en antier an tregont de closet ?
Guesall bars er jardin, malurus, te he sromplas,
He laquât da dibrin dimeus un aval glas,
1690 A voa bet difennet ous-imp gant hor C'hrouer;
Quement-se a so caus er bet-man, d'hon miser.
Me deu d'as conjurin, a beurs Roue an Tron,
Ma teui da laret d'in pe sort ambition
A teus a bep amser, er bet, en hon andret ?
1695 Rac nin n'omp quet caus d'it da vesan tourmantet,
Satan a coms.
Me a lar d'it, certen, pa deus d'am conjurin^
A beurs Doue an Tat, a so adversour d'in,
Me voa gant-han crouet ar caeran d'eus an Elle,
Mateuis d'en em goll dre ma superbite.
1700 Strinquet e voen da soufrin en profont an Ifern,
Hep cafet nep esperans, na soulaj birviquen.
1 . Maleur d'it, certen.
La Création du monde. 437
J'ai vu Adam, je vous le dis en vérité, il m'a prié de me
rendre auprès de vous, afin de vous prévenir, en toute sécurité,
de le rejoindre, il est déjà parti pour Hébron.
Eve.
Puisque vous êtes messager de Dieu, et que vous venez du
Ciel, me consoler au milieu de mes peines, je pars à l'instant
avec vous. Il est raisonnable d'obéir, dès que vous me le dites
de la part d'Adam. Il est assurément celui que j'aime comme
mon fidèle époux. J'espère que Dieu ne me réprimandera pas.
Ils vont trouver Adam,
Adam.
Malheur ! malheur ! Je le crie à tue-tête sur le démon im-
placable, qui est encore venu tenter ma compagne. Eve, mon
épouse, pourquoi es-tu sortie lorsque les trente jours n'étaient
pas entièrement écoulés !
Autrefois, au jardin, malheureux que tu es, tu l'as trompée,
en lui faisant manger la pomme qui nous avait été défendue
par notre Créateur. C'est là la cause de notre misère en ce
monde. Je viens te conjurer au nom du Roi des Cieux, que
tu me dises quelle jalousie tu nourris de tout temps, à notre
égard, sur la terre. Nous ne sommes pas cause si tu es dans
les tourments.
Satan.
Je vais te dire la vérité sans ambages, puisque tu m'as con-
juré au nom de Dieu le Père. Il est, lui^ mon ennemi. Il
m'avait créé le plus beau des Anges, et je me suis perdu par
mon orgueil. J'ai été précipité dans la souffrance, au fond
des Enfers, sans rencontrer jamais ni espérance, ni soula-
I . Malheur A toi, certes.
4^8 L'abbé Eug. Bernard.
Lamet voe diguen-in ma holl ijeoni ^
Ha tolet en Ifern, en tan flam, da lesqui.
Ha te a voa crouet d'eus a lim an douar,
1705 Hac a prêtant monet da jouissan ar gloar,
Pehinin a posseden guesall bars en Envo :
Ha me, dre ma malis, mar gallan, e teuio ^.
Quement a deui er bet dimeus da nation,
A veso birviquen dindan ma domination;
17 10 « Et nati natorum et qui nascuntur ah illis^ ».
Daouest d'ho holl squiant ha d'ho holl theoloji,
A deuio, mar gallan, d'am cotter da virvin**, 3
Savant hac ignorant, a bep sort calite,
Birviquen en nep guis ne vanquan voar 'neshe4,
17 15 Me gollo erstat-se quement a deui er bet.
« Consolatio miserormn est habere pares "^ ».
Satanas a sorti.
Adam a coms.
O Doue éternel, a so Roue d'an Tron,
Sellet d'eus a true ous Adam, ho mignon! ''
Reit d'in hoc'h assistans, ma hillin en em den5
1720 D'eus a tentationo a deu d'eus an Ifern!
Me so ur c'hrouadur hoc'h eus lequet er bet*^.
1. Ma holl câërni.
2. Ha me dre valis, a iel d'an tourmancho.
3. E deui, mar gallan, d'am gottier da lisquin.
E se omnia trassibunt, nos abimus ibi,
Et illi ibunt ignove ignovi, conditione porri. (sic)
4. Pa'n d- on bet ma-unan, collet gant ar pec'het.
5 en em difen
Ous an tentation a deu d'eus an Ifern.
6. Me so ho crouadur a so lequet er bet.
a. Ce vers a été rétabli dans sa forme correcte par une main différente de
celle du scribe. Celui-ci l'avait transcrit de façon à laisser voir que tous
deux, lui et la personne qui dictait, ignoraient absolument la langue latine.
Le voici tel qu'il se trouve, du reste, dans les deux manuscrits :
Et nati nator um et equi nos cuntur a billy.
C'est là une preuve manifeste du soin apporté par le scribe à fixer sur sa
copie le son qui frappait ses oreilles.
La Création du monde. 4^9
gement. Toute mon excellence me fut enlevée, et je me vis
jeté dans l'Enfer, pour brûler au milieu des flammes ardentes.
Toi, tu as été créé du limon de la terre, et tu prétends aller
jouir de la gloire que je possédais autrefois dans les Cieux.
Mais moi, par ma malice, si je le puis, je me jetterai à l'en-
contre. Quiconque surgira au monde de ta race, sera à jamais
sous ma domination; « et les enfants des enfants, et ceux qui
naîtront d'eux, » en dépit de toute leur science et de toute
leur théologie, viendront, si je le puis, bouillir dans ma chau-
dière : savants et ignorants, gens de toute condition, jamais
en quelque manière je ne les manquerai, et dans cet état de
choses je causerai la perte de tous ceux qui naîtront à la vie.
« C'est la consolation des malheureux d'avoir des sem-
« blables. »
Satan sort.
Adam.
O Dieu éternel, qui êtes le Roi des Cieux, jetez sur moi un
regard de pitié et de compassion, donnez-moi votre secours,
que je puisse triompher des tentations de l'Enfer. Je suis une
créature que vous avez mise au monde, et qui serait, si je
1 . Toute ma beauté.
2. Et moi pour ma malice, je serai plongé dans les tourments.
5 . Tous viendront, si je puis, brûler dans ma chaudière. Voilà que
toutes choses passeront, nous nous en irons là, et les autres y viendront
aussi, lâchement les lâches, tous dans une condition pareille.
4. Puisque j'ai moi-même été perdu par le péché.
5 . Que je puisse me détendre contre les tentations qui viendront de
l'Enfer.
6. Je suis votre créature, et je suis placé dans le monde.
'', Le mot cotter est écrit au-dessus gâter par une main diflférente.
•:. Ce vers latin a été bien reproduit par le scribe, si ce n'est qu'au lieu
de pares il a icrixpuret, rimant avec ar bet, comme ci-dessus, au vers 1715,
a billi pour rimer avec theoloji.
J. A la marge du manuscrit, ce vers a été refait en ces termes, et l'écri-
ture n'est pas la même .
Selld deus a drue ac a compassion,
440 L'abbé Eug. Bernard.
Hac a voa, ma carjen, exant eus a pehet.
N'en d-e quet en em glem a ran d'eus ma soufrans,
Nemert ma reet d'in bepret hoc'h assistans :
1725 Mes n'am condaonet quet evit un tam aval,
Da vonet d'an Ifern, me ha cals ar re ail
A deui hoas ma goude, en danjerio er bet,
Hac a vo couls ha me, gant Satan tourmantet.
Mes, ma Doue, ma C'hrouer, ma ne deut d'am clevet
1730 Dre ho compassion, disesperin so ret.
Me a so, siouas d'in! breman voar an douar^.
Gant pep sort tourmancho ma halon englachar;
Hogon phjet guen-ec'h ma sellet a drue,
Ha dre hoc'h assistans me resisto ont-he.
Doue an Tat a coms.
1735 Adam, ma mignon quer, n'as abandoni quet.
Mes soufrin a renques entre ma vi er bet.
Te dalho tiegues gant da priet Eva,
Bete fin da vue te as po extrenvoa^.
Cleo, ma mignon Adam; quent evit ma varvi,
1740 Unan as bugale d'ar plas-hont a quessi,
D'ar Barados terestr, hac e quefi remet;
Goude da trubuillo eur voes e vi salvoet.
Taer grien as peso dimeus a un aval 3,
Ma savo taer goeen diferant d'ar re ail,
1745 Père a so hanveet palm, cedrus ha cipres,
Da composin eur groas da pean da holl gles,
Pehinin vo savet voar lein mené Calvar,
Da laquât map Doue. Neuse e teui d'ar gloar.
Quement den evurus a heulio ma lesen,
1750 A veso an de-se tennet eus an Ifern.
Hen-nes a dioro persier ar Barados,
Ha dre he Bassion a rai d'ac'h guir repos4.
1 . Ma na reit sicour d'in, breman voar an douar.
2 . Effi en extrenvoa.
3 . Taer schusen.
4. A roi d'ac'h ar repos.
La Création du monde. 441
l'avais voulu, exempte de péché. Je ne me plains pas de ma
souffrance, pourvu que vous m'accordiez toujours votre appui.
Pour un morceau de pomme, ne me condamnez pas à aller en
Enfer, moi et beaucoup d'autres qui seront après moi, exposés
aux dangers du monde, et qui, comme moi, seront tour-
mentés par Satan. Mais, ô mon Dieu, mon Créateur, si vous
ne m'exaucez pas dans votre clémence, il me faudra déses-
pérer. Je suis, hélas ! maintenant sur la terre livré à toute
sorte de peines, mon cœur est en proie à la douleur, ayez la
bonté d'abaisser sur moi un regard de pitié, et, avec votre as-
sistance, je saurai leur résister.
Dieu le Père.
Adam, mon cher ami, je ne t'abandonnerai pas, mais il te
faudra souffrir tant que tu seras au monde. Tu tiendras mé-
nage avec ton épouse Eve, et jusques à la fin de ta vie tu seras
un exilé sur la terre.
Ecoute, Adam, mon ami : avant de mourir, tu enverras un
de tes enfants à cette place, au Paradis terrestre, et tu trou-
veras le remède à tes maux; après tes tribulations tu seras enfin
sauvé. On te portera trois pépins d'une pomme, qui donne-
ront naissance à trois arbres différents des autres : on les appel-
lera palmier, cèdre et cyprès, ils serviront à faire une croix
pour payer toutes tes dettes, une croix qui s'élèvera sur le
sommet de la montagne du Calvaire, une croix à laquelle sera
attaché le Fils de Dieu. Alors tu entreras dans la gloire. Tous
les bienheureux qui auront suivi ma loi, seront, ce jour-là,
tirés des Enfers. C'est ce Sauveur qui ouvrira les portes du
Paradis, et qui, par sa Passion, vous procurera l'éternel repos.
1 . Si vous ne me prêtez secours maintenant sur la terre.
2. Tu seras en exil.
3 . Trois pépins.
4 . Vous donnera le repos.
442 L'abbé Eug. Bernard.
Senne III.
Adam hac Eva a ia da Hebron gant un tristidiges vras.
Adam a coms neuse.
Demp eta, ma friet, dimeus a beurs Doue :
Ret eo obeissan bepret d'he volante.
1755 Penos ec'h eomp-nin da derhel tiegues ? ^
N'hon deus pot na pilic, siouas! louer na botes,
Na nep sort binvio da labourât douar.
Me n'eum recomant d'ac'h breman, Roue ar gloar,
Da rein d'imp sclerijen bepret, da veintenin,
1760 Ma vo evit ho gloar bepret quement a rin !
Aman e man ar plas e lec'h ma reposin.
Me ho pet, ma Crouer, reit ho assistans d'in.
He-man vo ar mena] ! n'hon deus na loch, na ti !
Evit en nep amser ret veso o soufrin ^
1765 Hep porpant na mantel, na nep sort couvertur.
Ah! sellet a drue ous ho paour crouadur!
Hoas pa consideran, siouas ! n'hon deus netra,
Nemert pep paourente. Ha! ma friet Eva,
Maleur voe d'imp biscoas pa debjomp an aval,
1770 Sujet voemp d'ar poanio, nin ha cals ar re ail.
Hep na bara na quic e vo ret repuin :
An douar gant amser a deui da broduin,
Ha nin gant poan hon corf bepret a labouro.
Mes muian tra am doagn, pa n'hon deus binvio,
1775 N'hon deus na taladur, alar, souc'h na contel.
Reit hoc'h assistans d'in, m'hen goulen, ma Crouer !
M'ho pet, sellet ous-in er stat ma s-oun rentet,
Ha ma friet Eva, allas ! a so quiriec !
1 . N'hon eus na pot, na pilic, sivoas ! loer na botes:
Penos e hellomp-nin derc'hel hon tieguesî
2 . Evit nep sort gual amser.
La Création du monde. 445
Scène III.
Adam et Eve s'en vont à Hébron sous le poids d'une grande tristesse.
Adam.
Allons donc, mon épouse, c'est sur l'ordre de Dieu, il faut
toujours obéir à sa volonté. Mais comment ferons-nous pour
tenir ménage ? Nous n'avons ni pot, ni poêle, hélas ! ni bas,
ni sabots, ni aucun instrument pour travailler la terre. Je me
recommande à vous, Roi de la gloire, donnez-nous toujours
la lumière pour nous diriger, que ce soit à votre gloire que
servent toutes nos actions !
Voici la place où je me fixerai; je vous en prie, mon Créa-
teur, prêtez-moi votre assistance.
En voilà un ménage ! Nous n'avons ni chaumière, ni mai-
son. En tout temps il nous faudra souffrir sans surcot, sans
manteau, sans aucun vêtement. Ah ! Dieu, jetez un regard de
pitié sur votre pauvre créature !
Et encore, lorsque j'y £iis attention, hélas ! nous ne pos-
sédons rien, une extrême pauvreté est notre partage. Ah! ma
chère Eve, ce fut à jamais pour nous un malheur de manger
la pomme! Nous avons été condamnés à la souffrance, nous
et beaucoup d'autres. Sans pain, sans viande, nous devons
nous nourrir : la terre avec le temps produira des fruits, et
nous, nous travaillerons toujours en fatiguant notre corps.
Mais ce qui m'inquiète davantage, c'est que nous n'avons
pas d'outils : nous ne possédons ni erminette, ni charrue, ni
soc, ni couteau. Donnez-moi votre secours, je le demande,
mon Créateur! Je vous en prie, abaissez vos regards sur nous
dans l'état où nous sommes réduits, et mon épouse Eve,
hélas ! est la coupable.
1. Nous n'avons ni pot, ni poêle, hélas! ni bas, ni sabots, comment
pourrons-nous donc tenir notre ménage >
2. Par toute sorte de mauvais temps.
444 L'abbé Eug. Bernard.
^3. .
Bepret em eus recours da voir Roue ar bet'
1780 Ar Maro a arrio, neuse vin diboaniet.
Mes ne houlennan quet, ma Crouer, ma Doue %
Ne en pep feson am eus diverret ma bue.
Me a deui da labourât er plas-man, de ha nos.
Goude fin ma bue reit d'in ho Parados.
Aman e reont an ti.
Hic faciunt b.
Adam a coms.
1785 Ah ! ma friet Eva, labourât a so ret
Ebars en pep micher, evit gonit hor boet.
Me a da arein douar, ha da hadan an ed,
Ha hui a oso d'in pa veso produet.
Eva a coms.
Adam, ma guir briet, me so prest da comans ^
1790 Da labourât ive, herve ma fuissans.
Me renquo menajin herve ho polante,
Evit acomplissan gourhemeno Doue.
Adam a ra ar feson da labourât, hac a coms.
Eva, aseomp breman : poent eo, hep monet quen,
Poent bras, me gret, eo d'imp a dibrin hor meren :
1795 Per ha quistin ha craon-gallec,
Mouar ha lus a veso hon boet,
Gruio, lousou ha saladen,
Ret eo ho dibrin, pa n'en deus quen.
Ne voa quet ar sort-man a debremp beachall,
1800 Er Barados terestr, pa depjomp an aval.
Pemp cant leo diont-he Doue hon digasas :
Ha d'imp ha d'hon ligne ec'h eo ur maleur bras.
I Ma Doue, ma Crouer,
Demeus a nep fesson ma diverac'h ma araser.
2 Me so prest hep repantans.
a . Les mots an tron ont été effacés et remplacés par ar bet, qui riment
avec diboaniet du vers suivant.
La Création du monde. 445
J'aurai toujours recours au Roi de l'univers : la mort arri-
verr, et alors je serai délivré de mes peines. Mais je ne de-
mande pas, ô mon Créateur ! ô mon Dieu ! qu'en aucune
façon j'arrive à raccourcir ma vie. Je travaillerai ici, en ce
lieu, nuit et jour, et à la fin de ma carrière donnez-moi votre
Paradis.
Ils construisent une maison.
Adam.
Ah ! ma chère Eve, il faut travailler à tous les métiers afin
de gagner notre nourriture. Je vais labourer la terre pour
semer du blé, et vous, vous me le préparerez lorsqu'il aura
été récolté.
Eve.
Adam, mon cher époux, je suis prête à commencer, à tra-
vailler aussi selon mon pouvoir. J'aurai soin du ménage sui-
vant votre volonté, afin de mettre en pratique les comman-
dements de Dieu.
Adam fait semblant de labourer.
Eve, asseyons-nous maintenant. Il est temps, avant de
continuer, il est grand temps, à mon avis, de manger notre
collation. Des poires, des châtaignes, des noix, des mûres, des
lucets nous serviront de nourriture. Des racines, des herbes,
de la salade, nous en mangerons, puisqu'il n'y a pas autre
chose. Ils n'étaient pas de cette espèce, les aliments que nous
avions autrefois au Paradis terrestre, lorsque nous avons mangé
la pomme. Dieu nous a envoyés à cinq cents lieues de là :
pour nous et pour notre race c'est un grand malheur.
1 . Je ne demande pas, mon Dieu, mon Créateur, qu'en aucune façon
vous abrégiez mon existence.
2 . Je suis prêle, sans aucun regret.
^. Le mot domum doit compléter ce texte latin: il ne s'est pas présemé
à la mémoire de celui qui dictait.
446 L'abbé Eug. Bernard.
Eva a coms.
Ah! ma friet Adam, en-se na sonjet quet:
Ret eo comeret poan gant ur basiantet.
1805 Birviquen en nep feson, n'am cleo den o tamant:
Evit gloar ma Crouer e soufrin passiant.
Adam a coms.
Sujet omp da ^lenvet, da bep afliction,
Ha hirvoet ha sehet, tomder ha ieneon.
Cals dimeus a glahar, allas ! en eum presant d'in :
1810 Sujet omp er bet-man da bep sort melanconin ^
Eva a coms.
Ha ! ma friet Adam, na deut quet d'am repren :
Tentet voen gant Satan en quichen ar voeen
A voa bet difennet, dre ma voa immortel ^ ;
Enon e ofansis ma Doue éternel.
Adam a coms.
18 15 Ha pep sort dehço a demp da possedin,
Ha breman pep miser, allas! en eum presant d'in..
Eva a coms.
Mesquet hon deus douar. Deut breman, pa gueret,
Da vit un nebeut greun evit semin hon éd.
Adam a ia da vit greun, ma laqua anhe, hac a coms.
En hano ma Doue, me ia da hadan.
1820 Ha guinis ha segal a liquin er plas-man,
Hac a-vont pis ha fao a vo lequet ive :
Un nebeut a bep sort a lequin aneshe.
Ma ro Doue he gras d'eshe da prosperin,
Hon beso seis quement mui evit a lequin. 5.
I . Da bep sort vileni.
2 Ha dre ma voa mortel.
3, Mar be bolante Doue, e teuoint da produin.
La Création du monde. 447
Eve.
Ah ! Adam, mon époux, ne pensez pas à cela. Il faut
prendre de la peine avec patience. Jamais, en aucune façon,
personne ne m'entendra plaindre; pour la gloire de mon
Créateur, je souffrirai avec résignation.
Adam.
Nous sommes condamnés à la maladie, à toute espèce d'af-
fliction, à la faim, à la soif, à la chaleur, à la froidure. Beau-
coup de douleurs, hélas! se présentent à moi, et nous som-
mes assujettis en ce monde à toute sorte de chagrins.
Eve.
Ah ! Adam, mon époux, ne venez pas m'accuser. J'ai été
tentée par Satan, auprès de l'arbre qui nous avait été défendu
par cela qu'il était immortel. Là, j'ai offensé l'Eternel.
Adam.
Nous avons perdu toutes les délices que nous possédions,
et maintenant toute espèce de misères, hélas ! se dressent devant
moi...
Eve.
Nous avons remué la terre. Venez à présent, quand vous
voudrez, prendre un peu de grain pour semer notre blé.
Adam va chercher du grain et le sème.
En votre nom, mon Dieu, je vais semer. Je mettrai du fro-
ment et du seigle en cet endroit, et plus loin des pois et des
haricots. Je sèmerai un peu de chaque espèce, et si Dieu leur
fait la grâce de prospérer, nous récolterons sept fois plus que
je n'aurai semé...
1 . A toute sorte de vilenie.
2. Et parce qu'il devait causer la mort.
5. Si c'est la volonté de Dieu, ce blé produira bonne moisson,
448 L'abbé Eug. Bernard.
Adam a continu a.
1825 Chetu hadet an éd. Ret veso d'imp breman,
A voellan ma hellomp, donet d'he compesan,
Ha flourin an douar, hac he dibolotin^,
Ma teuio guell-a-se da dont da prosperin^.
Ma labouront ho daou assambles.
Adam voar he saouhn a coms.
Ma Doue, ma Crouer, c'houi so Roue d'an Tron,
1830 Me les breman ma ed en ho protection;
Distolet voar-n-ehan ho cras da brodui,
Mar be ho polante, ma Doue, me ho supH,
Ma Doue, me ho car dimeus a voir galon.
Gant guir humilité me a houlen pardon.
Doue an Tat a coms.
1835 Ma guir mignon Adam, clevet am eus da voes
Breman o reclamin da drevadigues 3.
Ma bénédiction a tolan voar da ed,
Hac a broduo d'it quement ho po hadet.
Senne IV.
An Diaoullo a antre.
Satan a coms.
Harao ! harao ! Diaoullo cre,
1840 Berit, Astarot hac Asmode,
1 . Ha dilousouin an douar.
2. Ha labourât hon daou, ha goude ez eomp d'an daoulin,
Da pidin hon Crouer hac hon Autro divin.
5 . Breman o exclamin voar da tristidigues.
a. Le scribe écrivant sous la dictée, n'a pas songé à marquer ici un temps
d'arrêt, nécessaire à l'acteur pour remplir son rôle : il a repris immédia-
tement à la hgne : Chetu hadet an ed. Nous avons cru devoir, ici et dans les
passages semblables, couper le dialogue, et nous avons intercalé les mots :
Adam a continu.
La Création du monde. 449
Adam continue.
Voilà notre blé semé. Il nous fout maintenant, du mieux
que nous pourrons, aplanir la terre, l'ameublir, enlever les
mottes, afin que la semence réussisse plus sûrement.
Ils travaillent tous deux ensemble.
Adam à genoux.
Mon Dieu, mon Créateur, vous êtes le Roi des Cieux, je
laisse désormais mon blé sous votre protection. Répandez sur
lui votre grâce pour le faire fructifier, si telle est votre volonté,
mon Dieu, je vous en supplie.
Mon Dieu ! je vous aime de tout mon cœur, et c'est avec
une véritable humilité que je vous demande pardon.
Dieu le Père.
Mon bon ami Adam, j'ai entendu ta voix implorer à pré-
sent ta subsistance. Je donne mes bénédictions à ton grain, il
te rapportera autant que tu as semé.
Scène IV.
Les diables entrent.
Satan.
Haro! Haro! Diables puissants, Berit, Astarot, Asmodée,
1 . Et enlever les mauvaises herbes de la terre.
2. Travailler tous les deux, et ensuite nous mettre ;'i genoux pour prier
notre Créateur, notre divin Seigneur.
3 . Maintenant s'exclamer sur tes tristesses.
Revue Celtique, X. 30
4J0 L'abbé Eng. Bernard.
Belsibut ha Lucibel,
N'en d-out quet mui ar caëran El ?
Gouneet en deus Adam he ed :
Poent eo d'imp son] al eur secret
1845 Evit monet d'he avordn^,
Ha d'hen ampech da prosperin.
Belsibut a coras.
Ret eo d'imp hadan drouc-lousou
Bars en he vesq, hen conquero,
Evit ma collo he holl boan,
1850 Ha quement a rai er bet-man.
Neuse en eum laquai" da nehin'', ^
Ha querquent en aie pehin.
Berit a coms.
Bet eo Adam voar he saoulin,
O houlen ous Doue er fin,
1855 Da prosperin d'ehan ed mat:
Ha dre-se eomp d'evoessat ^.
Astarot a coms.
Demp da hadan drouc-lousou
Partout, da conquerin ar vro,
Quent an den a deuio da laquât 3
1860 En douar dimeus a ed mat.
Ma sortionî en eur obcr seblant da liadan.
I . Neuse nin hen laquai da nec"hin,
Ha querquent lie halle pechin.
2 Ha drese ez omp divesat.
3. Q.uent ma teui den da laquât.
a. Une autre main a écrit le mot givallin au-dessus d'avortin.
b. Le scribe a effacé le mot pehin qu'il avait d"abord écrit, pour ajouter à
la suite nekin.
La CréMion du monde. 45 1
BcelzebutetLucibel: tu n'es donc plus le plus beau des Anges?
Adam a semé son blé. Il est temps pour nous de songer au
moyen de le faire avorter et de l'empêcher de fructifier.
Beelzebuth.
Il nous faut semer de mauvaises herbes au milieu du blé,
afin qu'il soit étouffé. Adam perdra ainsi toute sa peine et tous
ses efforts en ce monde. Alors il s'abandonnera à la tristesse
et sera bien vite sur le chemin du péché.
Berit.
Adam s'est mis à genoux pour demander à Dieu la faveur
d'une récolte prospère. A nous donc d'y prendre garde.
Astarot.
Allons semer de mauvaises herbes partout pour couvrir le
pays, avant que l'homme confie à la terre la semence du bon
gram.
Ils sortent en faisant semblant de semer.
) . Alors nous l'amènerons à regretter sa peine, et aussitôt il pourrait
bien péclier.
6. C'est pourquoi nous sommes en retard.
I . Avant que, personne ne vienne semer en tî?rre du bon grain.
452 L'abbé Eug. Bernard.
Senne V.
Adam hac Eva a antre da voelet ho ed en em pourmenin.
Adam a coms neuse.
O ma friet Eva, chetu dare an ed ! ^
N'hon deus nemert son] al penos he vo trohet.
Pa n'hon deus binvio evit dont d'hen trohan,
E vo ret d'imp breman donet d'hen dibennan -,
1865 Pe d'hen dichosan tout. Clesquomp an esetan,
Ha neuse e hellomp ober ar buhanan.
Eva a coms.
Demp eta da comans. Me rai guellan hellin :
En hano ma Doue, demp da avanturin.
Aman ec'h eus lousou ous ar bot en eum gaet,
1870 Tolet evoes e voint en mesq an ed hadet?.
Ma labouront.
Adam a coms.
Chetu aman a ed mat. Me ia d'hen disillan,
Ha houi a renquo, Eva, en eum laquât d'he osan;
Eur vessel d'eus a vroen am eus d'ac'h préparer,
Pa vo mat an avel, evit guentat an ed.
Ma tornont an ed gant eur gueneuden.
Eva ia da voentat, hac a comso neuse.
1875 Me ia en hano Doue, da comans he voentat.
Aman eus eur plas brao voar coste ar min plat.
Adam a coms.
Penos? Ha possubl ve, Eva, ne ousoc'h quet
Ober propoc'h neus evit guentat ho ed !
1 . Arsa, ma friet Eva.
2. Essat he dibennan.
3 . Arabet eo ec'h aënt en mesq hon ed.
La Création du inonde. 45 j
Scène V.
Adam et Eve entrent pour voir leur blé en se promenant.
Adam.
O mon épouse Eve, voilà notre blé mûr! Il n'y a qu'à
examiner comment le couper ? Nous n'avons pas d'outils pour
ce travail. Il nous faudra détacher les épis ou bien déraciner
les tiges. Cherchons le meilleur moyen, alors nous pourrons
faire au plus vite.
Eve.
Commençons donc. Je ferai de mon mieux. Au nom de
Dieu, mettons-nous à l'œuvre. Voici de mauvaises herbes qui
pendent aux tiges de blé. Faites attention qu'elles ne soient
semées parmi le bon grain.
Ils travaillent.
Adam.
Voici d'excellent blé. Je vais l'égrener, et vous, Eve, vous
le nettoierez. Je vous ai préparé un crible de jonc : quand
le vent sera favorable, vous vannerez le blé.
Ils battent le blé avec un bâton.
Eve se met à vanner.
Je vais au nom de Dieu commencer à vanner. Voici une
jolie place à côté de cette pierre plate.
Adam.
Comment ? Est-il possible, Eve, que vous ne sachiez pas
vous y prendre plus proprement pour vanner notre blé ?,
1 . Or ça, Eve, mon épouse.
2. Essayer d'en détaclier les épis.
3 . Il ne faut pas qu'elles soient mêlées à notre blé.
454 L'dbbé Eiig. Bernard.
Disqucset ar creur-se d'in, ma risquin d'ec'h un dra.
1880 Nehet bras oun guen-ec'h, pa ne ousoc'h netra.
Au avel a so mat da voentat.
Eva a coms.
Deut aman d'in, Adam, breman ma cssaïn
He voentat er feson ma teut da disqui d'in.
Ha dastumet ar greun, ma hellomp he clenquan,
Rac ne arrife glao da donct d'hen glebian.
Adam dastum an ed, Eva a voent.
Neuse ec'h eont en ho rout.
Adam a coms.
885 Demp gant an ed d'an ti : neuse a nebeudo,
Entre ma daou vin rous, pa guerin, m'hen malo.
FIN D Ers AR DEVARE ACT.
Ld Création du monde. 45 5
Passez-moi ce crible, que je vous apprenne la manière. Je suis
bien attristé de voir que vous ne savez rien.
Le vent est propice pour vanne.
Eve.
Donnez-moi le crible, Adam, que j'essaie à présent de
vanner de la façon que vous venez de m'enseigner. Et ramassez
le grain, que nous puissions le serrer, de peur qu'il ne sur-
vienne de la pluie pour le mouiller.
Adam ramasse le grain.
Eve le vanne, pais ils s'en vont.
Adam.
Portons le grain à la maison. Ensuite, petit à petit, entre
mes deux pierres grises, quand il me plaira, je pourrai le
moudre.
FIN DU QUATRIÈME ACTE.
IRISH TEXTS
:N DUBLIN AND LONDON MANUSCRIPTS
(additions TO THE PUBLISHED LISTS OF TEXTs).
I.
1. Bruidhen Atha. Ms. H 2, 16, col. 951 : Bruigean Atha
andso. Feacht do Find. h. Baiscni icïnâ. Cuirrig baiseow cen-
mnai frire cian — Robai dï ceJ;/ar nai for/952/eicill acheili onu-
airsi?z amach cen robadarimbeathaid .i. ¥inâ. yFothad Conai;/di.
finit. {Also in Stowe Ms. pp2, see K. Meyer, Rev. Celt. VI,
p. 191, like the tiuo texts follozving upon itin Ms. H 2, 16).
2. Bruidhen bec na-hAlmaine. Stowe Ms. 867 {cf. f. 192 a :
finis per me Dauid DuiginanMJ-, 4 sept. 1671) : /. 248a Brui-
ghen b(e)c na-hAIm(ai);ze annso sios. Doronnadh fleadh
phriomhadhbhal re Fionn ferrdha flaithemhoil o Baoisgne dfia-
naibh gusmara glanailli Gaoidhel. — /. 251 (ibis part oj the
Ms. bas suffered much and a part of the text on eachf. is lost).
3. Cath AiRTiG : Cath Airtig so (B. of Lecan,ff. 169 b i-
170 a I, jr6' d'Arbois, cat.). // 3, 18, p. 724 (rt//é;- Bruidhen
Da Choca) : [Djoronad comtinol oc Ultaib iertain ierndith
Corbm(ai)c imbruidin Da Coc.'e. Et dibcrtsat fou cumwi- Con-
aill Cernaigh arige — 725, the end of a poetical pièce be^inning :
ARdotroi a Chuscraid coemainigh : thenjoUoivs : Rofodail Cus-
cra'ià aferann doib iertain .i. dorât do Conall o tuaith Inbir
co Cobiï .i. Cailli Conaill — 728: IS dincath sin ïiherl Ge-
nann m(a)c Crt/hb(aith). Cath Airtich cuirsim ar lo. 7 rl-a.
Finis; cf. B. of Lecan : Cath Airtig so. Rofodail thra Cums-
craid Meannd Mâcha m(a)c Ct^ncobor afherand diabraithrib.
Irish Texts in Dublin and London Manuscripts. 457
.i. diclaind Rudraide 7 do cloin;^ Chonchobar archeana annso.
(/. 169 b 2). Dorad do Chonall Cearnach othuaid Inbir Colpa
coCoba .i. cailli Chonaill Qv'nais; aai;ïm iartain — IS andsa-
cliath si« Airtig dodithaiged Do/;man;zaid fodeoid. Doroised
Ul(aid) diatig iarsi/z coniorcoscur leo. Finit ; thèse words pre-
ceed the final luords quoted from Ms. H ), iS in that Ms.
4. Cath Boixni ■= Ferchuitred Medba : Cath Boi«di andso
(B. of Lecan, ff. 174 a 2-175 a i, j-^g d'Arbois, cat.^.
Stozve Ms. (C, I, 2) : Ri rogabastair righi f(or) Er(inn)
feacht naill .i. Eocliaidh Feidhlech m(a)c Fin/; m(i)c Rogein
Ruaigh etc. — 7 nocharbe cena acht Concuhar m(a)c Artuir
m(i)c Bruidhc m(i)c Dungail m(i)c righ Albain anall 7 ise ro-
toit and la Maine An«dai m(a)c Oill(ill)a 7 Medhbha. Finit.
The beginning and the end of Fercuitred Medba in Ms. Raw-
linson B 512 as given by Stokes in Trip. Life of Patriék,
p. XIV show that Cath Boinne and Fercliuitred Medba 'are the
same text; see also Rev. Celt. VI, p. 189.
5. COMPEKT COXCHOBHAIR : Ms . H ^, 22,/. 42 a (==: B.
ofLecan,f. i8i b i).
6. CoMPERT CoxcHULAiXM : Ms. H. 4, 22, p. 41 : [B]oi
Co?zchub(ar) 7 maaithi Ul(ad) in Emain nothaithightis en-
luaith magh arEmuin nagcilltis ro;2«afacbatois cid mec/m naffr
naluosa hital(amli) — p. 47 bruigis bi acroith iwallaile combo
hoghl(an). Luid cossin f(er) iar(u)w. Batorrach athara(ch)
allam. bi;-tm(ac). gabasi Cauilleand cerd bdsi aaitti. marba^is-
sim acon issidc iar(u)m ^ co;«boi iar(u);/t asbcrt soni. Bid-
misi ira do eu s(u)d abobba couiadc rosgiuii sem iaru//i Cu-
cul(ainn). finit, amen,
7. Leighes choisi ceîn, Eg. 1781,/. 147 a. Laithe naen do-
cuadar mair Briai// Bhorai///e mie Ceinneidid dotlîogb(ail)
acisa 7 acanachis anlârm(u)main 7 ra;/gadar cotegh hi O'ona-
gai;/ correille 7 — /. 149 b, 2 7 darliumsa is m(ai)th ata docos
anois uair isdodoleigiii^ tdn(a)csa 7 acsin leigh/j choise chein
co;;uige s\n 7 rl-a 7 me (en M(a)c. CGC.
Stowe Ms'. 86", f. 180 scjq. : Leighes choisi cein ann so sios;
this is a Ms. of iG'ji containing also copies of sevcral olher texts
I. Ms. AiTUJ Bâ gilcixi occluichiUM?
4^8 Netllau.
iiiMs. Eg. 1781 (thc story of îhc ahbot of Drininagh, sec bcîoiv, a
kgend on David and a poor nian, the siory of Bec Fol a).
8. AiDEDH Chlainne Uisnigh. Stowe Ms. 867, f. 186 a.
Fleadh mhôrchaoin mhoradhbhal do co/;//;môradh le Conqho-
bar m(a)c Fachtna Fhdth(aigh) mie Rosa Ruaidh mie Rugli-
raidhe anEmliain moràluhvi M(a)clia ïecbt naill lonnus gorhhà
subach somhemnach nasl(uaigh) 7 goreirg/jt'Jar aôs ciiiil. 7
oirfide 7 el(adli)na inchoig(idh) doghab(ail) andûan 7 andû-
chann 7 andrccbt moka. 7 agcraobh coibhnesa. 7 angéug ngi-
nel(aigh). Et isiadso anwanna nabfiîil(idh) rolabair an» sin À.
Cathb(ath) — f. 192 a. Agus is an» si/z adubhairt Cathb(ath)
na biad Co;/chubliar anEmhain Mhacha ina aon nduine dhd-
shiol on bfionghaii sin amach go bruin/ze an bhrâtha. 7 go
foircionu anbhetha. 7 do ûoradb an sgél sin or raibhe Eam-
hain ag Conchabhar na ag aon nduini dha lors; on aimsir sin
aleith coiiiadh i Oidhe 7 Fell Cl(ai);/«f hUisn(e)ch go nuige
sin. finis per me Dauid Duiginanwi-. 4. Sept. 1671. (As far
as thèse extracts permit ta form an opinion on this Ms. it seenis
to be a copy of the O'Flanagan version of this taie (the oldest known,
for Ms. H I, 6 bcars the date iJjS).
In the catalogue of the Hodges and Smith'Mss. (R. Ir. Ac.) Ai-
ded Clainne Uisnech is nient ioned in Ms. 8 (pp. )68-4)6,
ij'jo), (( scarcely varying » e according to the author of the cata-
logue, from O'Flanagan s text.
9. NoixDEx Ulad Stotue Ms. 872 (C, I, 2), /. 15 a 2:
Noi7zdean Ul(adh) cid dia da. ni(nse). bn'ughu cetacha ata
acomnaic. bai andithr/ib 7 aroilgib — uniil f. 16 a 2 (a per-
fect copy of thc L. L. text).
StoiveMs. 869 (B, 4,2),/. 127 b: Cidh dia mboi inces for
Ultoiph. ni(nse). boi atech somi^e di Ul(taibh) — /. 128 b is
dohein roboi inces for Ultaiph. finis (a perfect copy of the Mar-
ie ian text; see Windisch, Berichte der Sachs. Gesellschaft der
Wissenschaïten, phil.-hist. Classe, Dec. 13, 1884).
10. TOCHMARC LUAIXE 7 AlDEDH AlTHIRXE. Ms. H 2, I7,
p. 464, col. 2 : Tochmarc Luaine 7 Aided Aithirne. Bai Con-
f//b(ar) m(a)c Nesa ic(u)/na 7 itairrsi 7 \i]ndonienniain der-
mair iarneg Derdr/ndi — p. 468, col. i : Dodena cepoc sunna.
7 dode//a aguba. 7 saigfet su;/na alecht. 7 dodcn aci^wfert.
Irisli Texts in Dublin ond London Manuscripts. 459
Fert. Finit. (Easnadh tighi Buicet — sec à' Arhols, cat. — ends
at p. 464, col. i).
11. TocHMARC Fearblaidhe, (l'Arbois, cat.; cf. Franc.
Convent Ms. 16, p. 2iy: Diombaoi Semas mhac Torcuill
arighe Alban. giolla saor idir cruûi 7 ceill 7 ceinel an Semas
sin doshlior/;/ Cairbre Rioghfliada mheic Conoire abhunnadh
cheinel. ein indien do chloi»?z aige Farbhluid aliainw dodears-
gnoidh sidhein arm/mibh nacruin»e gucoi/;àomlan ionacom-
haimsir ar dheilbli etc. — coiuadh e bas C(erbaill) 7 F(erbhlai-
dhe) gunuige sin. finis.
12. TORUIGHEACHT ShAIDHBE IXGHINE EoGHAIM OiG.
Ms. H I, 17, /. 124-15 1, according to the Catalogue of the
T. C. Mss.
i^. A taie on an abbot of Drimnagh luho ivas changcd into a
U'oman etc. : Ms. Rawl. B, 512, art. 72, ^^c Stokes' Trip. Life
of Patrick, pref. (anabdaine Drimenaigh).
Book ofFermoy, /. 72 a i-f. 72 b i (in abdainc Druma-
naigli), see Todd's list of the contents of tins Ms.
Ms. Eg. 1781,/. 149 b 2 : Aroile oglach robai anabdaine
Dru?;/anaid. triailtar leis ?Ledh mor àoàtnum — /. 150 a 2. 7
asi br(eith) rucadh doibh ind^wn doroin» ardô 7 i;?m(a)c
imarcaid boi an;z dothobf/zVt do;;aircin7ze(ch) arscatli arm-
br(eith)e 7 arnaltroma 7 isaml(aidh) si;; roscarsat 7 rl-a. From
this Ms. the tcxt in /fe Stowe Ms. 867 (/. 183 a-184 a; 1671)
luas prohahly copied. (Aroile ôgLaôch ûaignech robhaoi anab-
dliaine Dr«maenaigh îccht naill, 7 tr/alltar hiis flt'J/; vaor do-
dhena;///; — 7 anm(a)c iom^rcach baoi ann do thabhairt don-
oirchin;/ech arsgdtli armbreithc 7 ar naltroma 7 is amiil(aidh)
sin ro sgars(a)t 7 rl-a.
Add. Ms. 30512, /. 10 b : Aroil hôchich ro baci anabdui/ze
Drui/;/c in ogh tr/alltar lais fl(cdh) morcain m(')radh[bal] do-
dcna/n. — /. 11 a 7 birar br(eii:h) etorra 7 airchin/zcch C/'c)im-
glin/ze. 7 is i br(cith) r(Li)caidli etorra in clann doroin// ar dhô
7 an m(a)c imarc(aidh) bai ann dotabrt/Vt don airchinnech ar-
son analtr(o);na. 7 isan/l(aidh) sin ro scarsad iri aroile 7 ri-.
460 Neitlau.
n.
1. Barlaam AND JosAPHAT. Ms. Eg. 1^6,/. 57a:dosdair
Barralaimh an;zso. Ar gmdh dia uile cumhrtf/;/aigh 7 anonoir
Barralaim tin/zsgnum an/zso do sdair Barralam mur dosgriobh
Ioh(ann)es Damhasen//^ hi ; accord ing îo O' Curry' s cata-
logue the Ms. was luritten ahout the year 1600 and tbe text is
contained on pp. iip-ijj.
2. Chanson de geste Fierabras (Fortibras in the Irish Mss.^ :
Ms. H 2, 12, third part, f. i a i: Incipit inuencio s(an)c-
(t)e crâcis .i. ti;/dscai;/ter annso fagbail nacroiche no/m .i. an
très bl(iadain) .x. ar .xx, ar dd c(ét) refl(aithi)//5 Co/vstan-
tin//i- impir naRo/nai an .ui. bl(iadain) dafl(aithi)ws tancadflr
ci;zedhaigh iwdai dobarbaraib aroe;;slidhidh arani;?ad diarbo-
hain//^ Danubiu/;/ arnanullmug(udh) doc(u)wcatha imag(aidh)
na Cr(ist)aidhed — /. 5? ('^fi^i' ff- i ^'id 7 a leaf is missing) ;
continued in
Ms. H 2, 12, third part, second section, 2 ff. ; — /, 2 b 2
con'id hi Sdair tScrlois aclenmai;z coroi;?e Cr(ist) 7 taisi na-
nasm conuici sin. etc. Finit. ISs(edli) dobasldn do ih-a acscri-
b(adh) nasdaire so .i. mile blad(ain) [sic] 7 cet/7 c(ét) 7 u.
bl(iadain) dècc. 7 tri .xx. (= 1475) cosasanais so docudid
tort 7 dia nasanaisi 7 aidliqi naheiseirgi ar^enlitli. Tadg ùa
Rigbardain (Teige O'Riordan, O'Don.) qui scr/bsit.
Ms. H 2, j (a ijth cent, vellum Ms.), p. 432, col. i : Tinds-
cainter andso faghbail nacroithi naehn intreas bl(iadain) dec
ar .XX. etc. — 435 b 7 cibe necii cui/;meocas ancrocli na^w do
gnath dogeba se roinn do b^//;(aigh) marrtan(aigh) farre ma-
th(air) Cr(ist) annsa lo deigi;zachi. Then begins the proper Fie-
rabras story : Apud s(an)c(tu)m Dionicium 7 c(etera) edon
dogabar ac Si« Di7zis 7 r- gach gnim artaib aile artestail namna
diada deisgr/bdige .i. Elena m(atha)r Co7zsta«tin iwpir etc. —
f. 456 b (the end is ilkgihJe but the text is nearly complète).
Ms. Eg. 1781, /. I a : fuair bas 7 adubfl/rt mathair riuwsa
eist riù;;; amie 7 tegeosgat duit ni dotrocaire Cr(ist) (the dia-
logue hetiveen Hekna and Judas) ; f. 2 a Apud s(an)cd(u)m Dio-
nisiu7« .i. dogabtar ac Sin Dinis artcj"/ail nawna diadha so .i.
El(ena) m(atha)r Constantin iwpir — /. 18 b 2; cytairrnig
Irish Texts in Dublin and London Manuscripts. 461
Sdair Sc';-(luis) moir aglenmain coroiwe Cr(ist) 7 taissi naiic-emb.
Finit, amen, finit.
Ms. H 2, 17, pp. 433-462 (vellumMs., ijthcent.), nearïy
the u'hole text; the beginning and tbe end are illegibk.
Ms. H 2, 12, sixth part ; 2 ff. ofa ijth cent, vellum Ms.
Ms. Eg. 106, /. 69 a: Toruigheacht na croiche naoimhthe
sonn. Apud sanctum Dominicum 7 c(etera) .i. do gabhadh ag
S(anc)t(um) Denis attesddil na mna diddlia discreidach Ei-
liéna mathair Constantin impré — /. 87b gon(adh) isin to-
ruidliQcbt nacroiche naomhtha gonuige sin. ar na sgriobhadh
le Riosdard Tuiber ansec ht mÇaàh') là déug donathbhraoin.
agus anbhliaghain daois an tighairna. 17 17. och ataiw tuir-
sech da sgriob(adh).
3. OcTAViAX. StoiveMs. 867 (1671), /. 240 a: Dobhi im-
per aghmar oiredha isi;; Roi;;//; hcht naill dar bhô comain;;;
Octauin vaor 7 ro bhaoi ben adhionghmhala aige .i. ingen
righ na Romhanach. 7 do bhi si aige aimsir fhada imchidn. 7
nior géinedh m(a)c na inghen etarra risi?2 ré sin — ... (Sérlwj
mor imp^r na nAlmain/zeach... Feilisda... Rolond;/^... Oliu^-
rus...) — /. 248 : 7 docuaidh Octauin môr. 7 abhen 7 adhias
m(a)c dochum na Rômhdnach ahaithle na ngniomh si;;. co~
;;;adh és'in S(e)chrdn na bainimp/;'i. 7 oilem(ai);; a. da. [Ms.
de] m(a)c conmge sin. finis.
4. Orlando and Melora. Ms. Eg. loé (1717)/. 143 a:
Feacht naôin dia rabh ri Artuir mhic {sic) Uir mie Ambrois mie
Uterpendragon .i. ri an domhain ina dhuin agus ina dhegh-
bhaille fein .i. dùnadh an halla deirg agus is amhlath dobhi
an righ si;;... — (Melôra, Arthur's daughter ... sir Mador...
foraois na niongnaith... rid;Ve an err(aidh) guir;;;.,. ri na
narsinga... seignior Mddora mie righ na hisbeirne... righ na
Babiloin... Uranuis .i. eaptin an ghdrda... seignior Gabhin
m(a)edcirbhshiaraeh righ an domhain.../, 163 b: .i. seignior
Garet agus S/rGabcris, S/rBranda môr mae righ nahE.ulaillc.
S;VMarrabhusmaerighEirin;;. S;V Frol. SzVForetS;V Eetor...
S/V Bébus. S;V Bôbuis agus SzV Lansclot mac righ na bin;;e brice.
agus mordn oilc do ridcireabh rochrôdha — (ends thus .•) agus
dodibreagh Seignior Mador mac righ na hisbeirne. 7 Meirh'n
an draoi go siorruigh suthain as dunach anhalla deirg air
462 Neitbii.
bhthagail maitheamhnuis anma tre Melora. gonadh e sin eac/;-
/ra agas imtheac/;/ Melora inghen righ an domhain agus Or-
lando mac righ na Teasaille ai2;e sin.
Ms. H 3, 16 (i6ç}j), pp. 24-71 (according to O'Donovans
catalogué), preceeded by Merlino Maligno (pp. 1-24), a text
aho kcpt ht Mss. Hodges and Smith 6 (1720), 4 (1745) and
other Mss.
5 . Richard and Lisarda, (according to thc same catalogue) in
H i, 10, a Ms. luritten in IJ42 by Hugh 0'DaIy;a Spanish
story ; O'Donoimi suggests that this and similar late stories were
translated or at any rate brought to Ireland by Irish students at
Salamanca University; so the story « Adventures of the com-
passionate Wood-Kern by ^vhich word is intended to be ex-
pressed the Spanish banditto » {in H i, 12, jf. 98-120).
6. The Theban War. Ms. Eg. 1781, /. 87 a 1-120 a i,
Ms. H 2, 7, pp. 457 a-460 b (not Togail Troi, as printed in
d'Arbois, cat.) and the Killbnde Ms., 2 last //. (see Rev. Celt.
X, p. 177).
7. Turpin's Chronicle.
Book ofLismore, ff. 96 a 1-109 a i (copicd by both O' Curry
and O'Longan (R. I. Ac.).)
Ms. Eg. 178 1, /. 20 a 1-36 b I.
Franc. Ms. 16 (velluui, ijth cent.) ff. 1-8 b 2.
Fragments occur in Ms. Eg. 92, ff. 15 a 1-16 a 2 (/. 12 b à:
1453) and Ms. H 2, 12, third part (1475) : 4 ff.
« The Triomphes of Charlemagne (a rather short tract) »
in Liber Fhivus Fergusiorum (1437), according to O'Curry,
lectures on the Mss. materials, p. 531.
/ hâve not seoi « The Conquests of Charles the Great »
pp. 1-170 of n° 14 ofthe26 modem StoiueMss. (E, V, 1,1 sqq.,
the last lot in the Bluebook list) ; thèse Mss. are written by Paul
O'Longan, in 18 19 « for the use of James Roach in Cork » ;
amongst theni are f. i. Laoithe Oisin {n" 7, 382 pp.), the
Fight of Fer Diad (/;/ n" 9), Tochmarc Ferblaidhe {n° 2,
pp. 109-160: gombi sin Tocmarc C(erbaill) 7 F(erblaidhe),
the Book of Conquests, the bloody skirmish of Conall Ccr-
nach etc. Max Nettlau.
.\pril 30, iS8û
LE DEBAT DU CORPS ET DE L'AME
EN IRLANDE
L
Par la publication des Passions ami Homilies from the Lea-
bhar Breac, M. Atkinson a mis à la disposition des éruditsnon-
celtistes des traités intéressant la littérature comparée du
mo3'en âge chrétien aussi bien que la littérature irlandaise.
Mais il n'a pas jugé à propos de reproduire les phrases latines
intercalées dans le texte irlandais, parce que c'eût été faire
double emploi avec les phrases irlandaises qui les traduisent.
En rendant compte de l'ouvrage de M. Atkinson dans Mélu-
sine^, j'ai regretté cette suppression; le texte latin, si mutilé
qu'il soit, peut en effet aider à établir la filiation des versions
du texte, ou même encore à restituer l'original latin.
Dans mes conférences de l'année 1888-89 à l'Ecole des
Hautes-Etudes, j'avais choisi pour texte d'explication, ou class-
book d'une de ces conférences, les versions (ou plus exac-
tement les copies) que le manuscrit irlandais de Paris - fournit
des textes publiés par M. Atkinson. L'un de ces textes est
VAgaUaim in ciiirp 7 na hanma, litt. « dialogue de l'âme et du
corps » (ou « débat » si l'on préfère le terme de notre litté-
rature du moyen âge) qui se trouve deux fois, en deux écri-
1. Mélusiue ,' x\° de janvier 1888, col. 23-24. — Dans cet article, j'ai
donne une concordance (avec le ms. irlandais de Paris) des morceaux pu-
bliés par M. Atkinson.
2. Ce ms. forme le n- i du fonds celtique et breton de la Bibliothèque
Nationale de Paris.
464 H. Caidoz.
tures différentes, dans le ms. de Paris, manuscrit formé de
cahiers de diverses provenances ^ Les phrases latines qui se
rencontrent dans ce texte sont assez nombreuses pour donner
une idée du prototype latin que l'écrivain irlandais a eu sous
les yeux. Au cours de l'explication, M. Dottin a pris la peine
de détacher ces phrases du texte irlandais, et il les a copiées à
part. Il nous paraît intéressant de publier ce texte latin qui
appartient à l'histoire littéraire du moyen-âge. Les médié-
vistes seront peut-être étonnés des formes barbares du latin
(ainima pour anima, mailis pour malis, etc.) ; le texte ne leur
en sera pas plus. difficile; mais, au point de vue irlandais, il
est intéressant de publier le latin des scribes irlandais tel qu'ils
l'écrivaient, parce qu'on y voit (notamment pour l'harmoni-
sation des voyelles) un décalque des lois phonétiques de l'ir-
landais.
L'originalité du texte irlandais est qu'il tient à la fois à la
littérature des visions ^ et à celle des « Débats du Corps et de
l'Ame » 3 et qu'on y voit clairement comment le dialogue
ou débat du corps et de l'âme, avant de devenir un sujet par
lui-même, n'était qu'un incident dans le récit général d'une
vision.
1 . 1° du fol. 12, recto, 2e col., au fol. 14, verso, i" col. ; — et 2° du
fol. 72, verso, i" col., au fol. 73, verso (la fin manque). — On trouvera
la traduction anglaise du texte irlandais dans Atkinson, p. 507 et suiv.
2 Sur la littérature des visions, voir notamment :
Fritzsche : Die lateinischen Visionen des Mittelalters bis :^ur Mille des J2.
Jahrhunderts dans les Romanische Forschungen, t. II (1886) et III (1887).
H. Brandes : Ueher die Ouellen der Milteleiiglischen Paulus-Vision dans les
Englische Studicn, t. VII (1885).
H. Brandes: Visio S. Pattli, Halle, 1885.
A Graf : A proposito délia Visio Pauli dans le Gioniale Storico délia Lelte-
ralura Italiana, t. XI, fasc. 3, 1888.
3 . Sur la littérature du « débat du corps et de l'âme » voir :
Kleinert : Ueber den Streit i^wlschen Leibund Seele, Halle, 1880.
Roniania, t. XIII, p. 519.
Et G. Paris: La Littérature française au Moyen Age. Paris, 1888, p. 227
(S I))) et 272.
Sur la littérature des autres « débats », voir :
Edelestand du Méril : Poésies populaires latines antérieures au xn« siècle.
Paris, 1843, P- 218, n.
Et surtout G. Paris, Litt. franc, au Moyen Age, § 110, p. 158 et 263.
La littérature bretonne du colportage, qui a conservé plusieurs choses an-
ciennes, répand encore aujourd'hui plusieurs de ces « débats ».
Le Débat du Corps et de l'Ame en Irlande. 46 j
Je n'ai pas réussi à retrouver l'original des phrases latines
qu'on trouvera plus loin : je ne puis qu'indiquer le point d'at-
tache de la version irlandaise, intermédiaire entre la littérature
des visions et celle des débats. Elle partage ce caractère avec
la Visio Fulberîi, poème latin attribué au xii^ siècle ^ La Fisio
Fulherti rappelle, en plusieurs endroits, le mouvement du dia-
logue de notre texte latin d'Irlande ; et, comme elle est ver-
sifiée, il n'est pas téméraire de supposer qu'elle est l'amphfi-
cation en vers (œuvre d'un clerc bel esprit) d'un texte existant
déjà en prose. Ce prototype en prose a disparu, mais l'Irlande
nous en rend les principaux passages.
Le poète ancien du xii^ siècle attribue cette vision à un
Français du nom de Fulbert (Fulhertus Francigena) : il est pro-
bable que c'a été pour rendre son récit plus intéressant à ses
auditeurs ou lecteurs qu'il l'a ainsi locahsé et rendu personnel.
Or, on a signalé des ressemblances entre ce texte latin et des
textes anglo-saxons, qui traitent le même sujet de la même
façon ; et comme ces textes anglo-saxons sont plus anciens et
remontent au x^ siècle, M. Kleinert en a conclu que la Visio
Fulbcrti est l'adaptation ou l'imitation des textes anglo-saxons.
Le raisonnement ne nous paraît pas convaincant, car les textes
qu'il compare entre eux peuvent dériver d'un prototype com-
mun. Nous sommes ainsi amené à voir ce prototype dans
notre texte latin en prose, et d'autant plus qu'avec cette hypo-
thèse nous ne sortons pas des Iles Britanniques. Il est inutile
de rappeler ici l'influence irlandaise dans les cloîtres et les
écoles de la Grande-Bretagne.
Le texte latin contient une phrase attribuée à saint Au-
gustin : nous l'avons cherchée dans ses oeuvres, mais sans
succès. H. G.\iDoz.
II.
La partie latine du débat du corps et de l'âme est publiée ci-dessous
d'après trois coptes : i" ms. de Paris (Bibliothèque Nationale, fonds celtique,
f" 12 r" b — fo 14 Va), nous la désignons par P. ; 2° ms. de Paris, i° 72 v"
I . On en trouvera le texte dans Edelestand du Méril, Poésies populaires
latines antérieures au \\v siècle. Paris, 1843, p. 217 et suiv ).
Revue Celtique, X. ji
466 H. Gaidoz.
a — fo 73 %'0 2, nous la désignons par ^ ; 30 Leabhar Breacc, fac-similé,
p. 251 b-253 b, nous la désignons par B. Nous avons pris comme base de
notre texte la copie contenue aux feuil lets 1 2 r» b — 1 4 v^ a du manuscrit de
Paris; nous n'indiquons pas dans le texte les abréviations du ms., mais
nous relevons dans les notes toutes les variantes des deux autres copies. Les
variantes orthographiques ou phonétiques sont transcrites en caractères ordi-
naires ; les variantes importantes pour le sens, en petites capitales.
Là où la copie du manuscrit de Paris que nous désignons par P était
manifestement fautive, nous l'avons remplacée dans notre texte soit par le
passage correspondant de/», et dans ce cas les mots sont écrits en italique,
soit par la leçon de B, et dans ce cas les mots sont transcrits en italique et
précédés d'un astérisque; soit enfin par une conjecture, et dans ce cas les
lettres, les mots ou les parties de niots restitués ou corrigés sont en ita-
liques et entre crochets.
Quant à la valeur relative de ces trois copies, la partie latine àcF ei p est
évidemment copiée sur le même texte; la version conservée par B, plus cor-
rompue sur bien des points, est plus complète.
G. D.
f° 12 r° b; 1. 19] Domine quis habitabit in tabernaculo^ tuo
aut quis requ[f]escet - in monte sancto tuo.
Qui ingrciditury sine macula et operatur iustitiam, qui lo-
quitur ueritatem in corde suo, qui non egit dolum in linga ^
sua nec fecit proximo suo malum et oprobriuni) non accepit
aduersus proximos suos.
[conid àicomûXid sm raidis isacm? isi7Zt sosc^/a] dicens :
Amen amen dico uobis, nisi'' conuersi fueritis et eficiamini sicut
paruuli, non intrabitis in regnum celorum.
Dicens/ Augustinus : unicidqiic^ anime? duo exercitus oc-
currunt^° antequam migrât a corpore alter angelorum [f° 12
v° a] alter demonum
O ainima infelix".
1 . tabirnaculo p.
2. requescet P. requiecit p. requiescat B.
3. igreditawrP. i?igreditî<r B.
4. lingua B.
5. La leçon de B est inintelligible.
6. nissi B.
7. ut àixit Axigusimus diceKS B.
8. uncuce P. uniqzizqwe B.
9. lànmt p. B.
10. ocurrunt p. B.
n . 0 anima i^feUx p. 0 ainima felix B.
Le Début du Corps et de l'Ame en Irlande. 467
Ubi es nunc, *nunquid^ hic habitas, audi nos pec^ator^
Cur cessas superbie.
Cur cesas 3 biasfemare.
Amasti mundum et mundus te decepit.
Cur non * contendas ^ niunduin'^ quem amasti.
Cur cibum non amas^.
Cur epule des tint'.
f° 12 v° b; 1. 2] Quid oculi discordant, quid oculi demi-
dantur^.
Quid dentés denudantur.
Quid labia pal lent 9.
Quid pedes gelidant.
Quid cor oprimatur.
Quid anhela cessât.
Suirgite demones et *aripite ^° arma, corpus cedite, domum
frangite, ■Annwàn\ *ing nia tc'^^, ad*ta)iara^'- infcrni et ad pro-
fundum deducite.
Deinde ainima ad labia uadit.
Et dicit^' mors: hic sum, hue non inuenies.
Deinde ad tiares ^4 uadit.
Deinde uadit ad ocolos ^î.
Et dixit mors : perge ad alium locum ^^\
Deinde ad aures uadit.
1 . nu«c uid P. nuHC quid p.
2. pecauit B.
3 . sessas p. cessas B.
4. CoNTEMPNAS P. p. Lc mot Correspondant dans le texte irlandais est
eirg qui prouve que contendas est une meilleure leçon.
5. mundam P.
6. cur cibum amas p. Dans P cette phrase suit cur ep. des.
7. desen» P. desint B.
8. denutaut?<r P.
9. pullent P. B.
10. accipiti P. accipite p. Le mot correspondarit dans le te.xte irlandais
est gabaid.
1 1 . uigilate P. p.
12. tartîira P. p.
1 3 . diccit p.
14. aures P.
15. oculos p. oculum B.
16. ad alium loccum p. at aliuw loc2/w B.
468 H. Gaidoz.
f° 13 r° a]. Et dixit mors: noli hue uenire.
Deinde ad capitulum ^ uadit, pergit per illum et *stat'^
super uerticem5 et * circumspicit -^ se mirabiliter' et*dicit^.
Quid7 est istud pallium quod tenui circa me ? non meum ^ est
hoc uestimentum 9 neqwe de uestimentis meis in canditate prius
apparui. Quis *comotavit ^° * iicstein *meam^^.
Demones dicunt ^- contra animam ^' et accusant eam ^4
ualde. O ainima infeiUx ^5, respice^^ nos.
f° 13 r° b; 1. 3]. A nobis tibi est uestimentum.
Quia Adam circa se ^7 prius tenuit et Gain circa se tenuit et
ludas Scairiot ^^ circa se tenuit *ct * Coephas *princeps *sacerdotum
* circa * se * tenuit * uestimentum * illud ^9.
Quid pi ura^° dicamus? Non tu sola hoc uestimentum acce-
pisti sed peine -^ acceperunt homines totius ^- mundi.
Dicunt demones : O ainima infcHx, respice corpus tuum et
domum tuam unde existi.
Deinde ainima penetet et dicit
[i. rara ^3 penetcncia]
1 . Dans P le^ est surmonté d'un /; dans p le/) est surmonté d'un /, et
la finale ituhim est à moitié grattée; B : capito/ium.
2. sdat P p.
3. uerticim B.
4. sircumspexit P. circumspexit p.
5. mirabiliter manque dans B.
6. dixit P p.
7. cuis B.
8. meam p.
9. uestMi niQnlum P.
10. comodauit P p.
1 1 . ue uestum meum P p.
12. dicent p.
1 3 . ai^zmam B.
14. acusant eum p.
13. 0 anima infelix p 0 aiw/wa îHfelix B.
16. respice in B.
17. set P.
18. Scarioth B.
19. Cette phrase manque dans P et caifas prmcipes saserdotuw arcase
tewuit uestimentum illud p.
20. rura P.
21 . pêne B.
22. tociwi p B.
23. rura p... i. aithrigi ainmi«ic P. — sera penZ/^Htiai. mallaithrige B.
Le Débat du Corps et de l'Ame en Irlande. 469
et dicit : ago deo penetentiam ^ de meis pecatis plurimis.
fo j^ yo ^j_ Deinde ainima ad celum - uadit.
Et demones in ob[z^]ium5 ei ueniunt et dicunt : o miseirrima^
ainima, o infeilix, quo uadis et > quomodo ausa es pergere ad
celum?
Postea reuertitur^ ainima ad corpus, acusans eum ", dicens
dicens : o caro dura, o tamplum diabolicum ^
nunc ego ad te redior9 ut increparcm tuam increduiletatem^°
O caro dura, ci[;z/j]^^ putrida^-, o superbain qua diabolus^3
habitauit, o tenebrosafouea, o*Mf«i?noja «/^[tTJ/a ^4 [f° 13 v°b]
*serpentiHin^'\ o costoJia^^ ir^e ^7 et superbie '^.
Ue mihi, habitacio tua mersit ^9 me in infernum.
Et de tuis mailis -^ crucior et de tuis peccatis toircior-^ atque
demergeor22 in infernum
£"14 r" a]. Maledicam tibi in secula seculorum *ct *frequeii-
tabo *MuUis * inaledictionibiis -^ .
Et corpus respoindit ^4 anime dicens :
1. peniteHtiam B.
2. scelutn p.
3. obium P B. ouium p.
4. misserrima p. miserriH/a B.
5 . Les mots 0 i.q.u. e. manque dans p.
6. reuer/it/ P.
7. eum manque dans B.
8. diapoliticum P diabo/um B.
9. reddior B.
10. increduletatem p. incredulitatem B.
11 . p. B. manque, ci P.
12. putrita p.
13. diabulus B.
14. uenosa uipa P uenossa uipia p. uenenosa fisura B.
I). serpenitium P s^rpenidiuw p sans doute pour serpehttium.
16. occustodia p. o custodia B ; dans P le premier 0 est surmonté d'un u.
17. ire p B.
18. superbiae B.
19. mercit B.
20. malis p. B.
21. torcior p. tortior B.
22. demergior B.
25. La phrase e. f. m m. manque dans Pp.
24. respoKdit p. B.
470 H. Gaidoz.
O ainima^ dura *et *arida^ atque sicca sicut terrai sine
aqua, o miserabilis'^, o détériora cunctis mortalibus es.
Mansisem sicut uiniuersa^' terra fragilisima/ nisi te perce-
pisem.
Deinde ainima uadit^, et relinquit9 maledictionem ^o [t'^ ma-
Icdictioncm] portât ^^ et dicit ^^ corpus intra in manibus diaboli et
* saîUitium ^3 suorum.
i° 14 r°b; 1. 36]. Exercitus angelorum uero^-i *«<?«// ^> ad ai-
nimam iusti et dicit.
f" 14 v° a; 1. 6]. O ainima sancta, o germina fideilisima^^
o*sponsa^7 régis o décor paradisi, o filia régis.
Canta carmen régi tuo nobiscum ^^ *ct * in * perpetuum'^^.
Demones autem non nocebunt tibi.
Ueni in manus angelorum et archangelorum ut simul per-
g[fl]mus2o ad regnum illud sine ullo fine in secula seclorum -^
amen.
I . anima B.
2. Ces mots manquent dans P p.
3 . inte/ra B.
4 . meisirabilis P.
5 . denlr/or B.
6. uni versa B.
7. fragilisimï« B.
8. uadid P.
9. relinquet p. reliqî.'ù B.
10. malcdictioHem B.
1 1 . pordat p.
12. dixit P.
1 3 . sadi!oc»w P. sadilicuw p.
14. uero angt'/os B.
I 3 . veniat P p.
16. fidelsima B.
17. spons P.
18. nobiscam P.
19. la phrase e. i. p. manque dans P.
20. pergemus P. B.
21. seculorum B.
A PUZZLE IN IRISH PARSING
Is é leth atôibe ind aisnéis-sea co dû.
Scholars disagree about the parsing and literal meaning of
this sentence, and Mr. Whitley Stokes says, that « perhaps
the phrase will never be sufficiently explained, until it is
taken in hand by Prof. Windisch, Prof. Ascoli, or Prof.
Thurneysen » ^ It has been thus translated:
Is è immorro leth atôibe ind aisnéis-sea lasin fdith co dû in-
depert.
1. The prophet has a paraliel passage as far as the place
where he said^.
2. This is the paraliel part of the déclaration by the prophet
as far as where he said-.
3. This is one ofthe two contcxts of this déclaration of the
prophet'sas far as the place in which he had said^.
4. One ofthe two connected passages of this déclaration,
which the prophet hath, is as far as the place where he had
said^. ,g.
5. This is (the) side that adhères to (i. e. the context of)
this déclaration of the prophet, as far as the place where he
had said^.
6. This is the direction in which this déclaration of the
prophet adhères (or to which it leans), to the place where he
had said5.
1. Tho. Acaâcmx, April 6, i8Sq.
2. Mr. Stokes in « Tlirce Mici. Ir. lîomilics >> pp. 3, 24; Tripartite
Life » pp. 4. 4îo; Aaidemy, April 6, 1889.
5. S. H. O'Grady, in Academy, March 30, 1889.
472 Edmund Hogan.
7. This narrative of the prophet is the contcxt (or side of
adhérence) of the pktce where he said ^
8. As found in the gospel of Matthew in continuation of
the part where it is said -.
9. The passage stands in connexion with what the pro-
phet had said 2.
10. It folio ws immediately after the passage in which John
said^.
11. It is found in the sequel of what Christ said before^.
There is also considérable divergence with re2;ard to the
parsing. Letb'isthe subiectof^/ô//'£'(Stokes), itisnot(O'Grady);
ind aisnéis is the subject oi atôibe (O'Grady), it is the accusa-
tive governed by atôihc, and is a Middle Irish corruption of
itui aisnéis (Stokes) ; atôibe is a genitive = « of its side »
(Stokes 3 in 1877), is a genitive, == « of adhérence » (Mac
Carthy), is a verb (Stokes and O'Grady), is the relative a -|-
the verb lôibc (D'Arbois de Jubainville-i). Each of the three
Irish scholars adhères to his own views, and rejects the opinion
of the others; and, as Mr. O'Grady says, « in the matter of
the accidents and construction of aiôibiin some good powder
has been burnt. ».
Before I submit a new literal translation and analysis of the
phrase, I will make some remarks on the other versions ;
omitting Mr Stokes' earlier efforts, which hâve been inserted
mercly to show the difficult}' of the sentence, and Dr. Atkin-
son's versions, which are rather loose and show that he has
not grappled with the difhculty.
I. The erudite editor of the ^viie Celtique says the verb is
toibini. I hâve looked in vain for such a word in Old and Mid.
Irish, though I iind taoibhidh ris, cleave unto Him (Bible,
Joshuah, XXII, 5). On the other hand we hâve co atioibtis
gl. ut inherescent, which supposes attoibiui, atôibim, words
which in fact gloss « lenteo » = lentesco ■=:■ I adhère, from
1. Dr. Mac Carthy in a Transactions of the R. I. Academy «, May,
1889, p. 197.
2. Dr. Atkinson, in « Todd Lectures », vol. II, pp. 442, 451, 466,495.
3. Three Mid. Irish Hom., p. 135.
4. Rev. Celtique, April 1889, p. 265.
A Pir.ie in Irish Parsing. 475
lentus, adhesive, whence also corne kntor and knîilia, adhesi-
venesss ; Lcnteo is to lentesco as liccreo is to hceresco, and « len-
tet », which is foiind only once in the Latin dictionaries,
means primarily and properly « it sticks », and figuratively,
perhaps, « is impeded », « goes slowly ». So against attoihim,
« je suis lent », are arrayed 1° aîfoihtis, attoibim and the other
forms \vhich I shall give further on, 2° the formidable triple
alliance of Mr. Stokes, Mr. O'Grady and Dr. Mac Carthy,
who do not detect the relative a in atôibc.
2. Of the latter Révérend gentleman's équation, atôibc =
atôibthe, I say : 1° It is reprobated by Mr. Stokes and Mr.
O'Grady. 2° It has not been supported by any like case of
corruption. 3° It could not well be a phonetic form. Th is too
tough and rough ^ to be suppressed twelve times by four dif-
férent scribes; « it sticks » (atfoibi), and, even when invisible
in our phonetic books, it asscrts its présence and power, as in
« marfich », « marafLidh », « marutfa », « dôvarafa » ^ ^z:
inarbhtbach, ciômharbhtba; in ourgrammars3 h'ibtha, treobbtba,
snambtba are pronounced « lupatha », « treofa », « sndfi » ;
and foirbtbe is'wnnen foitjc in the Children ofLir, Index. 4° It
is hard to believc, that four scribes of the iith, i-4th and I5th
centuries would hâve miswritten twelve times the 3rd sg.
près. Indic. for the gen. sg. of the verbal noun or inhnitive
of atôibiiu .
3. Against Mr. O'Grady's view Mr. Stokes sets six phrases,
in which kll) must be the subjcct. Iwill add eight more, such
as, « is é Icth is oentadach co dû », and « is \ coi hitoibe co
dû indecid ».
4. Mr. Stokes considcrs ind aisncisas a corrupt form o( inn
aisncis the accusative. But 1° he givcs only one certain ins-
tance of such a corruption S 2" thcre are three instances of
inn, in for the nom. fem. ///J > ; 3° in that case the co is
1 . ODon. Gram., p. 55.
2. The Irisli Catechisms of Butler, Kirwan, O'Reilly, etc.
5. O'Don. Gram. p. 58,!. O'Molloy's Gram. p. 7.'
4. B. ofLismore, fo 40 a : folios i, 11 and 40, quoted by Mr. Stokes,
arc markcd 42, 55, 82 in O'Curry's and O'Longan's transcripts.
5. Windisclî's Woertcrbuch, v. in; I thiiik the two inn of the B. of Lis-
474 Edmiind Hogan.
not easily accounted for, as he admits himself; 4° There is
no known instance of atôihim governing an accusative. Like
its gioss « hc-ereo » it takes the dative : a doib », « do tho-
pur ». As in modem Irish we hâve « taobhaigh ris », « cleave
to Him » (Bible, Josh., XXII, 5), so in Old and Mid. Irish
we find infra, « atoibad fri », « atoibe co » : corresponding
with is oentadach fri, -co, « hœret », « inhœret » ad (which
gioss atôihini), and with its quasi-equivalents in French, « s'ac-
coster à » ^, s'attacher à. In the modem language it also takes
a direct object, but drops it's original meaning, as « taobhaidis
a n-anmanna ris », « let them commit their soûls to Him »
(I. S. Peter, IV, 19), « taobhaim mo spiorad ann do lâmh-
aibh », « into Thy hands I commend my spirit » (5". Luhe,
XXIII, 46); but thenthis meaning would not suit Mr. Stokes.
5° The transitive theory must be given up in présence of the
six phrases like « is é leth atoibe co du ». 5° Lastly it is hard
to believe, that the scribes of the L. Brecc, the Tripartite Life
and Egerlon 91 should miswrite ind for inu iive times, and
that the true form should be preserved by the more modem
scribe of Lismore who writes « lasin bhfaidh » and « le-
thaoibi » which he corrects by at subscript.
My own view, which I submit, for approbation or réproba-
tion, to thèse and other distinguished scholars, is : a) that lefh
is the subject o^ atoibe and connected with it by an unexpressed
a, b) that ijid aisnéis is the subject of atoibe by apposition with
Jeth and connected with it by an unexpressed A., c) and that
the sentence should run thus :
« Is é im/;/()rro leth attôibe (.i. ind aisnéis-sea lasin faith) co
dû indepé;/"t rcmi. »
The intrusive, interjectional or parenthetical character of
aisnéis will appear from my arrangement, in four groups, of
twenty-three pertinent phrases, into which it sometimes enters
and sometimes does not-. I hâve used parenthèses in order
more. 42, 53, and the one in oï LB. 61 b, which I quote, may be added to
Windisch's three.
1. Ses homes se acosterent à lui, à un piher s'est acostez, là où il se tu
acostez. Litre' s Dictionnaire.
2 . Eleven ot thèse are due to Mr. Stokes, one to Mr. O'Grady ; the
A Puzzle in Irisli Parsing. 47 )■
to bring into prominence the construction, « leth atoibe co
dû ».
Let us compare typical examplcs of thèse groups.
A. Cech oen atoibe (.i. is oentadach) dôib, LB. ij^.
B. Is é leth is oentadach co du inderbairt Lucas, LB. 52.
Is é leath atoibe, (.i. as dlûitli) co dû mevhairt Eôin, LB.
194-
C. Is é leth is aentadach (fri h-Isu) co dû inebairt, LB. 68.
Is é leath atoibe (.i. is œntadach) (fri h-Isu) co du inev-
bart, LB. 44.
Is é leth is aentudach frisin suiscek/_^ (fri Matha) lu tan
airuhairt, LB. 45.
D. Is é leth is a;ntudach (iiid aisneis-se iri Lûcds) co dû iii-
depert, LB. 55.
Is é leth atoibe (ind aisnes-sea lasin fdith) co dû i^dep^rt,
LB. 24.
It seems clear, 1° that the construction « atoibe co du »,
« as dlûith co dû » « is aentadach co dû », which is
manifest in A and B, holds in C and D; 2° and that/n
b-Isi{, « la h-Isu », « ri Matha », « fri Matha », « la
Matha », « ind aisnéis-sea la Matha », etc., are inserted
parenthetically by way of apposition, spécification, iden-
tification, or /Rectification (!). They are not wanted,
seem somcwhat out of place ; and are intruders, if not
originally introduccd by an idôn^ which has got crushcd
out and disappcared. I translate literally : « Now this is
a part (this hère utterance of the prophet's) which sticks
to the spot where he had previously said » or, « Now
this a passage (i. e. this utterance of the prophet's)
which hangs on to the place in which he had previously
said ».
I will now présent r° ail the phrases which bear on our sub-
)cct, and 2" ail the glosses and tense-forms of alôihim, which
hâve not hithcrto been put togcthcr in any book or papcr
that I hâve seèn.
rest hâve been added by me, onc of which (LB. 61) has been overlooked. by
Mr. Stokes, though he printeditin his « Three Mid. Ir. Homehes », p. 24.
476 Edmun.i Hogan.
A. is airi atâ atoibad inna cilli fri alaili ^, Tripart. Life, 90.
it é atâ mou atoibet do thopur^ ecna na Deachta, LB. 72.
cech oen atôibe (.i. is oentadach) doib, LB. 174.
B. is é leth is oentadach co du inderbairt Lucas, LB. 52.
iséleath atôibe (.i. asdlûith) co dâ intxhain Eôin, LB. 194.
C. is é leth is aentadach (fri h-Isu) co du inebairt, LB. 68.
is é leth is œntudach (fri h-Isu) co du inebairt, LB. 69 a.
is é leath atôibe (.i. is œntadach) (fri h-Isu) co du i?zder-
bart, LB. 44.
is é leth atôibe (la h-/j-u) co du inep^rt, LB. 248 a.
is i côi hitôibe (lasin suiscek/V) co dû i^decid Isarias
(sic), LB. 107 a.
is é leth is oentadach (fri Matha) co du indebert, LB. 163.
is é leth is aentadach (fri Matha) co dû i;zdeptTt, LB. 40.
is é leth atôibe (.i. is aentadach) (ri Matha suhcûaig) co
dû inderna, LB. 49.
is é leth atôibe (la Matha) co dû i«erbairt, LB. 66 b.
is é leth is aentudach (frisin suiscek/o-) fri Matha ^ in tan
ainihain, LB. 45.
is é leth atôibe (la Daniel) co du indehen, LB. 72 a.
D. is é leth is ^e/îtudach (i;zd aisnc/5-se (ri Lucas) co dû i«de-
pert, LB. 55.
is é leth is ii^ntadach (ind aisnm) co du i;?depert, LB. 61
or 5 5 •
is é leth atiiibe (ind aisneis-sea la Matha) co dû inderbairt,
Egerton, 91 fo. 30.
is é leth atôibe (in 4 ais«m-sea la h-Eoin, co du indepfrt,
LB. 61 h.
is é leth athaobi (inn-4 aisneis-sea la h-Eôin) co dû an-
debairt, B. of Lismore, fo. 53 a.
is é leth atôibe (ind aisnés-sea lasin fàith) co dû indeptTt,
LB. 24.
is é leth ataebi (ind aisnéis-si lasin fdith) co dû i;?erb^/;'t,
Trip. Life, 4.
is é leth atôibe (inn -t aisneis-sea lasin bh-fdidh) co dû in-
debn-t, B. of Lismore, fo. 42 a.
is é roscrib i curp soszeh ind aisncis^ noeim-si, (!), B. of
Lismore, fo. 82 a. i.
A Puzzle in Irish Parsing. 477
It may be necessary or useful herc, to append the following
notes on some of thèse sentences : 1° Dr. Atkinson renders
atoibct do ihopur by « \vho drink of the well » ; but in the
Index to the Irish Homehes he shows some doubt by adding
a(?). I translate: « It is they (the Seraphim) who niost ad
hère (are closest) to the fountain of the wisdom of the Deity ».
In support of my version I point to the glosses, wliich I shall
give furthei* on, and to Isaiah, VI, i, and Apocalypse, XXII,
I : « Vidi Dominum sedentem super soHum... Seraphim sta-
bant super ^ illud ». « Et ostendit mihi fluvium aquœ vitc'e,
splendidum tanquam crystallum, procedentem de sede Dei ».
— « Do chonnairc mé an Tighearna na shuidhe a g-cathaoir
rioghdha. Os a chionn shuas ^ do sheasadar na Seraphinigh.
Agus do thaisbtin Se dhom sruth glan d'uisge na beatha ag
teacht amach 6 chathaoir Dé », Irish Bible. The phrase from
LB. 107 means : « This is a passage (of the Evangchst)
which is connected with (refers to) a phice where Isaias
said » .
2. Mr. O'Grady transhites « atd atoibad inna ciUi fri
ahiih » « there [stih] subsists a mutual interdependence of the
one church upon the other ». Mr. Stokes says « mutual » is
tautologous, and I fancy « interdependence » is not borne out
by the glosses and the context. The Tripartite Life (pp. 90,
20) tells us that Guasacht was made Bishop of Granard, and
his two sisters set up at Clonbrony : « wherefore there subsists
an adhérence of the church (of Clonbrony) to the other (of
Granard), and it is the airchennccJ) of Granard who ordains a
head of nuns (prioress) in Clonbrony ». This version is based
on Mr. O'Grady 's, but seems more in harmony with ail the
glosses and with the context and with « taobhaidh ris »,
« adha^reatis Ei », « cleave unto Him », Josiie, XXII, 5.
3. « Is c leth is aentudach (frisin suisceLî/V) fri Matha in
tan atrMbfl!/Vt », may mean, « this is a passage which agrées
(with the Evangelist) with Matthew when he said ; or the words
may be frisin 'suiscele {or suiscel ?), and we may render,
I . Cf. is cuit atôibthe namwâ, huare rombi cechtar de sech alaill, Sg.
29 b. 15, 18. infra.
478 Edmund Hogan.
« this is a passage which is near to, or in hannony \vlth the
gospel of Matthew whenhe said ». The whole seems put for
a particLilar part of the Gospel.
4. The two inn and one ind (B. of Lismore fo. 42, 53,
82) and the in oî LB. 61, favour Mr. Stokes opinion; but I
believe they are corruptions.
The glosses are, i. attoibim .i. lenteo, Pr. Cr. 56 b; 2.
atôibim .i. lenteo, Pr. Sg. 145 a; 3. atoibi .i. herenti, Ml.
57 d. 4; atôibe, atoibe .i. as dlûith, .i. is oentudach, LB.
194, 174, 44, 49; 5. (a)toibmis .i. herere, Ml. 18 c; 6. co at-
toibtis .i. ut inherescerent, Ml. 63 b; 7. atoibiud .i. adhes-
sione, Ml. 54 d; 8. is cuit atôibthe namwd, is airi asherar
a quasi ad aliquid », « quasi » .i. similitudinis; « quasi ad ali-
quid » asberar diib, huare rombi cechtar de sech alaill, Sg.
29 b. 15; 9. « Quasi semper adhaerens .i. is cuit atôibthe,
huare rombi cechtar de sech alaill, Sg. 29 b. 18.
The meaning is : It is only some adhérence, a « quasi »
atoidad, adh^esio « secundum quid » ; « ad aliquid » is said of
them, because each of them is outside or beyond the other.
Sech does not mean secus, which would imply attôibad, or
being /;/ îoehtaid (Saltair na Rann, 6575); cuit hère and else-
where means « some » and deserves a place among the « subs-
tantiva Pronominalia » in the next édition of Zeuss. With is
cuit atôibthe compare « ceii chuit n-dignai .i. cen taire no cen
dimecin », without any reproach, that is, without reproach
{Félire, CXIV); is cuit frisligi (\Vh. 3 d. 4.), est aliquid ad-
jacentiiç, « ôir atd an toil a b-fogus dom » (Rom., VII, 18);
is cuit airicc^ (JVh. 3 d. 8), ni cuit broto acht is dogres, Ml.
32 c. iscuit ir-imraito^ (Wb. 3 d 6), cuit hôrc .i. cid do uair
1. Mr. Stokes renders « it is part he finds », I think airicc is the gen.
oî airccc, and glosses either a) « invenio » and means « something ofa fin-
ding«, « he dimlysee », il entrevoit; cf. airccc naii-lhcpstul (LB. 15 4) the fin-
ding of the Apostles, scela airicc, LB. 251 a. Or b) it glosses « legem re-
sistentem » and is gen. of airecc, désire, inclination, impulse rz aireac,
'.neanman, O'Don.Suppl. Das Gesetz àcr Begierîichkeit is the «le.K resistens ».
2. Mr, Stokes reads « cuitir imraito » and does not translate. It means
« some what of longer, abiding or intense thought »; cf. ir. -gl. siithain
(O'Dav , p. 98), ir-ihorad (Fél.,LXI). Thethree degrees are : « cuit fresligi,
cuit ir-iniraito, « forbe ind imraito ». Cuitir imraito is equalled by « the
A Puzzle in Irish Parsing. 479
.i. etsi ad horam, (Wb. 16 b. 3). Cuid in modem Irish is
constantly used pronominaliy, for « aliquid » aliqui, some,
as fear is for some, and iiicid for « tliose who » as in « cuid
diobh »; and even it looses its substantive and pronominal
meaning, and vanislies into « un je ne sais quoi » wliich lîas
no équivalent in any language known to me, as « ag cur do
chiiid éadaigh ort » putting on your clothes « d'à cuid clain-
ne », to hcr children, It is pronominal in « ag bualadh coda
aca agus ag marbhadh coda elle », « beating some and killing
some », « do ghabhadar ar fhear diobh, do mharbhadar /t^izr
cile agus do ghabhadar do chlocaibh ar fJmar eile », « they
beat onc, killed another and stoned another » Çlrisb and Engl.
Bibles, Mark . 12, 5 , Mat .21,35).
The tense forms are : attoihini, alôibiin, ist. sg. Près. Indic;
atoibi, alôibc, aioibc, 3rd sg. Près, Ind., aloibet 3 pi. Près. Ind. ;
(a)îoibmis, attoibtis, Secondary Près. ist. and 3rd. PL ; atôibad,
aîôibthe, atoibiud, Nom., Gen. and Dative of the verbal noun.
Theglosses arc: lenteo, h;treo, adhx-reo, inlî;treo, as dlûith,
is oentadach. It is an intransitive verb and is followed by the
dative with do and the accusative with co and frî.
Edmund Hogan, S. J.
ironslaught » (in this day's Dublin Evening Tclegraph May, 23) for « tlieir
onslaught ». « Tlic ironslaught was irrésistible », for thcir onslauglit.
MÉLANGES
GWYR, GOAR
Une nouvelle explication de ces formes déponentielles énig-
matiques: gall. givyr, armor. gwar (vannet. gwci-) « il sait »,
vient d'être proposée par M. Windiscli et M. Zimmer^.
M. Windisch identitie^w}';' avec le védique vidre « ils savent >),
M. Zimmer, avec le sanscrit vidiïr : tous les deux, confor-
mément à leur théorie sur les formes verbales en -r, y voient
une ancienne troisième personne du pluriel. La seule difficulté
dans cette identification consiste dans la disparition du d de
gwyr. M. Windisch, pour l'expliquer, renvoie aux exemples
de la Gramm. cclt. de d disparus : roy, roes ; diclw « defor-
mis », mi ath roessum daremte; y mewn in médium. Roy, roes,
roessum, doivent être laissés de côté (v. Zimmer, Kuhn's Zeiischr.,
XXX, p. 217-221); dielw est non pour di-ddchu, mais pour
di-eliv « sans valeur, vil », à .moins que ce ne soit une forme
dialectale. Resterait!' me-wn qui paraît devoir être rapproché
de l'irlandais uiedôn. Cet exemple ne suffirait pas, mais, serait-
il parfiiitement probant pour la disparition de d entre deux
voyelles, qu'il ne prouverait rien ici. C'est la disparition de d
suivie d'r qu'il faudrait expliquer. Si on accepte en effet
l'identification de gwyr avec les formes indiennes, c'est avec
un vieux-breton *gzuîdr que nous aurions à compter. Suivant
M. Zimmer, gividr aurait donné goer, giuyr, de même manière
I. M. Rhys a proposé de rapprocher oruyr de ro-fitir, en voyant dans
fitir un déponent en /, théorie que Fauteur ne soutiendrait plus lui-même
aujourd'hui {Revue Celt., V, p 42-45).
Mélanges. 481
que *ogno, *flgroont donné en gallois om, oer, en corniqueo?/^,
en breton oan (Kuhn's Zeitschr., XXX, p. 272-273). Pour le
breton armoricain il n'y a pas, en apparence, de sérieuse diffi-
culté phonétique : tr, ^r. évoluent, en effet, en :;/, er : moirep-=
mo:;reh = moereb ; pairon :=. pa:^ron, pacron, etc. La seule ob-
jection que l'on puisse faire, sur le terrain armoricain, c'est
que gwidr n'eût donné en vannetais et dans une partie de la
Cornouailles, que^w^r (avec /^français) : cf. giiér « verre » =
vitrum, en passant par guc:^r. W vieux-breton ne donne giu,
en vannetais, que devant a ou devant un ê long (devant l long,
on a toujours gii) : ex. giuann « faible » ; gzcc « sauvage »
(léonais gwe:^, ir\. Jiad^. L'objection ne serait pas insoluble, les
formes fortes de la racine veid- ayant pu passer du singulier au
pluriel. Mais l'explication de M. Zimmer se heurte, en gallois,
à une difficulté qui me paraît insurmontable : les groupes /;-,
dr dans cette langue ne donnent jamais que dr : le breton caer
« beau », moyen arm. ^a:^r, a pour correspondant gallois, en-
core aujourd'hui, cadr = * ca.dros : cf. Belatu-cadrus. Degiunlr
nous aurions actuellement, en gallois, giuydr.
Une autre hypothèse me paraît possible.
M. Thurneysen (Kuhn's Zeitschr., XXVII, 174 remarq,,
et XXVIII, 151- 15 3) a fait sortir l'irlandais ro-feiar de *vi-
desar et voit dans ro-fetar un indicatif aoriste en -s. M. Zim-
mer, sans contester que cette identification ne soit phonéti-
quement exacte, rejette cette hypothèse pour des raisons qu'il
serait trop long d'exposer ici (Kuhn's Zeitschr., p. 122) et
explique ce temps en partant de formes d'aoristes en -is- de la
y personne du pluriel. Les formes actives *e vidis-r, moyen-
nes e vidis-nto auraient donné en irlandais *fidisar, *fidisct,
d'où *fidsar, *fidsel, *fitar, *fitct. De la contamination de
*Jjtar, *fitet est née fitctar, forme régulière de la 3'' pers. du
plur. en vieil irlandais. C'est cette forme qui, avec les formes
analogiques ro-filcmmar, ro-fitid nées d'elle, aurait produit, par
formation analogique, le sing. : rofetar, je sais ; rojitir, il sait.
Il ne me semble pas impossible qu'en partant d'une forme
I . Le comique oan n'est qu'une graphie anglaise pour 011, et ne doit pas
être identifié avec le léonard oan.
Revue Celtique, X 32
482 Mélanges.
aoristique e vidisr, on ne puisse arriver à gwyr. De vidisr
on a pu arriver à vidsr par la disparition de Vi non accentué.
La conservation d'un s entre deux voyelles, en vieux celtique,
est possible, si 1'^ s'est trouvé, par la chute très ancienne d'une
des voyelles flanquantes, en contact avec une consonne : ex.
Isaca, Isca, auj. Wysg; et. cosp « punition ». De visr, on ar-
rive à gwyr. Je dois ajouter qu'une forme aoristique en -s- :
e vids-r, soulèverait moins de difficultés. Ce qui corrobore sin-
gulièrement cette hypothèse, c'est que les formes en s, ;^ du
temps auquel appartient gtvyr, gouioch, gouxpmp, gou:^ont, sont
d'anciens aoristes, sans qu'il puisse y avoir, à ce sujet, le
moindre doute. Gouioch, en effet, n'est pas le moins du
monde identique au gallois giuyddoch, comme l'ont cru
MM. Rhys, Windisch et Zimmer ; Y s ou ;^ breton est un j =
ds : oouzoch est en effet usité dans toute la Cornouaille et en
bas-vannetais, c'est-à-dire dans des zones où, actuellement,
tout ;( sorti de d entre deux voyelles a disparu.
J. LOTH.
IL
EGUETOU
La Gramm. celtic, 2" éd., voit dans Veguetou de la Buhe^ S.
Nonn, la préposition eguet suivie du pronom suffixe : na gal-
ses de quet eguctoii sarmon « ut non posses tu propterea sermo-
cinari » (Gr. celt., p. 690). M. Ernault, dans son vocab.
étym. du breton moyen, a traduit eguetou, comme agueiou,
ecrueiitou par récemment, dernièrement^. Il n"y a pas là-dessus le
moindre doute, et je viens simplement confirmer sa traduction
par des formes modernes. On dit encore dans le pays de Léon,
notamment aux environs de Landerneau, egentaou dans le
sens de dernièrement, tout récemment. La forme existe d'ailleurs
également en comique : agensow, agynsoiu « a while since, la-
tely » (Williams, Lexicon cornii-briîannicunî). On peut se de-
mander pourquoi on trouve tantôt agctoii, egentcu, avec ou
sans n. C'est une loi générale du breton armoricain moderne
I . Le dictionnaire de Le Gonidec donne les formes ahelaoti, agetaou,
egentaou., ergentaou.
Mélanges. 48^
que le / reste intact, si, par un transport de l'accent sur la syl-
labe suivante. Vu a disparu : vannetais, enta et eta, ta ; être,
tré= entré; ketan = kentan ; getou « avec lui » = gentou, etc.
J. LoTH.
m.
FECH, FI = CHWEC'H, CHJVI, EN BRETON
DE PONT-L'ABBÉ.
Pont-l'Abbé est un petit port, à quatre ou cinq lieues au
sud de Quimper. Le breton de la petite zone dont Pont-
l'Abbé est le chef-lieu présente certaines différences assez sen-
sibles avec le breton de Quimper même. Il m'avait semblé,
il y a une quinzaine d'années, avoir entendu, à Quimper, des
paysans de Pont-l'Abbé dire fec'b pour chiuec'h, six. Un
de mes auditeurs, M. Moener, qui a habité Pont-l'Abbé et y
a des relations, m'a certifié le tait. Je supposais que ce cas de
/ (f français) ==: sv vieux celtique ne devait pas être isolé.
M. Moener qui, lui-même, pour plus de sûreté, a communiqué
à ses correspondants toute une liste de mots commençant par
c'hw = sv vieux-celtique, n'a constaté qu'un autre cas de/ =
sv : on dit fi pour c'hiui, vous. Cette prononciation fi, fec'h
s'étendrait jusqu'à Audierne, sur la côte. On a le droit de sup-
poser que tous les mots commençant par sv vieux-celtique ont
dû se prononcer/ autrefois dans cette région et que le nombre
a dû s'en réduire peu à peu sous l'influence de la pronon-
ciation des pays environnants. Mais pourquoi /c^ 7;, y/ auraient-
ils été seuls épargnés ? Serait-ce à cause de l'emploi plus fré-
quent de ces deux mots ? Dans l'intérieur du mot, je n'ai relevé
de particularité que pour difuni « éveiller » au lieu de dibuni.
Cette prononciation existe, je crois, ailleurs qu'à Pont-l'Abbé,
et peut s'expliquer autrement que celle de fec'b, fi. Des re-
cherches minutieuses pourraient peut-être d'ailleurs amener,
sur ce point, à de nouvelles découvertes dans la zone de Pont-
l'Abbé. Un de yncs amis me signale un autre îlot linguistique
où, d'une manière générale, * sv donnerait f. J'y fais taire des
recherches. •
J. LoTH.
BIBLIOGRAPHIE
Lectures on the origin and growth o£ religion as illus-
trated by celtic heathendom, by John Rhys. London, Williams
and Norgate, 1888, gr. in-8, 708 pages (The Hibbert Lectures, 1886).
L'auteur a voulu, comme le titre l'indique et comme il l'ex-
pose lui-même dans sa préface, ajouter un chapitre nouveau
à l'histoire de la religion par l'exposition de la mythologie cel-
tique. Mais cette mythologie, il fallait la retrouver et la recons-
tituer. Les textes des écrivains de l'antiquité, les monuments
de l'époque gauloise ou gallo-romaine, nous fournissent de
précieux mais trop rares éléments d'information. M. Rhys ne
pouvait se dispenser d'en parler ; aussi a-t-il résumé à peu
près ce que l'on sait sur les dieux gaulois, en y ajoutant quel-
ques remarques étymologiques et des identifications de noms
intéressantes. Mais c'est surtout dans les traditions irlandaises
et galloises qu'il a cru pouvoir retrouver les matériaux néces-
saires à la reconstitution du panthéon celtique; c'est là son
véritable sujet et ce qui fait pour nous le principal intérêt de
son travail. Personne n'était mieux qualifié pour une pareille
entreprise que l'auteur des Lectures on luelsh pbonology et de
Celtic Britain, livre très discutable à plus d'un titre, mais témoi-
gnant en tout cas d'une rare connaissance des antiquités cel-
tiques. Cette nouvelle œuvre témoigne aussi d'éminentes qua-
lités : d'une connaissance approfondie de la linguistique, d'une
érudition des plus variées, mise au service d'une imagination
des plus ingénieuses et des plus fertiles, trop fertile même, à
mon gré. On est entraîné à tout instant aux extrémités les plus
opposées du monde matériel et du monde de la pensée ; c'est
un défilé vertigineux de dieux et de déesses, de héros, d'hé-
à
Bibliographie. 48 s
roïnes de toute forme, de toute nationalité ; une suite ininter-
rompue d'hypothèses ingénieuses, paradoxales, se succédant
ou plutôt se croisant en tout sens, si bien qu'on ne peut en
envisager une sans se trouver sollicité par dix autres à la fois.
Tout lecteur sera assurément de l'avis de M. Rhys, quand il se
plaint d'un embarras de richesses. On est en présence d'une
œuvre assurément singulière et remarquable, mais, en dépit
d'heureuses et précieuses trouvailles, l'auteur a-t-il atteint son
but ? Les épais nuages qui nous dérobaient l'Olympe celtique
se sont-ils dissipés ? Ou n'avons-nous sous les yeux que le ré-
sultat des visions et des savants rêves d'un homme d'esprit,
d'une poétique et ingénieuse érudition ?
Si M. Rhys n'a pas réussi dans la reconstitution hardie
qu'il a tentée, la faute en est à la fois à son sujet et au sys-
tème qu'il a suivi.
Un abîme sépare le monde vieux-celtique de l'époque où a
été mise par écrit la matière mythique de l'Irlande et du pays
de Galles. Le plus ancien manuscrit épique de l'Irlande est du
XII'' siècle ; les plus anciens Mabinogion, les triades galloises,
ont dû être rédigées, à les prendre en bloc, dans le courant du
xn*" siècle et ne nous ont été conservées que dans des manus-
crits postérieurs. Le christianisme a bouleversé dans les deux
pays la religion et les traditions payennes. De plus, chez les
Bretons surtout, les guerres pour l'indépendance ont forcé-
ment mis au premier plan les héros nationaux, au détriment
des héros ou demi-dieux payens. Les plus favorisés parmi ces
derniers se sont confondus avec les autres ou apparaissent sous
des traits qui ne leur appartenaient sans doute pas. Il est la
plupart du temps excessivement difficile, pour ne pas dire im-
possible, de fiire l'analyse des composés hybrides, mythico-
historiques, que nous présentent les traditions irlandaises et
galloises. On peut rarement avec certitude les rattacher à un
personnage du monde vieux-celtique. M. Rhys a eu cette
bonne fortune pour le héros irlandais Nuada, chez les Gal-
lois Nudd'. La forme vieille celtique de ce nom est Nôdens ;
I . .M. Rhys corrige, avec raison, LUuhi Uaivereint en Kudd Lhmrreint
ou Nudd à la main d'argent. Llav.rreint est identique pour le sens et la va-
486 Bibliographie.
or, c'est justement le nom d'un dieu auquel était consacré, à
l'époque romaine, un temple dont on a retrouvé les débris à
Lydney en Gloucestershire. Mais, en dehors de cette identi-
fication, que savons-nous ? Les traditions galloises ne nous ap-
prennent à peu près rien sur Nudd, sinon qu'il a été empri-
sonné, ce qui est expliqué par les traditions irlandaises. Nous
ne pouvons même pas savoir par ces traditions quelles étaient
au juste ses attributions. En général, lors même que nous
arrivons à identifier deux héros ou demi-dieux gaéliques et
bretons, notre science s'arrête là. L'histoire ou les traditions
qui les concernent sont la plupart du temps fort divergentes;
ici encore, le temps et le christianisme ont £iit leur œuvre.
M. Rhys a eu bien rarement affaire à des dieux aussi aisés à
saisir que Nodens, si rarement qu'il en est arrivé à se contenter
des plus faibles indices pour conclure à des identifications de
dieux gaulois et de personnages de la légende néo-celtique. On
voit apparaître dans les Mabinogion et les Triades un person-
nage du nom de Mabon, dont le trait le plus caractéristique
est qu'il a été enlevé d'auprès de sa mère la troisième nuit de
sa naissance. M. Rhys veut que ce soit un Apollon celtique.
Mabon suppose en effet en vieux celtique Maponos, une des épi-
thètes de l'Apollon gallo-romain ; on avouera que ce n'est pas
suffisant, si on songe surtout que Mabon signifie enfimt. C'est
justement cette dernière particularité qui a décidé M. Rhys.
En Dacie, en Transylvanie, dit-il, on adorait Apollon enfant
(Deus bonus Puer Posphorus Apollo Pythius). Or, dans un
poème de Taliessin, l'enfant Jésus est qualifié de Mabon. Il
semble donc que les Celtes aient adoré un dieu enfant sous le
nom de Maponos. Je ferai remarquer que dans ce poème de
Taliessin dont le manuscrit est du xiii'' siècle, au plus tôt, le
mot Mabon me semble avoir le sens de l'Enfant, tout simple-
ment. Quelques vers plus haut, en effet, Jésus est qualifié de
rex mcibon Çnieibon pluriel de niap, enfant) (Skene, Four anc.
books of Wales, II, 174, 175).
leur des termes à Argeilim, épithète de Nuada. J'ai proposé la même cor-
rection et la mtJme idemificalion dans le tome I, page 265, note 2, de ma
traduction des Mabinogion. Je n'ai eu le livre de M. Rhys entre les mains
qu'après l'entière impression de mes deux volumes.
Bibliographie. 487
Le héros principal du Mahinogi de Branwen, Bran, ordonne
à ses compagnons de lui couper la tête et d'enterrer cette tête
à Londres, la face tournée vers la France. Le Mahinogi ajoute
qu'aucun fléau ne pouvait envahir Tile, tant que la tète res-
terait cachée en cet endroit. M. Rhys identifie Bran avec le
dieu gaulois Cernunnos, parce que sur certains monuments
de la Gaule, c'est la tête qui fliit à peu près tout le dieu et qui
absorbe le reste !
Ce qui déroute le plus le lecteur et est de nature à lui ins-
pirer le plus de méfiance, c'est qu'il n'est pas le moins du
monde fixé sur la valeur des sources employées par l'auteur.
M. Rhys puise un peu partout, à pleines mains, dans les tra-
ditions galloises de toute époque. Si les Mabinogion et les
triades ne suffisent pas, il se rabat sur les lolo manuscripts, recueil
très mêlé, formé de morceaux sans aucun lien les uns avec les
autres, de valeur et d'époque diverses. On aurait voulu aussi
savoir ce que pensait M. Rhys des poètes gallois auxquels il
fait des emprunts^. Pour les Mabinogion même et les triades,
un travail critique était indispensable. Outre les graves événe-
ments historiques qui ont si profondément troublé les traditions
celtiques, les Bretons insulaires ont eu le malheur d'avoir pro-
duit Gaufrei de Monmouth, un àcs plus insignes fiussaires et
un des plus audacieux arrangeurs qui aient jamais paru. Dans
quelle mesure Gaufrei et ses imitateurs ont-ils altéré la tradi-
tion, influé sur les Mabinogion et les Triades ? M. Rhys ne
paraît pas s'en être suffisamment préoccupé. Aussi s'est-il
exposé à plus d'un mécompt.. Je me contenterai d'en citer un
exemple caractéristique. M. Rhys identifie Elen Luyddawcavec
l'irlandaise Caer dans laquelle il voit une déesse de la lumière.
Cette Caer était accompagnée d'une troup\. de cygnes portant
au cou une chaîne d'argent. Elen, d'après les Triades, aurait
I . Je n'ignore pas qu'on ne peut exiger la même méthode en mythologie
comparée qu'en iiistoire. Un conte populaire moderne peut nous éclairer
davantage sur un mythe ancien que tel texte de l'antiquité grecque, Une
comparaison bien faite vaut une démonstration Mais quand il s'agit d'une
littérature écrite susceptible de renfermer tant d'éléments divers que la lit-
térature galloise du xii« siècle et des siècles suivants, on a le droit de de-
mander compte à l'écrivain de la provenance et de la valeur de ses sources.
488 Bibliographie.
conduit hors de Bretagne une des trois arîanllu ou armée d'ar-
gent. Cette troupe, d'après M. Rhys, a dû être mythique
comme celle de Caer. Lorsqu'on n'a plus compris le sens
d'an'anllu, on en a fait une troupe d'hommes armés. Pour
conduire une armée, il fallait un chef. On a évincé Emrys ou
Emr}^s-Myrddin, le dieu-soleil (M. Rhys, suivant en cela Gau-
frey, voit dans l'Ambrosius de Nennius, Merlin), par amour-
propre national, au profit de Maxen (forme peu correcte pour
Maximus), vainqueur de l'empereur Gratien. Maxen a pris la
place d'Emrys, dans le Mahinogi du songe de Maxen, auprès
d'Elen Luyddawc, ce qui explique, toujours d'après l'auteur,
pourquoi les généalogies du manuscrit Harl. 3859 font de Maxi-
mus un descendant de Constantin le Grand, Emrys étant gé-
néralement représenté comme un fils de Constantin. Tout
d'abord, il ne me paraît pas le moins du monde prouvé que
Yarianllu soit mythique. Il est fort possible en effet qu arian
signifie brillant comme dans beaucoup d'autres noms, par
eyiem^ple u4rgentocoxos, Argentoratum, etc. Lluyddaïuc r\■l^^2Ls\e.
sens que lui attribue M. Rhys en ce qui concerne Hélène :
c'est la traduction galloise d'iniperatrix dans le sens de chef
d'armée. Les généalogies du Harl. 3859 ne permettent pas
d'en douter : Constantini magni map Constantii et Helen Luit-
dauc que de Britannia exivit ad crucem Christi querendam et
inde attulit secum usque Constantinopolis (sic) et est ibi usque
in hodiernam diem. Hélène a dû fortement agir sur les ima-
ginations bretonnes. Elle était originaire de Bretagne; d'après
Bède (H. Eccl., I, 8) Constance aurait eu son fils Constantin
ex concubina Helena, dans l'île. Le nom de luyddaivc, mal com-
pris, aura conduit à la supposer chef d'armée, d'autant plus fa-
cilement que son expédition à la recherche de la vraie croix
' était fort connue. Qu'il soit venu s'y mêler des éléments hété-
rogènes, cela n'est pas douteux ; c'est l'histoire de tous les
héros les plus en chair et en os. La légende d'Hélène, telle que
nous la trouvons dans les Mab. et les Triades, a dû d'ailleurs
se former assez tard. On voit que les généalogies ne la con-
naissent pas ; or elles ont été écrites vers la fin du x'' siècle,
comme l'a établi M. Egerton Phillimore(}^ Cyninirodor, IX, i).
C'est Gaufrei de Monmouth qui le premier l'a faite épouse de
Bibliographie. 489
Maxen (chez lui Maximianus). Quant à l'expédition de xMaxime
en Gaule et ses effets, il en est fait mention dans Gildas (De
excid., X). L'établissement des Bretons, partis à sa suite, en
Armorique, appartient à Nennius. Tous les autres traits de
l'histoire du Maxen des Triades sont empruntés à Gaufrei. La
prétendue tradition qui fait descendre Emrys ou Ambrosius de
Constantin est encore de lui -. C'est lui qui a fait d' Ambrosius
et d'Uter des frères de Constans et des fils de Constantin,
frère, selon lui, d'Aldroen, roi d'Armorique. Dira-t-on que
Gaufrei a suivi les Triades ? Le contraire ici est certain. L'idée
de la fable de Constans et Constantin lui a été inspirée par un
fait historique. En 407, un Constantin se fait empereur en
Bretagne (Chronique de Prosper d'Aquit.). Il est tué à Arles
(Bède, Hist. Ecc, L 11). Suivant Orose (VII, 40) ce Cons-
tantin aurait fait général son fils Constans de moine qu'il était.
Constans aurait été également, d'après Jornandes {De Cet. or.,
c. 32) de moine fait César et tué à Vienne. Or, le Constans
de Gaufrei aurait été lui aussi fait moine par son père Cons-
tantin avant d'être mis sur le trône. Les Triades se sont
bornées à transformer Constans en Knstennin vychan ou Cons-
tantin le Petit. Elles le font tuer par Vortigern-.
La principale raison au fond qui a déterminé M. Rhys à
remplacer, auprès d'Elen, Maxen, par Emrys, c'est qu'il voit dans
Elen une déesse de l'aube, et dans Emrvs-Myrddin un dieu-
soleil. Emrys-Myrddin-Maxen étant un Zeus breton, il n'a
pas hésité du même coup à faire de Vortigern un Kronos. Nous
touchons ici au vice fondamental du système de l'auteur.
M. Rhys considère les Mabinogion, les Triades et les poésies
plus ou moins légendaires, au fond, comme des sources à peu
près pures de la mythologie celtique. Ce qui les a troublées,
c'est Yevhcmêrismc : on a transposé les mythes en histoire. Il
suffit de retransposer l'histoire en mythes pour voir reparaître
dans tout leur éclat les dieux et demi-dieux des Celtes, et
s'évanouir les incohérences et les obscurités de la littérature
1 . On la clicrchcrait en vain dans Nennius.
2. Sur Maxen, Hmrys, Vortigern, Elen, v. ma traduction des Mabino-
gion. Plusieurs des traits du Maxen gallois n'appartiennent pas au Maximus
de l'histoire.
490 Bibliographie.
légendaire des Bretons et des Gaels. L'Elen de Gaufrei enlevée
sur le mont Saint-Michel par un géant espagnol, c'est la lu-
mière passant au crépuscule et se perdant finalement dans les
ténèbres de la nuit (p. i6i). Llew Llawgyftes est un dieu-
soleil. Sa croissance rapide rappelle celle d'Apollon. Llew sur
le bord de la cuve où il va prendre son bain peut être com-
paré au soleil entrant dans la mer. En allant à la recherche de
Llew pour le ramener à la vie, c'est le soleil que Gwydion va
ranimer pour éclairer le monde. La femme de Llew, Blodeu-
wedd, trompant son mari pour Goronwy, c'est l'aube, transi-
tion entre la nuit et le jour, partageant également son amour
entre le dieu-soleil et les princes des ténèbres (pp. 384 et
suiv.) ^
Kulhwch et Gwri sont aussi des dieux solaires. Les vingt-
quatre fils de la tante de Kulhwch tués par Yspaddaden repré-
sentent les vingt-quatre heures du jour, personnifiées égale-
ment dans les vingt-quatre dames délivrées par Owen de la
captivité du Noir Oppresseur (p. 494).
Gwri menant les chevaux à l'abreuvoir rappelle à M. Rhys
la peinture si connue que tait Shakespeare de Phœbus abreu-
vant ses coursiers (p. 501 et suiv.).
Le triomphe de Conall Cernach, vengeur de Cuchulain,
meurtrier d'Ailill, de Mesgegra, découpant le cochon de Mes-
roida et principal convive du célèbre repas, est la victoire du
dieu-soleil ; le porc représente les ténèbres.
La semaine chez les Gallois porte le nom de luythnos, huit
nuits; en prenant pour base le jour de vingt-quatre heures, cela
ferait sept jours et demi. M. Rhys retrouve cette semaine de
sept jours et demi personnifiée dans une triade : une des trois
charges de cheval est celle que porte Du Moro, le cheval
d'Elidyr Mwynvawr : il porte du nord jusqu'à Penllech en An-
glesey sept personnes et demie : le cuisinier Albeinwyn est le
demi-homme: il nage avec les mains sur la croupe du cheval.
I. Pour M. Rhys, la forme primitive du nom de Llew est Lieu, ce qu
lui permet d'identifier ce nom avec celui de Lug. Ses raisons ne me parais-
sent pas convaincantes. En tout cas, Llew ou Lieu a peu de rapports avec
Bibliographie. 491
Le cuisinier pour M. Rhys représente la nuit qui commence la
semaine (p. 370-372). La semaine chrétienne prise comme
période de huit nuits est personnifiée par les huit officiers de
la cour d'Arthur, en comptant le portier Glewhvyd Gavaelvawr.
Comme Glewlwyd et les siens dans deux autres passages ne
font que cinq, cela représente la demi-semaine (p. 372, note).
Les neuf portiers aux neuf portes d'Yspaddaden ; les neuf
sorcières de Gloucester personnifient l'ancienne semaine
(p. 372-373), etc. Je pourrais multiplier les exemples à l'in-
fini. Je me hâte d'ajouter que ces identifications et personni-
fications sont souvent présentées avec beaucoup d'art et parfois
d'une façon fort spécieuse. L'ouvrage entier a une sorte de
couleur poétique fort attrayante : je crois que Wagner, s'il
eût vécu, eût emprunté plus d'un sujet d'opéra à M. Rhys;
que dis-je ? il aurait pu mettre la moitié du livre en musique.
Je ne veux pas insinuer par là que la science n'y trouvera pas
beaucoup à prendre. Le linguiste rencontrera à chaque page
des sujets d'étude et de précieuses indications. Au point de
vue de la mythologie comparée, en dépit de la solarisation à
outrance, une foule de comparaisons instructives et ingé-
nieuses s'imposeront à tous les amis de ce genre d'études. Je
signalerai, entre autres chapitres, celui qui est consacré à
Gwydion. Les rapprochements que M. Rhys fait de ce per-
sonnage avec Woden et Lidra sont non seulement hardis et
séduisants, mais encore plausibles. Les difierences seraient peut-
être aussi nombreuses que les ressemblances, mais ces der-
nières sont de telle nature et amenées avec tant d'habileté
qu'on ne voit qu'elles et qu'on abonde malgré soi dans le
sens de l'auteur.
J. LOTH.
CHRONIQUE
SOMMAIRE: I. Mort de M. Fustel de Coulanges. — II. Mort de M. French. — III. Achève-
ment de l'édition du manuscrit irlandais de TAmbrosienne. par M. Ascoli ; continuation du
glossaire irlandais du même auteur. — Achèvement de la traduction du livre de M. Bugge :
Etudes sur l'origine des langues Scandinaves. — V. Quelle est l'origine de la liturgie gallicane ?
Réponse à cette question par M. l'abbé Duchesne. — VI. Grammaire des langues romanes par
M. W. Meyer. — VII. Trésor du vieux-cellique, par M. Alfred Holder. — VIII. Cours d'épi-
graphie latine de M. R. Cagnat. — IX. Dicton gaélique publié et commenté par M. Donald
Masson dans V Archaeological Rcview. — X. L'irlandais moderne est-il un patois? — XI. Critiques,
par le Rév. Mac-Canhy et par M. Whitley Stokes, de l'édition de la Vie Tripartite donnée par
M. Whitley Stokes. — XII. Critique par M. ^Vhitlev Stokes de l'édition des Annales d'Ulster
faite par Hennessy. — XIII. Calendar of ancienl Records of Dublin, par M.J.-T. Gilbert. —
XIV. Demande de création d'une chaire d'irlandais à l'Université de Washington. — XV. Le-
çon publique faite à Dublin par le P. E. Hogan, professeur de langue irlandaise. — XVI. Les
noms des dieux lusitaniens, par M. F.-A. Coelho. — XVII. Le congrès international des tra-
ditions populaires. — XIX. The Highland Monthly. — XX. Le crannog de Lisnacroghera. —
XX. Mémoire de M. J. Loth sur la fable de l'origine troyenne des Bretons. — XXI. Une ins-
cription ogamique inédite du pavs de Galles. — XXII. La société pour la conservation de la
langue irlandaise. — XXIII. Réponse de M. de Kay. — XXIV. La naiss.ince de saint Bren-
dan, éditée par M. GaidoH. Textes irlandais publiés dans \3 Mélusine. — XXV. Chrestomathie
bretonne de M. J. Loth. — XXVI. Inscriptions antiques de la Côte-d'Or, par M. Paul Lejav.
I.
Le 12 septembre dernier, est mort à l'âge de cinquante-neuf ans M. Fustel
de Coulanges. membre de l'Institut (Académie des sciences morales et po-
litiques), professeur d'histoire du moyen âge à la Faculté des Lettres de
Paris, ancien directeur de l'Ecole normale supérieure. C'est un des écrivains
qui, dans notre siècle, ont traité avec le plus de talent les questions d'éru-
dition historique. Son premier ouvrage — qui semble encore son chef-
d'œuvre — est La Cité antique, étude sur Je culte, h droit, les institutions de
la Grèce et de Rome; nous avons entre les mains la septième édition de ce
livre, elle est datée de 1878. Malgré son titre qui nous apprend que l'auteur
avait pour but l'histoire des Grecs et des Romains seulement, cet ouvrage
jette une vive lumière sur les institutions de tous les peuples indo-européens.
Il n'y est question de la Gaule que fort rarement. Quand Fustel de Cou-
langes a écrit ce livre, il n'avait pas encore fait de la plus ancienne histoire
de la France l'objet de ses savantes recherches, et cependant le flambeau qu'il
avait allumé éclairait des points obscurs jusque dans le domaine inconnu
pour lui de l'érudition celtique.
On me permettra de rappeler un souvenir personnel. J'a%-ais lu plusieurs
fois, sans eu comprendre le sens juridique, un passage de la vie de saint
Columba, publiée par M. Whitley Stokes : le célèbre abbé irlandais, voulant
faire prendre racine par sa famille monastique dans Tile d'Ecosse que les
Chronique. 49 j
éditeurs appellent lona, enterre Odran un de ses moines sous les fonda-
tions de l'église qu'il bâtit. Sur la demande de Columba, Odran s'offre
lui-même, son corps est placé sous terre, son âme a le ciel pour récompense 1 .
L'idée qui aurait inspiré cet acte extraordinaire est étrangère au christia-
nisme et antérieure à lui. Après avoir cherché longtemps cette idée sans
être parvenu à la saisir, je l'ai trouvée exposée à la page 68 de l'édition citée
plus haut du livre de Fustel de Coulanges :
« Les morts sont des dieux qui appartiennent en propre à une famille et
qu'elle a seule le droit d'invoquer. Ces morts ont pris possession du sol ; ils
vivent sous ce petit tertre, et nul, s'il n'est de la famille, ne peut penser à
se mêler à eux. Personne d'ailleurs n'a le droit de les déposséder du sol
qu'ils occupent; un tombeau, chez les Anciens, ne peut jamais être détruit
ni déplacé; les lois les plus sévères le défendent. Voilà donc une part de sol
qui, au nom de la religion, devient un objet de propriété perpétuelle pour
chaque famille. La famille s'est appropriée cette terre en y plaçant ses morts ;
elle s'est implantée là pour toujours. »
Il était impossible de mieux commenter le texte irlandais que Fustel de
Coulanges n'avait pas connu. Son livre est rempli de vues merveilleuses
comme celle-là, et cependant cet homme d'un si grand talent, on pourrait
presque dire de génie, avait le défaut grave de ne jamais voir qu'un côté des
sujets dont il croyait traiter l'ensemble; absorbé par l'étude des conséquences
qu'a eues dans l'antiquité le culte des morts et des dieux spéciaux soit aux fa-
milles, soit aux cités, il a oublié tout le reste. Il a cru que le culte de Zeus
était une nouveauté et il a complètement négligé le côté militaire, cependant
le plus important de ceux qu'offre à l'étude la famille antique : il n'a pas
vu que le rôle guerrier du père, du mari et du frère est le principe de leur
monopole sacerdotal, qu'il est la vraie cause de leur autorité absolue sur
l'enfant, sur la femme et sur la sœur.
Depuis quelques années l'objet des études de Fustel de Coulanges était la
plus ancienne histoire de la France ; il a publié : 1° Histoire des institutions
politiques de l'ancienne France, impartie, l'Empire romain, les Germains, la
Royauté mérovingienne, deuxième édition, 1877. — 2° Recherches sur quel-
ques problèmes d'histoire (1° le colonat romain, !•> du régime des terres en
Germanie, 5" de la marche germanique, 4° l'organisation judiciaire dans le
royaume des Francs). 1885. — 3 ■ liiitoire des institutions politiques de l'ancienne
France. La monarchie franque. 1888. — t\° Histoire des institutions politiques
de l'ancienne France. L'alleu et le domaine rural pendant l'époque mérovin-
gienne. 1889.
Dans ces quatre volumes, un certain nombre de questions celtiques sont
traitées : ainsi le premier contient un livre intitulé : La conquête romaine,
qui est tout entier consacré à une étude sur l'état de la Gaule avant sa con-
quête par César, et sur l'effet que cette conquête produisit. Dans le second
volume, il y a un chapitre intitulé La villa gallo-romaine, et un des para-
I. Three Middle-Irisb Homilies, Calcutta, 1877, p. 118.
494 Chronique.
graphes traite spécialement du domaine rural en Gaule. L'auteur ne connaît
pas tous les documents relatifs à son sujet: ainsi, à la page 68 du premier
des volumes que nous venons de citer, il avance qu'il n'y avait pas de sta-
tues dans la Gaule barbare avant la conquête, oubliant ainsi le passage où
César parle des nombreuses statues, plurima simulacra, du dieu gaulois assi-
milé à Mercure ' .
A la même page nous lisons l'assertion suivante : « les Gaulois. . . s'em-
(I pressèrent d'apprendre le latin et se plurent à le parler. Cela s'e.\plique si
« l'on. songe que la langue gauloise manquait de tous les termes que les arts
« et la civilisation rendaient nécessaires, qu'elle ne savait exprimer aucune
• des idées nouvelles et ne se prêtait pas aux goûts des générations pré-
« sentes. » Quand on a ces lignes sous les yeux, on peut se demander
sur quelle base s'appuie la conviction qu'avait l'auteur des lacunes du voca-
bulaire gaulois; il aurait eu entre les mains un dictionnaire gaulois composé
par un des interprètes que César a employés pendant la guerre des Gaules,
il ne serait pas plus affirmatif.
Dans les dernières années de sa vie,, Fustel de Coulanges, atteint d'une
maladie dont il prévoyait l'implacable et prochain dénouement, s'est hâté
de publier sous forme de volumes le résultat de ses recherches sur les pre-
miers siècles de la monarchie française ; l'idée maîtresse qui a dirigé sa
plume est que la plupart des historiens se sont exagéré beaucoup l'impor-
tance historique du fait qu'on est convenu d'appeler invasion des barbares
en général et conquête franque chez nous en particulier; en réalité, suivant
lui, l'empire romain a continué sous les rois mérovingiens, et en imitant
un mot célèbre, on pourrait dire qu'alors rien n'était changé en Gaule,
il V avait seulement quelques gallo-romains de plus. Ce n'est pas ici le lieu
de discuter quelle part de vérité contient cette doctrine absolue.
Cependant il nous est impossible de ne pas exprimer ici le regret que nous
éprouvons en lisant dans un livre publié en 1888, par un savant français qui
jouit d'une si légitime autorite, l'étrange théorie qui met les chartes fausses
au niveau des chartes authentiques : « les démêlés des hommes sur les ques-
(( tious litigieuses nous sont aussi bien révélés par les chartes fausses que
» par les chartes authentiques. Pour citer un exemple, nous possédons une
(1 série de diplômes du monastère de Saint-Calais et de l'église du Mans ;
« si altérés et si faux que puissent être plusieurs d'entre eux, ils pourraient
« être d'une singulière instruction à celui qui, les rapprochant d'autres do-
« cuments, voudrait étudier les rapports des évêques et des abbés dans
(f l'époque mérovingienne 2. » Les diplômes faux de Saint-Calais ont été
fabriqués au ix" siècle, c'est donc à l'histoire carlovingienne qu'ils appar-
tiennent et non à celle des Mérovingiens. Il y a par exemple parmi ces actes
un diplôme attribué à Childebert I'"'' et qui daterait du 20 janvier 515 ; il a
été composé par un faussaire vers l'année 850; on y trouve la pensée de
I . De bdlo gallico, 1. VI, c. 17. § i.
2. La Monarchie franque, 1888, p. 23.
Chroniijue. 49 s
ce faussaire contemporain de Charles le Chauve; on s'abuse quand on croit
V trouver un témoignage mérovingien antérieur de trois siècles '.
II.
L'Irish Times du 13 août dernier nous a appris la mort de M. French,
bibliothécaire adjoint au Collège de la Trinité de Dubhn. M. French con-
naissait à fond les importants manuscrits dont il avait la garde et les com-
muniquait aux savants étrangers avec la plus charmante cordialité. Cet ai-
mable subalterne sera vivement regretté par la plupart des visiteurs qui
n'ont jamais vu ses chefs.
III.
Depuis la publication de notre dernière livraison, nous avons eu le plaisir
de voir s'achever deux publications qui. pour les celtistes, présentent un
grand intérêt. Le premier est l'édition par AI. Ascoli du manuscrit irlandais
de la bibliothèque Ambrosienne de Milan, texte latin et gloses. Ce ma-
nuscrit forme la matière du volume V de VArchivio glottologico italiano, qui
a commencé à paraître en 1878 2. Il a donc fallu onze ans à M. Ascoli pour
mener à bonne fin la grande et difficile tâche qu'il avait entreprise. Nous ne
pouvons nous plaindre de cette prudente lenteur aujourd'hui que l'ousTage
est terminé.
A la suite du texte et des gloses, M. Ascoli a placé un essai de restitutions
et de corrections. Cet essai est précédé d'une préface que l'auteur termine
par l'expression de sa reconnaissance envers MM. Constantin Nigra et
Whitley Stokes. Le premier l'a soutenu par ses encouragements après avoir
généreusement abandonné à l'éininent linguiste une publication qu'il avait
précédemment projetée pour lui-même. Le second, étant venu au mois de
juin 1887 coUationner le manuscrit, a autorisé l'insertion de ses restitutions
et de ses corrections au milieu de celles de M. Ascoli. Celui-ci termine en
adressant hardiment un salut à Henri Zimmer. Il compte sur la main ro-
buste du savant professeur de Greifswald pour enrichir de compléments
précieux le glossaire qui accompagne l'édition du manuscrit de l'Ambro-
sienne.
On sait en effet et nous avons annoncé que M. Ascoli joint au texte du
manuscrit de l'Ambrosienne un glossarium palaeo-hibernicum qui, lorsqu'il
sera terminé, formera — avec une édition déjà publiée des gloses du Pris-
cien de saint Gall — le tome VI de VArchivio gloltologico. Aux trois der-
nières livraisons du tome 'V, qui comprend la fin du manuscrit de l'Ambro-
sienne, a été réuni le commencement de la seconde partie du tome VI,
c'est-à-dire les premières lettres du glossaire. A l'heure qu'il est, cinq lettres
1 . Julien Havet, Questions mérovitigiennes, IV, Les Charles de Saint-Calais,
1887, p. 22-34.
2. Arcbivio ghtlologico italiano, diretto da G.-I. Ascoli, volume quinte,
Roraa, 'lorino, Firenze, Ermanno Loescher, 1889, in-8, 663 pages.
496 Chronique.
ont paru. Ce sont les voyelles : a e i 0 u. Restent les consonnes. En
effet, M. Ascoli n'a pas suivi l'ordre de l'alphabet latin. Il ne l'a pas rem-
placé par l'ordre de l'alphabet irlandais; l'ordre qu'il a adopté est celui
de la Grammalica celtica, avec de nombreuses modifications toutefois quand
il s'agit des consonnes. Je ne comprends pas pourquoi il n'a pas aussi mo-
difié l'ordre des voyelles ; l'ordre irlandais a 0 n e i, séparant les voyelles
larges des voyelles minces, est beaucoup plus logique que l'ordre de Zeuss
a i i 0 u, où ces deux séries sont confondues.
M. Ascoli place les dérivés et les composés à la suite de la racine ou du mot
qui en tient lieu ; il en résulte que son travail lu de suite est fort intéressant,
mais les recherches n'y seront possibles que lorsqu'une fois, l'œuvre étant
achevée, l'index verborum aura paru. On ne peut pas deviner que l'article
cuniang « potentia » se trouve avec techlaim « possideo » parmi les composés
de la racine ic.
IV.
Quelques jours avant la dernière livraison de l'ouvrage de M. Ascoli-'
nous recevions la fin de la traduction allemande du remarquable ouvrage
que M. Sophus Bugge a intitulé : Etudes sur l'origine des légendes Scandinaves
relatives aux dieux et aux héros ' .
Il est fort intéressant de chercher quelle parenté peut exister entre la my-
thologie Scandinave et la littérature épique de l'Irlande. Ceux qui, à l'avenir,
essaieront cette étude, devront tenir grand compte du travail critique
où le savant professeur de Christiania examine quelles sont les sources de
la mythologie Scandinave. Tandis que certains savants ont dressé la liste
des mots que l'irlandais a empruntés au Scandinave, M. Bugge trouve dans
les textes Scandinaves des mots empruntés aux langues néo-celtiques. Ainsi
les mots vieil-irlandais crois « gourmandise » et li7id « eau, lac », auraient
pénétré dans des textes Scandinaves 2.
V.
Nous avons déjà rapidement annoncé, p. 378, le livre de M. l'abbé Du-
chesne : Origines du culte chrétien. Etude sur la liturgie latine au temps de Char-
lemagnei. Le temps nous a manqué alors pour signaler une des thèses nou-
velles contenues dans ce savant ouvrage. Dans l'opinion de l'érudit auteur,
la liturgie gaUicane a pour point de départ Milan et non Ephèse (p. 84),
comme on l'a souvent soutenu jusqu'ici. Le rôle de la liturgie milanaise et
sa diffusion s'expliquent par l'importance de Milan dans l'empire romain à
la fin du ive siècle et dans les premières années du v«. Milan était alors en
fait la capitale de l'empire d'Occident (p. 35J. Les caractères orientaux
1 . Studien iiber die Entstehung der nordischen Gôtter- und Heldensagen von
Sophus Bugge. Mùnchen, Christian Kaiser, 1881-1889, in-8, 590 pages.
2. Page 7.
3. Paris, Thorin, un volume in-8 de 504 pages.
Chronique. 497
de la liturgie gallicane seraient dus à l'évèque de Milan Auxenlius qui était
d'origine cappadocienne. Il occupa son siège pendant vingt ans, 55)-574, et
donna à Milan une liturgie qui fut conservée par saint Ambroise, son illustre
successeur; et ce fut à l'église de Milan que, suivant M. l'abbé Duchesne,
les évêques de Gaule, fréquentant la cour impériale à la fin du iv^ siècle et
au commencement du ve, empruntèrent les usages liturgiques établis dans
leurs diocèses pendant la période suivante.
VI.
M. W. Meyer, professeur à l'Université d'Iéna, a mis au jour la première
livraison d'une grammaire des langues romanes en allemand dont la tra-
duction française par M. Rabieta paru à peu près en même temps que l'ori-
ginal allemand. Cette première livraison traite des voyelles '. Une seconde
livraison relative aux consonnes terminera le tome premier. En attendant
que nous puissions donner de ce livre un compte rendu détaillé, nous signa-
erons à l'attention des celtisants le § 20 consacré aux éléments celtiques
dans les langues romanes. L'auteur y accepte, d'accord avec M. Ascoli (Ar-
chivio glotlologico, t. X, p. 270-273) une influence celtique dans la formation
du mot français orteil, et il trouve incertain que cette même influence puisse
être reconnue dans le mot français o- /an r. « Il est toutefois très douteux ».
dit-il, « que le provençal o^/i/zî't;, à côté de gla:^i, soit une contamination du
latin gladius due au celtique gladevo- » (p. 44-45). Dans la notation gla-
devo-, il y a deux fautes : la lettre initiale est un c et la consonne de la der-
nière syllabe un h, il faut écrire cladcbo-, en irlandais claideh, en gallois
ckddyf.
VII.
De ces publications déjà faites, nous ne séparerons pas le grand travail
annoncé par M. Alfred Holder^ et dont voici le prospectus :
« Il y a dans la littérature consacrée à l'histoire du langage une lacune de-
puis longtemps sentie ; c'est que nulle part on ne peut trouver réunies,
après le choix que la critique exige, les sources d'où découle notre connais-
sance du vieux celtique; et dans le vieux celtique nous comprenons, outre
le gaulois, les divers éléments du langage qui sont les fondements communs
des langues gaélique et cymrique.
Après seize ans de travail, M. Holder se croit aujourd'hui en position de
répondre à ce besoin généralement reconnu ; il peut mettre entre les mains
des érudits un recueil alphabétique de tous les débris de la langue celtique
ancienne.
Les sources dont il a fait usage sont, d'une part, les monnaies et les ins-
criptions des Celtes écrites quelques-unes dans la langue nationale ou en
1. Cette livraison, publiée à Paris chez H. Welter forme un volume in-8
de 256 pages.
2. .1//-Ct;///Vfef;- S/^rat-fec/w/;;, Teubner, Leipzig.
Revue Celtique, X. 33
498 Chronique.
grec, le plus grand nombre en latin , d'autre part, les renseignements donnés
par les écrits des auteurs grecs et latins, par les itinéraires et par les glos-
saires : tous ces documents fournissent une grande quantité de noms de
lieux, de peuples et de personnes et aussi d'autres mots de la vieille langue
celtique. L'auteur s'est toujours servi des meilleures éditions ; à défaut
d'éditions, il a pu, grâce à des voyages répétés chaque année, étudier, dans
les musées et dans les bibliothèques, les inscriptions et les manuscrits inté-
ressants au point de vue de la langue celtique; il a aussi utilisé les commu-
.nications amicales de savants bienveillants, notamment celles des collabo-
rateurs du Corpus inscriptiontim latinaniDi pour les parties de ce grand
ouvrage qui sont encore inédites.
Un recueil, comme celui dont nous proposons la publication, ne sera
utile aux savants qu'à la condition d'épuiser tous les textes d"une période
rigoureusement déterminée. L'auteur a, par un travail consciencieux,
cherché à être complet pour une période qui, commençant aux temps les
plus anciens, finit avec la dynastie mérovingienne. Les documents cités
sont rangés à la fois par ordre chronologique et par ordre topographique,
c'est-à-dire que, lorsqu'il s'agit d'inscriptions ou de monnaies, on les cite
dans l'ordre des localités où ces monuments ont été découverts : on donne
ainsi pour chaque nom propre ou autre mot une histoire qui repose sur des
dates certaines ; d'autre part, au point de vue des études locales, il sera utile
de connaître où chaque trouvaille a eu Heu. Notre publication rendra. des
services de toute sorte à ceux qui étudient l'antiquité sous un aspect spécial,
qu'il s'agisse d'ethnographie, d'histoire locale, de géographie, de mytho-
logie, etc. Le plan du Trésor de la langue celtique ancienne permettra aux lin-
guistes de déterminer au moins approximativement la date et le lieu de
chaque phénomène linguistique, tandis que jusqu'ici, dans beaucoup de
livres destinés à l'enseignement, tous les exemples possibles provenant des
pays les plus différents et datant des siècles les plus éloignés les uns des
autres, sont ordinairement réunis pêle-même sans que le lecteur soit suffi-
samment éclairé sur les différences qui tiennent au lieu et au temps.
Pour la plus grande partie de l'Europe, c'est-à-dire le nord de l'Italie, la
Suisse, l'Autriche, la Bavière, le Wurtemberg, le grand-duché de Bade, les
provinces rhénanes, la Belgique, la France, la péninsule ibérique, la
Grande-Bretagne et l'Irlande, notre Trésor est le recueil des-^ monuments
linguistiques de la période celtique qui a précédé la période romaine comme
la période germanique. Les textes cités, se trouvant complétés par d'autres
documents qui autrement seraient négligés ou seraient oubliés, apparaissent
dans leur vraie lumière et, comme tous les noms propres et autres mots
celtiques, qui se rencontrent chez les écrivains de l'antiquité, sont étudiés à
fond, des auteurs qui servent à l'enseignement, comme César, Tite-Live et
Tacite, acquièrent par là un grand et nouvel intérêt.
Le Trésor de la langue celtique ancienne ne contient pas seulement des
noms propres et d'autres mots : pour construire, si l'on peut parler ainsi,
l'édifice de la grammaire celtique, on y trouvera des pierres à bâtir déjà
taillées et prêtes à être mises en oeuvre : des articles spéciaux sont consacrés
Chroniijue. 499
à chaque syllabe de dérivation, à chaque terme de composé, à chaque pré-
fixe, à chaque suffixe ; ces articles, placés là où l'ordre alphabétique l'exige,
épuisent la matière. Les noms sont divisés graphiquement à l'aide de traits
d'union, par ce procédé on renvoie tacitement aux articles grammaticaux.
Deux index terminent l'ouvrage : l'un est grammatical et a pour objet :
1° les langues apparentées au celtique qui lui sont comparées, 2° les dialectes
néo-celtiques qui viennent du celtique ancien; l'autre est une table des
noms de lieux modernes, à chacun desquels est ajouté le nom correspondant
en celtique ancien.
L'ouvrage sera publié en dix-huit livraisons, dont chacune paraîtra tous
les quatre mois et comprendra huit feuilles grand in-8 à deux colonnes; elle
coûtera 7 francs (lire) 50 m 6 marks (shillings).
Aussitôt que la souscription à 200 exemplaires sera assurée, l'impression
commencera. La première livraison contiendra la liste des souscripteurs et
celle des abréviations employées dans l'ouvrage.
La souscription sera close le 31 mars 1890. A dater du i'^'' avril 1890, le
prix de la livraison sera élevé à dix francs (lire)^ 8 marks (shillings) ' ».
Ce prospectus est suivi d'un spécimen auquel je n'adresserai qu'une cri-
tique. Au nom ethnique Xevies, Xemetes, le savant auteur juxtapose le dé-
rivé latin Xemctensis. Il aurait dû, suivant moi, faire précéder ce dérivé
d'un signe indiquant qu'il n'est pas gaulois tout entier. Je suis heureux
d'annoncer la publication de cet ouvrage qui, une foi? terminé, est appelé à
prendre place dans les bibliothèques érudites à côté de la Granimatica celiica ' .
Depuis bien des années, avec la collaboration de MM. E. Ernault et G. Dot-
tin, j'avais commencé la préparation d'un travail analogue. Mais je suis en-
core fort loin d'avoir terminé cette préparation, et la publication de M. Holder
est, à en juger par son spécimen, fort supérieure à ce que je pourrais ac-
tuellement mettre au jour.
M. Alfred Holder est connu dans le domaine de l'érudition celtique par
son édition critique des Commentaires de César, De hdlo Gallico, elle est
intitulée C ]iiln Caesaris beJli galUcilibri Vil ; accessit A. Hirti liber oclavus.
Elle contient, outre un texte, de nombreuses variantes au bas des pages, et
un index alphabétique de tous les mots, c'est-à-dire l'index de l'édition Ad
usum Delphini, mis au courant et un peu plus en ordre. Ce savant ouvrage
a paru à la librairie Mohr, Fribourg et Tubingue, 1882; il est par la faute
de son éditeur beaucoup moins répandu en France qu'il ne le mériterait.
M. Holder a donné la même année chez le même éditeur une histoire ecclé-
siastique de Bèdc, un Jordanes, un Einhard, un Nithard, etc. On connaît
mieux en France les livres qu'il a publiés chez Tcubner, à Leipzig : son
édition critique d'Horace, en collaboration avec M. Kcller, deux volumes
in-8, 1878, et son recueil des principaux textes de la loi salique, six fasci-
cules in-8, 1879- 1880. La plus récente publication de M. Holder qui nous
I . On souscrit chez M. Bouillon, éditeur de la Rn'ue Celtique, 67, rue
Richelieu.
5 00 Chronique
soit parvenue entre les mains est son Festits Avienus, Innsbruck, Wagner,
1887. Nous terminerons cette incomplète énumération en signalant son édi-
tion de la légende de V Invention de la Croix, Leipzig, Teubner, 1890.
VIII.
M. René Gagnât vient de faire paraître la seconde édition, considéra-
blement augmentée, de son cours d'épigraphie latine. Ce livre pourra être
utile aux curieux qui cherchent dans les inscriptions gravées sous l'empire ro-
main les noms propres d'origine gauloise, c'est-à-dire une importante caté-
gorie des monuments de notre plus ancienne histoire. Ils y apprendront
comment les inscriptions latines doivent se lire et s'interpréter. De loin en
loin, ils y trouveront même des inscriptions intéressantes qui n'ont point
encore trouvé place dans le grand recueil commencé par M. Mommsen. A
la page 303 il est question de la marque du potier Catussa; elle « existe dans
« un certain nombre de nos musées de France, à Dieppe, à Caen et ail-
« leurs ». On sait que ce nom gaulois a servi de cognomen; Pompeius Ca-
tussa, originaire de Besançon, civis sequanus, figure dans une inscription de
Lyon ', et "Vibius Catussa, dans une inscription de Seggau, en Styrie*. Un
autre nom intéressant est celui de Toutissa, père du briquetier Merula.
M. Jullian ? a signalé déjà ce nom d'après des exemplaires de sa marque
conservés au musée de Bordeaux. M. Gagnât en a trouvé un autre exem-
plaire au musée de Saintes (p. 301). Toutissa ne diffère que par le genre
du Toutissos, père d'Andecamulos Toutissicnos, connu par l'inscription
gauloise de Nevers.
IX.
Les derniers numéros de The Archaeological Revitiv renferment quelques
articles qui intéressent nos études. Dans le numéro d'août, p. 29, nous re-
marquons une note de M. Donald Masson sur les superstitions des habi-
tants des hautes terres d'Ecosse. M. Donald Masson donne le texte et une
traduction anglaise d'un dicton gaélique qui est encore quelquefois sur les
lèvres des Highlanders. Voici le texte de M. Donald Masson :
Chunnaic-mi seHcheag air lar lom,
Ghunnaic-mi searrach is earball rium,
Chac a chubhac air mo cheann :
Is dh' aithnich-mi rachadh a bhlian' ad lium.
ï J'ai vu un limaçon sur le sol nu; — j'ai vu un poulain, la queue
tournée vers moi; — le coucou a fait caca devant moi : — et j'ai su que l'an-
née serait mauvaise pour moi. »
La traduction anglaise de M. Donald Masson rend exactement le sens
1. Orelli, no 4803; Boissieu, Inscriptions antiques de Lyon, p. 429.
2. Corpus inscript, lut., t. III, n° S392.
3. Jullian, Inscriptions romaines de Bordeaux, t. I, p. 448.
Chronique. 501
pour les deux premiers vers et pour le quatrième; mais quant au troisième
vers, il a pensé qu'en reproduire littéralement le sens, « le coucou a fait
caca devant moi ». paraîtrait inconvenant « unfit » aux oreilles ou aux yeux
de tout homme civilisé. Il a donc traduit par une périphrase « periphras-
tically », dit-il. Dans sa périphrase, il y a deux parties. L'une est la tra-
duction de rhomme civilisé : « J'ai entendu le coucou. » Un grammairien
difticuitueux trouvera peut-être une impropriété d'expression, mais elle évite
toute malpropreté. La seconde partie de la traduction proposée par M. Do-
nald Masson est une glose. « J'ai entendu le coucou », dit-il, « avant dé-
jeuner. » Les mots « avant déjeuner » sont une addition au texte gaélique,
mais l'opinion reçue les justifie. Il y a une façon certaine de triompher du
mauvais présage qui résulte de l'accident produit par la maladresse du cou-
cou. C'est de ne jam.ais quitter l'abri protecteur du toit domestique sans
avoir pris la religieuse et prudente précaution qui est de règle pour tout
vrai Highlander. Cette précaution qu'il oublie rarement consiste à prendre
son verre d'absinthe. Il y a eu tel pieux ministre de l'Evangile pour lequel
cette absinthe, sauvegarde contre le mauvais présage du coucou, était aussi
indispensable que la prière du matin.
Les observations de ce genre font la joie d'un certain nombre deceltistes.
D'autres prennent plus d'intérêt à des rem.arques philologiques et trouve-
raient quelque plaisir à remarquer que dans chunnaic-mi, première per-
sonne du singulier du parfait signifiant « j'ai vu » et formant le début du
proverbe gaélique, chunnaic tient lieu du vieil irlandais conduire, troisième
personne du singulier pour *condarce, comparez le grec oiooov.z de Zizv.o'j.x'.
et le nom d'homme gaulois Condercus, au génitif Conderci, comme on lit
sur un signaculum conservé au musée de Toulouse '.
X.
Depuis le mois d'août dernier, le journal The Academy est rempli de let-
tres, quelques-unes fort longues, toutes écrites sur la question de savoir
quelle est la valeur scientifique de l'irlandais actuellement parlé en Irlande.
La plupart de ces lettres ont pour auteurs des hommes d'une incontestable
compétence. Ce sont M. Rhys, le savant professeur d"0.\ford ; M. Stan-
dish O'Grady, auquel on doit la publication savante de tant de textes irlan-
dais; nos érudits collaborateurs, MM. Kuno Meyer et Alfred Nutt dont le
dernier s'est acquis une si légitime autorité par ses travaux sur la littérature
légendaire du moyen âge et sur la littérature populaire ; enfin M. John
Fleming, directeur du Gaelic Journal de Dublin.
La cause de cette fécondité épistolaire est une boutade de M. Whitlev
Stokes. Celui-ci ^ dans VAcadetiiy du i'' décembre 1888 (page 55 5, colonne ij,
constate que le prétérit sigmatique est employé en ancien et en moyen ir-
landais avec sens de passe; tandis qu'il est considéré comme un présent his-
I. CI. L.,XII. 5690. 31.
502 Chronique.
torique (an historicaï présent) par les gens qui parlent les dialectes corrompus
appelés irlandais moderne. La question grammaticale posée en ces termes,
à savoir quel est le sens du prétérit sigmatique, a laissés froids les membres
de la Gaelic Union. Mais il leur a semblé que M. Whitley Stokes, lançant à
la langue qu'ils parlent l'épithète de corrompue, leur donnait en quelque
sorte à tous un soufflet sur la joue. M. John Fleming, directeur du Gaelic
Journal, a levé le gant qu'on lui jetait ainsi, et de sa plus belle plume et de
sa meilleure encre, il a noirci trois colonnes du journal VAcadeniyi .
Suivant le point de vue auquel on se place, les appréciations varient. Pour
certains, dialectes corrompus zsl synonyme de patois. Pour d'autres, l'épithète
de corrompue ne convient qu'à quelque chose de malpropre ; aux yeux des
membres de la Gaelic Union un « dialecte corrompu » ne peut évidemment
être qu'une collection d'objets dégoûtants. Mais certaines personnes ont des
patois une tout autre opinion, et pour la végétation naturelle qui a donné
aux patois leur vocabulaire et leur grammaire n'ont pas plus de mépris que
pour la végétation naturelle qui fait grandir les chênes et les hêtres des
parcs et des forêts d'Irlande, d'Angleterre et de France ; tant pis pour ceux qui
n'apprécient que les produits artificiels du jardinage, roses ou haricots.
Cependant il y a un fait qu'on ne peut méconnaître. Quelque grand que
soit en général l'intérêt de l'étude des patois, il n'y a aucune raison spéciale
pour nous faire étudier, nous étrangers à l'Irlande, l'irlandais moderne
plutôt que le gaélique d'Ecosse, que le gallois ou que le breton de
France. Ce qui assure à l'irlandais la supériorité sur les autres dialectes
néo-celtiques, ce sont les formes anciennes de sa langue et l'incontestable
originalité de sa vieille littérature. Tant que les membres de la Gaelic
Union se borneront à nous donner des réimpressions d'ouvrages déjà publiés
ou des traductions irlandaises modernes d'ouvrages latins comme Y Imitation
de Jésus-Christ, ils n'ajouteront rien à nos connaissances sur la littérature
de l'Europe au moyen âge, ni sur la langue et les croyances des populations
celtiques avant cette époque.
M. T. O'Flannaoile est d'un avis différent.
« Les traités écrits en ancien et en moyen irlandais qui sont de temps en
« temps publiés en Irlande et en Angleterre sont destinés évidemment aux
« étudiants et aux antiquaires, et il est déraisonnable de compter que la
« masse du public les recherchera ou les lira. Q.ue les éditeurs nous don-
« nent quelque chose des temps modernes et qui présente quelque intérêt
« pour l'humanité. . . et alors je suis sûr qu'on aura à conter quelque chose
« de nouveau: on parlera de livres irlandais qui se seront vendus 2 ».
C'est le succès commercial que paraît surtout estimer M. O'Flannaoile.
II V a des livres français qui se vendent, par exemple ceux de M. Zola;
conclurons-nous donc que les membres de la Gaelic Union devraient écrire
en irlandais du Zola? Il est probable que même la traduction irlandaise de
1. Academx du 24 août 1889, p. 120.
2, Academy du 12 octobre 1889, p. 239, col. 2.
Chronique. ^oj
V Imitation de Jésus-Christ n'aura pas autant de débit que le moindre roman
de l'auteur français. Quant à nous, qui n'ambitionnons pas son succès, nous
préférons écrire des livres qui ne se vendent pas.
XI.
Dans VAcademy du 13 juillet, p. 25, le rév. Mac Carthy a publié les ré-
sultats de sa collation du manuscrit Rawlinsun B. 512 à la bibliothèque
Bodléienne d'Oxford, avec l'édition de la Vit tripartile de saint Patrice que
nous devons à M. Whitlev Stokes. 11 v joint la collation d'un fragment
des Annales de Tigernach, Rawlinson B. 488, avec l'édition donnée par
M. Whitlev Stokes en appendice à la Vie tripartite, t. Il, p. 572. La plus
grande partie de ces corrections portent sur des mots latins. Leur intérêt
est par conséquent en général beaucoup moindre que s'il s'agissait de mots
irlandais. Cependant le manuscrit Rawlinson B. 312 contient pour le te.xte
latin quelqurs leçons intéressantes.
M. Whitlev Stokes étant allé à O-^ford vérifier l'exactitude des critiques
du Rév. Mac Carthy, a reconnu qu'une partie d'entre elles étaient fondées, a
constaté que d'autres ne l'étaient point et a trouvé dans le texte imprimé de
la Vie tripartite d'autres fautes que le rév. Mac Carthy n'avait poiut remar-
quées. C'est l'objet d'une lettre qui a paru dans YAcadenix du 10 août,
p. 88.
XIL
Nous avons annoncé, p. 142, la publication par le regrettable Hennessy
du premier volume des Annales d' Lister. Cette édition est fondée principa-
lement sur le ms. H. i. S du collège de la Trinité de Dublin. Un autre ma-
nuscrit se trouve à la bibliothèque Bodléienne d'Oxford: c'est le Rawlinson
B. 489. Pour les premiers siècles des Annales, ces manuscrits sont deux
copies dun original perdu. M. Whitlev Stokes a collationné l'édition de"
Hennessy avec le ms. Rawlinson. Il a publié les résultats fort intéressants
de ce travail dans VAcademy du 28 septembre dernier, pages 207-208. Sui-
vent une critique de \ct.xrâducùon(Acadeni\ du 5 octobre, p. 223-225), et un
recueil d'observations sur les notes (Acadeniv du 12 octobre, p. 240-241).
XIII.
M. J.-T. Gilbert, si connu par ses savants travaux sur l'histoire d'Irlande,
dont le plus récent concerne la confédération irlandaise et la guerre de 1645-
1646, a été chargé de publier un inventaire analytique des archives munici-
pales de Dublin. L'Irish Times du 16 septembre 1889 nous apprend que le
premier volume de ce recueil vient de paraître. Il est intitulé : Cakndar of
Ancient Records of Dublin in the possession ofthe Municipal Corporation of
that city '.
I . Cet ouvrage se trouve à Londres chez Bernard Quaritch, 15, Piccadilly.
504 Chronique.
XIV.
Le 8 octobre dernier, la Société pour la conservation de la langue irlan-
daise a, par une délibération, chargé son sxrétaire d'entrer en relations avec
les autorités de la nouvelle Université catholique de Washington pour lui
demander la création d'une chaire de celtique dans cette université.
XV.
Le Irish Times du 19 octobre dernier rend compte d'une leçon publique
faite au siège de l'ancienne Université catholique d'Irlande, University Col-
lège, Stephen's Green, par le professeur de langue irlandaise qui est le Père
E. Hogan, membre de la nouvelle Uuiversité royale d'Irlande si connu par
ses travaux érudits, les uns déjà publiés, les autres en cours d'impression,
sur le livre d' Armagh. Le savant jésuite, après avoir annoncé que son cours
d'irlandais était commencé, a parlé des monuments les plus anciens de
l'histoire d'Irlande, inscriptions lapidaires gravées en ogham et en caractères
latins, manuscrits sur parchemin ; puis il a insisté sur l'intérêt qu'offre au
point de vue de la linguistique et de l'histoire de la civilisation la langue la
plus ancienne de l'Irlande. Sa leçon s'est terminée par un hommage rendu
aux savants qui, hors d'Irlande, s'occupent de cette langue, et sans oublier
les Français, il a' surtout signalé le mérite des travaux de MM. Whitley
Stokes, Ascoli et des savants allemands, parmi lesquels le premier rang
est occupé par M. Windisch.
Je termine cette partie de la chronique en priant les lecteurs de la Revue
Celtique de vouloir bien me pardonner le retard de sa publication. Ce retard
a pour cause le travail extraordinaire que m'a causé la préparation de mon
cours. J'ai même été dans l'impossibilité de rédiger complètement cette
chronique, et pour la suite je laisse la parole à mon zélé collaborateur,
M. G. Dottin.
H. d'Arbois de Jubainville.
Jubaiiiville, le 30 octobre 1889.
XVI.
La Revista Lusitana, premier volume, no 4, contient, p. 351-378, un ar-
ticle de M. F. -A. Coelho sur des noms de dieux lusitaniens. Quelques-uns
de ces noms peuvent, comme l'a pensé M. Coelho, être d'origine celtique,
par exemple Bonnanicus (cf. Bormoj, mais il nous semble difficile de recon-
Depuis l'époque où la Revue Celtique a commencé d'exister, M. Gilbert
n'a pas seulement publié les Facsimilcs of national »iss. of Ireland dont nous
avons rendu compte dans cette revue, t. VII, p. 264-265. Il a donné, dans
la collection du maître des rôles : Historié and municipal documents of Jie-
land jrotn thc archives of the city of Dublin (i 172-1 320), 1870, et Chartularies
of Saint Mary s abbey , Dublin, vol. 1, II, 1884-1883.
Chronique. 505
naître des noms celtiques dans Aernus, Coronus, Durh'dicus et Cusitncneoeciis.
D'après M. C, ce dernier nom serait composé d'un grand nombre d'élé-
ments; à un thème ciiso- serait venu s'ajouter le triple suffixe un-m-oeco. Il
n'y a point d'exemple d'une pareille formation. On trouve, il est vrai,
AiUaittunncmi {Rcv. Celt., VII, 114; VIII, 380) qui nous offrirait les deux
premiers éléments du suffixe en question. Quant au troisième élément oeco-
on ne peut guère conclure à son existence d'après des mots difficiles à ex-
pliquer comme Viiulo-roiciis, et quand bien même les trois éléments uiio-,
eiio- et oeco- existeraient séparément dans des mots différents, on ne pour-
rait démontrer l'existence d'un suffixe celtique composé un-cno-oeco qui,
d'après M. C, aurait servi à former le mot Cusimeneoeais.
XVII.
On trouvera dans la Revue des Traditions populaires, numéro d'aoùt-sep-
tembre 1889, deux chansons de la haute Bretagne « la mort de l'âne » et
« le soldat de Rennes » recueillies par M. Paul Sébillot. Le même numéro
rend compte du Congrès international des traditions populaires qui s'est
tenu à Paris L 29 juillet dernier. Un concert organisé par le bureau du
Congrès a eu lieu le i<-'' août. On a pu y entendre un sonn breton, Syl-
vestrik, traduit par M. François Coppée.
XVIII.
Nous recevons les quatre premiers numéros d'une nouvelle revue publiée
à Inverness et qui est intitulée The Hi^hJand Monthly. Les éditeurs se pro-
posent de publier le plus souvent possible des chansons et des contes gaé-
liques inédits. Nous trouvons en effet dans les livraisons que nous avons
sous les yeux des chansons en gaélique d'Ecosse accompagnées de traduction.
Citons, par exemple, p. 148-156, Seurlus of Dovre, a gaelic norwegian
ballad, publiée d'aprè.-; trois manuscrits du siècle dernier. Le Highhvtd
Monthly fait une large part aux traditions populaires, et chaque numéro se
termine par une ou plusieurs notes and qucries sur des points de mythologie
ou d'histoire légendaire.
Nous désirons vivement voir réussir cette nouvelle revue. Elle succède
au Gaelic Magasine, mort, paraît-il, faute d'abonnés et dont nous regrettons
vivement de ne pouvoir continuer l'instructive lecture.
XIX.
M. W.-F. Wakeman a publié dans la revue de Dublin intitulée : The
Journal of the royal historical and archaeological Association 0/ Ireland (vol. IX,
4= série, p. 96-106; un article sur le crannoc; et les antiquités de Lisnacro-
ghera. (Voir sur la sorte d'Ile artificielle appelée craunog, la Revue Celtique,
t. VII, p. 271-272). On a trouvé dans ce crannog deux fourreaux d'épées
en bronze d'un beau travail et d'une ornementation soignée. L'article de
5o6 Chronique.
M. W.-F. Wakeman est accompagné de deux planches où sont reproduits
(planche I) un des fourreaux d'épées et (planche II) différents autres objets
découverts également dans le crannog.
XX.
Notre savant collaborateur, M. J. Loth, a publié dans la Roinania (nu-
méro d'avril 1889, t. XVIII, p. 281-283), un article sur la fable de l'origine
troyenne des Bretons. Parmi les généalogies que contiennent les Anitales
Camhriae, aucune ne signale les Troyens parmi les ancêtres des Bretons.
Trois de ces généalogies remontent aux Romains ; l'une comprend dans la
liste des empereurs le nom de Traianus, corrigé à tort en Troianus par
M. Egerton Phillimore, auteur de l'édition diplomatique des Annales Cam-
hriae que nous avons annoncée dernièrement.
XXI.
Le numéro de juillet de V Archacohgia Camhreiisis nous signale (p. 224)
la découverte faite, il y a quelques années, d'une inscription ogamique à
Eghvys Cymun. Le centre delà pierre porte l'inscription latine AVITORIA
FILIA CVNICNT. Sur l'un des angles sont écrits en caractères ogamiques
les mots suivants : in'igixa Cuxigxi, sur l'autre Avittoriges. La note de
M. G. -T. Treherne, auteur de cette découverte, est accompagnée d'une
courte et fort intéressante dissertation de M. Rhys (p. 225-232) qui com-
pare iiiigiua à. l'irlandais ingcii, Cttiiigiii à. l'irlandais Coiniii. Quant à Avit-
toriges, ce serait le génitif vieil irlandais d'un nominatif Avittoria. Le g ne
serait qu'une notation de la spirante y. Rien n'est plus fréquent d'ailleurs
que de trouver au génitif le nom de la personne à qui est élevée la stèle.
Comparez à Avittoriges les génitifs des inscriptions latines suivantes : Cu-
iwcenni filius Cuiioceiini hic jacit (HûhneT, n° 48), Dervaci filins Jttsli hic
jacit (n° )0), Latini ic jacit filius Magari {n° 20), etc.
Le même numéro contient (p. 198) une notice de M. David Jones sur
une inscription galloise du xvii>; siècle découverte à Michaelston-super-Ely;
cette inscription est composée moitié en gallois, moitié en latin. La partie
galloise est fort obscure. M. John Rhys a promis d'en donner une traduc-
tion avec commentaire.
XXII.
La Société pour la conservation de la langue irlandaise nous adresse son
rapport annuel. En 1888, l'irlandais était enseigné dans 31 écoles et
443 élèves ont passé avec succès l'examen. En 1887, le nombre des élèves
reçus n'était que de 371.
XXIII.
M. C. de Kay nous a envoyé une lettre en réponse à la critique adressée
dans la précédente chronique à ses articles sur l'ancienne histoire d'Irlande.
Nous publierons cette lettre dans notre prochaine livraison.
G.D.
Paris, le 30 octobre 1889.
chronique. 507
XXIV.
POSTSCRIPTUiM.
Nous avons oublié d'annoncer dans notre précédente livraison que
M. Gaidoz a publié dans le Recueil des textes étrangers, édité par l'imprimerie
Lanier, 14, rue Séguier, Paris, 1888, un texte en irlandais moyen avec tra-
duction française. Ce texte a pour sujet la naissance de saint Brendan; il
est contenu dans le Livre de Leinster, page 371, col. 1-2, du fac-similé.
Nous aurions dû signaler aussi l'achèvement du tome IV de la Mèliisine.
M. Ernault a donné dans notre précédent volume (t. IX, p. 406-408), un
compte rendu du tome III et du commencement du tome IV, où il a si-
gnalé un grand nombre de morceaux que les celtistes pourront étudier avec
fruit. La fin du tome IV présente, elle aussi, un grand intérêt pour les cel-
tistes. Nous y remarquons deux textes irlandais inédits. Le premier, intitulé
la Recommandation du Vendredi, est publié par M. Gaidoz (col. 153-135)
d'après le manuscrit de Paris, fonds celtique no i (fo 29, vo b). Il est accom-
pagné d'une traduction française. Le second « Le roi David et le men-
diant » tiré du ms. Egerton 92 (fol. 26), et complété à l'aide du Livre de
Lismore (fol. 69), a été publié avec une traduction anglaise par M. St.
0'Grady(col. 163-166).
XXV.
La Cbrestomalhie bretonne de M. J. Loth est sur le point d'être complè-
tement imprimée. Elle va paraître à la librairie Bouillon. Ce sera un vol.
in-8 de vi et 528 pages, il rendra l'étude du breton de France bien plus
facile qu'elle ne l'a été jusqu'ici.
XXVI.
Nous terminerons ce postcriptum en annonçant un volume qui vient de
paraître à la librairie de M. E. Bouillon, notre éditeur. Ce sont les Inscriptions
antiques de la Cotc-d'Or, par Paul Lejay. Le nombre des numéros s'élève à
295 et le volume est terminé par dix index composés sur le plan de ceux
du Corpus iuscriptiontim lat inarum. Les noms gaulois s'y trouvent en grand
nombre. Tel est ^acrovirus, qui nous otTre la bonne orthographe du cog-
nomen écrit Sacrovir par Tacite et sur l'arc de triomphe d'Orange. M. Lejay
fait suivre chaque inscription d'un commentaire étendu et intéressant. On
pourrait cependant y ajouter quelques observations. Ainsi, au sujet du nom
de la divinité appelée au datif Brigindoni, on pourrait faire remarquer que
ce nom divin est en même temps un nom de lieu. Un diplôme de Louis le
5o8 Chronicjue.
Débonnaire de l'année 834 nous apprend qu'il y avait dans le pagus Atoa-
riorum et Divionensis un hcus appelé Brigendouis ' . Nous savons par une
charte de l'année 974 qu'il y avait en Maçonnais une localité homonyme,
un ager Briendonensis 2. Le Brigendonis dijonnais paraît être aujourd'hui
Brognon, Côte-d'0r3.
H. d'ArBOIS de JUBAINVILLE.
1. Gallia christiana, t. IV, Preuves, col. 151a.
2. Bruel, Recueil des Charles de l'abbaye de Cluny, t. II, p. 4SS-
5 . Joseph Garnier, Xometiclalure historique de la Côte-d'Or, p.
TABLE
DES
PRINCIPAUX MOTS ETUDIES DANS LE TOME X
DE LA REVUE CELTIQUE^.
I. Gaulois ou vieux-celtiq.ue ' .
Acciaca, Acciagum, 230.
Aculia, 5 59.
-acus, 154-159, 161, 162, 164, 169,
170, 174-176, 229, 230.
i^nus, 170.
Agedillus 96, 101.
Agedomapas, Agedomapatis, 101,
.36.
Agedomopas, 98-101, 103.
Aguliacus, 155.
al, 283, 284.
Albiacus, 156.
Anciacum, 1 57, 1 58.
Andagelli, 381 .
Andarta, 165.
Andaseta, 381 .
ande- particule augmentative, 165.
Andematunnum, 165.
Andorourus 381 .
Arcia, 160.
ardu- haut, 176.
Arduinna, 176.
Argentocoxos, 488.
Argentoratutn, 488.
Ariacum, 1 59.
Arica, Hédic, 3 54.
Arriaca, 1 54, 1 59.
-arta ourse, 165.
Artaios, 166.
Artedunus, Artadunum, 160, 164.
Artiaca « ferme d'Artius », 154, 161,
162, 164.
Artiacus, 161 , 162.
Articnos « fils d'Artos », 160, 167,
'73-
Artiliacus, 164, 165.
Artigenos « fils de l'ours (divinisé) »,
'75, '74-
Artio, 166.
Artius, 160.
Artobriga « forteresse d'Artos »,
160, 164.
Artos « ours », 160, 162-164, '^^j
•74, '75-
I. Celte table a été faite par M. Emile Ernault.
5 1 0 Table des principaux mots étudiés dans le tome X.
Atectorigiana, 97.
Augustobriga, 161.
Aventicum, 137.
Avitoriges, \oG.
avvot a il fit? I), 135,
Barbariacus, 176, 177.
Belatacadrus, 481 .
Belisama, 170.
Belismius, 170.
Biliniacum, 230.
-bodiacos « celui qui appartient à la
victoire s, 168.
Boduogenus a fils de la volonté, du
bon plaisir, peut-être du destin »,
167.
Braina, 174, 17^.
Braniacus, 1 7^.
Brannogenium « domaine du fils du
corbeau », 173.
Brannovices, 175.
Brano- corbeau, 174, 175.
Branodunum « château de Branos »,
174.
-briga forteresse, 160, 161, 231.
Brigindo, ^08.
Bucculiacum, 230.
Caesarobriga, 161,
Caldiniacum, 230.
Caliniacum, 230.
Camulogenus a fils de Camulus »,
167.
Camulus, 165, 167.
■/.avTcijL, 282.
y.apvjHrompette, 134.
Catussa, 500.
Cauliacum, 230.
Cavetus, 380.
Cavo, 380.
-cenna, 172.
Cernunnos, 487.
-cnos fils, 167, 232.
Cœliobriga, 161.
Komoneos, 383.
Condate confluent, 231.
Condercus, 501.
Congavata, 101 .
Congennicus, 101.
Conginna, 101.
Congonetiacus, 101 .
Congonius, 101 .
Congonna, 101.
Congonnetodubnus, 98-101, 103.
Congonnus, 101.
Connius, 380.
Cotini, 374.
covinus « covin, char, cabriolet »,
122, J28-1 30.
Crepiacuni, 230.
Cunigni, 506.
Darentiaca, 1 ^.
Divogena fille de Dieu, 167.
Divogenus fils de Dieu, 107.
Druticnos fils de Drutus, 167.
Eburobriga forteresse d'Eburos, 160.
Eburovices, 175.
Eniboudius vainqueur de rinn, 170.
Enigenus fils de l'Inn, 1 70.
Enignus fils de l'Inn, 177.
Enius, 170.
-es génitif singulier des féminins en a,
168.
essedum char, 122, 129, 130, 131,
25S;
Flaviniaca, 230.
Flaviobriga, 161.
-genna fille de, 172.
-genos fils de (par une filiation my-
thologique), 159, 166-170, 172,
'73-
-gnus comme -genos, 380.
Gobannilo ? 233.
Gobannitio, 232.
inigina fille, 506.
Isaca, isca, 482.
Table des principaux mots étudiés dans le tome X. 511
Juliobriga, 161.
Litogenus fils de la fête, 168.
Litugena fille de la fête, 168.
Litugenus fils de la lête, 167.
Luciacum, 230.
Lugduno, 238.
Lugdunus, 238.
Lugoves, 1 37, 258.
Lugudunum, 238.
Luguselva, 238.
-magos champ, 174.
Maponos, 486.
matu- ours 166, 175.
Matuccius, 175.
Maluceni, 167.
Matuco, 175.
Matuconius, 175.
Matucus, 175.
Matugenia, 167.
Matugenos fils de l'ours, 166, 167,
'73-
Matunus, 165.
Matuus, Matua, 175.
Medugenus fils de l'hydromel, 168.
Naniacui, 380.
Nanti, 229.
Nemetocenna, 172.
Nemetogena fille du temple, 172.
nemeton temple, lieu consacré, 172.
Nitiogenna, 172.
Nodens, 485.
Ojr|0ioj;j.apo;, 282.
Paterniacum, 230.
ratis fougère. 228.
Rectugenus fils du droit. 167.
Regniacus, 169. .
Rena, 169, 177.
Rennius, 169, 170.
Renus amas d'eau, 169, 170, 177.
Rextugenos fils du droit, 135, 167
Sacrovirus, 507.
Sena Sein, 352-354.
Siata Houat, 353, 354.
sullias, 135.
Sumelocenna, 172.
Tanotalicnos fils de Dannotalos, 167.
Taranis, Taranus, 265^ 266, 270,
281, 393, 398.
Ta;;avoo'j à Taranus, 282.
tau, 278,279, 283, 284, 286.
Teutates, 167.
Teutobodiaci (les) fils de la divinité
qui préside aux victoires sur les
peuples, 168.
Totatigen'ujs fils de Teutates, 167.
Toutatis, 167.
Toutissa, 500.
Toutissicnos fils de Toutissos, 167.
Tulliacum, 230.
Uriacus, 174.
Urogenius fils de l'auroch, 173.
Urogenonertus, celui qui a la force
du fils de l'auroch, 173.
Uromagus champ d'UruSj 174.
urus auroch, 173, 174.
Urus, I 74.
Uxama la plus haute, 351.
uxello- haut, 262.
Uxisama Ouessant, 350-352, 354.
Varsileos, 385.
Vindilis Belle-Ile , 3 5 3, 354.
Vitriacus, 230.
II. Irlandais.
(Voir 361 et suiv., 471 et suiv.)
aball pommier; arbre, 70, 71.
adnacim j'enterre, 83, 85.
ailén île, 368.
airecc désir, 478.
airichiim je prépare. 220, 228.
ais : 0 — , toute sa vie, toujours jus-
qu'alors, 78, 79.
512
Table des principaux mots étudiés dans le tome X.
ail rocher, écueil, 57.
allmuir venu d'outre-mer, 567.
almaim aux troupeaux, 54, 55, 87.
ambor, ammor, bol, récipient, 228,
368.
amor lamentation, 367.
ana ... do, ce qu'(i!s avaient couru)
de (dangers), 94, 95, 263.
anal haleine, 57.
andorus devant, prép., 62, 63.
anteirt matinée, 61 .
arco je demande, 176.
art pierre, 165.
art dieu, 165 .
assan bas, chausses, 369.
atasfébrat ils se mirent à, 57,
atchiat ils voient, ils semblent, 53.
athinndUd cuve 216, 228.
atom-athcomairc (sont à moi ques-
tions), tu m'interroges, 240-242.
atraig il se lève, 89.
attoibim j'adhère, 263, 472, 473,
478,479-
aurderg connu, dont on s'aperçoit,
222, 228.
-bar-, -far-, vous, 64,65, 67, 91.
baschrann (bois de la paume, de la
main), marteau de porte, 92, 93.
bee n- femme, 224, 228.
beor de la bière, 569.
biathaim je nourris, 73.
bli'adain année, 322.
bordd et bord, table, 369.
bordd et bord, bord d'un vase, 369.
borg bourg, ville, 368.
brathad, brafad, clin (d'oeil), 57.
brug pâturage éloigné, 245, 246.
bruth masse de métal brûlant, 52, 53.
buiderath sorte de fougère, 220, 228.
câep masse, 367.
caera finemna (baies de vigne), raisin,
74, 7^
Caire chaudron, 170.
ceil église, 141 .
cenn (à) cause, 66, 67.
cern un plat, 85.
cethern, cetherd, bande, troupe de
fantassins, 59, 85.
cimsach Irangé, 64, 65.
cingim je vais^ 228.
cingit coupes, 85.
claideb glaive, 497.
claidim je creuse, 83.
clûmadh plumer, 76, 77.
coibden armée, 224, 228.
coimde cuve, 85.
conung roi, 369.
cormchéol musique accompagnant les
buveurs, 80, 81.
crannog, 505.
crô cercle, 366.
crois gourmandise, 496.
cû chien, 1 39.
cubur écume, 70, 71 .
Cuchulain, 357.
Cûcummne, Cucuimne, 139.
culend du houx, 367.
cumcaim je puis, 85.
Curoi, 357.
dair saillir (une vache), 228.
Dairinis, 1 19.
-da(n)- le, pron., 246.
deantôg ortie, 327, 328.
diburned il descendit, 58, 59.
docuirim je jette, 91 .
doforicim j'arrive à, 67.
domuiiiiur je pense, 75.
donfangid qui protège, 247.
dû droit, chose qu'on mérite, 222,
223, 228.
each buadha cheval de course, 62,63.
eclaim,eclom recueillir, 76, 77.
eicid adresser la parole, 241, 243.
Elg Irlande, 366.
I
Table des principaux mots étudiés dans le tome X.
515
-em superlatif, 3^1.
enach chemise, 220, 228.
erbaid chargez de, 247.
errach faucon, ou aigle de mer? 90,
9'-
erthu eterru. pour eux, 94,95.
faisgim je presse, 71 .
faithce pâturage situé près de la mai-
son, 246.
-far-, -bar-, vous, 64, G^, 67, 91 .
farraidh lun mal) touche, affecte
(quelqu'un), 90, 91 .
fetar |e sais, 481 , 482.
fiad sauvage, 481.
fo par, en jurant par, 364 ; fôthib
sous eux, 54. 55.
fochrothadh secouer, 76, 77.
foiltne un cheveu, 79.
folangim je supporte, 55,87.
folt cheveux, chevelure, 78, 79.
for sur, à, 50, 53.
forbrigh il grandit, 88, 89.
forcongur j'ordonne, 250.
friha dans, en, 57.
frisnérachtatar ils montèrent, 246.
fûataigim j'emporte, j'enlève, 93.
fuindeog fenêtre, 369.
fuinim je cuis, 89.
gafann jusquiame, 57.
gairdechad réjouir, 94, 95.
geslach ouvré, brodé.'^ 64, 6$.
giostal, giustal fait, exploit, 65.
goba forgeron, 232.
gormac fils de la sœur, 247.
grian gravier, sable, 54, 55.
iarla, comte, 369.
iasacht un prêt ;, manque.'' 82, 83.
ierngûala sorte de boisson, 369.
il beaucoup 239.
indeôin enclume , 61 .
indorus devant, prép., 63 .
ingen fille, 506.
Revue Celtique, X
inna-n ... do, ce qu'(il avait faiti de
(miracles), 95.
inneam richesse, 87.
inneonaim je frappe, 61.
is, isel, bas, adj., 262.
lamgesca rameaux, 74, 75.
langfiter entraves, 1 1 1 .
leacan iaoich milidh pierre semi-plate
du soldat, arme, 355.
lenim je m'attache, 69.
lia Idimhé pierre de main, arme, 355.
lictailme pierre de fronde, 357.
lind eau, lac, 496.
Ilnscot drap, 369.
longaim j'avale, 1 10.
luchl (les) gens, ceux iqui», 140.
Lug, 137, 238, 490.
mac gor fils qui prend soin de son
père infirme, 247.
Mac-Mahon, 166. 173.
maél tête tondue, 363.
mêêle calvitie, 363.
magsliab plateau, terrain élevé.'' 62,
maidim je brise, 364.
mairbhneanntôg sorte d'ortie, 327.
mang tromperie, 363.
mang faon, 363 .
marb mort, 175.
math ours, 166.
mathghamhain (veau de l'ours), ours,
166.
mescaim je plonge? 78, 79.
mescaim je mêle, 79.
môir plus grand, 56, 57, 60, 61.
neip navet, 115.
neit combat, blessure ; dieu de la
guerre, 229.
némed dépôt (d'une liqueur), 216,
228.
nenaid, néant, neantôg, ortie, 327,
328.
34
5'4
Table des principaux mots étudiés dans le tome X.
nessam le plus proche, 352.
nith blessure mortelle, 229.
Nuada, 357, 485.
ocharimmel frontière, 365.
oen un, 61 .
ôic guerrier, 363.
oll grand, 75.
-or- pourro, particule du passé, 250.
ord marteau, ^3.
ôrpheli broderie, 64, 65,
plet épingle, attache, 82, 85.
pollere tablettes, 72, 73.
popp, papp, brindille, 368.
promadh explorer, 5^, 78.
raith fougère, 228.
rian la mer, 169.
roirge de grande royauté? 224, 228.
roissim je balance, 87.
roscaichset ils le mangèrent, 64, 6^.
rosnedhbair il les offrit, 250, 251.
rossocht arrêt, 86, 87.
Ruben, Ruibin, 139, 140.
-s prêt, passif, 3* pers. sing., 89.
sab prince, 239.
sail saule, 71 .
samhildânach qui a beaucoup de ta-
lents à la fois, 239.
scibeadh le cours (de la vie), 89.
Sciggire habitants desîles Féroé, 365.
-seic suffixe démonstratif, 92, 93.
seis, seist bruit, 61.
sénaisil a béni, 141, 142.
senén (oiseau [qui vit] vieux), aigle,
74. 75-
senoir clerigh « un vieil homme de
clerc », 72, 73.
sesbeim coup de rame, 60, 61.
sétim je souffle, 89.
siasair il s'assit, 64, 264.
sid demeure des êtres divins, 24J.
sliachtad lisser, 76, 77.
sliogadh polir, lisser, 77.
smé je, moi, 85.
snl nous, 85.
sonn bâton, ^^6.
stdic tranche, 369.
starga bouclier, 369.
suan coiulta lourd sommeil, 51.
-t prétérit, 250.
tech maison, 249.
tellendaib? 82, 83.
tibed rire, 89.
tibedh (le flot) allait, frappait (con-
tre», 88, 89.
togu je choisis, 246.
tôib côté, 263.
tôibud adhérer, adhérence, relation,
263, 472.
tor foule, troupe, 86, 87.
tuag nime arc-en-ciel, 58, 59.
tuargabaim j'arrive h, 67.
tucus il fut donné, 88, 89.
turtechta récits, 90, 91.
uasal haut, 262.
uilliu plus grand, 74, 75.
-us pronom suffixe de la 5^ pers.,
246.
III. GAÉLiauE d'Ecosse.
deanntag ortie, 327.
dubh noir, 137.
eanntag ortie, 327.
geai blanc, 1 37.
glas gris, 137.
nan des, 377.
neup, nèip navet, 115.
sneup navet, 1 1 s-
IV. Mannois.
napin navet, 115.
Table des principaux mots étudiés dans le tome X.
5>5
pab, bab, touffe, 368.
undaagagh ortie, 328.
V. Gallois.
(Voir 105-121 ; 320-J29.)
a et, 3S7-
afar tristesse^ 367.
afnatwy, ofnadwy terribie, 118, 119.
ager, agerdd vapeur, 326.
allmyr venu d'outre-mer, 367.
alsain sorte de chant, 1 12.
am- varié, divers, 348.
amminiog seuil, 1 17.
-an suffixe d'infinitifs, ii8.
anadl haleine, 57, 327.
Anaugen fils de la musique et de la
poésie, 168.
Aneiren, 357.
angladd enterrement, 111.
anterth matinée, 61 .
arglwydd, arlwydd seigneur, 329.
arianllu armée d'argent ou brillante,
488.
Artbeu vif comme un ours, 163.
arth ours, 162, 163.
Arthmail roi des ours, 163.
bachgen enfant, 1 17.
banadl genêt, 327.
barug gelée blanche, 329.
benyw jeune femme, 1 17.
blwydd année, 322.
blynydd année, 322.
Bran corbeau, 487
bretheiro, bytheiro roter, 329.
broder frère, 1 18.
bûches étable à vaches; étable (de
brebis;, 116.
bwrdd table, 369.
Cadewalthan, 325.
cadno. canddo renard, 325.
cadr beau, 481 .
canhebrwng enterrement, 1 1 1 .
canlyn, calyn suivre, 1 14.
Catgen fils de la bataille, 168.
cebystr, cebyst licou; échasse, 324.
cefndedyn, cyndedyn mésentère, 115.
celyn du houx, 366.
cerdded, cered marcher, 326.
cerddin sorbier sauvage, 112.
chwadan, canard, 108.
chwedleua parler, 326.
chwefror février, 105.
cliwysigen vessie, 105.
chwythwm orage, 1 12.
claddaf je creuse, 8;.
claddedigaeth enterrement, iii.
cleddyf, 497.
Cocholyn, 3 57.
Corroi, 3 57.
corwg, corwgl corps mort, 528.
coscor, cosgordd famille, 326.
cosp punition, 482.
criafon sorbier sauvage, 112.
crwtt, crwttyn jeune homme, 117.
crwybr écume; rayon de miel; gelée
blanche, 329.
crwysedd dispute, 323.
cwart quart, 108.
cwarter quartier, 108.
Kwlit couvre pied, 32 i .
cwndid chant, 113.
cwthwn, cwthwm orage, 1 12.
cyfarwyddon sortilèges, enchante-
ments, 3 58.
cyfrysedd dispute, 323.
cymryd, cymyd prendre, 114.
cynfas, cyfnas toile, 115.
•d suffixe démonstratif, 523.
danadi, danad, dalaii ortie, 327, 328.
dant dent, 328.
defaid (les) brebis, 1 16.
deg, deng dix, 1 10.
5 1 6 Table des principaux mots
derwyddon prophètes, 358.
diffryd protéger, 1 14
drynid, dynentyn ortie, 328.
dwr eau, 1 58.
dwsing douzaine i 1 2.
dyn jeune homme, 1 17.
dynad ortie, 327.
einion enclume, 61 .
eieni cette année, 322.
ellyn, elhym rasoir, 1 1 2.
ellynedd l'an passé, 322.
eminiog montant (de porte), 117.
Einrys, 488.
eny 0 amser longtemps après, 1 17.
eples levain, 109.
ereint (main) d'argent, 357, 485.
erfin navets, 115, 116.
erllynedd l'an passé, 322.
ewin ongle, 1 10.
ffelwn wr, ffelwmwr homme félon,
111,112.
ffonn bâton; arme de jet, 356.
flrewyll fouet, 1 10.
fTylowr ddylis fleur de lis. 121.
ffyrlling liard, 321, 322.
garlleg ail, 322.
gellaig, gerllig poires, 323.
-gen fils de, 168, 173.
geneth jeune fille, 1 17.
gordd marteau, 53.
graian gravier, sable, 55.
Gueithgen, 3 56.
Guerngen fils de l'aune, 173.
Guidgen fils de l'arbre, 173.
guurth à, 357, 3S8.
gwadd taupe, 32^.
gwadn, gwaddn base, sol, 32^.
gwarthafl, gwarthol élrier, 323.
gwasgu presser, 71 .
gvvefror février, 105.
gwinllan vignoble ; champ (de navets),
115, 116.
étudiés dans le tome X.
gwyddoch vous savez, 482.
gwydyn, gwyddyn tenace, 324, 325.
gwyr il sait, 480-482.
gwysigen vessie, 105.
lialsing sorte de chant, noël, 1 12.
heddig, huddygl radis, 116.
helygen saule, 7 1 .
hinham le plus vieux, 351.
hiniog montant (de porte), 1 17.
Hodni, 325.
hoedl, hoeddyl vie, 325.
hoeth nu, 1 09.
hog, hogyn jeune homme, 1 17.
hol aller chercher, 109.
hosan bas, chausses, 369.
hwyaden canard, 108.
hwyddel, hwyfel saumon, 1 16.
hyldgwn cerisier à grappes, 1 16.
hydref octobre, 324.
hysbant poignet, 1 16.
-i, -ydd, suffixes nominaux, 322,
32?. 349-
-i, -ydd, sufF. de la 2" pers. sing.,
322, 325, 349.
kolas (saint) Nicolas, 109.
■ -leni année, 322.
llangc jeune homme, jeune fille, i 17.
Ilawethair entraves, 110, 111.
llechu être aux aguets, 355.
llechwaew lance de pierre plate, 355,
356.
Uefen levain, 109.
LIew, 490.
llewa avaler, 1 10.
Ilodes jeune fille, 1 17.
llowethir entraves, 111.
lluchwaew lance de jet, javelot, 355.
Lludd, 357.
lluyddawc chef d'armée, 488.
ilwfr, llwrf lâche, 323.
Ilwydrew gelée blanche, 329.
llwynog renard, 325.
Table des principaux mots étudiés dans le tome X.
5>7
llysywen anguille, i lo.
Iwyddes dame, 329.
Mabon enfant, 486.
magnel, mangddel, machine de guer-
re, 114, 115.
maip navets. 115.
maleithr, malerth tumeur, gerçure,
524-
matcyn serviette, 115.
Maxen, 488, 489.
mehiniog montant (de porte), 1 17.
merch jeune fille, 1 17.
mewn milieu, 380.
morddanad marrube blanc, 527.
moronen, mororen carotte, 329.
morwun jeune fille, 1 17.
mwrddwr meurtre, 324.
muswg, mwsogl mousse, lichen, 328.
neplas levain. 109.
noeth nu, 109.
nol aller chercher, 109.
Nudd, 485.
-od pluriel, 1 18.
ofan ofon. ofyn peur, 1 18.
ol trace, 109.
penfar, pennor muselière, 115.
penwag, pennog hareng, 323.
plentyn enfant, 1 17.
plymnwyd, plymlwyd lutte, bataille,
114.
possib possible, 327.
pylgain, plygain aurore, 320.
pylor, pluor poussière, 321.
pythewnos quinze jours, 110, in.
rhawg longtemps après, 1 17.
rhedyn fougère, 228.
rhewydd sensualité, 1 10.
rhiniog montant (de portei, 1 17.
rhocyn jeune homme, 1 17.
Rhonddu, 32^.
rhuddgwn, rhuddwernen, cerisier à
grappes, 116,
rhuddigl radis, i 16.
rhwyddel saumon, 1 16.
sain saint, 109.
saith sept, 1 io._
-san, -sen, suffixe, 118, 119.
seldrem, sedrem faisceau, 328.
serrigl, sienigl déchiré, 329.
shimie cheminée, 1 14.
siarad parler, 326.
simdde, simnai cheminée, 114,
surdoes levain, 109.
syflyd, sylfyd se mouvoir, 323.
talmithr soudainement, 324.
tarian bouclier, 369.
tri trois, 1 10.
trothwy seuil, 1 17.
trwstan, twrstan malheureux, 321.
twrch daear taupe, 325.
tyrpeg barrière, 115.
uchaf le plus haut, 352.
i»chel haut, 262.
wrth gw's naturellement, 321.
Wysc, 352, 482.
wythnos semaine, 490.
-ydd, -i, 322, 323, 349.
ymgomio parler, 326.
ymsangu fouler, 320.
yn ol, 'n ol selon, après, il y a, 109.
yr hawg longtemps après, 1 17.
VI. C0RNIQ.UE.
af,ensow récemment, 482.
arluit seigneur, 329.
blithen année, 322.
bowdzhe étable à vaches; étable (de
brebis), 1 16.
bythquelh jamais, 349.
devaz (les) brebis, 1 16.
elgcht menton, 324.
gahen jusquiame, 57.
^ 1 8 Table des principaux mots étudiés dans le tome X.
godentruit plante du pied 325.
linaz ortie, 328.
-yth, eth, terminaison de la 2' pers.
sing., 348) 349-
VII. Breton armoricain.
agroazen églantier, 148.
-am superlatif, 351.
amgroaz, angroaz églantiers, 148.
amliw de couleurs diverses, 348.
anal, alan haleine, 327.
Anaugen fils de l'harmonie, 168.
Arthbiu vil comme un ours, 163, 164.
Arthmae! prince, roi des ours, 163,
164.
Arthuuiu digne d'être un ours, 163,
164.
augrosent églantier, 147, 148.
avalenn pommier, 147.
banal, balan genêt, 327. ^
barz barde, chanteur ambulant, 372.
bennoz, benwac'h bénédiction, 349.
biskwas, biskwac'h jamais, 349.
Bran corbeau, 175.
Budien fils de la victoire, 168.
cazr beau, 481 .
c'houevrer février, \o\.
c'houezigell vessie, 105.
Congen fils du chien, 173.
cormelenn cormier, 147, 148.
damdostik tout près, 372.
darguid prophète, 558.
Dergen fils du chêne, 173.
Derien, Derrien fils du chêne, 173.
difuni, dihuni éveiller, 483.
dour eau, 1 38.
Dubrien fils de l'eau, 168, 170.
edro octobre, 324.
efflenn peuplier, 148.
eguetou, egentaou récemment, 482,
483.
-enn suffixe de noms d'arbres, 148.
enostant malgré, 372.
Eussa Ouessant, 351.
•ez terminaison de la 2* pers. sing.,
348, 349-
fec'h, c'hwec'h six, 483.
fi, c'hwi vous, 483.
Finituuethen qui combat en lançant,
ou avec la fronde, 356.
-gen, -ien fils de, 168, 173.
getou avec lui, 483.
goud savoir, 372.
gouzoc'h vous savez, 482.
Guedel, Guezel, Belle lie, 353, 354.
gùér verre, 481 .
guernenn aune, 147, 148.
gueth bataille, 356.
Guidul, Guidel, 353.
gvi^ann faible, 481 .
gwar, gwér il sait, 480-482.
gwez sauvage, 481.
Hedic, 354.
hère octobre, 324.
hesent docilement, humblement, 41,
- 503-
heviene, hellène cette année, 322.
hirinenn prunelier, 147.
hoiarn, houarn fer, 354.
Hoiarngen fils du fer, 168, 170.
Hoiat, Houat, 353, 354-
hous votre, 349.
-ien, -gen, fils de, 168, 173.
irvin navets, 115.
ivin ongle, 1 10.
jenevreg genévrier, 148.
Kemener tailleur, : 14.
langroessêen églantier, 148.
linhadenn, lêrad ortie, 328.
lorenn laurier, 148.
-mael prince, 165.
maen pierre, 356.
Maenfinit qui lance la pierre, 356.
Table des principaux mots étudiés dans le tome X.
5«9
Maenuuethen qui combat avec la
pierre, 356.
Maenuuolou pierre brillante, ]\6.
Maenuuoret qui défend avec la pier-
re, ou pierre qui défend, 356.
malloz, malwac'h malédiction, 349.
marv mort, 175.
mesenn gland, 147.
mesperenn néflier, 147.
nessa le plus proche, 352.
Ossa Ouessant, 351,
oz votre, 349,
perenn poirier, 147.
Ploermel paroisse d'Arthmael, 164.
prunenn prunier, 147.
quelvezeun noisetier, 147.
queresenn cerisier, 147.
rogedou orgies, 1 10.
scavenn sureau, 147.
Seidhun, Sidun, Suzun, Sun, île de
Sein, 352, 353.
sperneun épine, 148.
laillo grimaces, minauderies, 372.
Weitnoc, Wethenoc, 356.
Wethien, VVeidien, 356.
ERRATA DU TOME X DE LA REVUE CELTIQUE.
P. 174, I. 18: ass'uhiae, lisez assidue.
P. 183, 4e ligne avant la fin: folloms, lisez JoUoîvs .
P. 228, 1. 18 : pratis, lisez [p]ratis.
P. 247, 1. 9 : exangues, lisez exsangues.
P. 374, 1. 19: È'^sÀaaav, lisez sÇsÀaTav.
P- 37S> ^- 7-8 : Rohion, lisez Robiou.
P. 377, 1. 6: en Ecosse, lisez «« Irlande.
Le Propriétaire-Gérant : E. BOUILLON.
Chartres. — Imprimerie DURAND.
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